HANDBOUND
AT THE
UNIVERSITY OF
TORONTO PRESS
SIÈCLE LITTÉRAIRE
DBS
DUCS DE BOURGOGNE
GHILLEBERT DE LANNOY
OEUVRES
D E
GHILLEBEET DE LANNOY
VOYAGEUR, DIPLOMATE ET MORALISTE
RECUEILLIES ET PUBLIEES
GH. ï»OTVIIV
AVEC DES NOTES GÉOGRAPHIQUES ET UNE CARTE
PAR
JT.-C. HOUZEAU
LOUVAIN
IMPRIMERIE DE P. ET J. LEFEVER
30 — RDE DES ORPHELINS — 43
1878
Lsh
1063139
INTRODUCTION.
SIÈCLE LITTÉRAIRE DES DUCS DE BOURGOGNE.
Messire Ghillebbrt de LlNNOY.
Il fut un temps, qui n'est pas bien éloigné de nous,
ou les premiers monuments littéraires des langues
modernes étaient considérés comme « les immondices
des bibliothèques » et réputés, selon l'expression du
grand Frédéric de Prusse, ne pas valoir « une charge de
poudre. » Alors, on aimait à penser que la vraie litté-
rature française datait du XVIe siècle : « Enfin Malherbe
vint. »
Plus récemment, quand l'étude du moyen-âge nous
eut rendu toute une riche époque de production litté-
raire, on ne connut d'abord, après le XIVe siècle, mal
apprécié, que la Renaissance, et l'on sautait volontiers
VIII INTRODUCTION.
des derniers trouvères à Ronsard, à Rabelais, à Mon-
taigne.
L'histoire ne permet plus ces solutions de continuité
Depuis cinquante ans, les découvertes se succèdent, les
publications s'accumulent, les études se renforcent, et
désormais l'histoire des lettres françaises inscrit dans sa
chronologie, entre le XIVe siècle, plus riche qu'on ne
le croyait généralement, et les gloires du siècle de
François Ier, une époque abondante et pleine d'intérêt qui
ne peut guères se nommer autrement que le siècle litté
raire des Ducs de Bourgogne.
Lorsqu'en 1825, Buchon résolut de faire entrer les
chroniques des ducs de Bourgogne dans sa collection
de Chroniques et mémoires sur l'histoire de France, il dut
s'affranchir d'un préjugé pour exhumer ces historiens,
les uns après les autres et souvent par lambeaux.
Philippe de Comines seul restait célèbre. F. de Reiffen-
berg venait de publier Jacques Duclercq. Buchon voulut
s'autoriser d'un mémoire de Dacier pour entreprendre
la publication de Monstrelet et de Chastellain. Le « grave
Chastelain » \ jadis si illustre, n'avait pas môme été
imprimé. Sa chronique, annoncée quand elle parut avec
autant de bruit que plus tard laPucelle de Chapelaiu, et
citée bientôt comme un modèle, se cachait sous un faux
nom, composé de son prénom et du verbe qui annonçait son
entreprise : Georges Repreuve. Des quelques œuvres que
* Expression de Marot.
INTRODUCTION. IX
l'imprimerie avait recueillies sous sou nom, une seule lui
appartenait, et Buchon put dire : « En visitant ce champ
de ruines, j'ai retrouvé Georges Chastellain. »
Il n'en avait retrouvé que des fragments, et plusieurs
livres de sa Chronique nous manquent encore aujourd'hui.
Buchon attribue cet oubli à la défaite, puis à la dis-
parition de la maison de Bourgogne. Ces écrivains,
dit-il, « subirent le sort de provinces conquises. » Ils
périrent avec le grand État que voulaient fonder leurs
maîtres. Mais l'histoire n'a point de victimes. Buchon a
soin d'ajouter que les historiens « aiment à relever sur
les champs de bataille les morts de tous les camps. »
Ces morts ont une incontestable valeur.
Depuis Reiffenberg et Buchon, la résurrection a con-
tinué, les travaux littéraires de cette époque forment
de plus en plus un ensemble auquel ne manque aucun
genre et que chaque année un écrivain ou une œuvre
vient compléter. Après les chroniqueurs, comme Chas-
tellain, que Michelet appelle « grand et éloquent histo-
rien, » ou comme Monstrelet, dont Dacier a fait ce noble
éloge : que « l'humanité était le fond de son carac-
tère ; » après Jacques de Saint-Remy, que Charles le
Téméraire créa chevalier ; après Molinet, Olivier de la
Marche, Jacques Duclercq et Jean de Wavrin, cet
ensemble de chroniqueurs dont Mlle Dupont, en publiant
l'un d'eux, Wavrin, a pu dire : « C'est une fort remar-
quable série d'hommes d'élite que celle des historiens
flamands et picards qui au XVe siècle écrivirent en
INTRODUCTION.
français; » après les poètes, comme Martin Franc, Pierre
Michault, Chastellain, Molinet etc. ; après les essais dra-
matiques qui mettent l'histoire et la politique contempo-
raines en Mystères et la Royauté et l'Église en scène,
plus d'un demi-siècle avant Gringore ; après Jean le
Maire, qu'on a nommé le maître de Ronsard pour sa
réforme du langage, et qu'on peut appeler un précurseur
de Luther pour les hardiesses du Promptuaire des Con-
ciles, — on a rendu à l'histoire un voyageur, diplomate
et moraliste. Déjà connu par ses Voyages et ambassades,
Ghillebert de Lannoy est aussi l'auteur de deux traités
qu'on peut appeler Y Art de régner, et Y Art de vivre.
Ainsi, cette littérature dont le centre fut dans les pro-
vinces belgiques et qui donna des émules à Comines, à
Christine de Pisan, à Alain Chartier, un maître à Ron-
sard, des précurseurs à Gringore et à Luther, s'impose
à l'histoire de France et y place avant le siècle de
François Ier : le siècle littéraire des ducs de Bour-
gogne.
PREMIÈRE PARTIE.
LA VIE DE GHILLEBERT DE LANNOY.
Messire Ghillebert de Lannoy, seigneur de Santés, de
Villerval, de Tronchiennes, de Beaumont et de Wahé-
gnies, eut, comme voyageur et comme diplomate, une
grande carrière de périls, de succès et d'honneurs. On
peut suivre sa vie dans ses Voyages et ambassades, que
confirment et complètent les archives des ducs de Bour-
gogne, conservées à Dijon et à Lille.
Né en 1386, d'une famille déjà célèbre, qui devait
donner trois chevaliers à la première nomination de
l'ordre de la Toison d'or et, plus tard, sous Charles-
Quint, un vice-roi à Naples, Ghillebert eut pour frère
aîné, qu'il suppléa auprès de Philippe, dit le Bon, un
des chefs de guerre et de conseil les plus influents de
l'époque la plus brillante de la maison de Bourgogne.
XII INTRODUCTION.
Dès Tâge de 13 ans (1399), il fit ses premières armes,
dans une expédition en Angleterre, dirigée par le comte
de Saint- Pol, contre Henri deLancastre, en faveur du roi
Richard-, ce qui ne put empêcher le roi d'être vaincu,
fait prisonnier, puis égorgé dans sa prison. Deux ans
après, au retour d'une expédition pareille, sous la con-
duite du comte de la Marche, il fait naufrage en vue
de Saint-Malo ; tout l'équipage périt, sauf les gentil-
hommes.
Après ces débuts, le jeune écuyer s'attache au sénéchal
de Hainaut, Jean de Warchin, qu'il suit de 1 403 à 1 408,
tantôt dans un vayage de pèlerin et de gentilhomme,
en Orient : à Jérusalem, en Turquie, en Egypte ; tantôt
dans un tournoi, à Valence ; puis, à la guerre contre les
Maures d'Espagne ; enfin, dans ces deux expéditions du
comte de Hainaut, au secours de son frère l'évêque de
Liège, qui finirent par la terrible défaite des Liégeois
révoltés, à Othée (23 septembre 1 408), et sans doute
aussi dans une seconde guerre en Espagne oii il alla en
1 410, sans nous dire si ce fut encore sous les ordres du
sénéchal de sa province natale.
Le jeune seigneur aspirait à devenir chevalier. Mais
déjà il montre autant d'ardeur pour les voyages que
pour les batailles : à chaque pèlerinage en quelque lieu
saint, il ne manque jamais d'explorer les endroits
profanes ; après chaque guerre, il se plaît à visiter les
villes, les palais, les châteaux : « qui sont choses belles
et merveilleuses à voir, » dit-il.
INTRODUCTION. XIII
Ses premières armes faites, revenant d'Espagne par
la France, il y trouve la guerre aux Armagnacs qui
viennent de rompre le traité de Chartres et de s'allier
avec Henri de Lancastre, devenu roi d'Angleterre. Il
entre au service du duc de Bourgogne, Jean sans Peur
le fait son échanson et il se jette dans la guerre en
Poitou, sous le maréchal de Helly (1412).
Au premier repos, l'amour des voyages l'emporte
encore ; après une blessure, « dont je portai, dit-il, la
mouche en la cuisse plus de neuf mois » , une nouvelle
croisade l'attire, non plus contre les Maures d'Espagne,
mais contre les mécrêans de Pologne. Les chevaliers
teutoniques de Prusse nommaient ainsi leurs voisins
auxquels ils disputaient la Poméranie. Que de fois de
prétendus intérêts religieux couvrirent les convoitises
politiques ! Mais il y avait des dangers à braver, de
lointains pays à parcourir : la Prusse, la Lithuanie, la
Poméranie, la Pologne, la Livonie, la Courlande, la
Russie, l'Autriche. Ghillebert ne discute point. Les
croisés avaient rompu une trêve pour dévaster les fron-
tières, brûler les villages, enlever le bétail1 ; une révolu-
tion survient ensuite dans cet ordre, plus guerrier que
religieux : le grand-maître, accusé de favoriser Wiclef,
est arrêté, dégradé, jeté en prison (octobre 1413). Un
1 « Et entrèrent à puissance en la duché dePomère... où ilz ardirent
bien cincquante villes à cloquiers et prindrent proye de bestial
grant nombre » (p. 26).
XIV INTRODUCTION.
gentilhomme étranger, épris d'aventures et de voyages,
pouvait-il s'enquérir de la légitimité de la prétendue
croisade, se porter juge des causes d'une révolution de
palais-couvent ? Ghillebert en croit l'appel aux armes,
accepte le fait accompli, montre son courage à tous,
marque quelque pitié au prisonnier, et se met à visiter
le pays, à observer les mœurs, à noter les faits et les
coutumes, sans esprit de blâme, mais avec une entière
sincérité ; il se livre à leur joie aux plaisirs du voyage,
profite d'une trêve pour visiter le pays ennemi, se
déguise en marchand pour parcourir la Russie en traî-
neau : le curieux qui veut tout voir exactement ne quitte
jamais le guerroyeur prêt à tout pourfendre.
Ces expéditions en faveur de l'ambition des cheva-
liers teutoniques étaient coutumières aux jeunes sei-
gneurs du Hainaut, que le fils du comte y conduisait
d'ordinaire. Celles de 1335, de 1344, de 1354 et de
1383 ont laissé des traces. La Prusse, dit celui de
nos archivistes qui les a mises au jour, « fut longtemps
encore une contrée de prédilection pour tout nouveau
chevalier qui voulait acquérir de la renommée l. »
Là, dans le mois d'août 1413, après avoir été griève-
ment blessé, au siège d'une ville (Massow), que les
assaillants durent abandonner, Ghillebert reçoit l'ordre
de la chevalerie.
* Léopold Devillers. Sur les expéditions des comtes de Rainant
et de Hollande en Prusse (Bull, de la comm. d'histoire, 4e série,t. 5,
p. 127).
INTRODUCTION. XV
Au retour, c'est un pèlerinage qui l'attire. Les sou-
venirs des poèmes de chevalerie Texcitent-ils seulement,
ou n'aurait-il pas fait quelque vœu dans ces dangers
lointains ? Le fait est qu'il va s'exposer en pays ennemi
pour visiter le trou de saint Patrice. Il est fait prison-
nier en Angleterre, ce qui l'empêche de voir la
grotte et d'assister au siège d'Arras (1 41 4). Mais le duc
l'aide à payer rançon et il arrive à temps pour être
blessé, vaincu, fait prisonnier, à la bataille d'Azincourt
(1415), où il n'échappe à la mort que par Nun prodige
de sangfroid, à la prison que moyennant 1200 écus.
Il avait gagné ses éperons en Prusse. Il conquit à
Azincourt, avec les faveurs de Jean sans Peur et de son
fils, une haute fonction : le gouvernement du château
de l'Écluse qu'il garda trente années. Le cas échéant,
Philippe le Bon n'hésitera pas à renforcer son autorité
militaire au mépris des franchises communales, au mé-
pris même de ses propres lettres-patentes accordées
à l'autorité civile (1 440).
Cette sorte de bénéfice militaire faisait sans doute
sa fortune, mais ne pouvait satisfaire à son activité de
corps et d'esprit. Le fils du duc, alors gouverneur des
États du Nord pour son père, lui confie, sous le nom
d'Office des divines provisions, l'intendance intellec-
tuelle de sa maison ; Ghillebert le suit partout, de 1 41 6
à \ 41 9 : dans la guerre aux Armagnacs devant Paris ;
dans son voyage en Hollande où le comte commence à
s'immiscer, dangereux médiateur , aux affaires de
XVI INTRODUCTION.
Jacqueline de Bavière ; dans les assemblées d'Arras et
d'Amiens où Philippe recrute des adhésions à la politi-
que armée de son père. Là il fait ses premières armes
sur un terrain nouveau : la diplomatie.
Un grave événement va utiliser son expérience. Il
avait assisté en 1408, à Paris, dans l'hôtel de Saint-
Pol, au célèbre sermon de Jean le Petit. Le corde-
lier, avait présenté, devant la cour, la justification
de meurtre du duc d'Orléans par Jean sans Peur,
et soutenu, avec force textes historiques et bibliques,
qu'il vaut mieux qu'un pareil assassinat soit commis
par un grand seigneur que par une personne
de moindre état et qu'aucun sacrifice n'est plus
agréable à Dieu que la mort d'un tyran. Le 10 sep-
tembre 1419, le Dauphin imite l'exemple du duc >
suit le précepte du moine : Jean sans Peur, pris au
piège de la Paix de Ponceau et d'une entrevue avec le
Dauphin, son ennemi réconcilié, est assassiné sur le pont
de Montereau. Aussitôt, Philippe le Bon lui succède
pour le venger.
Ghillebert s'associe à cette œuvre violente. Au par-
lement de Flandre, son avis est net et court : traiter
avec l'Angleterre, mais d'accord avec la reine-mère
et tout son parti : telle est la politique qu'il conseille
et qu'il va servir. Le Pacte de Troyes, qui livre la
France au roi d'Angleterre, se prépare : Ghillebert, avec
l'évêque d'Arras et d'autres ambassadeurs, est de toutes
les négociations, paraît dans tous les actes, jusqu'à ce
INTRODUCTION. XVII
que le traité soit signé sous le nom de « Trêve générale
entre la France et l'Angleterre » (25 déc. 1419). Ce
traité d'alliance offensive est bientôt scellé par le
mariage du roi Anglais et d'une princesse de France :
Ghillebert y assiste en gentilhomme. La veuve et les
filles de Jean sans Peur constituent procureurs à l'effet
de poursuivre ses assassins : Ghillebert est du nombre
de ces hommes de confiance, et il est aussi parmi les
hommes d'armes que Philippe conduit s'emparer de
Montereau afin d'y reprendre le corps de son père,
puis assiéger Melun, occuper Paris et mener rude-
ment la guerre de vengeance qui fera couronner roi de
France un roi d'Angleterre.
Le siège de Melun dura cinq mois. Le sire de Brimeu
y étant mort, Ghillebert reçoit le sceau du secret et,
pendant trois mois, ne quitte, ni jour ni nuit, son souve-
rain, portant sa bannière devant lui dans la bataille et
couchant dans sa chambre et dans sa tente, comme son
premier chambellan. C'est dans cette intimité sans
doute que fut conçu le projet d'un nouveau voyage en
terre sainte. L'alliance du duc de Bourgogne et de
tout le parti bourguignon français , avec le roi d'An-
gleterre, faisait des deux souverains, maîtres de la
France, les arbitres de l'Europe, et leurs prompts
succès devaient leur suggérer des vues d'ambition, des
plans de grandeur. La croisade était encore alors le
moyen le plus superbe de déployer ses forces, d'affer-
mir sa puissance , de racheter ses violences et de
XVIII INTRODUCTION.
s'entourer de gloire. Ghillebert fut chargé par le roi
d'Angleterre, en son nom et au nom du roi de France,
dont il était régent, et par le fastueux duc de Bour-
gogne, « principal esmouveur » , d'une mission politique
en Orient (1421).
Ce second voyage diffère du premier : Ghillebert
n'est plus un jeune écuyer, attaché au sénéchal de
Hainaut ; c'est un ambassadeur , dans l'âge viril ,
entouré d'une suite nombreuse et brillante, qui parcourt
l'Europe en grand seigneur, visite les cours en prince,
offre aux rois des présents royaux, trouve une hospi-
talité splendide dans les cours et dans les villes, est
comblé de richesses, reçoit des escortes princières, des
lettres de recommandation de rois à empereurs, est
fêté des dames comme des chevaliers, joue en maître
avec les plus grands dangers, risque plusieurs fois la
mort, est dépouillé et laissé nu attaché à un arbre,
sort victorieux de tout, traverse les bandes de loups
ou de tartares, franchit les déserts, traite avec les
empereurs des plus grands intérêts de la chrétienté,
comme la réunion des Églises grecque et latine, veut
jeter son épée dans la guerre qu'il trouve en Turquie,
arme des navires quand la route de terre est imprati-
cable, fait ostensiblement des ambassades dans chaque
cour, depuis la Prusse jusqu'à l'Autriche, pour annoncer
la paix qui livre la régence de France au roi d'An-
gleterre, laisse sa suite dans l'île de Rhodes, pour être
plus libre dans sa véritable mission, et accomplit, avec
INTRODUCTION. XIX
une petite escorte choisie, deux choses, l'une couvrant
l'autre : le pèlerinage complet des lieux saints et une
reconnaissance militaire, non moins complète, de la
terre classique des Croisades.
Il mit deux ans à parcourir la Prusse, la Pologne,
la Russie, la Hongrie, la Walachie, la Moldavie, la
Tartarie, les îles de la Méditerranée, l'Egypte, la Syrie,
la Judée, et revint par Rhode, Venise et l'Allemagne.
Quand il revint, les deux rois étaient morts, le duc
de Bedfort était régent de France pour le compte de
l'Angleterre ; le Dauphin, devenu le roi Charles VII, —
roi de Bourges,disaient les Anglais et les Bourguignons,
— tenait la campagne ; le jeune roi « d'Angleterre et de
France » n'avait que six mois, Louis XI venait de
naître à Bourges, Jeanne d'Arc avait déjà des visions
d'enfant ; la situation des Anglais en France n'était
plus aussi brillante et l'on commençait à parler de paix.
Ghillebert remit à chacune des deux cours qu'il avait
représentées et servies, une copie de ses Rapports sur
la Syrie et l'Egypte, et alla lui-même à Londres et à
Bruxelles ; mais ce travail, si exact, n'était plus guère
à l'ordre du jour : le vœu du Faisan ne se célébrera
que 30 ans après (1454), quand Ghillebert sera un
vieillard. En 1423, le régent d'Angleterre ne pouvait
penser à une croisade et Philippe avait de plus pro-
chains intérêts à défendre.
A peine rentré dans son château de l'Écluse (1424),
après avoir assisté à Amiens au mariage de la sœur
XX INTRODUCTION.
du duc avec le comte de Richemont, futur connétable
de Charles VII, (son autre sœur était l'épouse du duc de
Bedford) ; après avoir été remplir, auprès du duc de
Brabant et ses États réunis à Braine-le-Comte, une
mission de confiance, Ghillebert doit se mettre sur la
défensive, armer des bateaux plats, occuper les eaux
de la Zélande, pour soutenir la flotte que Philippe
arme en Hollande et empêcher le duc de Glocester,
l'époux de Jacqueline de Bavière, de descendre en
Flandre et en Zélande, après avoir refusé à ses troupes
de terre un passage par l'Artois pour se rendre en
Hainaut. La guerre de Hollande avait commencé ; Ghil-
lebert, nommé capitaine de Rotterdam, prit part aux
deux campagnes (1 426 et 1 427).
Il était temps que le duc respirât de cette guerre,
car le siège d'Orléans a été levé par Jeanne d'Arc,
Charles VII s'est fait sacrer à Reims et la Pucelle
menace Paris (septembre 1429). Le duc de Bourgogne
y court, accepte la régence de France en remplacement
du duc de Bedford, et signe une trêve. Ghillebert le
suit dans cette brillante escorte armée, dont l'entrée
triomphale à Paris fut accueillie avec tant d'espérance
et d'enthousiasme.
Entre ces deux campagnes, le capitaine a fait place
encore à l'ambassadeur. En 1 428, le duc lavait appelé
de l'Écluse, puis d'Arras, à Bruges pour conférer avec
lui « sur le fait des Hussites. » Le 2 janvier 1 429, il
part de l'Écluse pour parcourir une troisième fois
INTRODUCTION. XXI
l'Allemagne, voir les souverains, conférer avec les
Électeurs de l'Empire, s'assurer de la situation du
pays et des dispositions des seigneurs et des villes.
Deux princes seulement étaient en position d'entre-
prendre la guerre contre les Hussites : l'Empereur et
le Duc. Sigismond ne le pouvant plus, ce projet devait
répondre aux vues ambitieuses de Philippe et l'arbitre
de la France pouvait sans témérité songer à devenir
le vengeur de l'orthodoxie, l'arbitre de la chrétienté.
Déjà en 1415, dans son premier voyage, arrivé aux
frontières de Bohême, Ghillebert y avait trouvé la
guerre religieuse et avait dû rebrousser chemin, « en
grant péril d'être rué jus. » En 1429, sa mission de
diplomatie et de reconnaissance militaire était aussi
délicate, y sinon aussi dangereuse que celle qu'il avait
si bien suivie en Orient. Il la remplit de manière à
faire connaître au duc les véritables conditions de suc-
cès et à lui faire ajourner une entreprise qui exigeait
tant de ressources, de liberté d'action et de puissance.
Les affaires de France ne laissaient plus à Philippe
assez desécurité pour une pareille expédition lointaine;
la croisade de Bohême alla rejoindre le voyage en
Orient dans le carton des rêves ambitieux du duc de
Bourgogne.
Un des conseils, donnés au duc, dans un mémoire
sur le fait des Hussites, était qu'il prit une troisième
épouse, moins pour accroître ses influences que pour
donner un héritier au vaste état dont il rêvait déjà
VOY. ET AMB. 6
XXII INTRODUCTION.
sans doute de faire un royaume. Les difficultés de la
guerre de France ne l'empêchèrent pas de suivre l'avis,
et Philippe profita des solennités de ses noces avec
Isabelle de Portugal pour déployer un grand faste et
créer, à l'instar de l'ordre de la Jarretière, un ordre de
chevalerie, dont il voulut emprunter aussi le nom à la
galanterie, en réponse, dit-on, à une plaisanterie sur
la couleur des cheveux dune de ses nombreuses maî-
tresses. 11 n'y manquait que le : Honny soit qui mal y
pense. Le duc l'avait remplacé par une devise flatteuse
pour sa nouvelle épouse : Autre riauray. Ghillebert avait
reçu la princesse, après une tempête, au port de
TÉcluse, et lavait conduite, avec sa suite, sur des bar-
ques pavoisées jusque Bruges. Là, le 10 janvier 1430,
le duc célébra son mariage et institua Tordre de la
Toison d'or, « pour la gloire de Dieu, l'exaltation de
l'Église et l'excitation aux vertus. » L'ordre se compo-
sait d'un chef: le duc, et de trente chevaliers. Hugues
de Lannoy fut nommé le cinquième, Ghillebert le
dixième, Bauduin, son frère cadet, le quinzième.
Ce mariage fut suivi d un moment de trouble uni-
versel. Jeanne d'Arc était prisonnière ; une mésintel-
ligence croissante entre le duc et les Anglais, des offres
de paix de la part des Français, la guerre de France
devenue plus difficile chaque jour, la guerre de Liège, la
succession du Brabant, l'agitation et bientôt le soulè-
vement de la Flandre, tiraillaient pour ainsi dire Phi-
lippe le Bon, et le Concile de Baie y ajoutait les conflits
INTRODUCTION. XXIII
de l'Église. A peine de retour d'une ambassade en
Ecosse, où, fidèle à son caractère, il ne manque pas
de voir le trou de saint Patrice et de mêler aux légendes
mystiques des souvenirs de poèmes chevaleresques,
Ghillebert marche contre « ceux de Cassel » qui font
cause commune avec les bourgeois de Grammont et la
révolte est domptée. Puis, il va au Concile de Bâle
revendiquer le droit de préséance pour son souve-
rain, s'opposer au schisme, braver l'Empereur et le roi
de France, et maintenir l'orgueil du duc dans une
situation pleine de périls (1431-1433).
Les négociations avaient déjà commencé entre
Charles VU et Philippe le Bon, sans pouvoir aboutir.
Le violent conflit du Concile de Bâle,ou les ambassadeurs
du duc ne voulaient reconnaître pour roi de France
que le roi d'Angleterre, maître de Paris et d'une partie
du royaume, n'empêcha paj/ de les renouer. Le duc
avait vu, à cette occasion, se dessiner les partis
et pendant que l'Empereur reconnaissait Charles VII
et défiait Philippe le Bon, les pères du Concile purent
prononcer des paroles de paix, renouveler leurs
instances, s'appuyer de celles du Souverain Pontife,
et charger de ce rôle de pacification des légats qui
lèveraient les scrupules du duc de Bourgogne. L'as-
semblée de Nevers aboutit au traité d'Arras. On avait
si bien manœuvré que le duc, qui ne voulait d'abord
traiter que d'accord avec l'Angleterre, rompit une
alliance datant du lendemain de l'assassinat de Mon-
XXIV INTRODUCTION.
tereau et fit une paix séparée (1434-1435). Les
trois frères de Lannoy faisaient partie des chevaliers
de la Toison d'or qui entourèrent le duc dans ces entre-
vues oîi il aimait à paraître avec une ostentation fas-
tueuse. Aucun document ne reste pour déterminer la
part que prit Ghillebert dans les négociations. 11 nous
dit lui-même brièvement, que « après le parlement
et la paix d'Arras » , il partit d'Arras,le 25 février, pour
aller à Saint-Jacques en Galice, accomplir un vœu qu'il
avait fait « au trépas » de sa seconde femme (1436).
Quand il en revint, il trouva le Duc faisant le siège de
Calais.
Cette paix ne faisait qu'accroître, au premier moment,
les difficultés du duc Philippe. Les Anglais continuaient
la guerre, irrités contre lui; des compagnies d'éccfr-
cheurs ravageaient la Picardie, menaçaient la Flandre ; le
faste du duc et ses longues guerres avaient épuisé ses
finances ; le pays se voyait ruiné, malgré ses franchises
qui n'avaient pas arrêté le duc : le mécontentement
était général. La sédition commença devant l'ennemi,
au siège de Calais, ou les milices flamandes abandonnèrent
l'armée, refusant le service au nom de leurs privilèges.
Le duc dut laisser faire et la Flandre en souffrit cruelle-
ment, car c'était livrer le pays sans défense aux ravages
des Anglais. Aussitôt la révolte court de Gand à Bruges ;
les Brugeois sont à peine apaisés que Gand sonne de
nouveau le tocsin, puis, l'émeute passe encore une fois de
Gand à Bruges et les Flamands tiennent la campagne.
INTRODUCTION. XXV
Le duc. obligé de temporiser et de parlementer avec les
bourgeois, avait écouté les propositions de Gand et de
Bruges, faisant cause commune : les bourgeois deman-
daient la démolition des fortiGcations de l'Écluse qui
leur avait résisté ; Bruges voulait que cette ville et
Nieuport rentrassent sous sa juridiction ; Gand soutenait
les mêmes prétentions sur Audenarde. Le Parlement
convoqué à Gand n'avait pu rien apaiser. A la première
révolte, les Brugeois avaient voulu prendre la ville dont
Ghillebert occupait le château. 11 y soutint un siège
qui dura, dit-il, dix-huit jours (juillet 1437), et le
château fut assez endommagé pour qu'il y dût faire des
réparations qui coûtèrent plus de 3000 livres.
Néanmoins, au premier conflit des fidèles bourgeois de
l'Écluse avec le gouverneur du château, le Duc retirera
ses propres lettres de privilèges, donnera à ce retrait un
effet rétrospectif et sacrifiera les restes de libertés com-
munales à lautorité militaire. (1440, v. p. 210 et 262.)
Ce siège fut son dernier fait d'armes. Les trois lignes
qu'il y consacre dans ses mémoires furent à peine remar-
quées, car de 1 435 à 1 442, on constate une lacune de sept
années dans sa vie l. Ces années ne furent pas stériles.
Aussitôt après la paix d'Arras, les embarras oii se trou-
vait le duc, avaient divisé ses conseillers. Les uns
penchaient pour la paix ; mais le duc, selon l'expression
'Saint-Génois, les Voyageurs belges, p. 150. —Emile Gachet
passe aussi de la paix d'Arras à 1442. Trésor national.
XXVI INTRODUCTION.
de Barante, « peu porté à les approuver, n'avait pas
même appelé au conseil les plus considérables d'entre
eux : le sire d'Antoing, Hugues de Lannoy, etc. etc. »
Un de ces seigneurs, ainsi écartés, avait trouvé bon de
lui exposer leur politique, en deux avis, l'un avant
l'hiver, l'autre pendant l'hiver de 1 436. Le second avis
est signé Santés et j'incline à penser que le premier
était aussi d'Hugues de Lannoy. En 1439, la situation
n'avait pas changé : la famine et les maladies régnaient
partout ; le duc, après avoir apaisé la Flandre, s'obsti-
nait au siège de Calais, ses finances étaient épuisées,
une médiation fut offerte entre le duc et le roi d'Angle-
terre, Philippe envoya son épouse aux conférences de
Gravelines, et de nouveau des conseils de paix lui
furent présentés. Nous aurons à chercher quelle part
Ghillebert prit à ces conseils du patriotisme. Le siège
de l'Écluse repoussé, son château réparé, le procès
avec les bourgeois jugé par le duc, une affaire plus
délicate où, si l'on en croit un acte publié par Rymer,
sa conscience était engagée l et qui ne fut tranchée
qu'en 1433, nous mènent à l'année 1442. Alors Ghille-
bert reprend de nouvelles ambassades et ses derniers
voyages. L'heure du repos n'était venue ni pour le diplo-
mate ni pour le pèlerin.
En 1442, ambassade à Francfort auprès de l'Empe-
reur, pour les affaires du Luxembourg. En 1 444, mission
« V. p. 197 et 211.
INTRODUCTION. XXVJI
d'apaisement entre le duc et le Dauphin. Les historiens
rapportent ce conflit qui survint aussitôt après la trêve
de \ 444 et qui faillit la rompre ; mais ils ne nomment
pas l'ambassadeur du duc qui fut chargé d'y remédier.
Un compte du temps nous apprend que ce fut Ghille-
bert qui y réussit. Cet acte accuse des tiraillements
et des difficultés dans cette affaire (p. 21 4). La trêve est
signée à peine, Ghillebert est mandé de l'Écluse à
Bruxelles pour conférer avec le duc ; ensuite il va à Lille
« où arrivèrent assez tost après aucuns ambassadeurs
dudit roi de France et de monseigneur le Daulphin. »
Ces entrevues lui prennent dix-neuf jours. Puis, il doit
revenir encore de l'Écluse à Bruxelles « pour la venue
du sénéchal de Poitou et autres ambassadeurs ; » il y
reste onze jours encore. Le Dauphin, qui devait s'appe-
ler Louis XI, avait juré vengeance du duc, aussi impé-
rieux que lui. Le conflit n'était pas de ceux qu'on
apaise facilement.
L'année suivante, Ghillebert est chargé, avec son frère
et trois chevaliers, d'examiner les statuts de l'ordre
de la Toison d'or pour les amender, s'il y avait lieu.
Puis, il est nommé par le duc un des tenants d'armes de
Jean de Boniface dans le fameux tournoi de Jacques de
Lalaing. Phillippe le Bon honorait le chevalier étranger
en lui donnant pour parrains de grands seigneurs. La
même année, il prête une somme à Philippe le Bon.
En 1 446, les conseils du parti national l'emportent.
La trêve était en vigueur, Philippe possédait presque
XXVIII INTRODUCTION.
tous les États qu'il voulait réunir, il avait dompté la
Hollande et sa puissance allait rayonner au dehors :
sur terre, pour conquérir au duc d'Orléans le duché de
Milan, sur mer par l'expédition de Jean de Wavrin
dans les eaux d'Orient. En attendant, les fêtes et les
tournois se succédaient, quoique les finances de Bour-
gogne fussent loin d'être prospères. C'est alors qu'après
une perte cruelle : la mort de la jeune épouse de son
fils, âgé de 1 3 ans, dont le mariage était un des liens
qui l'attachaient à la cour de France, le duc cède aux
avis de \ 436 et 1 439 et institue un Grand Conseil per-
manent, pour partager avec lui la gestion des affaires
et l'aider dans la réforme de ses finances. Cet édit dut
être un triomphe pour la 'famille de Lannoy, il est daté
du 6 août 1 446 et Ton voit dans les comptes de cette
année queGhiilebert fut à ce moment appelé par le duc
et séjourna à Bruxelles « pour aucuns grans affaires. »
Ghillebert alors avait abandonné le château de
l'Écluse, il habitait sans doute à Lille où il avait acheté
en 1 445 une maison « à front de la rue des Fives »
(p. 215).
Cependant l'expédition de Jean de Wavrin sem-
blait se décider. Le duc avait reçu plusieurs lettres
d'exhortation à secourir les chrétiens d'Orient. Ghille-
bert est encore chargé des ambassades et des explo-
rations nécessaires, et l'on retrouve dans les papiers
de sa famille les pièces relatives à cette expédition
dont il eut à préparer les voies (p. 494 et 495). Il a lui-
INTRODUCTION. XXIX
même énuméré brièvement son ambassade auprès du roi
d'Aragon, son passage à Venise et à Rome, son arrivée
à Naples. sa rencontre avec le roi d'Aragon en cam-
pagne, sa traversée qui le mène à Messine, à Candie,
à Rhodes, à Chypre, à Jaffa, puis encore à Rhodes et à
Corfou, sa descente en Italie, son passage des Alpes et
son retour par l'Autriche et l'Allemagne. Le mémoire
diplomatique sur ce voyage manque. Ghillebert y avait
consacré plusieurs mois. Ses voyages en Orient et ses
Rapports, si exacts, sur sa seconde expédition, trouvaient
dans cette dernière ambassade leur résultat. L'expédi-
tion réussit ; Geoffroy de Thoisy dégagea Rhode dont
le Soudan d'Egypte était venu faire le siège ; puis, ayant
rejoint la flotte du seigneur de Wavrin, les deux chefs
bourguignons entrèrent dans la mer Noire, et après
des alternatives de victoires et de défaites battirent les
ennemis à Chypre, détruisirent leur flotte sur les côtes
de Barbarie, tinrent la mer trois ans, balancèrent, un
instant au moins, la fortune des Turcs et firent espérer
quelque temps aux chrétiens le salut de Constantinople.
Ces deux faits politiques : l'institution du Grand
Conseil et l'expédition de la Méditerranée, sont comme
le couronnement de la vie de Ghillebert de Lannoy.
Le dernier n'eut rien de définitif pour la chré-
tienté. La prise de Constantinople n'en eut pas moins
lieu, et le Vœu du faisan ne servira pas à la répa-
rer. Mais le premier fut une institution durable, dont on
retrouve de nombreuses traces. Un manuscrit de Paris
XXX INTRODUCTION.
dont je présenterai plus loin l'analyse, contient une
formule de lettre de renvoi d'affaires, de requête de
tel ou tel, à Messires du Grand Conseil (V. p. 505). Quand
Jean de Lannoy et Jean de Croy rendirent compte au
duc d'une ambassade, le 9 février 4 458, ce fut « en pré-
sence de son Grand Conseil l.» Cette institution complétée
par Philippe * fut fort appréciée de son fils, Charles
le Téméraire, qui en étendit successivement la juri-
diction 3 de sorte qu'il dut bientôt la détacher, pour
ainsi dire, de sa personne en lui assignant des sessions
fixes, à Arras, à Malines, vu la grande multitude des
1 Ms. de la Bibl. de Bourgogne, n° 7244.
* « Environ l'an MCCCCLIIII, lui, monsieur le ducq Philippe...
avisa, par grande délibération de faire tenir consistoire par son Grand
Conseil, étant lez luy, et d'avoir procureur général par tous lesditz
pays, pour illecq estre traicté toutes les matières dessusdictes et
aultres concernant sa haulteur et seigneurie, aussy bien de Flandre
que des aultres pays....
Et sy feist mondict seigneur sortir au Grand Conseil les appellations
des sentences données en Flandre, des proches venant de l'Empire,
lesquelz auparavant avoient esté arretz non appellables.
Et le continua mondict seigneur le ducq tant qu'il vesquist.) Wie-
lant, Antiquités de Flandre, p. 133.)
s Ce consistoire plaisoit fort à monseigneur le ducq Charles lequel,
incontinent après le trespas du Ducq... esleva et emplia fort le
dict conseil d'authorité et de juridiction et y commist chancelier chef
du conseil, etc.
.... En l'an LXX1 fist ledict ducq renouveller ledict conseil et
lui bailla nouvelle ordonnance en y commectant ung chancelier...
(Ibid. p. 134.)
INTRODUCTION. XXXI
causes qui y affluaient ' ; puis, la scinder en deux
grands corps : car ces diverses extensions préparaient
le Parlement de Malines.En 1 473, le duc, voyant le Grand
Conseil trop occupé, lui ôta les attributions judiciaires
pour les remettre à cette institution nouvelle, et les
attributions financières qui passèrent à la chambre du
trésor 2. Les affaires d'État restèrent seules au Grand
Conseil.SouLS Charles-Quint il s'appellera le Conseil d'État.
Ce dut être l'époque de la plus grande influence de
Ghillebert. Quarante-six années de croisades et de com-
bats, ou il avait été plusieurs fois blessé et fait prison-
nier ; trente années de service militaire, au château de
l'Ecluse, dans une époque traversée de toute sorte de
guerres ; trois grands voyages en Orient, des ambas-
sades sans nombre, pleines de dangers et ayant exigé
une sagacité rare, une énergie peu commune et des
études sérieuses ; une participation active à des traités
comme le Pacte de Troyes, à des conciles comme celui
deBâle, oii lés intérêts de l'Europe étaient en cause ;
toute une vie de courage, d'intelligence et de dévoue-
1 En l'an LXII, mondict seigneur... voiant la grande multitude des
causes affluant en sondict conseil et que c'estoit grande peine, travail
et despense aux parties de suivre ledict conseil, quelque part qu'il
alloit, il envoia résider pour un temps en lieu arresté, etc
(Ibid. p. 135.)
1 Et aussi seront à Malines la chambre des comptes de Lille et
de Bruxelles. (Institution du Parlement de Malines, annexe contenant
les nomsdespremierstitulaires.Ms.de Paris, N° 1278, p. 276 v°.)
XXXII INTRODUCTION.
ment avait dû lui assurer la confiance et l'estime de
Philippe le Bon. C'est alors sans doute que Ghillebert,
rentré d'un nouveau pèlerinage à Rome pour le jubilé
de 4 450, se mit à compléter ses mémoires, en ajoutant
aux Rapports, offerts aux deux souverains en 4 423, et
à la nomenclature des pèlerinages, rapportée de Jéru-
salem, une mention, presque toujours concise, de ses
faits d'armes, voyages et ambassades, depuis sa pre-
mière chevauchée à l'âge de 4 3 ans jusqu'au jubilé de
Rome, dans un âge avancé. Son chapelain nous
apprend que ces diverses parties ne furent pas réunies
du vivant de l'auteur. Les Rapports seuls avaient été
remis aux deux souverains, ce n'est qu'après sa mort
que le recueil fut formé par son chapelain lui-même.
S'il écrivit d'autres œuvres, comme j'ai eu à le cher-
cher, ce fut vraisemblablement alors qu'elles furent
composées.
Ces dernières années ne furent pas sans luttes et
sans souffrances. En \ 452, Ghillebert devenait veuf pour
la troisième fois. En 4 453, il assista à la grande révolte
des Gantois, à la violente répression qu'en fit le duc.
Il avait alors 67 ans. Prit-il part à cette expédition
oii Ton voit un de Lannoy déployer une grande activité,
sans que les chroniqueurs le désignent ? Fut-il aussi, en
1454, un des chevaliers qui firent le Vœu du faisan?
Les chroniqueurs omettent encore le prénom. Il est plus
vraisemblable de penser que ce fut le nouveau cheva-
lier de la Toison dor de la famille, le jeune Jean de
INTRODUCTION. XXXIII
Larïnoy, qui avait remplacé Hugues son père dans le
gouvernement de la Hollande.
Ghillebert mourut à l'âge de 76 ans, le 22 avril 1 462.
Il laissait plusieurs enfants, dont la postérité tint un
haut rang dans la Toison d'or et dans la politique. 11
fut enterré dans l'église de Saint-Maurice à Lille. Gest
à Lille que revenant de Jérusalem en \ 423, il avait
déposé de précieuses reliques, « dans notre chapelle
de Saint-Pierre » , dit-il.
Sa vie avait été glorieusement remplie.
DEUXIÈME PARTIE.
LES ŒUVRES DE GHILLEBERT DE LANNOY.
Ghillebert laissait des œuvres qu'il dut considérer
comme des travaux de circonstance faits pour son sou-
verain et n'étant pas destinés à une carrière litté-
raire. « Car, de son vivant, dit son chapelain, il n'eut
jamais souffert ni voulu les estre mis en mémoire, de
peur que par aulcune façon ne lui eust tourné en vaine
gloire. » Il a dit lui-même qu'il n'était ni clerc ni lettré.
Ce qui explique et excuse, aux yeux d'Emile Gachet,
ses erreurs de date, c'est « qu'il ne pensait pas à être
exhumé par la postérité comme un rival des Comines,
des Chastelain, des Olivier de la Marche » . La publica-
cation de ses Rapports, puis de ses Mémoires complets
a révélé un observateur et un écrivain, et dès lors on ne
pouvait plus écrire l'histoire littéraire des ducs de Bour-
INTRODUCTION. XXXV
gogne, ni une étude sur Ghillebert de Lannoy sans
rechercher s'il n'avait pas laissé d'autres œuvres, ou du
moins sans recourir aux dépôts d'archives pour retrou-
ver les rapports qu'il aurait pu présenter sur ses autres
missions diplomatiques.
Après avoir esquissé sa vie, j'ai à montrer comment
j'ai été amené et autorisé à composer ses œuvres.
I.
Les Voyages et ambassades étaient connus. La partie
la plus importante : la reconnaissance militaire en Syrie,
faite pour le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne,
avait été publiée et traduite en anglais en 1821, dans
un grand recueil : UArchœologia Britannica. L'ouvrage
complet parut bientôt (1840) dans la collection de la
Société des bibliophiles belges, d'après un manuscrit
qu'on croyait unique alors et qui appartenait à l'éditeur,
M. Serrure. Là se bornait alors l'œuvre de Ghillebert.
Cependant, Barrois avait mentionné deux fois, d'après
les inventaires de la bibliothèque des ducs de Bour-
gogne, un manuscrit intitulé : Instruction d'un jeune
prince pour se bien gouverner envers Dieu et le monde.
(Nos 931 et 2112). Nul inventaire n'indiquait le nom de
l'écrivain. Galiot Dupré, en publiant, en 1517, à Paris,
le Temple de Boccace de Chastellain, l'avait fait suivre
XXXVI INTRODUCTION.
de V Instruction, sans en nommer l'auteur. Il n'en fallut
pas d'avantage : Lacroix du Maine l cite cette édition
et en infère que le second traité appartient aussi à
l'auteur du premier : à Chastellain « dit Tadventurier » ;
et depuis ce temps, tous les bibliographes de répéter
Terreur. L'abbé Gouyet renvoie à Lacroix du Maine, dont
les nouveaux éditeurs s'appuyeront à leur tour sur lui.
Paulmy d'Argenson écrit, de sa main, sur son manus-
crit, aujourd'hui à l'Arsenal, que l'auteur est Chastel-
lain, et Hœnel le répète d'après cette nouvelle autorité.
La Serna Santander ne fait pas autrement. Barrois ne
reproduit l'assertion que dans sa table des matières.
Van Praet s'en réfère à Lacroix du Maine. Reiffenberg
et Van Hasselt font écho. Enfin, M. Kervyn de Letten-
hove,en 1860, dans un rapport présentée l'Académie de
Belgique sur le projet d'une collection des écrivains
nationaux 2, et en 1863, dans le premier volume des
OEuvres de Chastellain, suivait ces autorités et décrivait
les divers manuscrits de Y Instruction d'un jeune grince,
qu'il comptait publier comme une des œuvres du
chroniqueur.
Il suffisait pourtant de lire une page de ce style ferme,
un chapitre de ces instructions mâles et simples, et de
les comparer au pathos allégorique de Chastellain, de
comparer par exemple, le chapitre du « Fénelon de
* Première édition, 1584, p. 118.
« Rulletins de l'Académie, 1860, t. X, p. 33.
INTRODUCTION. XXXVII
Charles le Téméraire1 » relatif à la guerre, au Livre de
la Paix de « l'humble Georges » , pour ne garder aucun
doute.
Cela est si vrai qu'arrivé au tome VI des OEuvres de
Chastellain, au moment d'y faire entrer ce livre, l'édi-
teur recula : « L'autorité de Lacroix du Maine et de
La Serna, dit-il, ne nous paraît point suffisante... Une
lecture attentive ne nous a pas permis d'y reconnaître
le style de notre auteur. »
S'il suffisait d'ouvrir au hasard YInstruction pour
reconnaître cette différence de style, était-il plus diffi-
cile de découvrir l'auteur de ces pages, qui diffèrent
tant du genre de Chastellain? Le prologue du livre per-
met de résoudre cette difficulté. L'auteur, employant
un artifice littéraire dans le goût de l'époque, et sans
doute pour mettre ses hardiesses à l'abri d'une fiction
qui les tempérât, y raconte la mort d'un roi de Nor-
wège qui, à ses derniers moments, charge son meil-
leur conseiller de rédiger pour le fils qui doit lui
succéder une sorte d'Art de régner. Au lieu de
nommer les ducs de Bourgogne Jean sans Peur et Phi-
lippe le Bon et de signer son œuvre, l'auteur met en
scène le roi Ollerich et il se cache lui-même sous le
nom du conseiller norwégien « qui en son temps avoit
« servi long espace de temps le roy Ruthegeer son père
« et pareillement le roi Ollerich » — dont le portrait
* Expression de M. Kervyn.
VOY. ET AMB. ,*
XXXVIII INTRODUCTION.
ressemble tant à celui de Philippe le Bon. — Cet auteur
fictif, il le nomme : Foliant% ou Fouliant, de lonal, ou
de Yonnal.
Si, d'après un usage du temps , l'auteur a voulu
se nommer indirectement, ce qui est hors de doute
ici , il ne pouvait le faire ailleurs ni mieux. Or, on
remarquera tout d'abord que lonal, on Yonnal, lu à
rebours, forme un nom très connu à la cour de Bour-
gogne : Lanoi, Lannoy.
Ce serait donc un de Lannoy qui se cacherait sous
ce pseudonyme.
Le manuscrit de Bruxelles (N° 10976) nous fournit
une autre indication. Une miniature y représente la
cour de Bourgogne. Philippe le Bon, dont les armes
sont peintes dans la lettrine, est sur son trône, ayant à
ses côtés son fils Charles et autour de lui des cheva-
liers de la Toison d'or. En face de lui , à genoux,
l'auteur lui présente son livre ; il est vêtu en seigneur
et porte le collier de la Toison d'or.
La miniature du manuscrit de la bibliothèque de
Sainte-Geneviève à Paris, représente la mort du roi au
moment où il charge Yonal d'écrire ce livre. L'auteur,
d'un âge avancé, en houppelande, porte aussi le collier.
Ce serait donc un De Lannoy, membre de l'ordre de
la Toison.
Il y en eut quatre sous Philippe le Bon. Deux
seulement avaient servi Jean sans Peur. De ces deux
De Lannoy : Hugues et Ghillebert, le prénom de Foliant
INTRODUCTION. XXXIX
nous permet de distinguer l'auteur de Y Instruction d'un
Jeune prince.
Folier, c'est, au dire des lexicographes, errer çà et là,
marcher de côté et d'autre, courir à tout vent, comme
un ballon : follis. Pierre de Fontaines s'en sert pour
Evagari : « Ne qu'ils aillent foliant. »
Or, quel chevalier de la Toison, du nom de Lannoy
et sachant écrire comme l'auteur du Voyage en Syrie, a
été plus foliant par le monde entier que ce chevalier-
diplomate, dont Lelewel a tracé le portrait que voici :
« 11 aimait la bonne chère et les fatigues, faire des
« pèlerinages à Jérusalem, à la grotte de Saint-Patrice,
« chercher des bosses et des cicatrices dans toute sorte
« de pays. Espagne, France, Angleterre, Prusse, Livo-
« nie, Russie, Lithuanie, Pologne, Grèce l'ont vu cher-
ce cher cet honneur... Jl en sortit maintes fois rossé, blessé.
« Il fut fait captif. Il remplit plusieurs missions diploma-
« tiques en France, en Angleterre, en Prusse, en Pologne
« et en Lithuanie, à Constantinople.il s'était chargé d'une
« en Turquie et accomplit ses investigations en Egypte
« et dans la Palestine. En un mot, guerroyer, se
« traîner à l'aventure (folier) en qualité de chevalier et
« d'homme d'affaires, avait été son unique préoccupa-
« tion. »
Mais, si foliant qu'ait été ce voyageur, l'homme poli-
tique était de bon conseil. Il jouissait de la confiance
de Philippe le Bon, qui le chargea de missions plus
importantes même que celle de moraliser son fils. Alors,
XL INTRODUCTION.
dit Emile Gachet, « le batailleur effacera un peu et mo-
dérera sa fougue pour faire place à l'homme sage et pru-
dent » . Philippe, du vivant de son père, lui avait déjà
confié auprès de lui V office des divines provisions, sorte
d'intendance intellectuelle et morale de la maison du
jeune prince. Il l'y garda jusqu'après l'assassinat de Jean
sans Peur, époque où Ghillebert quitta cette fonction
pour s'associer à l'œuvre politique de la vengeance du
duc. En 1 420, Philippe lui donna le sceau du secret ;
bientôt après, le duc et le roi d'Angleterre le chargèrent
d'une mission difficile en Orient.
L'auteur a fait aussi son portrait ; le roi le recommande
à son fils en ces termes : « Et jà soit ce qu'il ne soit pas
clerc ne aprins de lettres, il a autant qui vault, ou plus,
car il est sage, prudent, de grant expérience et qui a
moult vëu. »
Philippe le Bon aurait-il pu choisir pour son fils un
meilleur conseiller que ce diplomate- voyageur qui l'avait
servi si longtemps de son expérience et qui avait beau-
coup vu ?
Il n'y a pas jusqu'à l'exactitude des noms géo-
graphiques qui ne concorde ; quand l'auteur de Y Instruc-
tion nous transporte dans le Lyfland (p. 337 et s.), mot
si mal compris par les copistes qui en font l'Irlande ou
l'Islande, il suffit de recourir aux Voyages pour com-
prendre qu'il s'agit de la Livonie (p. 29, 37 et 38).
Depuis que j'ai exposé ces idées dans la Revue de
Belgique, aucune objection ne m'a été présentée et la
INTRODUCTION. XLI
commission de l'Académie qui dirige la publication de nos
écrivains, en votant l'impression des œuvres de Ghille-
bert de Lannoy, y compris Y Instruction, s'est rangée de
cet avis. Je puis donc considérer mes conclusions
comme admises.
Ainsi tout concourt à l'évidence : ce livre n'est pas
du verbeux Chastellain ; on ne peut en lire le prologue
ni en voir les miniatures ni en apprécier le style sans
l'attribuer au plus foliant des de Lannoy.
Il
Il ne m'était pas permis de m'en tenir là pour une édi-
tion des œuvres de Ghillebert. Un manuscrit était signalé
depuis longtemps comme appartenant à sa famille. De
Barante en avait tiré quelque parti \ M. Kervyn de
Lettenhove, en annonçant en 1860 qu'il emprunterait
à « un précieux manuscrit de Paris un grand nombre de
pièces inédites » pour son édition de Chastellain , supposait
que ce « recueil de pièces originales avait été formé par
Hugues de Lannoy, le bon seigneur de Santés » , et il en
imprimait aussitôt deux pièces qu'il attribue à un même
auteur, « anonyme, flamand; de petit estât, » qui, « à cinq
1 Histoire des Ducs de Bourgogne, Edition belge, t. IV, p. 157, et V,
pp. 202, 206 et 268.
XLII INTRODUCTION.
ans de distance, » aurait présenté à Philippe le Bon « le
programme d'un gouvernement constitutionnel en, Bel-
gique l. »
Il n'était pas possible de rien publier sur la famille de
Lannoy ni sur l'auteur de l'Instruction d'un jeune Prince,
sans consulter un manuscrit de cette famille qui conte-
nait un programme pareil.
Ce n'est pas cependant sans des préventions, qui me
semblaient justifiées par de nombreuses défectuosités, que
j'abordai cette étude. Les deux pièces publiées soule-
vaient bien des objections et je craignais d'y trouver,
sinon une supercherie, au moins un jeu d'esprit ou de
plume. Cette impression était telle que je négligeai de
les mentionner dans un livre 2 où elles auraient pu
trouver place, si elles avaient eu la signification indi-
quée : jetais trop en défiance pour prendre parti avant
d'avoir vu le manuscrit.
En effet, la première pièce dit (p. 228 des Bulletins
de l'Académie) : « veu le tems d'iver qui approche » ,
et elle est datée après l'hiver : 10 février. L'auteur y
expose la situation de la France après le traité d'Arras,
il cherche le parti que doit prendre le duc, soit pour
généraliser la paix, soit pour soutenir la guerre contre
les Anglais, et il date du 10 février 1 436 (avant Pâques,
vieux style, dit avec raison l'éditeur), c'est-à-dire en
1 Bulletins de l'académie, 2e série, t. XIV, pp. 218 et suivantes.
* Le génie de la paix en Belgique.
INTRODUCTION. XLIII
1437, plus d'un an après le traité, lorsque le duc avait
pris parti et commencé la guerre.
D'un autre côté, René d'Anjou y est appelé « mon-
seigneur de Bar» (p. 230 et 233) et l'on sait que, dès le
mois de janvier 1 437 il prit le titre de Roi de Sicile.
Changer le mois et l'année ? Pouvait-on y penser ?
La même pièce dit (p. 230) que le roi d'Angleterre « a
euh ceste saint Nicolay , eage de XV ans ». Henri V,
étant né en \ 421 , avait eu en effet quinze ans le
6 décembre 1 436 et l'auteur n'aurait pu parler ainsi
avant 1 437 ni même quand l'hiver de 1 436 approchait.
Est-il rien qui porte plus au doute que ces sortes de
contradictions irrémédiables ?
La seconde pièce ne semblait pas faite pour ramener
la confiance. Ses nombreuses ratures, une répétition
impossible l lui donnaient, dans les Bulletins de V 'Aca-
démie, un premier aspect de projet resté à l'état
d'ébauche. De plus, la date de 1442 que l'éditeur lui
assigne me semblait contredite par de nombreuses
allusions historiques qui ne conviennent qu'à l'année
1439, et ce qui me paraissait le plus invraisemblable,
c'est que l'auteur eût « présenté à Philippe le Bon l'éta-
blissement d'un gouvernement constitutionnel et repré-
sentatif » . Les citoyens libres de la Belgique moderne ne
peuvent que sentir une satisfaction politique à voir un
savant retrouver leur idéal au XVe siècle ; mais his-
'P. 238, §2, et 240, §3.
XL1V INTRODUCTION.
toriquement,le seul gouvernement représentatif possible
alors existait : les États-généraux ; l'auteur de l'Avis
en parle lorsqu'il s'occupe d'un emprunt à faire par le
duc : « du gré et consentement des Estas de ses pays. »
Philippe le Bon ne négligea guères de consulter les
États, dans ses pays comme en France : il en avait trop
besoin. C'est par là qu'il ouvrit pour ainsi dire son
règne, en 1419 : « Un autre grand Parlement arrière
assembla, » dit Chastellain. En 1415, les trois États de
Flandre avaient été réunis à Gand. En 1 459, Philippe le
Bon devait confirmer les coutumes de Bourgogne (charte
du 26 août). En 1 460, il devait renouveler les privilèges
qui mettaient les membres des États-généraux à l'abri
de toute contrainte (24 juin), et en 1465 et 1471,
les États-généraux étaient encore réunis.
Enfin, il me semblait étrange qu'un seigneur du temps,
et surtout une « personne de petit estât » eût osé
demander à Philippe le Bon d'admettre une autorité
« fût-ce contre son plaisir » , sans y mettre de restriction.
Ce manuscrit est des plus précieux cependant et
les pièces publiées sont d'une grande valeur. Tous les
détails qui me les faisaient suspecter ne sont que des
erreurs d'interprétation ou de simples fautes de copie.
Ouvrons le manuscrit. Le premier avis est lisible-
ment daté (fol. 39) du 10 septembre : l'hiver approche,
de l'année 1 436 : aussitôt après le traité d'Arras ; et
quant à l'âge d'Henri V, ce n'est pas : a eu, qu'on y lit,
le manuscrit dit qu'il aura quinze ans au 6 décembre,
INTRODUCTION. XLV
ce qui est exact (fol. 36 v°, avant-dernière ligne). Le
copiste aurait-il corrigé le verbe aura pour le mettre en
rapport avec sa fausse date ? Que ne changeait-il aussi
l'hiver en été !
Je nomme cette première pièce Y Avis de \ 436.
Le second document publié reprend aussi dans le
manuscrit son aspect de vérité. Au lieu de deux copies,
il y en a quatre ; les ratures disparaissent dans deux
au moins ; aucune répétition n'existe, sauf dans le texte
publié, composé de pièces et de morceaux ; et ces con-
seils, quand on en fixe la date exacte (1 439) et qu'on
les réduit à la juste mesure, ont un caractère qui reste
dans l'époque et qui peut l'honorer sans invraisemblance.
C'est un grand conseil permanent, que l'auteur propose
au duc d'attacher à sa personne, un conseil, élu par le
souverain , non par ses sujets ; et il n'est pas jusqu'au
« fut-ce contre votre plaisir » qui ne rentre dans le
vrai, car l'auteur a soin d'ajouter que le duc prendra
l'avis de ce conseil : « pour après ce, en disposer selon
sa conscience et bon plaisir ». Une variante même est
plus nette, elle supprime la conscience du duc et dit
simplement : « Pour après ce que d'iceulx seroit
adverty, en faire au surplus à son bon plaisir. »
Ces deux pièces sont-elles du même auteur ? Je suis
arrivé à me persuader le contraire, comme on le verra
plus loin ; et leur caractère anonyme peut aussi dispa-
raître, de sorte que leur importance ne fera que s'ac-
croître.
XLV1 INTRODUCTION.
Leur premier éditeur suppose que « ni l'une ni l'autre
de ces remontrances ne fut écoutée » , et il s'en console en
pensant qu'au moins « elles ne réveillèrent ni haine ni
dédain » et furent « conservées avec soin » . Cependant,
pour la première instruction, si Philippe le Bon ne fit
point la paix, il essaya, comme on le lui conseillait, la
réforme de ses finances, ce dont une pièce du même
recueil se plaint en 1 438 , et sa diplomatie suivit
exactement 4a ligne de conduite exposée dans Y Avis
de \ 436. Pour la seconde pièce, le 6 août \ 446, le duc
instituait un Grand Conseil permanent,sur le plan indiqué
et presque dans les mêmes termes. Cette charte, dont
j'ai trouvé trois copies à Paris, existe en original aux
archives de Bruxelles, elle a été publiée plusieurs fois
et récemment par l'Académie de Belgique \ Ces faits
donnent aux documents publiés une valeur considérable.
L'éditeur a deviné juste quand il dit que ce manuscrit
« paraît provenir de la maison de Lannoy » . Mais ce
recueil n'a pu être « formé par le seigneur de Santés » ,
car Hugues mourut en 1 456 et unbon tiers des pièces
appartient à des années postérieures, tandis que d'autres
ont été copiées sous Charles le Téméraire 2. Mais il con-
tient plus de pièces concernant les de Lannoy qu'on ne
1 Bulletins de la commission royale d'histoire, 3e série, t. XII,
p. 141. Voir p. 432. — Mémoire pour servir à l'Histoire de Bour-
gogne, Paris 1729. — Reiffenlerg , Mém. de Du Clercq.
2 Pièce n. 34, fol. 97 avec ce titre : De l'an II IIe XVII, parlant du
duc Philippe de Bourgogne, père au duc Charles.
INTRODUCTION. XLVII
la supposé d'abord. On le verra par l'analyse du
manuscrit : presque à chaque document, on rencontre,
ou le nom d'Hugues de Lannoy, ou des indications qui le
font reconnaître ; quand ce n'est pas lui que la pièce
concerne ou qui la rédige, il figure dans le récit ou a
pris part à l'événement ; sinon, c'est son frère Ghillebert
qui est en cause (on sait qu'il suppléait l'aîné de sa
famille auprès du duc *). Il n'y a pas à hésiter : ce
manuscrit est un volume des archives de la maison
de Lannoy.
Pour tous ces motifs, j'ai cru nécessaire d'étudier ce
recueil avec soin, et d'en publier l'analyse complète
pour rendre mes preuves plus précises.
Ces pièces sont-elles originales ? Un grand nombre, au
contraire, portent qu'elles sont des copies, « collation
faite,» (fol. 112). Cesoin du transcripteur nousautorise-
t-il à inférer que les autres pièces sont de la main des
auteurs ou de leur secrétaire ? Pour plusieurs, comme des
lettres transcrites sur la même feuille avec la réponse,
co.nme des traductions, cela n'est pas possible. Mais, ce
triage fait, il reste, surtout de 1 417 à 1 439, un nombre
de documents qui méritent d'être étudiés comme des
originaux : les uns sont évidemment des minutes de
rapports dont une copie a été remise au duc ; d'autres
sont des essais de rédaction, des brouillons, chargés de
4 Quittance du 10 mai 1429. Bib. nat. de Paris, cabinet des titres,
au nom de Lannoy. (V. p. 203.)
XLVIII INTRODUCTION.
ratures, de corrections, d'intercalations, écrits ou dictés
par l'auteur même, et quelquefois accompagnés de leur
mise au net.
Hugues de Lannoy était l'aîné de la famille. On
verra par l'analyse des pièces du manuscrit qu'un
grand nombre de pièces, de diverses écritures, le con-
cernent, qui sont les unes visiblement des copies faites
après coup, et les autres, des minutes avec corrections.
Parmi ces dernières, il en est une qui porte la signature
de l'auteur (fol. 40-44). Elle est inédite. C'est aussi un
Avis donné à Philippe le Bon, après la paix d'Arras.
Tout en bas du dernier feuillet (43 v°), après un
espace laissé en blanc, se trouvait une courte ligne
d'écriture que le relieur a coupée et dont il ne reste
qu'un mot : Santés. Ce nom, dans ce manuscrit, ne peut
être que celui du seigneur de Santés, Hugues de Lannoy.
Cette ligne coupée pouvait être une signature ou une
note comme on en trouve dans le manuscrit et qui
aurait été ainsi conçue : Avis baillé à Monseigneur
par le seigneur de Santés. Dans l'un et l'autre cas, cette
pièce appartient à Hugues de Lannoy.
Cet avis, sans date, doit être postérieur de quelques
mois à l'avis daté du 10 septembre 1436, quand l'hiver
approche. Ici, l'hiver est venu : « Considéré le présent
temps d'yver » . En quelques mois, la paix a perdu de
nombreuses chances, le conseiller la considère encore
comme « ung souverain bien » et il ne néglige rien de
ce qui peut la rendre possible, mais il s'arrête davan-
INTRODUCTION. XUX
tage aux préparatifs de la guerre et il semble s'inspirer
de la maxime : Si vis pacem, para hélium.
Une autre pièce mérite une mention spéciale, car
elle est de la même écriture que l'avis du 10 septembre
1 436. L'ordre des dates ne sépare pas ces trois pièces :
l'avis du 10 septembre 1436 vient le premier, l'avis
signé Santés, donné pendant l'hiver de 1 436, suit immé-
diatement et il est suivi aussitôt de cette nouvelle pièce
qui contient des instructions données par Hugues, le
2 mars 1438, à un messager qu'il envoie de Hollande
vers le duc, pour lui présenter une réclamation relative
à ses honoraires (fol. 124). Cette dernière pièce, ou
Hugues en arrive à parler à la première personne, a dû
être dictée par lui-même. Si l'on compare l'avis ano-
nyme du 1 septembre 1436, pour l'écriture aux Instruc-
tions de Hugues, et pour les idées à l'Avis signé Santés,
la similitude n'est pas douteuse. Ici c'est le même secré-
taire, là le même penseur ; l'un des conseils fait suite
à l'autre, et la pièce anonyme se range, par ce double
rapprochement, en tête de deux documents où l'auteur se
nomme. Si l'on publie la collection des actes diploma-
tiques d'Hugues de Lannoy, l'éditeur aura à voir si
l'avis du 10 septembre ne lui semble pas, comme l'autre,
signé : Santés l.
* C'est dans cette instruction que Tauteur se dit une personne
« de petit estât ». Mais peut-on prendre ce mot à la lettre ? Il suffit
de lire ces conseils pour comprendre qu'ils étaient impossibles de
INTRODUCTION.
Que cet avis soit ou non de Hugues, ce qui est cer-
tain, c'est que l'avis de 1 439 ne peut pas être de lui. Car
l'auteur recommande au duc de « en son conseil appe-
ler, à ce : m'onseigneur Croy... et le seigneur de
Santés » ; dans une première rédaction, qui a été
corrigée, le seigneur de Santés n'était pas même placé
le dernier dans la liste, comme il conviendrait à un
conseiller qui oserait se désigner au choix de son
souverain, comme il convenait même à son frère.
Un des frères de Hugues de Lannoy, plus célèbre que
lui, a servi comme lui Philippe le Bon en de nombreuses
ambassades, en d'importantes missions ; c'est Ghillebert.
Notre recueil contient une pièce relative à ce frère du
seigneur de Santés, c'est un jugement donné par le duc
contre le bailly de l'Écluse dans un conflit d'autorité. Le
jugement est tout en faveur du gouverneur du château,
qui est Ghillebert (27 janv. 1440). Nous le publions
en entier (V. p. 262).
Mais n'est-il pas d'autres pièces où le frère de
Hugues n'est pas nommé et qu'on puisse lui attribuer ?
Parmi les documents originaux de ce manuscrit, si
l'on suit l'ordre des dates, on rencontre d'abord quatre
toute autre personne que d'un seigneur de la cour, et le texte même
annonce un conseiller du duc, car l'auteur s'offre à soutenir ses idées
dans le conseil. Dès lors, on ne peut voir dans cette expression qu'une
formule de modestie. Vis-à-vis du terrible souverain, qui donc ne se
disait pas de petit état ? Quoiqu'il en soit, et quand même cette opi-
nion ne serait pas admise, le reste de mes conclusions n'en souffrirait
pas, car tout ce qui suit relativement à Ghillebert en est indépendant.
INTRODUCTION. LI
i
minutes sur le même sujet : la guerre à porter en
Bohême contre les Hussites.
M. Kervyn de Lettenhove a publié des fragments de
l'un de ces textes et il dit, sans donner les motifs de
cette assertion : « L'auteur de ces diverses propositions
est le même que celui de l'important avis sur la réforme
du gouvernement. » Nous venons de voir que ce der-
nier avis ou plutôt ces avis ont deux auteurs, dont un
déjà nous est connu. Auquel des deux faut-il faire hon-
neur de ces nouvelles instructions?
Pour résoudre cette question, il faut d'abord distin-
guer une de ces quatre pièces ; c'est un mémoire
beaucoup plus court, différent de rédaction et de date,
et qui semble exposer un résultat tandis que les trois
autres, qui ne sont que trois rédactions ou copies d'un
même avis, ont plutôt le caractère d'un mémoire pré-
liminaire.
L'auteur de ce dernier ne peut être découvert que par
l'étude des écritures. L'auteur de la première pièce, au
contraire, se désigne nettement. « Estoit l'entencion
dudit roy (des Romains) quant je me partis, dit-il, d'aller
à Rome, sur ceste saint Remy, pour soi couronner »
(fol. 4 46, § 4).
L'auteur est donc un conseiller du duc qui a vu en
Allemagne le roi des Romains. Ce roi ne peut être
Albert d'Autriche, que cette pièce classe parmi les élec-
teurs. Ce doit être Sigismond. Or, Sigismond reçut la
couronne de fer à Milan en 1 431 et la couronne d'or à
LH INTRODUCTION.
Rome en 1433. C'est donc avant ces années que ce
mémoire fut écrit, et l'avis doit remonter à une époque
antérieure, lorsque l'empereur avait seulement l'intention
de se faire couronner.
Notre manuscrit étant un recueil d'archives de la
maison de Lannoy, c'est naturellement d'abord dans
l'histoire de cette famille, qui a donné trois ambassa-
deurs à Philippe le Bon, qu'il faut chercher. Les actes
relatifs à Hugues ne fournissent rien. Mais on trouve
dans les Voyages et ambassades de Ghillebert de Lannoy
la mention complète de cette ambassade auprès du roi
des Romains, « pour le fait des Housses » , et cette
ambassade, ainsi que les conférences préliminaires de
Ghillebert avec le duc, est confirmée par les comptes
des archives de Lille (V. p. 201 et 202). L'année
concorde et le récit du voyage semble extrait du
mémoire au duc. Le livre donne l'itinéraire de l'ambas-
sadeur ; le mémoire, ses observations. Ghillebert passe
chez le duc Palatin et le marquis de Brandebourg, il
arrive en Hongrie et trouve à Bude l'empereur Sigis-
mond, «auquel je fis mon ambaxade » dit-il ; à Vienne,
il fait son ambassade au duc Albert d'Autriche ; puis
il revient à Mayence oii il trouve l'archevêque, et il va
« devers les autres Éliseurs de l'Empire. » Le mémoire
suit à peu près le même ordre et s'occupe des mêmes
personnages : voici d'abord la situation de l'empereur
et ses intentions , avec tout ce que l'ambassadeur a
observé et appris en Hongrie ; puis viennnent les Éli-
INTRODUCTION. LUI
seurs de l'Empire : le palatin, le seigneur de Meis-
sen, le marquis de Brandebourg, les archevêques de
Mayence, de Cologne et de Trêves, le duc Albert d'Au-
triche. D'un côté, les étapes ; de l'autre, les résultats,
d'une même mission.
Voici les premières lignes du Voyage :
« L'an vingt et huit, le deuxième jour de janvier
« (1429), partant de l'Écluse, me envoya mondit sei-
« gneur le duc en ambaxade, pour le fait des Housses,
« en Hongrie, devers le roy des Rommains, roi de
« Behaigne et de Hongrie et devers le duc Aubert
« d'Osteriche et devers les éliseurs de l'Empire.
« Ouquel voiage demourai quatre mois. »
Je publie ce mémoire sur les Hous (p. 250). En le rap-
prochant du texte des Voyages (p. 164 et s.), on sera
persuadé que l'auteur est Ghillebert de Lannoy. Il sem-
ble, quand il écrivit ses Voyages et ambassades, qu'il
dût avoir sous les yeux cette minute de son mémoire à
Philippe le Bon, conservée dans ses archives et gardée
ensuite précieusement par sa famille.
III.
Revenons au second avis sur la réforme du gouver-
nement, que M. Kervyn de Lettenhove attribue au même
auteur que le premier et place à l'année 1 442.
11 suffît de feuilleter le manuscrit pour s'assurer qu'il
VOY. ET AMB. d
LTV INTRODUCTION.
s'y trouve, non pas deux, mais quatre copies de cet
avis (fol. 16, 22, 26 et 44). L'écriture seule les
désignerait aussitôt, elle est la même pour les quatre
pièces et elle diffère sensiblement de celle des autres
documents. Pour le brouillon comme pour la mise au
net , pour la rédaction si différente des trois autres
comme pour celles-ci, c'est la même main qui tient la
plume.
Le premier soin à prendre était de fixer la date de
cet avis. Plusieurs indications permettent de circon-
scrire le terrain en avant et en arrière.
L'auteur rappelle la Paix d'Arras (1435); il nomme
René d'Anjou, roi de Sicile (René prit ce titre en 1 437) ;
il parle de Madame de Charolais : te jeune comte se
maria le 30 septembre 1438. Ce ne peut donc pas être
avant 1438.
D'un autre côté, l'auteur ne sépare jamais le roi de
France du Dauphin, il conseille d'agir sur les ducs
d'Orléans, de Bretagne, de Bourbon, d'Alençon et autres
seigneurs français. C'est donc avant la Praguerie
(mars 1440).
Entre ces deux limites, septembre 1438 et mars
1440, de nouveaux jalons peuvent nous diriger. L'au-
teur revient à deux reprises sur la supposition que la
France, comme « aucuns le maintiennent» , vient de faire
un traité avec l'Angleterre. Le traité d'Harcourt est du
20 décembre 1 438. Enfin, il dit que la duchesse « présen-
tement se emploie par de là » pour la paix. En janvier
INTRODUCTION. LV
1 439, des conférences furent arrêtées, sur l'initiative de
la duchesse de Bourgogne et du duc d'Orléans, et la
duchesse s'y rendit, entre Calais et Gravelines, au mois
de juin 4439.
Ce doit être à l'occasion de ces conférences que l'avis
fut rédigé.
Ces indications ne peuvent convenir à l'an 1442
« cinq années» après 1437. En 1442, le duc ne s'en
remit pas à son épouse, il alla lui-même au congrès de
Nevers ; les seigneurs, auxquels l'avis lui recommande
de s'adresser, y étaient rassemblés ; la maison d'Anjou,
que l'avis dit si puissante, avait perdu de son autorité, et
ce n'est pas au duc qu'il fallait donner de tels conseils, c'est
au roi que les princes exprimèrent alors des idées sem-
blables. Enfin, Philippe n'était pas dans la gêne, il étalait
sa puissance, fêtait l'empereur, recevait une ambassade
d'Orient, se préparait à la conquête du Luxembourg.
La première chose qui frappe l'esprit lorsqu'on étudie
ces quatre pièces, c'est le travail, consciencieux,
minutieux même, d'élaboration des idées de l'auteur,
que l'on y saisit sur le fait. L'une d'elles n'est qu'un
fragment, elle ne contient qu'un feuillet, le commence-
ment du mémoire ; on y voit quelques ratures, quelques
surcharges et quelques corrections en marge, d'une autre
écriture que le texte. Sauf quelques variantes, je n'ai
à y relever qu'un détail utile : la minute que je consi-
dère comme un premier essai, contient de plus que
sa mise au net toute une page qui se termine par
LVI INTRODUCTION.
des vers de Jean de Meung ; ce feuillet va assez loin
pour prouver que l'auteur avait supprimé ces alinéas au
moins dans deux des copies qui nous restent.
Après ce fragment, je rencontre une rédaction fort
différente des autres. Sauf -l'encre, c'est la même écri-
ture ; sauf des variantes de rédaction, c'est le même
sujet. Le même serment, que l'auteur propose d'impo-
ser aux membres du conseil permanent, s'y trouve ;
mais le début et la fin diffèrent entièrement, ainsi que
plusieurs paragraphes où. les mêmes idées prennent
une autre forme. Il y a peu de ratures, quelques sur-
charges et en marge des nota qui ne sont pas destinés à
entrer dans le texte.
C'est là qu'est le plus nettement exprimé le droit du
souverain « d'en faire au surplus à son bon plaisir » , et il
est curieux de voir la pensée de l'auteur se montrer ici
sous des formes nouvelles.
Est-ce une dernière rédaction oii l'auteur aura un peu
développé ce serment et transformé le reste ? Est-ce un
premier projet dont il n'aura gardé que le serment, en
l'abrégeant ? Je penche pour cette dernière opinion, on
verra plus loin pourquoi.
Sur la dernière page laissée en blanc, on lit, non sans
difficulté, un essai de variantes, avec des ratures et des
surcharges, d'une écriture toute autre, rapide et
négligée, que nous retrouverons ailleurs.
Restent deux minutes complètes, que l'édition des
Bulletins de V Académie a singulièrement mêlées. La pre-
INTRODUCTION. LVII
raière est visiblement une première dictée ou rédaction ;
elle est beaucoup raturée, elle est corrigée et augmentée,
soit entre les lignes, soit en marge, par une autre main,
la même qui a corrigé les deux autres textes ; et elle est
beaucoup plus développée que sa mise au net. Outre
la page entière, dont j'ai déjà parlé, et qui ne se trouve
nulle part ailleurs, la conclusion prend cinq pages des
Bulletins tandis qu'elle est résumée dans la bonne copie,
que l'auteur semble avoir condensée avec soin.
Enfin, sur le dernier feuillet resté blanc, on lit,
en travers de la liasse qui a été pliée en deux dans sa
longueur : « Avis baillé à mons.... etc. » le reste
manque, car la page est déchirée ; mais cette note semble
indiquer que c'est ce texte qui a été remis au duc
de Bourgogne.
J'ai parlé des variantes ; Tune d'elles est plus remar-
quable qu'aucune autre. L'auteur, s'occupant de la
réforme des finances, relève les dépenses, « les super-
fluités » de la cour ; la première minute résume discrè-
tement les détails et semble glisser sur ce terrain brûlant ;
la bonne copie, au contraire, lesénumère et aborde, une
à une, en neuf paragraphes, concrets et nets, les diverses
maisons de la famille ducale et même la dépense per-
sonnelle du souverain.
Aucune de ces copies n'est sans intérêt ; toutes, avec
leurs variantes, leurs hésitations, leurs amendements,
montrent le travail d'élaboration de ces idées du con-
seiller, à la fois hardi et dévoué, enthousiaste et réflé-
LVIH INTRODUCTION.
chi, et l'on assiste, non sans une certaine émotion, à
la gestation de ces patriotiques conseils.
L'intérêt de ces pièces augmente si l'on compare ces
essais de rédaction à une œuvre de la même époque
que j'ai déjà appelée l'Art de régner : je parle de
L'Instruction d'un jeune prince, que j'ai pu sans conteste
attribuer à Ghillebert de Lannoy. Ces quatre pièces
semblent les premiers essais de cette œuvre, de sorte
que le développement de ces idées, déjà si curieux s'il
ne s'agit que d'un simple mémoire au puissant duc,
prend une importance capitale lorsqu'on aperçoit dans
ces avis politiques le germe d'une grande œuvre litté-
raire : on dirait alors de ces quatre pièces autant
d'esquisses progressives d'une peinture de maître.
Il n'y a pas à s'y méprendre : dès qu'on possède bien
ces textes, de nombreux points de rapprochement
nous frappent à la fois, oii l'on reconnaît les grandes
lignes, les jets de couleurs et même les détails du
tableau. Ces sortes d'impressions éclatent dans l'esprit
spontanément, comme il arrive qu'on reconnaît, sans
l'avoir jamais vu, à d'imperceptibles traits de famille,
le frère ou le fils d'un ami. Mais il est plus difficile de
communiquer ce qu'on a ainsi éprouvé. Il serait trop
aisé de renvoyer les lecteurs à l'expérience et d'atten-
dre que le même effet se produisît en eux ; force est
bien d'analyser après coup ce qu'on a ressenti, de se
rendre compte des causes et de chercher l'explication
de ce sentiment irréfléchi, pour le faire admettre.
INTRODUCTION. LIX
Ces preuves abondent, la difficulté consiste à se borner.
Les grandes lignes générales de l'Instruction d'un
jeune prince apparaissent déjà dans le simple Avis baille
au duc. S'agit-il de la justice ? Le prince, pour être juste,
doit commencer par lui-même, car il n'a d'autre frein
que Dieu et sa conscience. Les deux œuvres expriment
cette idée presque dans les mêmes termes :
« Toute créature qui a sens et cognoissance des com-
mandemens de Dieu, doit entendre de se gouverner
par droiture et justice, faire à autrui ce que on vouldroit
que on lui feist, et plus les princes que autres, qui
ont le peuple à gouverner et qui nont autre correction
sur eulx sinon la crémeur de Dieu et leur propre con-
science.» (V. p. 298 et s.)
C'est VAvis qui parle ainsi. On croirait que c'est
Y Instruction :
« Cilz n'est pas dignes de pugnir et justicier le poeuple
s'il n'a puissance et voulenté de faire raison et justice
de lui-mesme. C'est à entendre que, se l'en fait domage
ou injure à aultrui, que jamais l'en arreste tant qu'il
soit amendé ou restitué, et en briève substance que
Ven face à aultrui ce que on voudroit que on lui feist,
(ch. IÏÏ, § 6)... Autre chose est de adrechier ung jeune
prince ou aultres grans seigneurs, qui nont aultre cor-
rection sur eulx se non la crémeur de Dieu et leur propre
conscience seulement » (ch. I, p. 350). L'auteur répète
l'idée plus loin : ch. H, p. 360.
Est-ce des finances qu'il est question ? Les mêmes
LX INTRODUCTION.
idées se reproduisent et le dicton qui revient plusieurs
fois dans les Avis reparaît dans le livre : « Prince cré-
mant Dieu ne doit (ou ne veult) vivre que du sien. »
[Instruction, ch. VII, p. 401. — ld. p. 394.) Avis,
p. 306, 309, 319 et 324.
La comparaison des destinées du prince qui « par
voyes tyranniques » pressure ses sujets et du seigneur
qui administre bien ses finances, cette belle idée, si bien
développée dans le chapitre VII de X Instruction, est déjà
tout entière dans Y Avis et les termes se rencontrent
encore : Le bon roi sera « crému et doubtés » ou
« doubtés et crému » de ses ennemis (Instruction ch. VII,
pp. 396-397; Avis , p. 325) — amé de ses subgès et
secouru par eulx à ses besoings (Avis, p. 325) — ou
prince amé de ses subgès ne sera pas secouru à son
besoing de trésor~seulement, mais de cœur. (Instruction
ch. VII, p. 400.)
Veut-on entrer dans les détails d'idées et même de
mots ? Voici des deux côtés : sept ou huit conseillers
que l'auteur recommande au souverain d'attacher à sa
personne, auxquels les affaires devront être renvoyées,
qui donneront librement leur opinion, seront punis de
toute prévarication et honorés par le prince qui ne fera
riensans eux (pp. 299, 303, etc.— 369, 372, etc.). Voici
la même objection, relevée par l'auteur (p. 324 et 401).
Voici même la réserve que ces conseillers ne pourront
accepter, pour leur office, aucuns dons ne profit « cor-
rumpables » , « autres que volatilles et petits vivres ou
INTRODUCTION. LXI
buvrages,» dit une des rédactions de Y Avis (p. 302 note 4).
— « Si non grasieusetés comme volilles, fruits, vins, en
pos et en flascons, dit Y Instruction (ch. V, p. 378).
Dans le compte de la dépense du duc ou du prince,
l'auteur ne se borne pas à conserver les grands traits
seulement, il reprend de minimes détails : « La tierce
(dépense), avait dit Y Avis y en l'extraordinaire de mon dit
seigneur, tant pour ses vêtemens, habillemens de corps,
harnas, chevaulx, chiens et oiseaux, dons libéraux et
aumosnes » (p. 308), et Y Instruction répète : « C'est
à entendre la dépense ordinaire les habillemens, che-
vaulx et harnas, appartenans au corps, dons de charité
et d'aumosnes, et dons libéraux qui appartiennent
à la haultesse de son estât et ce qui appar-
tient pour avoir le déduit de chiens et d'oiseaulx. »
(ch. VII, p. 309.) Des deux côtés, l'auteur n'oublie pas
même le chenil et la fauconnerie du duc.
Je pourrais multiplier ces rapprochements, je crois
en avoir dit assez pour pouvoir laisser l'impression
personnelle du lecteur faire le reste ; il n'est pas dou-
teux qu'il n'en arrive à être frappé de ces traits de
parenté entre les deux œuvres.
Dès lors, la conclusion s'impose. Il n'est pas possible
de s'arrêter à l'idée que ces similitudes ne sont que des
coïncidences dues à des hasards de rencontre de deux
écrivains, à chaque pas. Qui aurait pu tirer ainsi parti de
ces minutes ? Une seule a dû être remise au duc, toutes
sont restées dans les mains de l'auteur et de sa famille
LXII INTRODUCTION.
et plus d'une variante de l'avis, supprimée dans la mise
au net, reparaît dans le livre. Est-il à présumer que
l'auteur du livre eût pu avoir connaissance de ces
pièces si ce n'était pas lui, ou du moins son frère, qui les
avait rédigées. Nous avons vu pourquoi Hugues n'en
peut être l'auteur. Il reste donc Ghillebert.
Ghillebert est sûrement l'auteur de l'Instruction d'un
jeune prince. Est-il acceptable aussi qu'un homme comme
lui, un penseur, un écrivain, si par extraordinaire il
avait eu communication de ces brouillons, se serait
servi à ce point des idées et des expressions d'autrui ?
Non, si la ressemblance existe, ces pièces et ce livre sont
d'un même écrivain ; on ne peut échapper à cette con-
clusion : que le conseiller qui mit tant de soins à rédiger
YAvis de 1 439 et qui en a conservé les divers essais,
les a mis en usage pour écrire l'Instruction et doit être
Ghillebert de Lannoy.
IV.
Une comparaison d'écritures peut corroborer cette
opinion en nous permettant d'attribuer au voyageur-
diplomate le premier mémoire sur les Hussites.
Remarquons d'abord le même travail de rédaction.
Il reste de ce mémoire : d'abord un brouillon, très-
confus, d'une écriture cursive, fort négligée, fort raturée
et surchargée de toute manière ; les premières pages
INTRODUCTION. LXIII
en sont proprement écrites, mais peu à peu les ratures
abondent, des paragraphes entiers sont supprimés ou
ajoutés et l'on constate des transpositions, indiquées
en marge : tantôt par des lettres A et B (fol. 4 58 v°),
tantôt et à deux reprises, par des chiffres, qui passent
du recto au verso, comme au feuillet 151 ; puis, qui
nécessitent une page supplémentaire que l'auteur inter-
cale dans son cahier et qui vont jusqu'à changer la
place de douze alinéas (fol. 153 v°, fol. 154 r° et v° et
page intercalaire fol. 159). Un pareil travail ne s'écrit
pas sous la dictée et ne peut pas être une copie.
Tout annonce que nous avons sous les yeux la rédaction
de l'auteur.
On rencontre ensuite une page dune mise au net
commençant par un item et oii les paragraphes sont
placés dans un autre ordre (fol. 150). Puis, en remon-
tant cent pages (fol. 50), on trouve une mise au net com-
plète de cette pièce, sans rature ni surcharge, mais oii
les paragraphes du feuillet précédent sont encore inter-
vertis et où l'on note beaucoup de variantes qui n'ont pas
été indiquées sur le brouillon. Ce qui fait supposer
qu'entre la première rédaction de la main de l'auteur
et celle mise au net, il a existé une copie qui lui a servi
à faire ses dernières corrections.
Ce travail de rédaction ressemble beaucoup à celui
de l'Avis de 1439.
Or, sur le verso d'un feuillet de cet avis (fol. 25), on
lit avec peine un essai de variante qui ne peut pas non
LX1V INTRODUCTION.
plus être ni d'un copiste ni d'un secrétaire, car ni
l'un ni l'autre n'écrivent sur le dos dune pièce, et qui
doit être de l'auteur. Elle est de la même écriture que
le long brouillon sur la guerre de Bohême.
Si Ghillebert, comme je crois l'avoir prouvé, est
l'auteur de l'avis de 1 439 , la variante qu'il y a essayée
devant être de sa main, on peut en inférer qu'il est aussi
l'auteur du mémoire contre les Hussites.
Rien n'est plus vraisemblable d'ailleurs et toutes les
probabilités sont en faveur de Ghillebert. N'est-il pas
naturel que le diplomate chargé de cette ambassade et
de cette exploration militaire, ait été celui des conseil-
lers du duc qui lui en avait tracé le plan dans cette
étude préalable ?
Enfin, il n'y a pas de doute que ce mémoire ne soit
antérieur à l'ambassade de Ghillebert, car le premier
conseil qui y est donné au duc est de se remarier : le
troisième mariage de Philippe le Bon fut célébré le
10 janvier 1430 ; puis, le duc de Bedford y est nommé
régent de France : on sait qu'il se démit de ce titre
en faveur du duc en 1 429.
V.
Des travaux aussi sérieux, venant d'hommes qui
avaient rendu de si grands services, ne pouvaient être
dédaignés par un souverain qui sans doute les avait solli-
INTRODUCTION. LXV
cités. Le premier mémoire contre les Hussites-fut suivi
de l'ambassade de Ghillebert ; le second eut pour résul-
tat l'abandon de ce projet, sans doute après cette
entrevue que Ghillebert conseille au duc d'avoir avec
l'Empereur.
Les avis ne restèrent pas non plus sans résultat. Si
l'on compare les essais de rédaction de Y Avis de 1 439
et les chapitres de l'Instruction d'un jeune prince relatifs
aux conseillers et aux finances du souverain, avec
l'édit de Philippe le Bon du 6 août 1 446 où il institue
ce grand conseil permanent qui lui est recommandé par
Ghillebert, on sent l'œuvre du diplomate grandir.
VI
Un dernier point restait à examiner. Plusieurs
manuscrits ne séparent pas de YInstruction d'un jeune
prince, un autre ouvrage intitulé : Notables enseignements
d'un père, et quelques critiques les attribuent au même
auteur.
Quand cet auteur pouvait être Ghastellain, cette
opinion semblait plausible. Depuis que YInstruction ne
peut plus appartenir qu'à Ghillebert de Lannoy, tout
est remis en question, et j'ai eu d'abord à déblayer le
terrain de bien des obscurités.
M. Kervyn de Lettenhove, en commençant la publi-
cation des œuvres de Ghastellain, avait fait entrer
LXVI INTRODUCTION.
dans la liste détaillée de ces œuvres, les Enseignements
aussi bien que Y Instruction. Voici ce qu'il en disait :
« Enseignements d'un père à son fils, écrits pour
« l'éducation de Charles, comte de Charolais, depuis
« Charles le Hardi... s
« Dans la miniature du manuscrit de Paris, N° 1216,
« un personnage qui porte le collier delà Toison d'or,
« offre le livre au comte de Charolais. Le manuscrit
« 1217 renferme aussi une fort belle miniature.
« Une adecdote relative au sire de Robertsart est
« racontée comme on la retrouve dans la chronique de
« Chastellain (manuscrit de Florence) ; elle manque
« dans les autres historiens contemporains.
« Dans le manuscrit de Paris, N° 1217, les Ensei-
« g nements paternels sont joints à la Fiction en la personne
« du duc Charles.
« Chastellain dit lui-même qu'il composa le Livre
« du père à son fils '. . . »
Et plus loin, dans le paragraphe relatif à Y Instruction :
« Un passage relatif à Hugues de Tabarie, reproduit
« dans les Enseignements paternels et dans Y Instruction
« du jeune prince, établit que ces deux ouvrages sont
« du même auteur. »
Cependant l'éditeur de Chastellain a renoncé aussi à
* Je supprime ici l'indication des manuscrits.
* Exposition sur vérité mal prise, éd. Buchon, p. 523, note de
M. Kervyn.
INTRODUCTION. LXVII
faire entrer les Enseignements dans ses œuvres. Faudrait-
il en inférer qu'ils sont inséparables de Y Instruction et
doivent revenir comme elle à De Lannoy ? Je n'ai pu
l'admettre sans contrôle.
Tout d'abord, la plus forte preuve fournie par l'édi-
teur de Ghastellain est une erreur. Le passage relatif à
Hue de Tabarie se trouve bien dans l'Instruction, mais
ne se rencontre dans aucun des manuscrits connus des
Enseignements.
Les arguments en faveur de Chastellain n'étaient pas
plus solides. Un manuscrit, il est vrai, met les Enseigne-
ments à la suite d'un livre de Chastellain, mais trois
manuscrits les placent après l'Instruction d'un jeune
prince, et dans chacun, le vélin, le nombre des lignes,
l'écriture, les lettrines, le genre de miniatures étant
les mêmes, tout prouve que ce ne sont pas des œuvres
reliées ensemble, mais qu'elles ont été copiées à la suite
l'une de l'autre.
Le nombre des manuscrits, la destination des deux
principaux, la date où ils ont été écrits, sont bien
plutôt en faveur de Ghillebert. Car le manuscrit N° 1 21 7
est seul contre trois, il est postérieur à deux des autres
et n'était pas destiné au duc comme l'un d'eux.
L'anecdote racontée, dans les Enseignements « comme
on la retrouve dans la chronique de Chastellain » , ne
me semble pas plus probante. Quand même le texte
serait tout à fait pareil, ces récits, transcrits mot à
mot, n'étaient pas rares à cette époque et l'on pourrait
LXVIII INTRODUCTION.
penser que l'un des écrivains a répété l'anecdote d'après
l'autre. Mais le ton et le style des deux versions * diffè-
rent assez pour qu'on y distingue deux auteurs rappor-
tant un fait de leur temps, bien connu.
L'éditeur de Ghastellain m'autorise à parler ainsi :
l'unique raison qui le décide à ne pas publier un
livre que son auteur lui-même dit avoir composé, est
la même : « Une lecture attentive, dit-il, ne nous a pas
permis d'y reconnaître le style de notre auteur. »
Le Livre du père à son fils que Ghastellain fait entrer
dans l'énumération de ses œuvres n'est donc pas le
même ouvrage que les Notables enseignements paternels.
Ces Enseignements ont-il été écrits pour Charles le
Hardi, quand il n'était encore que comte de Charolais ?
Rien ne le prouve et tout va nous prouver le contraire.
La miniature du ms. de Paris N° 1 21 6 représente un
personnage admonestant un jeune homme ; il porte au
cou la Toison d'or et à la main une férule. Le jeune
homme se tient devant lui, debout, son feutre à la main,
non comme un prince qui reçoit un livre, mais comme un
élève qui écoute un maître. Si le peintre avait voulu
représenter le fils de Philippe le Bon, aurait-il pu mettre
devant lui, pour lui offrir un livre, un personnage, la tête
couverte et la férule levée.
Ce livre ne peut d'ailleurs pas avoir été écrit pour le
jeune prince. Une simple lecture suffit pour reconnaître
1 Je les mets en présence, p. 459 note 3.
INTRODUCTION. LX1X
que c'est un père, noble homme et grand seigneur, qui
s'adresse à son fils. Quand Fauteur donne pour but à
l'éducation de l'enfant d'acquérir l'amour et les grâces de
son prince ; qu'il lui fait espérer que, s'il suit ses avis,
son prince entendra parler de lui et lui donnera un
office ; qu'il lui indique trois moyens de s'enrichir : un
riche mariage, les faveurs du souverain et les succès à
la guerre, on sent combien il est impossible que de tels
conseils aient été adressés au fils du plus riche et du
plus puissant des souverains de l'époque.
Cette miniature, comme les autres, représente donc le
père admonestant son fils. Mais ici, le père porte le
collier de la Toison d'or, comme, dans un autre manus-
crit, l'auteur de Y Instruction. Chastellain n'eut jamais le
droit de porter ces insignes et le peintre miniaturiste
se tourne encore contre le chroniqueur qui s'appelait
lui-même « l'humble Georges. »
Je n'ai pu cependant écarter ces erreurs sans affaiblir
l'opinion que ces deux ouvrages sont du même auteur.
Mais pourquoi cesseraient-ils d'être inséparables dès
qu'ils cessent, l'un après l'autre, d'appartenir au faux
père qu'on leur a donné ?
Les manuscrits sont bien plus en faveur de Ghillebert
que de Chastellain. 11 en est trois qui ne séparent
pas les deux œuvres et de ce nombre sont les deux
plus beaux et les plus riches. L'un est l'exemplaire de
Charles le Téméraire, l'autre celui de Louis de Bruges,
seigneur de la Gruthuse. Aucun des autres manuscrits
LXX flSTRODUCTION .
n'a la valeur de ceux-ci ; un seul excepté, c'est celui de
Philippe le Bon, mais il ne contient que Y Instruction,
et l'on ne connaît aucune copie des Enseignements qu'on
puisse nommer l'exemplaire du Duc.
Une bonne copie réunit encore les deux ouvrages et
elle n'a pas moins d'autorité que Tunique volume où les
Enseignements sont joints à une œuvre de Chastellain.
Est-ce le style qui les séparerait ? Il les rapproche
au contraire aux deux seuls points de vue possibles. Tout
d'abord, il écarte l'idée de la paternité de Chastellain
pour l'un comme pour l'autre ouvrage. Quand M. Ker-
vyn de Lettenhove y a renoncé, il ne connaissait pas le
nom de l'auteur de ^Instruction et il savait que Chas-
tellain se déclare l'auteur d'une lettre d'un père à son
fils : le style lui a suffi.
L'étude du style prête bien plus à la négation qu'à
l'affirmation. Mais, outre la clarté, la force et la con-
cision, qui rappellent dans les Enseignements l'auteur
de ^Instruction, d'autres preuves ne manquent pas.
Dans presque tous les détails importants, on y retrouve
les idées des Avis et jusqu'à des allusions aux mêmes
circonstances. Comment ne pas rendre à l'auteur
connu de l'Instruction la seconde de ces œuvres insépa-
rables, lorsqu'on y voit un père, aussi chevalier de la
Toison d'or, recommander à son fils, comme il l'a fait
à Philippe le Bon et à Charles le Téméraire, de gar-
der dans la poursuite des coupables le calme et la
pitié, et condamner l'homme, comme le prince, qui veut
INTRODUCTION. LXXI
agir sans conseils ; puis, le foliant Ghillebert n'apparaît-il
pas plus encore lorsqu'il indique à son fils, comme
moyen de parvenir, les aventures de la guerre, et lui
conseille d'écouter ceux qui auront « le plus voyagié,
soit à la guerre, soit autrement » ?
L'auteur de Y Avis au duc, de Y Instruction au prince
et des Voyages et ambassades n'est-il pas là tout entier?
Gela me semble suffisant pour publier l'œuvre ano-
nyme comme l'œuvre signée.
VII.
Emile Gachet, en terminant une savante étude sur
les Voyages et ambassades l, a formé le vœu que Ton
pût un jour compléter l'œuvre de Ghillebert en joi-
gnant à ses Mémoires « les relations qu'il dut présenter
à Philippe le Bon de toutes ses ambassades » . Ce désir
est loin d être entièrement satisfait par les pièces que je
viens d'attribuer au diplomate. Que de rapports, notes,
mémoires, avis n'y manquent-ils pas, que j'ai en vain
1 Trésor national, 2e série, t. l,p. 179-225.
LXXII INTRODUCTION.
cherchés à Bruxelles, à Dijon, à Lille, à Vienne ! On
possède de Hugues un rapport diplomatique et plusieurs
notes militaires. Pourquoi ne trouverait-on pas, pour
Ghillebert, des documents semblables : sur l'ambassade
de 1 44 9, en Angleterre, qui prépara le pacte de Troyes, —
sur les négociations avec les États deBraine, — sur les
ambassades en Ecosse, à Francfort, en Arragon, — sur
l'incident du concile de Bàle, relatif aux ambassadeurs
deCharles VII, — sur le conflit avec le Dauphin, Louis XI,
— et aussi, le rapport des commissaires chargés de
revoir les statuts de l'ordre de la Toison d'or, — et
surtout, l'exposé de la dernière ambassade en Orient.
On n'a pas même retrouvé l'un des deux exemplaires
des Rapports sur la Syrie, qui ont été offerts aux deux
souverains. Ces manuscrits, d'après une mention quatre
fois répétée, devaient contenir des cartes qui seraient
si intéressantes et qui ne nous ont pas été conservées.
Malgré ces lacunes, je me suis cru autorisé à
publier cette édition ; car j'ai pu y reconstituer, au
moins en partie, la vie et les œuvres du diplomate,
observateur et moraliste. Plus d'une fois il m'a semblé
le voir renaître devant moi : on dirait d'abord ce que
les anciens appelaient l'ombre d'un grand homme; mais
peu à peu la vision prend forme, on peut suivre le cheva-
lier et le diplomate dans ses voyages, l'écrivain dans son
œuvre ; on assiste, pour ainsi dire, à l'éclosion de son
caractère, à l'élaboration de ses écrits, et, quelles que
soient les lacunes, la clarté se fait, la résurrection s'ac-
INTRODUCTION. LXX11I
cuse en traits exacts et l'on goûte un des plus grands
plaisirs de l'esprit à voir revivre un lutteur, un penseur,
un écrivain, un homme.
On a dû souvent en faire la remarque : ce ne sont
généralement pas des écrivains de profession qui créent
les genres littéraires, non plus que les langues : ce
sont plutôt des hommes dont le caractère primesautier ou
l'action collective répond aux besoins d'une situation,
et que les circonstances mettent à même de se déve-
lopper naturellement dans toute la puissance du corps
et de l'esprit. Froissart, par exemple, ce ménestrel de
génie, n'a pas « trouvé » ce récit historique qui l'a
fait comparer à Shakspeare. Un grand seigneur, mêlé
aux premiers événements d'une époque ou l'esprit
chevaleresque se transformait en de grandes guerres
politiques2 Jean-le-Bel, éprouve le désir de raconter ce
qu'il a vu, et il crée, comme en passant, sans songer
à l'art ni à la postérité, prenant si peu de soin de ses
manuscrits qu'ils sont restés perdus plusieurs siècles, mais
LXXIV INTRODUCTION.
par la seule virtualité d'un caractère épanoui dans la
puissance et dans la fortune, il crée ce genre qui illustre
Froissart. Comines vient ensuite donner à l'histoire un
ton philosophique , une profondeur de pensée qui
annoncent Machiavel. Comines n'est pas un écrivain,
rédigeant simplement des mémoires ; c'est un homme
politique déchu, un ministre tombé, qui résume toute
une vie de luttes., de triomphes et de revers, écrivant sous
le coup d'une grande disgrâce, dans les humiliations
de la retraite et de l'impuissance ; c'est presque une
justification qu'il essaie, presque une vengeance qui
lui échappe ; il veut se placer au-dessus de ce qui l'a
fait souffrir, juger son siècle du haut d'une philosophie
dont il a surtout besoin lui-même pour étouffer ses
douleurs, ses ressentiments, peut-être des remords. La
situation le domine, ne laissant point de place au métier,
et ce genre historique nouveau sort des ruines de la
grandeur d'un homme d'État.
La même différence s'observe dans les diverses com-
positions d'un même auteur ; il n'y a guère d'oeuvres
vivantes que les œuvres vécues et l'on distingue
vite les sujets imaginés à froid, les drames placés au
hasard dans une époque quelconque, sous les premiers
noms historiques venus, et ce que Gœthe appelle « des
poésies en l'air. »
L'œuvre de Ghillebert de Lannoy rentre dans la
catégorie des créations naturelles. L'auteur ne songe
pas à faire un livre ; il n'est ni clerc ni lettré, dit-il ;
INTRODUCTION. LXXV
son but unique est de remplir des missions utiles, de
présenter à deux souverains une exploration militaire
exacte, de décider le duc de Bourgogne à rentrer
dans une politique de salut, de perpétuer les mêmes
conseils au fils du duc et de former son propre fils à
une vie digne du nom qu'il porte. S'il s'était préoc-
cupé de l'avenir, avait voulu laisser à la postérité une
œuvre littéraire, il eût sans doute suivi l'impulsion du
temps, subi l'influence de Chastellain, de Christine de
Pisan, d'Alain Chartier, et sa personnalité ne nous serait
parvenue qu'affublée d'une mode, abaissée sous un
niveau d'assez mauvais goût. N'ayant pas ces visées
de « vaine gloire » , comme nous l'apprend son cha-
pelain, il est resté lui-même, et nous avons devant
nous, plus qu'un écrivain, un homme créant l'ex-
pression de sa pensée.
Ghillebert était né observateur. La netteté, le relief,
la force du style jaillissent pour ainsi dire de ses
observations. Il voit bien et il dit nettement ce ,qu'il
a vu. D'un trait simple et profond , il marque les
villes, les châteaux, les rivières, les déserts ; spécifie
les distances, la température, la profondeur des eaux,
l'état des routes, les moyens de transport, d'approvi-
sionnement, de commerce ; signale les fontaines, les
citernes, les gués, les vignes, les récoltes; énumère les
obstacles et les facilités d'une expédition, les dangers
du vent, les défenses du pays, les points solides ou mal
gardés, les murs délabrés ou reconstruits, les pilotes à
LXXVI INTRODUCTION.
employer, les populations à craindre, les rocs rebelles
à la sape, les ruines bonnes à réparer, les terrains pro-
pres à la mine, même les villes faciles à incendier : « Et
ne dureroient (à Damiette) rien au feu » (p. 131). « Les
combles (au Caire) sont de quesnes... faciles à ardoir »
(p. 115).
Ces sortes d'explorations demandent de grands soins
et une perspicacité sans illusions. Ghillebert ne
néglige rien de ce qui peut éclairer les croisés. Ici,
la ville serait bonne à repeupler, mais « il y faudroit
temps et puissance » . Là, dès que la cité serait occupée,
la forteresse ne tiendrait pas. Plus loin, le port, exposé
aux vents, serait dangereux, surtout si l'ennemi con-
spirait avec la tempête. Ailleurs, un souvenir historique
indique le côté faible d'Alexandrie, à l'endroit « oii
Pierre de Chypre la prit en l'an 22 » .
Observer les lieux ne peut suffire, Ghillebert étudie
les populations, et son esprit se donne carrière. Il va
d'abord aux chrétiens, mais il constate que leur
situation les empêche d'être d'aucune utilité. Oii l'on
redoute une surprise, ils ne sont pas tolérés (p. 1 1 1) ;
ou on les tolère, ils seraient impuissants : « Peu de
prouffit pourroient faire aux cristiens, servant [à la
matière » (p. 121).
Les races ennemies l'occupent d'avantage, il a à
juger les ressources quelles offrent à la résistance. Il en
caractérise les divers éléments : Les Sarrasins, presque
sans armes, livrés à une dure servitude. Les Arabes,
INTRODUCTION. LXXVII
armés à la légère, pauvres, mais vaillants, nomades,
indisciplinés , élisant leurs chefs , bravant parfois le
soudan ; mais, si le soudan les appelait contre la croi-
sade, « il en trouveroit assez » (p. 120). Enfin, les
Turcomans, plus vaillants que les Arabes, que l'armée
même du soudan, bien armés, fortement organisés et
toujours prêts « au plaisir du soudan » (p. 122).
Un des plus beaux chapitres des Rapports est celui
où Ghillebert expose le gouvernement de l'Egypte et
de la Syrie. Les gens du pays étant « trop méchants et
de trop basse condition pour garder le pays, » comme
disent leurs maîtres, une armée d'esclaves, recrutée au
dehors et formant la hiérarchie complète du despo-
tisme, règne sur eux, livrant la contrée à une occu-
pation militaire , sujette à d'horribles révolutions de
palais. Rien ne montre mieux les effets de ce régime
brutal et, comme l'a remarqué Gachet, « le dernier
degré d'avilissement oii un peuple puisse descendre »
qu'un mot de Ghillebert, lorsqu'il raconte qu'en cas de
lutte pour le pouvoir, lorsque la guerre s'engage, quel-
que bataille, quelque effroi qu'il y ait, la population
reste indifférente : « nulles des communes ne se
meuvent » ; chacun reste à son travail, à son labour, à
sa glèbe ; et qu'il ajoute : « Et soit seigneur qui le peut
estre ! » (p. 119.)
Ces traits profonds se retrouvent souvent dans les
Voyages. L'observateur ne s'arrête pas seulement aux
études militaires qui lui ont valu un si grand éloge de
LXXVIII INTRODUCTION.
l'éditeur anglais des Rapports ; il cherche, il note les
faits d'histoire et les traits de mœurs, les costumes, les
langues, les cultes, les superstitions. En quelques mots
il peint la puissance des Boyards : « Il y a tel bourgeois
qui tient bien deux cents lieues de long... Et n'ont les
Russes de la grande Russie autres seigneurs que eux,
par tour, ainsi que le commun (le peuple) le veut »
(p. 33). Dussent ses observations contenir un blâme pour
le culte qu'il pratique loyalement, il n'en ménage pas la
netteté, comme lorsqu'il revient à deux fois sur la ma-
nière dont les peuples de Courlande et de Lithuanie
ont été convertis : « Gristiens nez nouvellement parla
contrainte des seigneurs de l'ordre de Prusse » (p. 39)
ou : Cristiens natifs par force » (p. 30).
Ces explorations en pays ennemi exigent aussi un
esprit aventureux. Ghillebert se fait renseigner sur ce
qu'il ne peut étudier lui-même, et il a soin d'en prévenir
ses sou verains, chaque fois qu'il a dû se contenter de témoi-
gnagesindirects ; mais il ne s'y résigne qu'à l'extrémité,
il cherche à voir de ses yeux, ne recule devant rien, et ses
pèlerinages et ambassades le favorisent moins peut-être
que son goût des aventures. Lui-même se montre cher-
chant toutes les occasions de guerroyer et courant aux
dangers comme à ses veritablespartiesdeplaisir.il aurait
voulu se rendre en Judée par la Turquie, mais la guerre
civile lui barre le passage ; aussitôt, il veut se jeter dans
la mêlée, prendre parti n'importe pour qui, et le voilà
armant un navire pour aller « devers l'un des dits
INTRODUCTION. LXX1X
empereurs » qui se disputaient le pays , « espérant
qu'il y auroit bataille » . L'Empereur d'Orient, son hôte,
l'en empêche, il doit céder, mais il déclare qu'il en eut
« grand deuil » (p. 67).
Ce caractère qu'on voit en action dans les Voyages
a inspiré à l'auteur de Y Instruction une de ses pages les
plus enthousiastes. Ghillebert y trace son idéal avec
chaleur, avec grandeur. 11 parle de la magnanimité, qui
équivaut « à force, hardiesse et courage » et qui appartient
surtout aux princes et aux chevaliers : il la montre ne
reculant devant rien et entretenue , alimentée par tous
les dangers : « Car de sa nature est reconfortée de
tout ce qui peut advenir : rencontre de lances, bom-
barde, canon, tourment de mer, dureté d'hyver, chaleur
de soleil. Ni le grant nombre des ennemis, ni les
villes, châteaux, enclos de murs, hautes tours, ne
peuvent esbahir le chevalier, ni empêcher ses entre-
prises, ni garantir son ennemi, dès qu'il l'a provoqué ;
l'effusion du sang, de lui ni d'autre , ne l'étonné ni
ne l'effraie ; la mort lui semble petite peine à endurer
pour acquérir honneur et bonne renommée ! Qu'en
dirais-je plus ? Elle est comme invincible tant qu'elle a
raison et justice en sa compagnie. »
L'auteur eût-il pu faire un plus vif portrait du côté
chevaleresque de son caractère ?
Ghillebert revient souvent à ces qualités du chevalier,
qui hait la servitude, la honte et la lâcheté, et préfère
être tranché en pièces et mourir que de fléchir dans le
LXXX INTRODUCTION.
devoir ou devant l'ennemi. Il l'a dit au prince ; il le
dit à son fils :
« Et premiers, doiz sçavoir pour enseignement géné-
ral que on ne doit, pour mort, pour vie, pour chevance
ne autrement, faire chose contre honneur » (p. 456).
« Quant est à moy, mon très chier filz, j'ameroie
mieulx ta glorieuse mort en une honnourable bataille,
à banière desployée, que tu te retournasses vilainement
d'icelle » (p. 456).
Puis, ne pouvant s'offrir comme modèle à son fils,
il lui raconte l'héroïsme du seigneur de Robertsart
qui mourut fièrement, ne voulant pas reculer (p. 458).
Chaque fois, son ton s'anime autant que son cœur
s'exalte : c'est l'homme de courage qui parle comme il
sent.
Cette intrépédité procédait en lui de hautes idées de
noblesse et de droiture, dont la vaillance n'est pour
ainsi dire que le gardien et le défenseur, et qu'on résu-
mait déjà alors dans le mot : Honneur.
Ce n'est pas que le chevalier n'ait pas été de son
temps et de sa classe. Dès qu'il entend l'appel des armes,
il y court, sans guères se préoccuper si les mécréans
qu'il va combattre, après avoir été faits chrétiens
par force comme il l'apprendra, ne sont pas menacés
d'être faits prussiens de même ; si les villages
qu'il va brûler et piller ne sont pas victimes d'une
agression injuste. Il est prêt même à se battre pour
un de ces empereurs sarrasins, objets de tant de croi-
INTRODUCTION. LXXXI
sades, « ennemis de notre saincte foy cristienne » , contre
lesquels il autorise la guerre (p. 390). 11 recommande
à son fils parmi les moyens de fortune, la guerre qui
permet de rançonner les prisonniers. Parle-t-il de la che-
valerie, il en raconte l'origine, en glorifie les titres et
va jusqu'à réclamer pour elle le monopole des hauts
emplois : « C'est folie aux princes, dit-il, d'avancer un
homme de basse condition, car à l'homme nouveau il
manque trop de choses avant qu'il soit pareil à ceux
d'anciens lignages, dont les princes trouveront assez pour
les servir » (p 371). Lorsqu'il s'agira d'empiéter sur
les droits civils de la ville de l'Écluse, en faveur du
gouvernement militaire du château, il n'hésitera pas
à soutenir le procès et à provoquer de la part du
souverain une violation des privilèges des bourgeois
et de ses propres ordonnances. Enfin, s'il faut prendre
les armes contre les communes, en Flandre ou en Hol-
lande, ilnes'enquerra pas plus de la justice de leur cause
que pour les mécréans qui défendaient leur pays
contre l'ambition de l'ordre teutonique, et il est toujours
prêt à suivre ce fier conseil qu'il donne au prince, de
tant presser ses ennemis qu'ils n'aient pas le loisir « de
lui 'présenter la victoire ! »
La magnanimité du cœur lui dicte ici une expression
énergique, digne des maîtres du style.
Mais, chaque fois qu'il parle de raison et de justice,
ce chevalier intrépide ne trouve pas moins de force
et d'éclat dans la noblesse de l'idée et la droiture de
LXXXII INTRODUCTION.
l'observation. Philippe de Gomines se demande qui
informera contre les souverains ; Ghillebert l'a devancé
dans cette idée en de nombreux passages où il remarque
que les princes n'ont de discipline que dans leur con-
science, de frein que la crainte de Dieu, et que tout être
qui n'a point d'arbitre supérieur tend à abuser de sa
force.
Avec quel enthousiasme généreux ne parle-t-il pas
de la raison qui distingue l'homme de la bête ; de la jus-
tice, sa sœur, qui fait vivre « princes, royaumes, pays
et gens de tous estas, en paix, richesse, travail et
marchandise » !
Cette noblesse de sentiments, passant dans la vigueur
du style, se montre à chaque page de Y Instruction d'un
prince et des Enseignements d'un père. Le vrai gentil-
homme préfère aussi mourir que de manquer à sa
parole (p. 358). Car « son cœur et sa bouche tiennent
ensemble » et « pour rien au monde il ne daigneroit
dire le contraire de ce que pense son noble cœur »
(p. 359).
Qu'on ne lui objecte pas, dira-t-il ailleurs, que
ce sentiment est de l'orgueil ! H croit que non.
« Mais quoi qu'il en soit, l'orgueil seroit bon » (p 460).
Qu'on ne lui dise pas non plus que c'est « servage
et amoindrissement » pour un roi, ou que « ce n'est
rien d'un prince » , s'il partage le pouvoir avec les
États généraux ou avec un Grand Conseil, s'il règle ses
finances, comme il le lui recommande ! Ici encore Ghille-
INTRODUCTION. LXXXI1I
bert devance Comines l et répond avec plus d'enthou-
siasme, sinon avec plus de hauteur : « Vivre ver-
tueusement et sagement n'est pas servage, mais fran-
chise et liberté... et la vérité est telle qu'il assemblera
plus de finances et sera plus honoré et redouté des
sages et des vaillants, aimé de ses sujets et secouru
en tous ses besoins et craint de ses ennemis cent fois
plus... Car la vraie sûreté du prince est dans ses
sujets, dont il ne peut avoir les cœurs qu'en se gouver-
nant par raison et justice (pp. 324-325. Voir aussi
p. 401).
Après le chevalier chrétien, épris d'honneur et de
loyauté, s'en remettant à la crainte de Dieu, à la con-
science du prince et aux commandements de l'Église,
les Instructions nous montrent le patriote qui, pour
avoir aidé le Comte à dompter les bourgeois, n'en est pas
moins franchement partisan des vieilles institutions du
pays et des franchises nationales. Ghillebert y revient
principalement sur deux grandes questions : les finances
et la guerre. Il veut qu'un prince « vive du sien » ; il
ne connaît qu'un moyen légitime de lever des impôts,
c'est avec le consentement des États. Les autres moyens
1 On a dit plusieurs fois que c'est crime de lése-majesté" que de
parler d'assembler les États et que c'est pour diminuer l'autorité du
roi. Mais ces paroles servent à ceux qui sont en crédit sans l'avoir
mérité, qui n'ont accoustumé que de flatter à l'oreille et qui crai-
gnent les grandes asssemblées de peur qu'ils ne soient connus et
leurs œuvres blâmées (Comines).
LXXX1V INTRODUCTION-
sont « voies tyranniques » ; et tout un chapitre est
consacré à comparer le sort des souverains, qui change
selon qu'ils régissent justement leurs finances ou qu'ils
pressurent leurs sujets.
La guerre le ramène aux mêmes idées et Comines
ne sera pas plus ému. Ghillebert en parle en philosophe,
en chrétien, en chevalier et en patriote, et ces points
de vue, presque opposés, au lieu de se heurter, s'har-
monisent dans sa pensée.
« Comment rois et princes, pour la révérence de
Dieu et l'amour qu'ils doivent avoir à leurs sujets doi-
vent se garder d'entreprendre guerre contre chrétiens » :
voilà sa thèse. Il la résout par la raison et la justice,
mises au service de l'amour et du devoir.
Avant la guerre, la parole est au philosophe. Le
prince qui aime ses peuples et la chrétienté doit préve-
nir les cas de guerre, par des discussions pacifiques, et
en appeler à la diplomatie ou à l'arbitrage, « avant
que l'en parviengne aux horribles et cruelz tourmens
de guerre. »
L'une des raisons qu'il en donne est d'un chrétien.
Même en supposant le succès, qui n'est pas toujours du
côté de la bonne cause, quelle responsabilité terrible
devant Dieu que les massacres et les désastres qu'il
aura coûtés î
« Hélas ! mon souverain seigneur, or présupposons
que, par force d'armes et de jugement d'espée, qui
tousjours n'est pas droiturier, roy ou prince, par vail-
INTRODUCTION. LXXXV
lance et conduite, puist venir au-dessus de ses ennemis ;
quant tout sera aie et passé, ars, occis et tué, et que
le jour vendra qu'il luy fauldra respondre, devant la
face de Nostre Seigneur qui scet tout et congnoist, de
si grans cruaultez que de la mort de tant de chevaliers,
escuiers, nobles hommes, gens d'église, povres labou-
reurs et aultres, qui à l'occasion de ces crueles guerres
ont esté occis piteusement, femmes violées , povres
laboureurs, petis enfans, mors de faim, églises et monas-
tères, villes et chasteaux démoliz, ars et abatus, et en
tant de manières exactioné et fait fourvoier le poeuple
que à paine bouche d'omme le sauroit recorder, certes
ce ne sera pas petite chose d'en bien sçavoir respondre,
qui bien regarde les commandemens de Dieu. » (p. 387.)
L'autre est d'un observateur : « Les chemins par où
l'en vient en guerre sont légiers à trouver et y est-on
tost venu ; mais les voyes et issues par ou il en faut
saillir en sont dangereuses et difficiles et souvent plus
trenchans que rasoir. . . »
Si la guerre devient inévitable, le chevalier reparaît,
d'accord avec le patriote ; la gloire est le but, et le
moyen, la légalité.
« Se à guerre faut venir, vous la devez conduire si
vertueusement que victoire en soit vostre et tellement
qu'il en soit mémoire tousjours, et montrer à l'espée que
vous estes prince et chevalier, contendant de garder
vostre droit, acquérir honneur et bonne renommée, »
dit-il, et c'est alors qu'il résume les conseils de la fierté
f
LXXXVI INTRODUCTION.
chevaleresque en un mot : « Tant hâtez vos ennemis qu'ils
n'aient pas le loisir de vous présenter la victoire ! »
Mais pour avoir ce droit au courage, Ghillebert veut
qu'on le fasse consacrer par la volonté du pays.
Gomines dira : « Le roi ne peut entreprendre tel
œuvre sans assembler son parlement, qui est chose
juste et sainte. » Ghillebert énumère les conditions qui
seules peuvent donner à la représentation nationale la
sainteté des choses justes :
« Et, se la chose est si difficile et disposée à guerre
tellement que vous ne voz principaulx conseilliez n'y
puissiez bonnement pourvëoir, ainçois que les choses
viengnent si avant que à voye de fait, devez assambler
les trois estas de voz royaumes et pays, en lieu conve-
nable, c'est assavoir les seigneurs de vostre sang, gens
d'église, chevaliers et nobles hommes, et les sages et
notables de voz cités et bonnes villes, en leur remous-
trant, à la vérité, sans y riens celer ne couvrir, l'occa-
sion dont procède l'apparance de la question, en eulx
requérant, sur la foy et léaulté qu'ilz vous doivent, que
sur ce vous voeullent léaulment consillier et francement
servir et ayder de corps et de chevance, et que au
regard de vous, de tous poins en voeulliés user par
leur ad vis et conseil, et vous y employer sans riens
espargnier ne doubter, et garder vostre haultesse et
honneur ainsi que ont fait voz nobles prédicesseurs par
cy devant, et qu'ilz voeullent avoir espécial regart à
vostre honneur et à la haultesse et renommée du pays
INTRODUCTION. LXXXVII
dont ilz sont, et que le conseil qu'ilz vous vouldront
donner soit si bien pesé et meurement délibéré que ce
soit chose honnourable, conduisable et de durée.
« Et, mon très amé seigneur, oncques ne fu vëu ne
trouvé en livre ne en histoire que roy qui usast par le
conseil des princes et seigneurs de son sang, des
anciens hommes et estas de ses pays, assamblés en nom-
bre souffissant, ayans francise, sans fabricque ne crémeur,
de chascun povoir dire francement son opinion, sans aul-
cunement en estre noté, iceulx bien et deuement informés
des affaires, que d'ensiévir leur conseil fust blasmés ne
reprins, présuposé qu'il en venist autrement que bien »
(p. 385-386).
Chaque mot porte, je l'ai fait remarquer ailleurs :
« « L'auteur ne se contente pas de recommander le
recours à la représentation nationale ; il veut que ce
recours soit franc, que cette représentation soit com-
plète, soit éclairée, soit libre ; qu'on lui expose toute la
vérité, sans rien lui celer ; quelle soit en nombre
suffisant, et que chacun, après avoir été bien informé,
ait le droit de dire sa pensée entière, sans être ni
recherché ni mal noté. L'expérience des hypocrisies et
des violences, des faux semblants de consultation natio-
nale et des persécutions contre ceux qui ne pensaient
pas comme le prince, cette expérience si honteuse pour
l'histoire de nos souverains, semble passer toute dans
ces quelques lignes, nettes, franches, hardies, qui font
honneur à l'écrivain belge. »
LXXXVIII INTRODUCTION.
Le moraliste cependant avait servi Jean sans Peur
et Philippe le Bon dans les terribles guerres contre les
Armagnacs ; il écrivait Y Instruction pour un prince qui
s'appellera le Téméraire. Grâce à une fiction, il a placé,
dans sa préface, sous le nom d'un roi de Norwège, le
portrait de Philippe : « prince hardi aux armes ,
homme de beau personnage , gracieux entre dames,
lequel ot moult de guerres en son temps. ... » Il avait
déjà pu comprendre le caractère du jeune Charles et
la situation qui ne pouvait manquer de développer en
lui un continuateur de ses aieux; il l'expose nette-
ment : « Et, mon chier seigneur, s'il advenoit que à
l'occasion de vostre jeunesse et haultain courage et de
la puissance oii vous vous trouvez de présent, tant en
gens comme en finances, vous venoit courage et vou-
lenté de vous esprouver en l'exercite d'armes, et que
repos de paix vous ennuiast. » Le conseiller avait donc
à prévoir pour ce prince, qui devait devenir le plus
grand guerroyeur de la famille, d'autres combats que
les guerres justes, inévitables. Il lui conseille de satis-
faire sa fougue de jeunesse et de hautain courage
contre les ennemis de la foi chrétienne, où il pourra
« montrer sa vaillance, acquérir honneur et faire le
salut de son âme, sans détruire ni vexer ses sujets. »
Là encore, il réclame les droits de l'expérience et
de la raison : « Mais ancores, à telz entreprinses appar-
tient de y avoir grant advis, par espécial des anciens
sages et vaillans ; car ce n'est pas le fort d'encommen-
INTRODUCTION. LXXXIX
cier, mais c'est la maistrie de bien et vertueusement
conduire et continuer ses entreprinses. Car maintesfois
est advenu que légières armes sur les ennemis de la
foy ont plus porté de dommage et préjudice aux cris-
tiens cent fois que aux Sarrasins. » (p. 390.)
Bien commenchier et mieulx conclure,
dira plus tard (1 477) un refrain mis au concours par une
de nos chambres de rhétorique et résumant en un vers
les qualités qui manquaient au Téméraire.
S'il peut y avoir rien de supérieur à de pareilles
idées , émises ainsi de prime-saut , sous l'unique
influence de la hauteur du caractère créant la hauteur
du verbe, c'est de les avoir adressées à Philippe le Bon
et au futur Charles le Téméraire, c'est d'avoir perpétué
jusque dans la cour de l'oppresseur des Flamands et des
Hollandais, du futur ravageur de Liège et de Dinant,
les traditions de bon sens, de droiture et de justice
qui ne peuvent s'oublier jamais, les idées de gouverne-
ment national qui avaient fait dire à Froissart que
l'Angleterre était le pays du monde le mieux gardé,
puisqu'elle était gardée par un peuple libre.
Comines comprit cette grande politique ; mais, déses-
pérant de la maison de Bourgogne, prévoyant la ruine
oii de fausses grandeurs la conduisaient, il passa au
roi dont l'habileté et l'astuce lui faisaient présager les
succès ; du même coup, il trahit son pays, en mettant
son génie au service de ses ennemis. Ce sera son éter-
nel déshonneur.
%Q INTRODUCTION.
Ghillebert est de ceux qui restèrent fidèles à leurs
souverains et qui tentèrent, en les servant, de servir la
raison, la justice et la patrie. Aussi puissant de style
que l'illustre historien, aussi grand d'idée, il lui est
supérieur par le caractère.
Ces efforts ne furent pas vains. C'est ainsi qu'un homme
perpétue, pour sa part, dans son siècle, et transmet aux
générations nouvelles les sentiments de justice et comme
le flambeau de la vie nationale. La diplomatie faisait
alors ses premières armes : « Ghillebert, dit Gachet, a
été le prédécesseur des Balbi, des Veltvyck, des Bus-
bec. » Les Croisades allaient s'épuisant : Ghillebert fut
un de ceux qui firent le plus d'efforts pour indiquer
à l'Europe les moyens d'empêcher la prise de Con-
stantinople par les Turcs. Le gouvernement du bon
plaisir ruinait nos provinces : L'institution du Grand
Conseil, à laquelle concourut Ghillebert, fut une première
tentative de réforme. Le culte des États-généraux ne
pouvait s'affaiblir sans compromettre le pays : Ghillebert,
eu le perpétuant dans la noblesse, comme il restait
au cœur de la bourgeoisie, mit un lien entre ces deux
classes qui s'uniront dans le danger. Il préparait d'Eg-
mont autant que Busbec.
La politique, plutôt étrangère que nationale, des
ducs de Bourgogne, continuée par Charles-Quint, vain-
cue en partie sous Philippe II, livra nos provinces à des
fluctuations de faste et de désastres et ne put par-
venir à former un grand état intermédiaire entre la
INTRODUCTION. XC1
France et l'Allemagne. Mais le pays n'abdiqua point son
génie. Pendant que nos affaires se traitaient dans les
guerres civiles du dehors, ou étaient livrées à l'ambition
aventureuse de souverains de famille étrangère, nos
provinces étaient un centre de rayonnement pour la litté-
rature française. S'il a manqué au règne de la maison
de Bourgogne un véritable monarque, il n'a manqué ni
historiens, ni diplomates, ni voyageurs, ni penseurs
au siècle littéraire des ducs de Bourgogne.
Ghillebert de Lannoy y tient une noble place.
VOYAGES ET AMBASSADES.
VOYAGES ET AMBASSADES.
BIBLIOGRAPHIE,
I. Manuscrits.
Les rapports : — I. « Un autre petit livre, couvert de
« cuyr rouge, intitulé : Les Rapporte de Messire Guil-
« lebert de Lanoy. Commençant au second feuillet :
« clairement vêoir, et au' dernier : mis eauwes. »
Inventaire de la librairie de Bourgogne, à Bruges, fait vers 1467.
(Barrois, UUioth. prototyp. n° 1589.)
Les premiers mots du second feuillet, donnés par l'inventaire, se
retrouvent dans le deuxième chapitre des Rapports, ce qui confirme
le titre et prouve que ce manuscrit ne contenait que le voyage
en Syrie.
Les Rapports sont successivement renseignés dans les inventaires
suivants : 1577, Viglius, N. 624 — 1641, ms. de la bibliothèque de
Bourgogne N. 17738 — 1643, Sanderus, bibl. belgica N. 561 —
1731, Franken, N. 467 — 1797, Gérard, N. 1379.
Ce manuscrit devait être l'exemplaire de Philippe le Bon.
4 BIBLIOGRAPHIE.
Goethals prétend qu'il est perdu depuis l'incendie de 1731. C'est
une erreur, puisqu'il figure dans les inventaires postérieurs. Il a dû
être transféré à Paris sous l'Empire. Gachet suppose qu'il doit être
à la bibliothèque nationale. Il n'y a pas été retrouvé.
II. Bibliothèque Bodléienne cTOxford. CJiest le
rapport que fait messire Guillebert de Lannoy. Un beau
volume, vélin, lettrines historiées, sans miniatures ni
cartes.
Il a été donné à la bibliothèque d'Oxford, du temps de la reine Eli-
sabeth, par sir Christophe Hatton, et paraît avoir appartenu aupara-
vant à la famille Talbot.
M. Webb pense que ce manuscrit est l'original qui a été offert au
duc de Bedford, ou « plus probablement, dit-il, au duc de Bour-
gogne. »
Ces deux suppositions me semblent peu probables. La dernière est
contredite par l'entête même du livre où l'auteur dit qu'il a été fait
« au commandemant du roy d'Angleterre. » L'exemplaire offert à
Philippe-le-Bon devait sans doute remplacer le nom du Roi par celui
du Duc.
La première supposition n'est pas moins douteuse. Les exemplaires
remis aux deux souverains devaient contenir des cartes ou des plans,
auquels l'auteur renvoie distinctement plusieurs fois. Ces cartes
manquent, mais tout manuscrit qui ne les contient pas doit être
réputé une copie .
Enfin, entre le titre et le texte, on a laissé en blanc la place d'une
miniature qui n'a pas été faite. Il n'est pas probable que l'auteur ait
offert à l'un ou l'autre souverain un manuscrit inachevé.
Ce manuscrit, qui ne contient que le rapport d'ambassade, est géné-
ralement conforme à notre texte. J'en en ai donné les principales
variantes, d'après l'édition anglaise. Puis, ayant pu obtenir en com-
munication le manuscrit d'Oxford, j'ai donné en annexe tout ce qu'il
m'a fourni de rectifications.
III. Un manuscrit des Rapports est signalé comme fai-
sant partie delà Bibliothèque de sir Philips, àCheltenham,
sous le N. 4077. Il n'a pu y être retrouvé.
BIBLIOGRAPHIE.
Voyages et ambassades. — I. Voyages de Guille-
hert de Lannoy en terre sainte.
Inventaire des manuscrits trouvés dans la bibliothèque des histo-
riographes (les Bollandistes; d'Anvers. 1779, (Bibl. de Bourgogne
n. 17747.)
Après une liste sommaire des ouvrages contenus dans ce volume,
et où le voyage de Ghillebert vient en second lieu, l'inventaire ajoute :
« Ce manuscrit, qui a appartenu au collège de Bruxelles, a été acheté
pour le Muséum Bellarmini. »
Le titre de Voyages de Guillebert en terre sainte n'est pas exact ; car
ce ms. contient l'ouvrage entier des Voyages et ambassades. C'est
celui qui appartient aujourd'hui à la bibliothèque de Bourgogne :
Bibliothèque royale de Bruxelles, noS 21522. Un
gros volume sur papier, de 228 pages.
Ce manuscrit, acheté en 1857 à M. Serrure, est le même qui appar-
tenait à la bibliothèque des Bollandistes, la liste sommaire des
ouvrages qu'il contient, donnée dans l'inventaire de 1779, le prouve.
Ce manuscrit contient les ouvrages suivants :
1° N° 21521, pp. 1-57, L'histoire du noble roy Richard, jadis roi
d'Angleterre (l'explicit qualifie ainsi cette chronique). La transcrip-
tion est signée : Philippe de Lannoy, souffrir ay- je toujours, Lannoy.
1552,1er Décembre.
2°N° 21522, fol. 59-122. Cy commencent les Voyages que fistmes-
sire Guillebert de Lannoy. C'est le texte que Serrure a publié.
3° Nos 21523-21524, fol. 121-157. « Coppie des lettres envoyées
par Jehan, seigneur de Lannoy, à Loys son fils.
Signé : « Escript de ma main le IIIe jour du mois de mai de l'an de
grâce Nostre Seigneur Jesucrist mil XIIIe LXV. Votre père Jehan,
seigneur de Lannoy, de Rume, de Sebourg, conseillier et chambellan
du roi et de monseigneur de Bourgogne, bailli et capitaine d'Amiens
et gouverneur de Lille, Douai, Orchies. »
Jehan de Lannoy intercale dans cette lettre une œuvre d'Alain
6 BIBLIOGRAPHIE.
Chartier, classée sur le n. 21524, fol. 143-148. Cette lettre a paru
dans les œuvres d'Alain. Paris, Thibaut, 1617, p. 391.
Une autre copie de la lettre de Jehan de Lannoy se trouve à Valen-
ciennes, ms. n° 294.
— Les autres pièces de ce recueil ne se rapportent pas à la famille
de Lannoy, ce sont : n. 21525, fol. 157-175, le Lyon couronné, —
n. 21526, fol. 176-201, le Temple de Boccace, — n. 21527, fol. 201
207, le Trosne d'honneur,— n. 21528, fol. 207-213, — la Correction
des Liégeois. — n. 21529, fol. 214-219, le Bréviaire des nobles,—
n. 21530, fol. 219v-224, Le miroir de la mort — et n. 21531, fol.
224v-228, Pour un chevalier désolet.
II. Bibliothèque de M. le comte G. de Lannoy.
Manuscrit sur papier, sans titre, écriture du XVIe siècle.
La première page contient un dessin au milieu duquel devrait se
trouver le titre, qui y est resté en blanc ; puis, au verso, on trouve les
armes d'Alexandre Blanc, seigneur de Marcellin, avec la devise : Dieu
la voullue.
Sur le second feuillet sont peintes les armoiries de Ghillebert avec
la devise : Vostre plaisir, et aux quatre coins ses quartiers: De Lannoy,
— MlNGUEVAL — MOLEMBAIS — AUBIN.
La première page du texte, entourée d'un cadre, fonds or, rempli
de fleurs et de fruits, contient une introduction du chapelain de
Ghillebert que nous publions en note.
Puis, vient le texte, conforme en général au manuscrit précédent,
mais avec une grande quantité de variantes de détail, les unes qui
semblent faites en vue de la concision ; les autres qui donnent d'autres
chiffres et quelquefois un court paragraphe de plus ; d'autres enfin,
mais plus rares, qui changent l'idée. Nous y avons trouvé plusieurs
fois le moyen de compléter ou de rectifier notre texte.
L'orthographe de ce manuscrit diffère beaucoup du précédent. Ce
qu'on y remarque le plus, c'est la préférence du copiste pour les
terminaisons féminines ; il met : le laque pour le lac, le Nyle, pour le
Nyl, le dayme pour le daim, le brache pour le bras, la mère pour la
mer \ la neffe, le course, le chanalle, le boutte, le valle, le toure, le
BIBLIOGRAPHIE. 7
chastelïe, le puisse, la nuicte, etc., etc., et même les verbes : tenire
semere, allere à lentourne, etc. Il écrit presque toujours que pour qui,
met un t à la troisième personne du passé défini des verbes de la
lre conjugaison : vat, aimât, et préfère généralement certains mots à
d'autres, employant descy plutôt que jusque, appelé' plutôt que
nommé, et assise au lieu de située, etc.
On a écrit en vedette,, sur les marges, les dates, les noms de
personnages et une indication sommaire du sujet.
Enfin, le chapelain de Ghillebert donne à chaque division impor-
tante des Voyages un titre, que je lui ai emprunté.
III. Un autre manuscrit est signalé appartenant à
M. Goldolphin Welden ; il contient la note du chapelain
de Ghillebert et n'a point de cartes. Je n'ai pu obtenir
d'autres renseignements sur ce manuscrit.
II. Imprimés. *
Rapports. — A Survey of Egypt and Syria, under-
taken in the jour 1422, by sir Gilbert de Lannoy, etc.
— 1821.
Édition du manuscrit de la bibliothèque Bodléienne
d'Oxford, publiée dans X Archœologia Britannica, par
M. John Webb, avec traduction anglaise, introduction
et notes (t. XX, p. 281-444).
Voyages. — Voyages et ambassades de messire Guil-
lebert de Lannoy, 1399-1450. Société des bibliophiles
de Mons, n. 10 des publications. Avec cette indication :
Cet outrage a été publié par les soins de M. C.-P. Ser-
rure et d'après un manuscrit de sa bibliothèque. Un
vol. in-8° de 140 p. suivi d'une Explication de quelques
noms géographiques, d'un glossaire, et d'une carte iti-
néraire des Voyages deG.de Lannoy, tracée par J. Lele-
wel. — 1840.
ÏS BIBLIOGRAPHIE.
Cette édition est complète, mais fautive. Lediteur n'a donné aucune
description de son manuscrit et n'en a pas collationné le texte sur
l'édition des Rapports faite par M. Webb.
Guillelert de Lannoy et ses voyages era 1413, 1414 <tf 1421,
commentés en français et en polonais, par Joachim
Lelewel. Nov. 1843, suivi d'une traduction polonaise
datée de Posnau, 1844.
Lelewel a réimprimé dans cette brochure et traduit, en regard, en
polonais, la partie des Voyages qui concerne la Prusse, la Pologne
et la Lithuanie, 1413-1414 et 1421. Il a suivi le texte de Serrure, sans
le contrôler ni le collationner avec celui de M. Webb.
Il y a ajouté des notes historiques et une carte.
Je publie le texte du manuscrit de la biblio-
thèque royale de Bruxelles, N° 24522.
J'ai désigné sous la lettre A le manuscrit de
M. le comte De Lannoy ; sous la lettre W, l'édi-
tion de M. Webb.
Les notes géographiques sont dues, ainsi que les
cartes, à M. J.-C. Houzeau, directeur de l'observa-
toire de Bruxelles.
VOYAGES ET AMBASSADES
1399 — USO l
C g commencent les voyaigesquejist Messire Guïllebert2
de Lannoy, en son temps Seigneur de Sanctes, de Wil~
lerval, de Tronchiennes et de Wahégnies.
L'an mil trois cens trois quatrevins et dix neuf, après
la Toussains, fus en ma première armée, avecq monsei-
gneur le comte Walleran de Saint-Pol, à une descendue
1 Le manuscrit de M. le comte de Lannoy (A) fait précéder le texte
des lignes que voici :
« La grande amour que j'ay eu en mon temps au très saige, noble
et vaillant chevallier messyre Guillebert de Lannoy, conseillier et
chambellain de mon très redoubté seigneur monsieur le ducque Phe-
lipe de Bourgoingne, capittaine de son chasteau de l'Escluze et de
l'ordre de la Toison d'or, signeur de Willerval et de Sainctes, que
Dieu pardonnist, à qui j'estoye humble chappellain, me constraint de
rassembler en ce présent traictié ses voiaiges et haultes faictz, non
pas tous, mays ceulx tant seullement que j'ay trouvé escript de sa
main depuis son trespasse. Car, de son vivant, n'eust jamays souffert
ne voulut les estre mis en mémoire, de peure que par aulcuue façon
ne luieust tourné à vaine gloire. Possible est aussy que ceulx qui aront
couraige de voiaiger tant en armes que aultrement, de y apprendre,
et ceulx qui point ne l'aront, les esmouvoir en les lysant. »
2 Je suis ici l'orthographe du manuscrit, mais il existe deux signa-
VOY. ET AMB. 1
10 VOYAGES AN. 1400*.
qu'il fist en Angleterre, en fisle de Wit 2 ; où il y eut cincq
cens chevalliers, que escuiers, cottes d'armes vestues.
Item, Testé ensieuvant, fus en une armée que fist le
viel seigneur de Jeumont contre le seigneur de Lort 3, de
nous trois cens chevalliers et escuiers qui le servismes à
cause de lignaige , et nous mena jusques au chastel de
Watigny 4 où nous présentas mes la bataille audit seigneur
de Lort, etc.
L'an mil quatre cens, après la Toussains, fus en une
armée de mille chevalliers et escuiers, que mena monsei-
gneur le comte de la Marche, depuis roy de Napples, par-
tant de Harfleu 5 pour descendre en Angleterre, et fut la
descente à Falmude 6, où les feux furent boutez. Et au
retour de l'armée, fut nostre nef périe vers Saint-Malo en
tures de notre auteur: il y orthographie son prénom avec un h. Il m'a
semblé naturel de 1 écrire, dans le titre et dans mon texte, comme il
l'écrivait lui-même. Ces deux signatures sont l'une au bas d'une quit-
tance en date du 10 mai 1429, l'autre au bas d'un avis donné à Phi-
lippe-le-Bon en 1419. Ou trouvera ces actes à leurs dates respectives
dans les Ephémérides de Ghillebert. L'inventaire de la bibliothèque
des ducs de Bourgogne fait par Viglius eu 1577, en donnant le titre
d'un manuscrit, écrit aussi ce prénom avec un h.
* Ces dates sont rectifiées.
2 Wicte (A). L'île de Wight.
3 Le ms. A omet ici quatre mots et en tronque un, ce qui rend la
phrasefautive; il dit : « Une armée que fist le- viel seigneur de l'ordre. »
* Waringny (A). Watigny, département de l'Aisne, arrondissement
de Vervins.
5 Harfleur, à l'embouchure de la Seine.
6 Falmouth, sur la Manche, près de la pointe du Cornouaille.
1405. Et AMBASSADES. II
Bretaigne, noz vallés, bagues, harnois, noiez et péris, et
les gentiizhommes, par la grâce de Dieu, sauvez en deux
botequins estans dedans nostre ditte nef.
L'an mille quatre cens et ung, ou mois d'apvril, après
ceste armée, me party en la compaignie de monseigneur le
séneschal \ pour faire le saint voyaige de Jhérusalem, ou-
quel nous demourasmes deux ans. Montasmes en mer à
Gennes 2, alasmes le chemin accoustumé d'aler aux pèlerins,
et, la merchy Dieu, fusmes en Jhérusalem et là autour en
tous les sains lieux que pèlerins ont accoustumé de faire.
Fusmes aussy à Sainte-Katherine 3, et depuis4 en Constan-
tinoble, devers l'empereur où nous vëismes de saintes relic-
ques beaucop ; entre les autres, le fer de la lance Nostre
Seigneur. Fusmes aussy en la Turquie en pluisieurs lieux
comme Gallipoly 5, Lisemière \ Feule la vielle 7, Porspic 8,
etc. Fusmes aussy en Cyppre 9 devers le roy, en sa ville de
Nichosye 10. Fusmes aussy au Kaire et en Babilonne ll où
nous vëismes le patriarche d'Inde. Fusmes aussy à Damiette,
1 Le séneschal de Haynault (A).
2 Gênes.
s Couvent sur le Mont-Sinaï, dont l'auteur reparlera plus loin,
4 Et puis (A).
5 Gallipoli.
6 Lysimachia, à la gorge de la péninsule de Gallipoli. C'était à
cette époque une ville assez considérable.
7 On peut hésiter entre Flaviopolis, auparavant Zela, au nord-ouest
de Constantinople, et Filea, au Nord et près de Péra.
8 Peut-être Propiza des cartes d'Ortelius, à l'ouest d'Andrinople.
• Chypre.
10 Nicosie, capitale de l'île de Chypre.
11 Babylone.
12 VOYAf.ES 140K.
à Gadres l en Acterie 2, à Rames 3, à Bétisel 4. Fusmes
aussy es isles de Roddes r>, de Lango 6, de Syeime 7, de
Thénédon 8, de Marbre 9, de Montecrist î0, dont Helaine,
comme on dist, fut née. Fusmes aussy es isles de Gore n et
de Cyflonie 12. Et fusmes aussy, à l'aler et au revenir, au
royaume et isle de Secile, dit Ternacle l3, devers le roy
Martin, lequel me donna son ordre de la banière, en sa ville
de Cataigne. Et de là partismes et venismes descendre en
la terre de Prouvence. Et de là alames devers mon seigneur
deSavoye, et pareillement à l'aler, etc.
L'an mille quatre cens et quatre, fus en la première
armée que fist le duc Guillaume de Bavière, comte de
Haynnaut, en leveschié de Liège 14, ouquel voyaige furent
prinses les deux villes de Fosses et de Florines l5 d assault,
1 En Palestine.
* En Acres (A). Assyrie.
3 Ramlé, l'ancienne Arimatkia, entre Jérusalem et Jaffa.
I Pins souvent orthographié Bethel sur les cartes du XV« siècle.
En Palestine, en deçà de la vallée du Jourdain.
5 Rhodes.
0 L'ancienne Cos, aujourd'hui ïstankoï. Le nom de Lango figure
sur toutes les cartes de l'époque.
7 Très-probablement Cliio, la Skios moderne.
8 Ténédos, près de l'entrée des Dardanelles.
9 Amurgo, l'ancienne Amorgos.
10 Nègrepont, l'ancienne Eubée.
II L'ancienne Kauros, petite île dans lesCyclades.
12 Céphalonie, à l'angle nord -ouest de la Morée.
13 Dict Têrnaifle (A). - Sicile ou Trinacria.
" Et Tesvesque de Liège (A).
15 Fosses-la-ville et Florennes, aujourd'hui chefs-lieux de canton
dans la province de Namur.
1407. ET AMBASSADES. 13
auquel je fus blechiet en ung piet et en ung bras, et ramené l
avecq monseigneur de Comines, aussy blechiet, en une cha-
rette, à Nyvelle, en Brabant. Et y eut, de ceste armée '2 de
six à sept cens villaiges brûlez oudit païs de Liège, etc.
Item, en celle propre année, environ trois mois après,
fus au mois d'aoust en la grosse bataille de Liège, en la
compaignie de monseigneur le duc Jehan de Bourgougne,
lequel par la grâce de Dieu eut victoire, et furent les Lié-
geois desconfis, où il y eut bien de vingt et huit à trente
mille hommes mors, entre lesquelz y demoura leur capi-
taine le seigneur de Perwez 3 et son filz aussy, etc.
L'an mille quatre cens et cincq, ou mois de may, me
party, avecq monseigneur le séneschal de Haynnaut, pour
aler vèoir les armes que luy, messire Jacques de Monte-
nay, Taneguy du Chastel et Carmenien firent à Valence la
grant, devant le roy Martin d'Arragon, contre quatre autres
gentilzhommes arragonnois et gascons, telz que messire
Pierre de Moncade, Colombart de Saint-Coulombe et deux
autres. Et estoient lesdittes armes à estre portez 4 jus de
tout le corps ou avoir perdu tous ses bastons. Lesquelles
armes furent prinses sus en combatant à l'onneur d'une
partie et de l'autre.
Item, ou mois de jullet ensieuvant, me party de monsei-
gneur le séneschal de Haynnaut, ensamble Jacques seigneur
1 Et fus ramené (A).
2 En ceste armée (A).
5 Notre ms. orthographie : Prevez ; le ras. A fournit une meilleure
version, que j'ai adoptée.
* Portées (A). C'est évidemment une erreur.
14 VOYAGES 1407.
de Marquette, et alasmes en une armée que fîst l'infant don
Ferrant de Castille pour et ou nom du roi d'Espaigne, dont
il estoit gouverneur et régent, pour aler ou royaume de
Grenade contre les Mores. En laquelle armée, estoit de
la puissance d'Espaigne ou nombre de deux cens mille
hommes, que de pie, que de cheval. Et me mis soubz le
comte de la Marche, qui puis fut roy de Naples. Et ne
trouva laditte armée point de résistence à entrer oudit
païs de Grenade, mais y eut prins pluisieurs villes et chas-
teaux, sans siège , telz comme Aza, Hora , Cagnette ,
Andiche, le tour de l'Alkakime, Moncourt \ et fut le siège
mis devant Satanil 2 lequel dura trois sepmaines, et ne fut
laditte ville point prinse. Et lors je prins congié de l'infant
de Castille, ou rompement de l'armée, lequel donna à mon
compagnon et à n.jy à chascun ung cheval et une mule.
Item, au départir de laditte armée, alay 3 devers le roy
de Portugal, lequel me recueilla grandement et paya tous
mes dêspens parmy son royaume. Item, de là m'en alay à
Saint-Jacques et revins par Navarre, où je trouvai le roy
mallade au lit. De là m'en revins par Arragon devers le
roy Martin et la royne Yolent sa femme. Et de là, en France
devers le roy, à Paris, où me trouvay à oïr la proposition
que fîst maistre Jehan Petit, en l'ostel de Saint-Pol, pour
monseigneur le duc Jehan de Bourgongne contre les fais
du duc d'Orléans, où estoient en personne le roy de France,
le roy Loys, roy. de Navarre, monseigneur le duc Jehan de
Bourgongne, les ducs de Bavière, de Bourbon, de Bar et
de Lorhaine.
1 Ces différents points sont dans la province de Grenade.
* Satanil n'a pu être identifié.
3 M'en alay (A).
1410. ET AMBASSADES. 15
L'an mille quatre cens et huit, en apvril, me party pour
aller à la seconde armée que fîst l'inffant don Ferrant de
Castille, et entray en mer à l'Escluse avecq la flotte d'Espai-
gne, lesquelz estoient en nombre vingt et sept x voelles. Et
fut laditte flotte presque toute périe par fortune de mer, les
ungs rompus par fortune en la coste de Bretaigne, les autres
se rendirent prisonniers es pors d'Angleterre, excepté une
petite nef de Florentins sur quoyj'estoye, laquelle futallan-
chie 2 au courant qui est entre le port de H an tonne 3 et l'isle
de Wicq 4, par l'espace de quinse jours. Et lors vindrent
deux gros vaisseaux de Angles armez, pour nous prendre 5,
quant, 6 par la grâce de Dieu, le vent se retourna bon tout
à souhait, par quoy nous eschapasmes d'eulz, vinsmes à
sauveté au port de Harfleu 7. Et mesimes six sepmaines
depuis l'Escluse jusques audit port de Harfleu, et là des-
cendy, montay sur la rivière de Saine où je alay jusques
à Paris. Et là achetay des chevaux et m'en alay par terre
jusques à Sébile 8 la grant, devers l'infant don Ferrant,
lequel, acompaigné du povoir de Castille et d'Espaigne y, ou
nombre de trois cens mille hommes, que de pié, que de
cheval, entra ou royaume de Grenade, où il fut 10 de six à
1 Deux centz et sept voilles (A).
* A l'ancre (A).
■ Hampton, aujourd'hui Southampton.
* L'île de Wight.
5 Qui nous prindrent (A).
6 On peut lire : quant ou miis, car l'un ou l'autre mot a été sur-
chargé sans qu'on puisse distinguer lequel des deux a été écrit le
premier et remplacé par l'autre. Le ms. A porte : quant.
7 Harfleu r.
8 Séville.
9 Du pouvoir d'Espaigne (A).
10 II demourat (A).
d6 VOYAGES 1410.
sept mois. Et y print la ville d'Anticaire 1 de siège, lequel
siège dura six mois. Et fut- laditte ville assaillie deux
fois 2, et au deuxième assault, elle fut prise à l'ayde de cer-
tains gros engins de bois fait de gros marrien, telz comme
une merveilleuse eschielle où il y avoit cent hommes
d'armes dessus, et deux autres engiens dont sailloient, par
longs mastz, en amont, caiges plains d'arcbalestriers, pour
lesquelz engiens bouter avant 3 failloit à chascun mille
hommes de pié.
Item, durant ledit siège d'Anticaire , vindrent les
Mores, c'est à sçavoir les deux oncles du roy de Grenade,
à bataille, frapper sur favant-garde de l'ost d'Espaigne, ou
nombre de ving et cincq à trente mille Sarrasins, lesquelz
furent desconfis, et en y eut de mors de huit à neuf mille,
que en la place, que en la chasse, et toutes leurs despouilles
prinses avecq leurs tentes et pavillons.
Item, depuis, y eut ung autre moult grant assault devant
la ville d'Archidonne 4, où je fus forment navré d'une pierre
de fais qui me chut dessus le piet. Et ne fust point laditte
ville prinse de cestui assault.
Item, y eut une autre course de cincq cens hommes
d'armes et cincq cens hommes de piet, par ung capitaine
d'Espaigne faitte devant la ville de Ronde 5, où les Sarra-
4 Antequera, entre Séville et Grenade.
* Par deux fois (A).
* Bouter amont (A).
* Archidona, au nord-est d'Antequera.
5 Ronda, au nord-est de Cadix.
1411. ET AMBASSADES. 17
sins firent une saillie en laquelle ilz furent desconfis. Et en
y eut, que mors, que prins, ou nombre de mille. Et y fus
navré de deux dardes r, à une escarmuche devant la porte,
et mon cheval occis de deux dardes, et ung autre mien
cheval soubz l'un de mes gens pareillement occis.
Item, encores durant cedit siège de Anticaire, le grant
maistre de Saint-Jacque fist une course et emprinse devant
Malicque 2, du nombre de neuf 3 mille hommes, et sartèrent
les vignes es jardins, puis boutèrent les feux là entour.
Alors saillirent les Mores de la ville et du pays en bataille
contre les cristiens, lesquelz furent desconfis, et en y eut
de mors, que en la place, que en la chasse, de six à huit
mille.
Item, au retour de cette armée, l'infant revenu en
Sibile 4 me donna ung coursier et une mule et me fist payer
les deux chevaux qui me furent tuez devant Ronde. Et ung
autre capitaine me donna deux autres chevaulz.
Item, ceste guerre finée, trêves faittes 5 entre le roy de
Grenade et le roy de Castille, je m'en alay, par l'ayde de
l'infant, par sauf-conduit, devers le roy en sa ville de Gre-
nade, où je fus neuf jours à vëoir son estât et son estre 6, sa
' De deux dardz au corps (A).
2 Malaga.
5 Dix (A).
 Dedens sa ville (A). — L'édition Serrure dit : à Sibile.
8 Ceste guerre fiaie et trêves faites (Ed. S.). C'est finée qu'il fallait
lire avec les deux manuscrits.
6 Le ms. A supprime : Et son estre.
18 VOYAGES 1412.
ville, son pallais, ses maisons et ses gardins de plaisance
et aussy des autres princes là autour, qui sont choses belles
et merveilleuses à vëoir.
Item, passâmes et rapassames par la ville de Alcala, qui
est au roy de Castille et en la frontière de Grenade, et puis
revenismes à Sébile, de là en Arragon, et puis en France.
Et demouray audit voyaige onze mois.
L'an mille quatre cens et neuf, ou mois de may, fus
retenus à Paris eschasson de monseigneur le duc Jehan de
Bourgongne. Puis je me party de là, avecq pluisieurs gen-
tilzhommes de mondit seigneur le duc, à une journée de
bataille qui se disoit estre à certain jour nommé, sur la
reddicion du chastel de Tisel, assiégé par monseigneur de
Helly et monseigneur de Pertenay, mareschaulz lors de par
le roy, lesquelz se trouvèrent puissans, à icelui jour, de
mille hommes d'armes et deux mille hommes de trait.
Auquel jour ne vindrent point les adversaires, nommez
pour lors Armignas, et se rendy ledit chastel sans cop férir.
Et toute celle saison demouray, avecq monseigneur de
Santés, mon frère, en la compaignie de monseigneur de
Helly et de monseigneur de Pertenay, mareschaulz, lesquelz
gaignèrent, oudit pays de Guienne, de Poitou et de Limosin,
pluisieurs villes et chasteaux, aucuns * par siège, les
autres d'assault et les autres par subtillité de guerre. Et
tant firent 2 qu'ilz mirent tout Poitou et Lymosin en l'obéis-
sance du roy.
' Aulcunes (A).
* Furent (Ed. S.)
1412. ET AMBASSADES. 19
L'an mille quatre cens et dix, le roy manda monseigneur
de Helly et sa puissance, qu'il revenist de Guienneau devant
de luy pour le servir et mettre le siège devant Bourges.
Lequel seigneur de Helly le fist et partist l de Guienne, luy
six cens hommes d'armes et cincq cens hommes de trait,
s'envint parmy Berry, logeant et fourraigeant, tant que, au
partir du Bourg-de-Dieu, au premier logis que nous fesimes 2
en la ville et chasteau de Limeux 3, vindrent par ung
matin bien mille hommes d'armes, eulx partans de la ville
de Bourges, et grosses gens d'armes de trait, lesquelz nous
combatirent à noz logis, gaignèrent nos barrières et nous
reboutèrent très hideusement et crueusement, puis prin-
drent lesdittes gens d'armes tous noz chevaulz 4 au nombre
de quinse cens, et y eut plusieurs de noz gens mors, que
prins ; mais ledit seigneur de Helly et la plus grant part
de la chevalerie nous retraïsmes ou chastel, ouquel ilz
firent samblant d'assaillir, 5mais n'y firent riens fors bouter
le feu en la ville, et emmenèrent leur proye. Et là fus je
navré en la cuisse, parmy le harnas, d'un vireton, dont j'en
portay 6la mouche en la cuisse plus de neuf mois. Et après
ce que nous eusmes recouvré de chevaulz jusques au
nombre de deux à trois cens, par une emprinse que firent
noz gens par nuit à Estaudun 7 où estoit leur proye, mon-
seigneur de Helly et ses gens venismes devers le roy au
siège de Bourges.
4 Partant (A).
* Fûmes (A).
3 Limeux, village du département du Cher, non loin de Vierzon.
* Et nous reboutèrent, prindrent tous noz chevaulx (A).
5 Lequel ils firent semblant de laissier (A).
6 Dont je portay (A).
T Eschandun (A). Issoudun.
20 VOYAGES 1413.
L'an mille quatre cens et douse, ou mois de mars, me
party de l'Escluse pour aller en Prusse contre les rnescréans1,
en une armée que faisoient les seigneurs de Prusse contre
les meseréanz. Et montay sur mer en une hulcque 2, passay
par devant les isles de Hollande et de Zéelande 3 et par
devant Frise, la haute et la basse, et par devant Gusteland 4,
et arrivay en Danemarche en ung villaige appelle Zuutland 5,
où il y a une ville nommée l'Escaigne 6, et y a cent lieues
de l'Escluse.
Item, de l'Escaigne, passay, à main senestre \ devant le
pays de Norwèghe, etpuisentray dedens le Sonet8, qui syet
entre les isles de Dennemarche et entre le royaume de
Zuède, et appelle on celle mer la mer de Scoene 9, où on
peschele herencq. Et arrivay ou royaume de Dennemarche,
à ung port et ville appellée Elsengueule 10. Et est la mer en
celui endroit la plus estroitte qui soit oudit Zont. Et à
l'autre lez dudit port Zoent, à une lieue de mer, ou pais
de Scoene, y a ung chastel moult bel appelle Helsembourg II,
tout du royaume de Dennemarche.
' Contre les rnescréans, manque au ms. A.
* ffulke, en flamand, vaisseau de transport.
s Les isles de Zélande et les pais de Hollande (A).
* LeJutland.
5 Ziutland.
6 Skagen, à la pointe du Jutland.
' Serrure a imprimé : sinistre. Notre ms. porte cependant : senes-
tre. — Synestre (A).
8 Soet (A). Le détroit du Sund.
9 Mer de Scanie.
10 Elseneur, en latin Helsingora, en danois Helsingor.
M Helsingborg.
1415. ET AMBASSADES. 21
Item, de là, passay par devant pluisieurs villes où les mar-
chans et maronniers gisent qui peschent le poisson comme
herencq \ sy comme Scoene 2, Vaeltrenone 3, Dracul 4, et
Eleboughe 5. Et puis passay par devant l'isle de Weden 6,
qui est de Danemarche7, et par devant l'isle deBroucholem 8
qui est aussy de la seignourie de Danemarche. Et puis pas-
say, à main dextre, par devant le pais de Lubeke et de Mé-
zonde 9 et devant tout le païs et duché de Pomer 10, qui
appartient au roy de Danemarche, et puis arrivay en la
terre et pais des seigneurs de Prusse, à ung port et ville
fermée nommée Danzike u, parmy laquelle ville passay la
rivière de le Wissel 12, qui va cheoir en la mer, et appelle
on proprement le port de le Wissel, après le nom de laditte
rivière..
Item, appartient ledit païs de Prussa aux seigneurs des
* Peschent les harrengues (A).
* Skanôr, à la pointe sud-ouest de la Scanie.
" Waltrebol (A). Lelewel conjecture qu'il s'agit du bourg de Lands-
kron, en Scanie.
* Dragor, bourg dans l'île de Séeland, au sud de Copenhague.
5 Les commentateurs n'ont pas identifié cette localité. Ce ne peut
guère être Elfsborg qui est dans le Cattegat, beaucoup au nord de la
région dont parle l'auteur.
a L'île de Huen ou Weu, dans le Sund, où Tycho-Brahé eut plus
tard sou observatoire d'Uranibourg. ♦
7 De Dannemarche, non habittée (A).
8 L'île de Bornholm.
9 Lubeck et Stralsunde.
i0 Poméranie.
11 Dantzig.
11 La Wissel (A). La Vistule, en allemand Weichsel, en polonais
Wisla.
22 VOYAGES 1413.
Blans Manteaulx \ de Tordre Nostre Dame, et ont ung
hault maistre qui est leur seigneur. Et fut 2 anciennement le-
dit païs concquis à l'espée contre les raescréans de Létau 3
et de Samiette 4.
Item, de Danzique , m'en alay sur charioz devers ledit
hault maistre 5 que je trouvay à Mariembourg 6, qui est
ville et chastel très fort, ouquel gist le trésor, la force et
tout le retrait de tous les seigneurs de Prusse 7. Et est
1 Les chevaliers de l'ordre teutonique.
* Et ont (A).
8 Lithuanie.
4 L'ancienne Samogitia, entre la Lithuanie, la Courlande et la
Prusse.
5 Le grand maître de l'Ordre, alors Henri de Plauen (1410-1413).
Après la défaite des chevaliers à Grunvald, où le grand maître
périt, Henri de Plauen fut élu et « il dut profiter, dit Lelewel, de
l'indolence des Polonais vainqueurs » pour ramener la victoire,
grâce aux guerriers étrangers qu'il appela au secours de « la Religion »
contre ces mecréans. Gachet dit à ce propos : « Que de mauvais
desseins, que d'ambitions cachées se sont servi de ce mot-là, par abuser
la multitude... Voyez par exemple ici : Les chevaliers teutoniques
ont des démêlés avec Jagellon, roi de Pologne : il s'agit de la posses-
sion de la Poméranie. Les Polonais ne sont pas des mecréans ; il y a
bien, à la vérité, dans le grand duché de Lithuanie, quelque peuplade
sarrasine, mais c'est une imperceptible minorité. N'importe, pour les
chevaliers de Prusse, les Polonais ne sont que des tartares, ce sont
des mecréans, ce sont des infidèles, et ils appellent tous les guerriers
chrétiens pour les combattre.» Ghillebert caractérise plus loin l'œuvre
des chevaliers des Blancs-Manteaux en appelant leurs sujets des
« cristiens natifz par force. »
• Marienburg, l'ancienne capitale de l'ordre teutonique, au sud-est
de Dantzig, sur le bras droit de la Vistule ou Nogat.
7 « C'est ce fameux château des chevaliers teutoniques dont le roi
de Prusse actuel a entrepris la restauration , » dit Emile Gachet.
1415. ET AMBASSADES. 23
ledit chastel tousjours pourvëu de tous vivres pour soustenir
mille personnes dix ans de long, ou pour dix mille, ung an.
Item, y a sept lieues de Dansi^ue à Mariembourg.Et puis,
retournay de Mariembourg à Danzique et remontay sur la
mer en une hulque, environ la fin de may, pour m'en aler
visiter le roy de Danemarche et passer temps, pour ce que
la rese l de Prusse n'estoit point preste. Et passay, à main
senestre, de rechief devant ledit païs de Pomer, de Lubeque
et de Mêzonde, et à main dextre, par devant ladite isle de
Broucsolem 2. Et arrivay en la mer de Scoene, ou dessus du
Sont, à une isle de Danemarche nommée Zéeland3, au dessus
du village et port de Elzmorule. Et là montay sur charioz
et alay parmy le païs de Danemarche le chemin qui s'ensieut.
De Elzmorule ou Elzengueule 4, portetvillaige, acincq lieues
jusques à Roschilt 5, qui est grosse ville et éveschié, la tierce
ville de Danemarche.
Item, et de là à Rainstede \ bonne ville à quatre 7 lieues
de là, et de là à Nastewede 8, bonne ville à cincq lieues de
là ; puis 9 à Werdinghebourg 10, qui est ville fermée et chastel,
* Reise : voyage, expédition.
* Broncholen (A). Bornholm.
5 L'île de Séeland.
À Elzegneur (A). Elseneur. Voyez la note <0 de la page 20.
5 Roskilde, à l'Ouest de Copenhague.
6 Ringsted, au centre de l'île de Séeland.
7 Cinque (A).
8 Nestved, dans l'île de Séeland.
9 Le ms. A omet les 13 mots qui précèdent.
10 Vordingborg, au sud de la même île.
24 VOYAGES 1415.
à six lieues de là. En laquelle ville de Werdinghebourg,
trouvay le roy de Danemarche accompaigné de quatre ducs,
telz comme l le duc de Pomere, le duc de Wotilgast et les
deux frères de Zasseme, enssamble deux archevesques et
trois évesques.Et par ung jour de la Penthecouste 2, me fîst
seoir à sa table au disner et me présenta son ordre, puis
me donna au partir ung drap de soye,mais, le plus honnes-
tement que je peulz, je renonchay à son ordre pour ce qu'il
estoit lors ennemy des seigneurs de Prusse, où je aloye en
leur armée que on appelloit pour lors reises.
Item, au retour de Werdinghebourg, pour m'en retour-
ner en Prusse, m'en revins par le chemin dessusdit à ung
port de mer nommé Cokene 3, qui siet à quatre lieues de
Roschilt. Et de là, par une nuit Saint- Jehan 4, m'en allay à
ung marchié de chevaulz qui estoit à Ritristede 5, où je
achetay quatre chevaulz 6, lesquelz je mis en mer, dessus ung
bateau, audit port de Cokene, et les ramenay au dessusdit
port de Danzique en Prusse.
1 C'est à sçavoir (A).
* 6 juin 1413, comme l'a établi Lelewel.
3 Kioge, au sud-ouest de Copenhague.
* 24juiu 1413. (Lelewel).
5 il ne paraît pas inpossible qu'il s'agisse encore une fois de Ring-
sted. G. de Lannoy était revenu à proximité de cette ville, et l'on ne
trouve autour de Kioge aucune autre localité dont le nom se rapproche
de celui du texte. Les marchés aux chevaux se tenaient d'ordinaire
dans des villes ou bourgs d'une certaine importance. De plus, l'auteur
parle de Ristristede (mot probablement mal lu par le copiste) comme
s'il s'agissait d'un poiat déjà connu.
8 Le ras. A omet ici par erreur les 9 mots qui précèdent. Il y a
aussi dans ce paragraphe plusieurs omissions de mots qui sem-
blent faites en vue de la concision.
1415. ET AMBASSADES. 25
Item, de Danzique, m'en ralay devers le grant maistre à
Mariembourg, sur le Wissele, et de Mariembourg à Melum-
ghe *, où il y a quatre lieues. Et depuis, avecq ledit grant
maistre, qui bonne chière me faisoit, m'en alay avecq luy
esbatre en pluisieurs de ses villes, cours et chasteaulx de
leurs seignouries, et revins à Melumghe, qui est très belle
petite ville et commanderie, assise sur deux rivières.
Item, de Melumghe, m'en alant vëant païs, alay passer
par les villes de Kinseberch 2, Wauwembourg 3 et Bran-
dembourch 4. Puis vins à Keininczeberghe 5 qui est grosse
ville assise sur une rivière 6 et y a deux fermetez et ung
chastel, et appartient au mareschal de Prusse, et voit on
en celle ville les armes, le lieu et la table d'honneur du
temps des reises de Prusse 7 ; sy a de Melumghe à
Keininczeberghe dix sept lieues 8.
* Lelewel pense qu'il s'agit ici d'une erreur de copiste, et qu'il faut
lire Oelvinghe, forme ancienne d'Elbing. Cette leçon paraît fort vrai-
semblable, et la situation d'Elbing convient au récit.
* Petite localité qui porte aujourd'hui le nom de Konigshagen, entre
Elbing et Frauenbourg, cité plus loin.
3 Frauenburg, anciennement Vrauwenburg, au nord-est d'Elbing.
* Brandenburg, sur le Frische HafF, au sud-ouest de Konigsberg.
5 Konigsberg. L'orthographe de Ghillebert de Lannoy semble aroir
pour but de rendre aussi exactement que possible, pour un lecteur
français, la prononciation allemande. Il en est de même pour beaucoup
d'autres noms propres, que ce voyageur écrit évidemment d'après le son.
6 Item, de Melungue, m'en allay vëant pays à Keuninczenberghe
en Prusse, et y at XVII lieues et passai-ge par Kinzeberghe, par
Wouwembourcq, par Brandembourghe qui est commenderie, et est la
ville de Keuninczberghe moult grosse, sur une rivière assyze (A).
7 Notre ms. écrit : Prussy. J'ai suivi le ms. A. La forme Prusci
(Prussiens) s'était répandue par l'usage de la langue latine.
8 Où on solloit jadis couvrir la table d'honneur, au temps des rèses
de Prusse (A). Le reste de l'alinéa manque dans ce manuscrit.
VOY. ET AMB. 2
26 VOYAGES 4413.
Item, de Keininczeberghe, retournay à Danzique, et en
iceluy temps vindrent nouvelles que les seigneurs de
Prusse feroient rèse, sur Testé \ sur le roy de Poulane 2 et
sur le duc de Pomère 3 qui favorisoient les Sarrasins 4. Sy
me party dudit lieu de Danzique avecq lesditz seigneurs
qui avoient assamblé d'un costé quinse mille chevaulz et de
l'autre costé six mille chevaulz, sans les gens de pie, dont
il y avoit grant nombre 5. Et m'en alay avecq eulz en armes
parmy les forestz de Prusse, l'espace de huit jours 6,costiant
les frontières de Poulane, et entrèrent à puissance en la
duché de Pomère où ilz furent quatre jours et quatre nuitz,
où ilz ardirent bien cincquante villes à clocquiers 7 et prin-
drent proye de bestial grant nombre.
Item, vindrent depuis devant une ville fermée nommée
Polleur , assise en la Masoen 8, laquelle fut asssaillie
moult vaillamment, et par force d'armes prindrent de trois
4 Rèse d'esté (A).
* Pologne.
* Poméranie.
* Tout ce qui n'était pas chrétien était taxé alors de Sarrasin.
5 D'uug cousté quinze mille chevaulx sans les gens de pied, et
d'aultre cousté, aultres six mille chevaulx, aussy sans les gens de
pied, dont il y avoit grant nombre (A).
6 Serrure avait imprimé : Parmy les forestz de Prusse de huit tours.
Notre ms. porte : de huit jours. Le ms. A est plus clair , j'ai admis
sa version.
7 Ce sont « certainement, dit Lelewel, les hameaux paroissiaux.
Même par cette interprétation, le nombre est exorbitant par la Pomé-
ranie. Simple exagération de pillards. »
8 Massovia, ancien duché, aujourd'hui Massow, au nord-est de
Stettin.
1413. ET AMBASSADES. 27
portes les deux l, mais ceulz de la ville 2 se dépendirent sy
vaillamment qu'il y eut moult de gens mors et navrez et
que fînablement il convint à noz gens eulz retraire sans
prendre la ville. Auquel assault me fut donné 3 l'ordre de
chevallerie par la main d'un noble chevallier nommé le
Ruffe 4 de Palleu, et eus 5 illecq le bras perchié d'un vire ton
très durement.
Item, vindrent par devant une autre ville fermée faire
aucunes escarmuches, et de là, sans plus faire, s'en retour-
nèrent en Prusse, et moy m'en revins à Dansique. Sy dura
laditte reise seise jours 6. Et tantost après le retour
d'icelle, fut le hault maistre,qui par maladie estoit demouré
à Mariembourg, prins prisonnier par le mareschal et autres
commandeurs, ses hayneurs. Sy fut dégradé et déposé
de son estât pour aucunes defFautes qu'ilz luy imposoient, et
1 Par trois portes qu'il y avoit, les deux (A).
2 Ceux de dedens (A).
3 Et à iceluy assault fu blessiez et recheus Tordre, etc. (A). Le
ms. A fait dans ce paragraphe plusieurs omissions de mots et légers
changements, peu importants à noter.
* Russe (A).
5 Et y eus (A).
6 Ces expéditions, au dire de Lelewel, sont d'une certaine valeur, non
pas à cause de leur grande importance, mais en ce qu'elles accusent
l'Ordre de la rupture de la paix ou de l'armistice. «L'histoire de l'ordre
teutonique, par un chevalier de l'ordre, publiée en F/86, n'en fait
aucune mention... Les historiens polonais ignorent de même ces hosti-
lités— La Pologne ne donnait aucun motif à rupture ; cependant
le grand-maître Henri de Plauen... faisait des irruptions dans le
-territoire des alliés. Car ces reises ont eu lieu sans aucun doute, de
Lannoy ne les a pas inventées. » Ghillebert apporte donc ici une
preuve à l'histoire.
28 VOYAGES 1415.
fut rais en une forte tour l où il fut grant temps plain d'im-
pacience, mais depuis, ung peu après ce, se rafferma et luy
fut rendue une petite commanderie 2, puis fut mis hors de
prison, mais finablement il morut 3 de doel et d'anoy 4.
Item, assez tost après, me partis de Dansicque en
Prusse, pour m'en aller ou païs de Liufflant 5, pour estre
dans la reise d'y ver. Sy m'en alay à Keininczeberghe, où
il a trente trois 6 lieues, et de là à le Memmelle 7 qui est
commanderie assise sur la rivière de le Memmelle, qui est
molt grosse. Et y a ung chastel qui est le derrain
chastel de Prusse vers les frontières de Sammette 8, et
costie on la mer, à main senestre, en cheminant de Keininc-
zeberghe, et, à la main dextre, une autre grosse rivière, et
nomme l'on ce chemin le Strang9, et y a de Keininczeberghe
jusques à le Memmelle dix-huit lieues.
Item, quant on a passé oultre ledit Strang, on entre ou
païs de Sammette, mais on treuve bien douse lieues de
désertes solitudes, sans trouver quelque trace de humaine
4 Grosse tour (A).
* Et depuis, après ce que ung pou se reformat, luy fut une petite,
etc. (A).
s Fut mis hors, mais enfin il morut, etc. (A).
4 La déposition de Henri de Plauen , accusé d'avoir favorisé
l'hérésie de Wiclef, est du 11 oct. 1413. Il ne mourut que 7 ans
après.
6 En allemand Livland, Livonie.
e Vingt et deux (A).
7 Memel.
s Samogitia, comme plus haut.
9 Strant (A).
1413. ET AMBASSADES. 29
habitacion l tousjours costoyant la mer à main senestre *. Et
est nommé cedit désert le Strang de Létaoen 3, nonobstant
ce que ce soit 4 du païs de Sammette.Et passay parmy lepaïs
de Correlant 5, qui appartient aux seigneurs de Liuflant 6,
lesquelz sont subgectz aux seigneurs de Prusse, et vins à
une ville nommée le Live 7, assise sur une rivière nommée
le Live, laquelle départ les pais 8 de Correlant et de Sam-
mette. Et y a douse lieues de laditte Memmelle jusques à
laditte Live 9.
Item, de le Live, en Correlant, m'en allay à Righe 10, en
Liuflant, par pluisieurs villes, chasteaux et commanderies,
aussy appartenans aux seigneurs de Liuflant. Et premier
par Gurbin ll qui est chastel, puis par Guldinghe 12 qui est
ville fermée, par Cando, 13 chastel, et autres villes et chas-
teaux ou païs de Correland et de Sammette 14, appartenans
aux seigneurs de Liuflant. Et par pluisieurs villaiges des
' Le commencement de cet alinéa varie un peu dans le ms. A.
2 Notre ms. met ici : à main dextre, mais Lelewel avait déjà remar-
qué que c'était une erreur. Le ms. A vient donner raison au savant.
J'ai admis sa version.
* Lithuanie.
* Notre ms. porte : nonobstant que c'est. J'ai préféré la version A.
5 Courlande.
6 Livonie.
Libau, sur la Baltique.
* Notre ms. dit : Le pays. J'ai admis la version A.
9 Le m s. A met partout : La Live.
10 Riga.
M Grobin.
" Goldingen.
15 Candau des cartes modernes, à l'ouest de Riga.
44 Le ms. A omet : de Samette.
30 VOYAGES 1415.
Zamegaelz \ des Corres et des Lives, lesquelz ont chascun
ung langaige à part eulz 2. Et passay, à deux lieues près de
Righe, une grosse rivière appellée Tzamegaelzara 3, et
arrivé à Righe, qui est port, chastel et ville fermée et la
ville capitale du pais, et où le maistre de Liuflant fait sa
résidence. Et y a de Live en Correlant jusques à là cinc-
quante lieues.
Item, ont lesdis Corres, jasoit ce quilz soient cristiens
natifz par force 4, une secte que après leur mort ilz se font
ardoir en lieu de sépulture, vestus et aournez chascun de
leurs meilleurs aournemens5, en ung leur plus prochain bois
ou forest qu'ilz ont, en feu fait de purain bois de quesne6.
Et croyent, se la fumière va droit ou ciel, que l'âme est
sauvée, mais, selle va soufflant de costé, que lame est
périe 7.
Item, à Righe, trouvay le maistre le Liuflant, seigneur
de Correlaud 8, lequel est soubz le maistre de Prusse, et n'y
1 Les Semigals.
* « Ces quatre langages, dit Emile Gachet, dont trois sont des dia-
lectes de la langue lettonne, et dont l'autre a, dit-on, certains rapports
avec le magyare, ces quatre langages sont parlés encore aujourd'hui
dans ces contrées. »
3 La Diina. C'est, dit Lelewel, le mot Semigals-Ara, rivière des
Semigals.
4 Le ms. A supprime les mots : natifz par force. Le chapelain de
Ghillebert l'aurait-il fait avec intention ?
5 Leurs meilleurs habitz, cateux et joueaulx qu'ils ayent (A).
6 En feu de bois de chaisne (A).
7 Perdue (A).
8 Le maître provincial était alors Conrad de Vietinghoff. 1404-1410
(Lelewel).
1415. ET AMBASSADES. 31
trouvay point de reise. Sy entreprins par le moyen dudit
maistre, de m'en aller en la grant Noegarde * en Russye,
et m'en allay devers le land mareschal qui estoit à une ville
à sept lieues, près d'une ville que l'en nomme Zeghe-
walde 2.Et de là en avant, je m'en allay tousjours parle païs
de Liuflant, de ville à autre, parmy les chasteaux, cours et
commanderies dudit maistre de l'ordre, et passay à une
grosse ville fermée nommée Winde 3, qui est commanderie
et chastel, et à Weldemaer 4 aussy, qui est ville fermée, et
à Vellin qui est ville fermée 5 et commanderie, et à Wis-
teen 6 qui est commanderie et villaige. Et de là à une ville
fermée et commanderie et chastel, située sur la frontière
de Russie nommée le Narowe 7, parmy laquelle prend son
cours la rivière nommée Narowe 8, qui est grosse rivière
et de laquelle la ville prend son nom. Et départ icelle
rivière en ce lieu 9 là les païs de Liuflant et de la Russie
appartenant aux seigneurs de la grant Noegarde. Et y a
de Righe jusques à le Narowe quatre vins milles de long,
sy treuve on en ce chemin les gens de quatre manières de
1 Novogorod.
* Segewald, au nord-est de Riga.
5 Wenden des cartes modernes, à peu près au centre de la Livonie.
* Wolmar, en latin Woldemaria.
5 Ces sept derniers mots ont été omis dans l'édition Serrure.
0 Witstein, Wittenstein, Weissenstein : la pierre blanche, château-
fort bâti au moyen âge, en Livonie.
7 Narwa, près du golfe de Finlande.
* La Narowa. Les notes de l'édition des bibliophiles de Mons pla-
cent cette rivière en Danemarck, ce qui ne peut être.
9 La phrase comprise entre les deux chiffres de note 7 et 9, est
ainsi réduite dans le ms. A : Où il cueurt une grosse rivière aussy
nommée la Narowne, laquelle départ en ce lieu, etc.
32 VOYAGES 1413.
langaiges, c'est à sçavoir, les Lives, les Tzamegaelz, l les
Loches et les Eestes. Et costie on, à main senestre, entre
Wisteen et le Narowe, la mer de Liuflant et de Russie,
desquelz ditz païs on voit d'une vëue, quant on vient sur la
mer devers laditte Narowe, la cité 2.
Item, de là passay oultre la rivière de le Narowe et
entray ou païs de Russie et illecque montay sur sledes 3,
pour les grans nesges et froidures qu'il faisoit Et y a là
ung chasteau de Russie, nommé Nyeuslot 4, qui siet à six
lieues de le Narowe. Et de Nyeuslot alay tousjours parmy
le païs de Russie et passay par aucuns villaiges et chas-
teaux assis en désers païs, plains de forests, de lacs et de
rivières, puis arrivay en la cité de la grant Noegarde 5.
Et y a dudit chasteau de Nyeuslot jusques à la grant Noe-
garde vingt et quatre lieues de long 6.
Item, est la ville de la grant Noegarde merveilleusement
grant ville, située en une belle plaine, avironnée de grans
forests et est en bas païs parfont de eaues 7 et de places
maresqueuses, et passe par le milieu de laditte ville une
très grosse rivière, nommée Wolosco 8, mais est la ville
1 Zamedaels (A).
* Les mots : La cité, manquent dans A.
5 Sledes, Sledy, appellation russe des traîneaux (Lelewel).
* Neuschloss : le château neuf, sur le bord du lac Peipus.
8 Novogorod.
6 Trente lieues d'Allemaigne (A).
7 Assize en plaine entre grans forests et pays moult basse et pro-
fonde d'eaues, etc. (A).
8 Qu'on écrit aujourd'hui, sur les cartes officielles, Wolchow.
1415. et ambassades. 35
fermée de meschans murs, l fais de cloyes et de terre, com-
bien que les tours sont de pierre. Et est une ville franche
et seignourie de commune, sy ont ung évesque, qui est
comme leur souverain. Et tiennent aussy tous les autres
Russes de la Russie 2, qui est moult grande, la loy cris-
tienne en leur créance, sy comme les Grecs. Et y a dedans
laditte ville trois cens et cincquante esglises. Et ont ung
chastel assis sur laditte rivière où la maistre esglise de
Sainte- Sophie qu'ilz aourent est fondée, et là demeure leur
dit évesque.
Item, y a dedens laditte ville moult de grans seigneurs
qu'ilz appellent Bayares. Et y a tel bourgeois qui tient
bien de terre deux cens lieues de long, riches et puissans à
merveilles, et n'ont les Russes de la grant Russie autres
seigneurs que iceulxpar tour, ainsy que le commun veult3.
Et est leur monnoye de keucelles 4 d'argent, pesans environ
six onces, sans emprainte, car point ne forgent de monnoye
d'or 5. Et est leur menue monnoye de testes de gris et de
martres. Sy ont en leur ville ung marchié où ilz vendent
et achatent leurs femmes, eulz de leur loy, mais nous les
francs cristiens ne l'oserions faire, sur la vie6. Et changent7
1 Et queurt parmy en la moyenne de laditte ville une grosse
rivière nommée le Woloswo, fermée de meschans murs. (A).
* Tous les autres de la Russie (A).
* Et n'ont aultre roy et seigneur que le grant roy de Musco, sei-
gneur de la grand Russye, lequel ilz retiennent pour seigneur quant
ilz veullent, et quant ilz veullent, non. (A).
* Keucelle , lingot. Les Novogorodiens n'avaient pas de numéraire
alors. « Leur monnaie, dit Lelewel, n'apparut que vers 1420. »
8 Les 9 derniers mots sont omis dans A..
6 Sur paine de vie (A).
* Notre ms. dit : achatent. J'ai préféré la version A.
54 VOYAGES 1415.
leurs femmes, l'une pour l'autre, pour une keucelle d'argent
ou deux, ainsy comme ilz sont d'acord que l'un donne de
saulte 1 à l'autre. Et ont deux officiers, ung duc et ung
bourchgrave, qui sont gouverneurs de laditte ville, lesquelz
gouverneurs sont renouveliez dan en an. Et illecq alay
devers ledit évesque et lesdits seigneurs.
Item, ont les dames deux trèches de leurs cheveulz
pendans derrière leurs dos, et les hommes une trèche. Sy
fus neuf jours en laditte ville et me envoyoit ledit évesque
chascun jour bien trente hommes chargiez de pain, de
chars, de poisson, de fain 2, de chinade 3, de cervoises et de
miel 4. Et me donnèrent les dessusditz duc et bourgrave 5
ung disner, leplusestrange et le plus merveilleux que je vëis
oncques. Et fist cest y ver sy froit que chose merveilleuse
seroit à racompter les froidures qu'il y faisoit, car il me
failly partir pour le froit 6.
Item, une merveille de froit y avoit que, quant7 on che-
vauchoit par les forests, on y oyoit crocquier les arbres et
fendre du hault en bas, de froit. Et y vëoit on les crottes
* Soulte (A). On dit encore : la soulte.
* Foin (A).
s Chynaide(A). Avoine.
* Servoise de mielz (A).
■ Lesdits susnommez (A).
8 L'hiver de 1412 à 1413 fut des plus doux, c'est celui de 1413 à
1414 qui eut un froid si rigoureux. C'est une preuve de plus que
donne Lelewel pour rectifier la date.
7 Item, est une merveillieuse chose des froideurs qu'il y avoit que
quant, etc. (A).
1415 ET AMBASSADES. 35
de la fiente des chevaulz, qui estoient sur la terre engellées,
saillir contremont, de froit. Et, quant on dormoit de nuit
oudit désert, on y trouvoit au matin sa barbe et ses
sourcieux et paupières engelées de l'alaine de Tomme et
plaines de glachons, sy que au resveillier à paines povoit
on ouvrir sesyeulz.
Item y une autre merveille de froit y vëy de long ung
pot de terre plain d'eau et de char \ mis au feu par ung
matin sur ung lacq ou désert, que je vëis l'eaue boullir à
l'un des lez du pot et engeler à glace à l'autre lez.
Itemf ung autre merveille y vëy de froit, de deux tasses
d'argent pesans trois mars de Troye dont j'avoye puisié
eaue de nuit en ung lacq dessoubz la glace pour boire 2, en
maniant icelles à mes mains chauldes, estre engelées à mes
dois, et, tantost icelles widies, mis l'une en l'autre, estre
engelées enssamble tellement qu'en prenant l'une, sourdre
les deux par force de gelée.
Item, on ne vent riens en y ver, au marchié de la grant
Noegarde, de vitaille, soit poisson, soit char de pourceau
ou de mouton5, ne volille nulle, que tout ne soit mort et
engelé. Et y sont en tout le païs les lièvres tous blans en
y ver et tous gris en esté 4.
* Y vëy d!ung pot de chair plain d'eau (A;.
2 A partir d'ici, la fin de ce paragraphe est ainsi rédigée dans le
ms. A : Estre engellées âmes dois et dessoubz les deux grans icelles
sourdy et levay par force de gelée.
3 Soit de poisson, de pourceau ne mouton (A).
* Gachet remarque que, c'est « tout bonnement une observation
36 VOYAGES 1415.
Item, sont tons les seigneurs de laditte grant Noegarde
puissans de quarante mille chevaulz et de poeuple de piet
sans nombre, et font souvent guerre à leurs voisins, par
espécial aux seigneurs de Liuflant, et ont gaigniet pour le
temps passé l pluisieurs grans batailles.
Item, partant de laditte grant Noegarde, pour vëoir
monde, m'en alay sur siècles, en guise de marchant, en une
autre grosse ville fermée du royaume et seignourie de
Russie, nommée Plesco. Et y a trente lieues d'Allemaigne
à passer par grans forests de laditte Noegarde jusques à
Plesco 2.
Item, est Plesco moult bien fermée de murs de pierres
et de tours, et y a ung chasteau moult grant, où nul francq
cristien ne peut entrer qu'il ne lui faille 3 morir 4. Et siet
laditte ville en escut sur deux grosses rivières, c'est à sçavoir
le Moede et Plesco 5, et est seignourie à part luy dessoubz le
i\>y de Moeusco. Et avoient, ou temps que je fus là, exillé
et enchassié leur roy que je vèy en la grant Noegarde. Et
incomplète. « Car il y a en Russie une espèce de lièvres blancs et une
de lièvres gris que Ion a confondus. » Lelewel cite un tej.te latin d'une
description de la Livonie, publiée par les Elsevirs, qui prouve que
cette faute d'observation n'est pas de Ghillebert, qui n'a fait que suivre
une opinion vulgaire que l'on trouve « répétée sans fin ».
* Du temps passet. (A).
* Pskow, chef-lieu de gouvernement au sud-sud-ouest de Pétersbourg.
3 Où nul ne peut entrer qu'il ne faille, etc. (A).
* Ce passage rappelle un épisode du roman en prose du XIIe siècle
Perceval le Gallois, t. I, p. 202, édition des bibliophiles belges.
* Ces rivières s'appellent aujourd'hui la Velika et la Pskova, ainsi
que Ta remarqué Lelewel.
1415. ET AMBASSADES. 37
ont les Russes (ficelle ville leurs cheveulz longs espars
sur leurs espaulles. Et les femmes ont ung ront déadême
derrière leur testes, comme les sains l.
Item, de Plesco, me partis pour m'en retourner en
Liuflant et montay, atout mes sledes, sur le rivière de la
Moeude. Et de le Moeude, vins sur les glaces d'un moult
grant lacq nommé le lacq de Pebées 2, lequel s'estent en lon-
gueur de trente lieues et en largeur vingt et huit lieues 3,
ouquel lacq sont pluisieurs isles, les aucunes habitées et
les autres non. Et fus cheminant sur ledit lacq, sans trouver
ville ne maison, quatre jours et quatre nuitz, et arrivay en
Liuflant en une moult belle petite ville nommée Drapt 4,
qui siet à vingt et quatre 3 lieues de Plesco.
Item, est la ville de Drapt très belle ville et bien fermée,
et y a ung chasteau, assis sur trois rivières, et est ung
éveschié à part luy , non appartenant aux seigneurs de
Liuflant.
Item , de là remontay parmy le pais de Liuflant à
Zeghewalde devers le lant mareschal, pour avoir saufcon-
duit, et passay par Winde 6 et par Woldemar 7 , qui sont
1 Derrière la teste comme ont les sainctz (A).
2 Le lac Peipus.
5 Lequelle at trente lieues de long et dix huict lieues de large (A).
4 Dorpat, aujourd'hui le siège de la grande université allemande
de Russie.
5 Trente quatre (A).
6 Les villes mentionnées dans ce paragraphe ont déjà été nommées
plus haut.
7 Woldemaire (A). Serrure a imprimé Wildemer.
38 VOYAGES 1414.
villes fermées, et par pluisieurs villaiges desquelz je ne fay
point de mencion. Et y a de Drapt à Zeghewalde cinquante
lieues l.
Item, de Zeghewalde, me party, pour m'en aler vëoir le
royaume de Létau, devers le duc Witholt, roy de Létau et
de Samette et de Russie, et m'en alay, tousjours sur mes
sledes, en une ville fermée et chastel, en Liuflant, nommée
Cocquenhouse 2, qui est à l'évesque de Righe, et y a quinse
lieues jusques là.
Item, de Cocquenhouse, montay sur la rivière de le Live 3
atout mes sledes, et vins à ung chastel des seigneurs de
Liuflant, nommé Dimmebourg 4, qui est en ce lieu là le
derrenier chastel qu'ilz ont sur la frontière de Létau 5, et y
peut avoir de Cocquenhouse environ quinse lieues.
Item, partant de Dimmebourg en Liuflant, entray ou
royaume de Létau en une grosse forest déserte, et cheminay,
deux jours et deux nuitz, sans trouver nulle habitation, par
dessus sept ou huit grans lacz engellez. Sy arrivay en l'une
des cours dudit Witholt nommée la Court-le-roy 6. Et y a
de Dimmebourg en Liuflant jusques là quinse lieues.
1 La distance de cinquante lieues de Dorpat à Segewald est exagérée
* Kockenhausen, sur la Diina.
3 La Dûna.
* Dunaburg.
B Lithuanie.
6 Ce doit être Swenzjany.
1414. ET AMBASSADES. 39
Item, de la Court-le-roy, passay parmy pluisieurs vil-
laiges, grand lacz et forests, puis vins l à la souveraine ville
de Létau, nommée le Wilne 2, en laquelle a ung chastel situé
moult hault sur une savelonneuse montaigne, fermée de
pierres et de terre, et le masonnaige de dedens est tout
édifié de bois. Et s'envient la fermeté dudit chasteau du
hault de la montaigne à deux lez fermée de murs jusques en
bas, en laquelle fermeté sont encloses pluisieurs maisons.
Et oudit chastel et fermeté se tient coustumièrement ledit
duc Witholt, prince de Létau, et y tient sa court 3 et sa
demeure. Et court demprès ledit chastel une rivière qui
tire et maine son cours et ses eaues parmy la ville d'embas,
laquelle rivière se nomme le Wilne4. Et n'est point la ville
fermée, mais est longue et estroitte de hault en bas, très
mal amaisonnée de maisons de bois 5. Et y a aucunes esglises
de bricque. Et n'est ledit chastel sur la montaigne fermé
que de bois par bolvercques fais à manière de murs 6.
Item, y a de la Court-le-roy jusques à la ville de Wilne
douse lieues. Et sont les gens dudit royaume cristiens
nez nouvellement par la constrainte des seigneurs de
l'ordre de Prusse et de Liuflant, et ont es bonnes 7 villes
1 Parmy pluisieurs villaiges et très grandes forestes, et vins, etc. (A).
* Wilna.
3 Et au dict chastel et fermeté tient coustummièrement le dict ducq
Wittolt, prinche de Leuttau, sa courte, etc. (A).
* Et y queurt une revière emprés le dict chastel, laquelle vat parmi
la ville d'en bas, appellée la Wilne. (A).
8 Ammaysonnée toute de bois (A).
6 Dessoubz la montaigne que de bois par boulleur, faiz en guise de
murs (A).
1 Grosses (A).
40 VOYAGES 1414.
esglises fondées, et aussy par les villaiges en font fonder
de jour en jour, et y a oudit pays de Létau douse 1 évesquiez.
Et ont ung langaige à part eux. Et ont les hommes leurs
cheveulz longs et espars sur leurs espaules, mais les
femmes sont aornées simplement aucques 2 à la coustume
de Picardie.
' Item, est Létau païs désert, à la pluspart plain de lacz
et grans forests, et trouvay en laditte ville de Wilne deux
des seurs de la femme dudit duc Witholt, sy alay devers
elles.
Item, au départir de le Wilne, pour m'en retourner en
Prusse, m'en alay parmy le royaume de Létau, le chemin
qui s'ensieut : premier à une très grosse ville en Létau,
nommée Trancquenne 3, malement maisonnée de maisons
toutes de bois 4, et non point fermée. Et y a deux chasteaulz
dont l'un est moult viel, fait tout de bois et de cloyes de
terre placquies, et est ce viel chastel assis 5 sur ung costé
d'un lacq, mais d'autre part siet en plaine terre. Et l'autre
chastel est en la moyenne d'un autre lacq, au trait d'un
canon près du viel chastel, lequel est tout neuf, fait de
bricque à la manière de France G.
1 Troys (A).
* Et les hommes leurs cheveulx espars sur les espaulles, et les
femmes simplement wacquez, etc. (A).
5 Traquene (A). Troki, à l'O-S-O. de Wilna.
4 Mal maysonnée toutte de bois (A).
5 Dont l'un est moult viel, tout de bois de cloyes et de terre, assis,
etc. (A).
6 Et est tout, neuffe faict de briqhes à la guise de France (A).
1414. ET AMBASSADES. 41
Item, demeurent en laditte ville de Trancquenne et au
dehors en pluisieurs villaiges, moult grant quantité de
Tartres, qui là habitent par tribut, lesquelz sont drois
Sarrasins, sans avoir riens de la loy de Jhésucrist, et ont
ung langaige à part nommé le Tartre. Et habitent sambia-
blement en laditte ville Allemans, Létaus \ Russes et
grant quantité de juifz, qui ont chascun langaige espécial.
Et est laditte ville au duc Witholt. Sy a de le Wilne
jusques là sept lieues.
Item, tient ledit Witholt, prince de Létau, ceste ordre
d'honneur parmy son pays que nulz estrangiers, venans
et passans par icelui, riens n'y despendent, ains leur fait le
prince délivrer vivres2 et les conduire sauvement partout où
ilz veulent aller parmy ledit païs, sans coustz et sans frais.
Et est ledit Witholt moult puissant prince, sy a conquesté
douse ou trèse que royaumes, que païs, à l'espée. Et a
toudis dix mille chevaulz de se selle, appartenais pour son
corps.
Item, en laditte ville de Trancquenne, y a ung parcq
enclos, ouquel sont 3 de toutes manières de bestes sauvaiges
et de venoisons dont on peut finer es forests et marches
de par de là. Et sont les aucunes comme boeufz sauvaiges,
nommez ouroflz, et autres en y a comme grans chevaulz
nommez w es elz4 et autres nommez liellent 5, et y a chevaulz
4 Lithuaniens.
2 Quel nul estrangier qui y viegne n'y despende rien et leur fait
délivrer vivres, etc. (A).
3 Où il y at (A).
* Weselz : on appelle dans les langues germaniques l'âne : ezel.
5 Cheval hellent : on dit en français l'élan.
VOY. ET AMB. 3
42 VOYAGES 1414.
sauvaiges, ours, porcz, cerfz et toutes manières de sau-
vagines.
Item, de Trancquenne, m'en vins à ung chasteau et
villaige nommé Posur l? situé sur la rivière de le Mem-
melle *, qui est moult grosse rivière. Et est ledit chastel
moult grant, tout de bois et de terre, et est moult fort assis,
de l'un des lez, sur une montaigne moult reste, chéant sur
laditte rivière, mais à l'autre lez est situé en plaine terre.
Et là, en cedit chastel, trou va y le duc Witholt, prince de
Létau, sa femme et sa fille, femme au grant roy de Musco, 8
et la fille de sa fille4. Et estoit ledit duc venus en ce lieu là,
comme il a de usaige de faire, pour chasser une fois l'an es
1 Pousseur (A). — Lelewel dit qu'il n'a pu déterminer la situation de ce
château. Il ajoute que les noms de Pozur, Pozary, Pozory, Poszary sont
communs en Lithuanie. Il nous paraît évident, d'après l'itinéraire
général de notre voyageur, que Posur devait être voisin du coude du
Niémen, près du bourg actuel de Ruraschischki. Mais de Lannoy fait
la distance trop petite. Lelewel propose de lire 15 lieues au lieu de
5, entre Troki et Poseur. Cette correction ferait accorder les autres
données.
* Le Niémen de nos cartes : Memel est le nom allemand et Niémen le
nom slave. Cette rivière a fait de bonne heure la limite des deux
races. Niem désignait, pour les slaves, les nations teutoniques.
5 L'épouse de Witholt s'appelait Anne, elle mourut en 1417. Sa
fille, Sophie, avait épousé en 1390 le Tzar de Moscou, Basile II. La
Tzarine de Moscou s'appelait Anne comme son aïeule. Ces détails sont
de Lelewel qui suppose que ce voyage avait pour but le mariage de
la jeune Anne avec Jean Paléologue. Gachet ajoute que Vassili Dmi-
driewitich, étant prisonnier de Withold, avait été forcé par lui d'épouser
sa fille Sophie.
* Prince de Leuttau, et sa femme et la fille du grand roy de
Musco, fille de sa fille (A;.
1414. ET AMBASSADES. 43
dittesforests, les y vers, et s'y tient trois sepmaines ou ung
mois chassant, sans entrer en nulles de ses maisons ne
villes. Et y a de Trancquenne jusques audit chastel de
Poseur cincq lieues.
Item, après que me partis de Poseur, m'en vins à une
autre grosse ville fermée, nommée Cauve \ et y a ung
moult beau gros chastel, assis en estut sur le rivière de le
Memmelle et siet à douse lieues de Poseur.
Item, me partis de Cauve, en Létau, alant tousjours sur
la rivière de le Memmelle avecq mes sledes et passay
par devant deux chasteaulz dudit royaume de Létau. Et
de celle rivière de le Memmelle, entray sur une autre
rivière nommée le Memmelin 2. Et puis, passant parmy
païs moult désert, par grans forests et grandes rivières,
yssy hors du royaume de Létau et rentray ou païs de
Prusse, sy arrivay à ung gros chastel et petite ville fer-
mée de bois, appartenais aux seigneurs de l'ordre de
Prusse, nommée Ranghenyt 3, qui est ung couvent et com-
manderie, et y a de Cauve en Létau jusques à laditte ville
de Ranghenyt xvj lieues.
Item, de Ranghenyt, retournay à Keininczeberghe 4,
' Kovno, sur le Niémen.
* Lelewel croit qu'il s'agit d'un affluent, qui aurait changé de
nom, de la petite rivière Szeszupa. Il nous paraît plus vraisemblable
qu'il s'agisse de la Szeszupa elle-même.
3 Ragnit, près de Tilsit.
* Konigsberg, comme plus haut.
44 VOYAGES 1414.
puis remontay l sur une mer de doulce eaue, nommée le
Haf, 2 et vins, sur sïedes tousjours, sur ledit Hafqui
encores estoit moult engelé, jusques en la ville de Dan-
zicque 3, en Prusse. Et contient ledit Haf vingt quatre
lieues de long et dix ou douse lieues de large. Et costie on
le grant chemin de Danzicque à Keininczeberghe, où il y
a vingt et sept lieues par terre à aler quant on va jus du
Haf4.
Item, au retour que je fis en laditte Danzicque, faillirent
les grandes gelées et les nesges, qui avoient duré vingt et
sept 5 sepmaines, et fut environ l'entrée de mars qu'il des-
gella sy fort qu'il me convint là laissier mes sïedes et
remonter sur mes chevaulz. Et fit cette saison sy grant
froidure es païs de Russie, de Létau et de Liuflant, que
moult de poeuple morut et engella de froit.
Item, de Danzicque, m'en revins à Marienbourg et prins
congié aux hault maistre et seigneurs 6 de l'ordre 7, et puis
me party pour aler ou royaume de Poulane 8, devers le roy
4 A Keuninczberghe, où il y at saicz lieues, et de Keunincz-
berglie remontay, etc. (A).
1 Orthographié aujourd'hui : Haff.
3 Dantzig.
* Lelewel remarque ici que de Lannoy prend un grand soin de
déterminer exactement les distances et qu'il y réussit.
5 Lelewel pense que c'est 17 semaines qu'il faudrait lire.
6 Après la déposition de Henri de Plauen, Michel de Sternberg
avait été élu grand maître le 9 janvier 1414.
7 Au grand maistre des seigneurs, etc. (A).
• Pologne.
1414. ET AMBASSADES. 45
de Poulane, pourvëoir sa court, son estât et son païs. S y
m'en allay parmy le païs de Prusse, tant que je vins à une
moult belle et riche ville fermée, et chastel, couvent et
commanderie, nommée Thore \ située sur la rivière de le
Wisle 2. Et départ laditte rivière, en ce lieu là, les païs de
Prusse et de Poulane. Et passay par ung chastel nommé
Ingleseberch 3 ouquel on tenoit le hault maistre qui la
saison devant avoit esté dégradé et demis de sa seignourie,
et alay devers luy pour le visiter en sa misère \ dont j'en
euz grant pitié. Et y a de Danzicque jusques à Thore vingt
lieues.
Item, dudit lieu de* Thore, envoyay devers le roy de
Poulane pour avoir ung saufconduit à aler devers luy, pour
ce que 5 j'avoie esté armé en ladevantditte reise de Prusse
contre le duc de Pomer 6, auquel ledit roy avoit esté aydans
et envoiay devers luy jusques à Traco 7, où il y a soixante
lieues. Et endsmentiers 8, de laditte ville de Thore, m'en
alay esbatre à une autre grosse ville fermée en Prusse 9
nommée Columiene 10, sur le Wisle, à sept lieues de Thore,
qui est ung païs à part luy. Et de là, à une lieue et demie,
1 Thorn.
* Appellée Thore, assize sur la revier de Vueslo (A). Cette rivière
est la Vistule.
5 Château dans le Culmerland, province de Prusse occidentale.
* Et l'alay illecq visiter en sa misère (A).
8 Pour tant que (A).
6 Poméranie.
7 Cracowe(A).
8 Endementrans (Ed. S). — Et entrant de, etc. (A).
9 De Prusse. (Ed. S).
i0 Culm, en latin Culmina.
46 VOYAGES 1414.
m'en allay à ung chastel et commanderie nommé Albenhoux \
où on aoure sainte Barbe, et y a l'un des bras et une partie
du chief de la benoitte vierge, et y a moult beau pélerinaige.
Et de là, fus mené sur le rivière de le Wisle, à une lieue
de Thore, en une islette où jadis, du temps que tout le
païs de Prusse estoit mescréant, les seigneurs des Blans
Manteaux, de l'ordre de Prusse, firent leur première habi-
tacion sur ung gros foeullu arbre de quesne, assis sur le
bort de la rivière, où ilz firent ung chastel de bois et le
fortefièrent de fossez autour arrousez de laditte rivière,
dont depuis par leur vaillance, à l'ayde et retraitte dudit
chastel, concquirent tout le païs de Prusse et le mirent à
nostre créance, et est ce lieu là nommé Aldenhoux.
Item, de laditte Thore, m'en alay esbattre en pluisieurs
chasteaux et villes de là entour, appartenans ausdis sei-
gneurs de Prusse. Et, mon saufconduit venu, passay oultre
la rivière de le Wisle et entray ou royaume de Poulane.
Sy arrivay à une ville fermée nommée Callaiz 2, en laquelle
je trouvay ledit roy de Poulane et de Traco 3, qui estoit
illecq venuesbatre 4pour chassier en ses forests, et fus huit
jours devers luy par les festes de Pasques 5.
1 Albenhouze, et plus loin : Aldenhoulx (A). Il faut préférer, avec
Lelewel, la leçon Aldenhoux, qui se trouve plus bas. Il s'agit de
Althaus ou Althausen, à 8 kilomètres au sud de Culm, mentionnée
dans les auteurs du temps pour des pèlerinages à sainte Barbe.
1 Kalisz, à peu près à moitié chemin entre Thorn et Breslau .
3 Oacovie, en allemand Krakau.
1 S 'esbattre (A).
8 Le 7 avril. Lelewel qui suitce voyage particulièrement dans l'histoire
de Pologne de Dlugoss, constate que Jagellon fêta la Pâques cette année
à Cracovie.
1414. ET AMBASSADES. 47
Item, me fîst ledit roy honneur et bonne chière, et fist
à ung jour sollernpnel ung très merveilleux et beau disner,
et me fîst seoir à sa table, puis au partir me donna une
couppe dorée, armoyée de ses armes, et escripvy par moy
lettres de créance au roy de France l , laquelle créance estoit
qu'il se complaignoit de luy, qui estoit principal de tous
les roys cristiens, pour ce que tous les rois cristiens
l'avoient visité par leurs ambaxades depuis sa nouvelle
créacion d'avoir esté fait roy cristien, et ledit roy de
France non. Et y a de laditte Thore jusques à Callaiz vingt
deux lieues.
Item, au partir de Callaiz, prins mon chemin pour m'en
aler devers le roy de Béhaigne 2, et me fîst le roy de Pou-
lane conduire et mener hors de ses pais de le Sleisie 3 qui
luy appartient 4, et arrivay à une moult belle, moult riche
et moult marchande ville, située oudit pais et nommée
Bresseloen 5. Et de ladessusditte ville jusque à Bresseloen
a dix-huit lieues.
Item, de Bresseloen, en Sleisie, vins à une ville fermée
en laditte Sleisie nommée Suaydenech 6, qui siet à six 7 lieues
1 La folie de Charles VI et les déchirements de la France dans la
lutte des Armagnacs et des Bourguignons expliquent cette interruption
des relations diplomatiques.
2 Bohême.
3 L'Eislezie (A). La Silésie, en allemand : Schlesien.
* Que appartient au roy de Béhaigne (A).
5 Breslau.
6 Snaidenech (A). Schweidnitz, au sud-ouest de Breslau, en latin
Suidnica.
7 Sept (A),
48 VOYAGES 1414.
de Bresseloen. Et là trouvay le duc Loys de Brighe, l lequel
me fist moult grant feste et honneur et me donna l'ordre
et compaignie du roy de Land, 2 dont ilz sont de celle ordre
bien sept cens chevalliers, que escuiers, et autant de gen-
tilzfemmes, dont il estoit le chief.
Item, me partis de laditte ville de Suaydenech, en Slei-
sie, entray ou royaume de Béhaigne et passay par pluisieurs
villes, dont pour briefté je ne fay point de mencion. Sy vins
en la ville de Praghes 3, qui est la maistre ville4 du royaume
de Béhaigne, assise sur une rivière. En laquelle ville je
trouvay le roy Jehan et la royne, et fus devers eulx onze
jours. Et y a de Sueydenech jusques à Praghes vingt six
lieues.
Item, à Praghes y a deux villes, la vielle et la nouvelle,
et est moult grande et moult riche. Et en la nouvelle, y a
une grosse tour sur laquelle je vèy, en la compaignie et
avecq le roy, les reliques très dignes que on y monstre au
poeuple une fois l'an, telz comme le fer de la lance et l'un
des clauz de nostre seigneur et pluisieurs chiefz de corps
sains. Et y avoit lors sy grant poeuple, quand je les vèy,
que par le tesmoignaige de plusieurs chevalliers et escuiers
il y povoit bien avoir xl.m testes.
4 Louis II, duc de Lignitz et de Briege en 1402, mort en 1436.
(E. Gachet).
i Gachet et Lelewel ne peuvent expliquer cette expression, à moins
d'y trouver une locution allemande : le roi du pays : Landkônig.
3 Prague.
* Que c'est la maistresse ville (A).
1415. ET AMBASSADES. 49
Item, estoit alors tout le royaume, pour l'occasion d'un
homme prescheur \ nommé Housse, 2 en division l'un contre
l'autre, et faisoient guerre grant partie des nobles contre
le roy et la royne, et entray oudit païs, mais j'en widay,
en grant péril d'estre rué jus.
Item, me party de laditte Praghes pour m'en aler en la
duché d'Osteriché 3 devers le duc, et vins à une ville fermée
nommée le Berch 4 en Béhaigne, à sept lieues de Praghes.
Et là sont les minières où on tire l'argent du roy de
Béhaigne.
L'an mille quatre cens et trèze, moy revenu du voyaige
et reise de Prusse, m'en alay en Engleterre pour faire le
voyaige de Saint-Patrice, lequel je ne peus pour lors 5 faire,
pour ce que je fus détenus 6 et prins en Angleterre. De
laquelle prinse, la mercy Dieu ! je fus envoyé quittes et
délivres à l'aide de mes bons amis, mais y fus sy longue-
ment que je ne peus estre au siège. d'Arras, qui fut en ce
temps.
L'an mille quatre cens et quinse, fus en la bataille de
Rousseauville 7 navré au genoul et en la teste et couchié
1 D'ung maistre prescheur (A).
* Jean Huss.
3 Autriche.
* Kuttenberg, en slave : Gora Kutna, ou le mont Kutna.
* Je ne peus lors, etc. (A).
6 Retenus (A).
7 La bataille de Ruisseauville ou cTAzincourt.
«*)0 VOYAGES 1416.
avecq les mors, mais à les despoullier, je fus prins prison-
nier l et gardé par une espace 2 et mené en une maison près
de là avecq dix ou douse autres prisonniers, tous impo-
tens. Et lors, à une rencharge que fist monseigneur le duc
de Brabant, on crya que chascun tuast ses prisonniers,
dont, pour avoir plus tost fait, on bouta le feu en la maison,
où entre nous impotensestièmes. Mais, par la grâce de Dieu,
je me trainay hors du feu à quatre piez, où je fus tant que
les Angles, noz ennemis, revindrent, où derechief fus prins
et vendu à monseigneur de Cornuaille, cuidant que je fusse
ung grant maistre, pour ce que, la Dieu mercy, j'estoye
assez honnestement en point, quant je fus pris la première
fois, selon le temps de lors. Sy fus mené à Callais et de là
en Angleterre jusques atant que on sceut qui j'estoie, et
lors fus mis à finance, de quoy je paiay douse cens écus
d'or et ung cheval décent francs. Et au partir, mon maistre
devantdit seigneur de Cornuaille me donna vingt nobles
pour racheter ung harnas.
L'an mille quatre cens et sèze, moy revenu de prison, je
alay devers monseigneur le duc Jehan, en Bourgongne,
lequel me donna la capitainerie du chastel de l'Escluse
où je, par la grâce de Dieu, regnay trente ans. De là, je
revins devers monseigneur le duc Phillippe, lors comte de
Charolois et gouverneur des marches de pardecha ou nom
de monseigneur son père, lequel me donna l'office des
divines provisions. Et fus continuelment avecq luy jus-
que à ce qu'il sceut la mort de monseigneur le duc Jehan,
1 Prisonnier tout impotens (A).
* Par une espasse de temps (A).
1421. ET AMBASSADES. 51
son père. Et, lorsque monseigneur le duc Phillippe fut
duc de Bourgongne, il m'envoya en ambaxade avecq
l'évesque d'Arras, qui pour lors estoit à Mante, devers
le roy d'Angleterre, pour la paix du roy de France et
d'Angleterre, laquelle paix fut faitte xen icelui temps queje
vous compte.
L'an mille quatre cens et vingt, fus avecques monsei-
gneur le duc Phillippe au siège de Motreau 2, où il reprint
le corps de monseigneur le duc Jehan, son père, et le fist
porter en Bourgongne. De là fus au siège de Melun, qui
dura cincq mois. Et lors, par le trépas de messire Athéis
de Brimeu, premier chambelan, le seau de secret de mon
très redoubté seigneur me fut baillié, sans ce qu'il y eut
autre premier chambellan . Couchay devant luy l'espace de
trois mois, et portay sa bannière deux fois , la cotte
d'armes vestue, en bataille rengie avec luy.
Ce temps pendant, emprins le voyaige de Jhérusalem par
terre, à la requeste du roy d'Angleterre et du roy de
France et de monseigneur le duc Phillippe, principal esmou-
veur3. Et lors, fut monseigneur de Roubaix, mon beau-
frère, mandé, pour lors estant à Arras, et luy fut ledit
seau de secret baillié et délivre.
L'an mille quatre cens vingt et ung, le quatrième jour
de may, me party de l'Escluse, moy huitième, c'est à
sçavoir : moy, le Gallois Dubois, Colart le bastard de
* Ce qui suit jusqu'à la fin de l'alinéa est supprimé dans le ms. A.
2 Montereau.
3 A la requeste du roy de France, du roy d'Engleterre et de mon-
seigneur, principal esmouveur (A).
52 VOYAGES 1421.
Marquette, le bastard de Lannoy, Jehan de la Roe, Aggregy
de Hem, le roy d'armes d'Arthois et Copin de Poucque. Et
envoiay mes gens, mes bagues et les joyaulz dessusdiz, par
mer en Prusse, et m'en alay, moy deuxième, avecq une
escarcelle, par terre, aussy en Prusse, et passay parmy
Brabant, Gueldres, la Westfale ! les éveschiez de Minstre 2
et de Bremme 3, à Hambouch, à Lubecque, à Wissemar,
à Rostok, à Mesunde, à Gripsuole 4, parmy les duchez de
Meclembourg, de Bart, de Wougast 5 et de Pomère 6, et
par 1 eveschiet de Canin 7, puis vins à Danzicque sur le
Wisle 8, où je trouvay le grant maistre de Prusse avecq
les seigneurs de l'ordre, 9 et luy présentay les joyaulz et
lettres dessusdittes. Et fiz mon ambaxade de par les deux
roys de France et d'Angleterre; lequel seigneur me fist
grant honneur en moy donnant 10pluisieursdisners,puis me
donna ung ronssin n et une belle haghenée, et donna au
roy d'armes d'Arthois dix nobles l£. Et laissay Aggregy de
Hem, mon parent, avecq le hault maistre, nommé messire
Micquiel Cocquemeistre, où il demoura deux ans pour
apprendre alemant.
I La Westphalie.
* Munstre (A).
3 Les évêchés de Munster et de Brème.
* Hambourg, Lubeck, Wismar, Rostock, Stralsund, Greifswald.
5 Wuolgaste (A).
* Les duchés de Mecklembourg, de Barth (près Stralsund), de
Wolgast (entre Stralsund et Stettin), de Poméranie.
7 Cammin, sur l'un des estuaires de l'Oder.
8 Dantzig sur la Vistule.
9 Le grand maistre de Prusse et Tordre (A).
10 Et me donnât (A).
II Ronchin (A). Serrure a lu : Roussin.
,s Le Noble était une monnaie d'or.
1421. ET AMBASSADES. 55
Item, de Prusse, m'en alay devers le roy de Poulane >,
par la ville de Sadowen 2 en Russie, lequel je trouvay par-
font es désers de Poulane, en ung povre lieu, nommé Oysem-
my 3,vers lequel je fis mon ambaxade de la paix 4, des deux
roys dessus nommez et luy présentay les joyaux du roy
d'Angleterre, 5 lequel me fist très grant honneur, et envoya
au devant de moy bien trente lieues, pour moy faire venir
à ses despens. Et me fist faire oudit désert ung très beau
logis tous de vertes foeulles et ramsseaux , pour tenir mon
estât emprès luy, 6 et me mena à ses chasses pour prendre
ours sauvaiges en vie 7, et me donna deux très frisques 8
disners, l'un par espécial où il y avoit plus de soixante
paires de metz, et me assist à sa table, et me envoyoit
toujours vivres. Et me bailla lettres, que je demandoie de
luy, adreschans à l'empereur de Turquie, avec lequel il
estoit alyez contre le roy de Hongrie, pour moi faire avoir
mes saufconduits parmy la Turquie, mais il me dist que
1 Pologne.
* Saint-Domien (A). Sandomir ou SanJomierz, sur les frontières
actuelles de la Pologne et de la Gallicie. C'est à tort selon nous que
Lelewel rapporte ce nom à celui du bourg de Sadov-Visnia près de
Lemberg.
3 Oiseminy (A). Oziminy, entre Sambor et Drohobycz, au sud-ouest
de Lemberg.
* Il faut sans doute lire comme plus loin (p. 55) : « De par les
deux roys. »
5 L'historien polonais Dlugoss (mort en 1480) spécifie ces joyaux.
C'étaient un heaume et deux arquebuses (Lelewel).
6 Un très beau logis de feuilles verdes pour mon estât emprès de
luy, etc. (A).
7 La manière de prendre les ours en vie est décrite par Dromer.
Respubl. Polon., Elsevir, p. 73 (Lelewel).
8 Très riches (A).
54 VOYAGES 1421 .
ledit empereur estoit mort, par quoy toute la Turquie
estoit en guerre, et n'y pourroye passer par terre. Sy fus
six jours devers lui, et me donna, au partir, deuxchevaulz,
deuxhaghenées, deux1 draps de soye, cent martres sebelins,
des gans de Russie, trois coupes couvertes, d'argent dorées2,
cent florins de Hongrie, et cent florins en gros de Béhaigne3.
A quatre gentilzhommes que j'avoye, il donna à chascun
ung drap de soie, et audit hérault ung drap de soye
et dix florins de Rin 4, au queux, au charreton et au vallet
d'estable donna à chascun ung florin. Et me donnèrent
aucuns de ses gens pluisieurs menus dons, comme ostoirs,
gans, lévriers, cousteaulz et litz de Russie. Et pour ce que
le roy estoit là en lieu désert, il me envoya, au partir de lui,
à une sienne ville nommée Lombourg 5, en Russie, pour
me faire avoir bonne chière. Sy me donnèrent les seigneurs
et bourgeois de laditte ville ung très grand disner et ung
drap de soye. Et les Hermins 6 qui là estoient me don-
nèrent ung drap de soie et me firent danser et faire bonne
chière avecq les dames. Et me iîst conduire et mesner ledit
roy hors de son royaume à ses despens par pluisieurs
journées 7.
* Quattre (A).
* Le uis. A ajoute ici : plussieurs menus dons et quantz d'ostoirs,
des lévriers, des couteaux, de lis de Russye.
3 Bohême.
* Du Rhin.
5 Lemberg.
0 Les Arméniens.
7 Cet épisode du voyage de de Lannoy est relaté par Dlugoss, écrivain
polonais ; voici son texte, publié par Lelewel :
Dum autem, 1421, (rex Vladislaus Jagello) diem sancti Johannis
Baptistee apud Osiminy ageret, Vilhelmus de Lannoy, burgundus
1421. ET AMBASSADES. 55
Item, de là, me partis et m'en alay à une ville en Russie,
nommée Belfz !, devers la ducesse de la Masoeu 2, qui me
fist honneur et m'envoya à mon hostel pluisieurs manières
de vivres, et estoit sœur au roy de Poulane \ Passay par
la basse Russie et m'en alay devers le duc Witholt, grant
prince et roy de Létau, que je trouvay à Kamenich 4, en
Russie, enssamble sa femme, acompaigné d'un duc de Tar-
tarie et de pluisieurs autres ducs, ducesses et chevalliers
en grant nombre. Auquel duc Witholt je fis mon ambaxade
de la paix, de par les deux roys, et luy présentay les joyaulx
du roy d'Angleterre, 5 lequel seigneur me fit aussy très
grant honneur et bonne chière. Et me donna trois fois à
disner, me assit à sa table où estoit assise la ducesse, sa
femme 6, et le duc sarrasin de Tartarie, parquoy je vëy men-
gier char et poisson à sa table, par ung jour de vendredy.
miles, advenit et Vladislaï polonise régi, ex parte Henrici, anglorum
régis, literis commendatitiis et muneribus, videlicet. stamino atlan-
tico auro intexto, galea ferrea crista aurea insigni et duobus angiicis
arcubus, prsesentatis, petebat sibi per terras dominiorum suorurn, in
terram sanctam hyerosolymorum tendenti, salvum conductum prses-
tari. Vladislaus autera, Poloniae rex, tara sua sponte in quoslibet
advenas comis et munificus, non solum securitatem per tërrara suam
praestitit, sed etiam, âmplissime donatum, Turcarurn Caesari per lite-
ras commendavit (Dlugoss XI, p. 438).
1 Belz, ville très-ancienne sur la Zolokia, à l'est de Lemberg.
* Massovie.
* Alexandra, sœur de Jagellon.
* Kamienietz, en Volynie.
8 Lelewel remarque que le roi de France ^'envoie que des paroles
et que le roi d'Angleterre y joint des présents. C'est que l'ambas-
sade se faisait au nom de ce dernier.
6 Ce n'était plus Anne, c'était la seconde épouse de Jagellon :
Juliane, comme le remarque Lelewel.
56 VOYAGES 1421.
Et y avoit ung Tartre qui avoit sa barbe longue jusques
dessoubz le genoul, enveloppée d'un coeuvrechief. Et à ung
disner solempnel qu'il fist, vinrent vers lui deux ambaxades l,
l'une de la grant Noegarde et l'autre du royaume de
Plesco 2, qui luy vinrent présenter pluisieurs présens mer-
veilleux, en baisant la terre, devant sa table, comme mar-
tres crues, robes de soye, soubes, chapeaux fourrez, draps
de laine, dens de couragnes 3 qui est poisson, or, argent,
bien de soixante manières de dons. Et receut ceulz de la
grant Noegarde, mais ceulz de Plesco non, aincliois les
rebouta de devant ses yeulz par hayne. Et me bailla ledit
duc, au partir, telles lettres 4 qu'il me failloit pour passer
par son moyen parmy la Turquie, escriptes en tartarie, en
russie et en latin. Et me bailla pour moi conduire deux
Tartres, et sèze que Russes, que Wallosques 5, mais me
dist bien que ne pourroye passer par la Dunowe 6, pour la
guerre qui estoit partout en Turquie pour la mort de l'em-
pereur. Et estoit aliez avecq le roy de Poulane et avecq
les Tartres 7 contre le roy de 'Hongrie . Et me donna
au partir deux robes de soye, nommées soubes 8, fourrées
de martres sebelins, quatre draps de soye, quatre chevaulz,
4 Notre ms. porte : qu'il fist vers les deux amdassades. J'ai préféré
la version A.
* Novogorod et Pskow.
5 Serrure a imprimé ; Conraques.
* Dlugoss rapporte aussi que Jagellon donna à Ghillebert des let-
tres et il ajoute qu'elles lui furent très-utiles.
5 Valaques.
6 Le Danube , en allemand Donau.
7 Le ms. A ajoute ici : semblablement avecques les Turques.
* Soube, szuba, pelisse (Lelewel).
1421 ET AMBASSADES. 57
quatre l chapeaux spiclioult 2 de sa livrée, et dix coeuvre-
chiefz broudez, quatre paires de tasses de Russie, un g
arcq, les flesches et le tarcquois de Tartarie, trois tasses
escartelées et broudées, 3 cent ducas d'or et vingt cincq
keuchelles d'argent, vaillant cent ducas4. Lequel or et
argent, je reffusay et luy rendy pour ce que à celui temps
et heure s'estoit aliez avecq les Housses contre nostre foy 5.
Et m'envoya la ducesse, sa femme, ung cordon d'or et ung
grant florin de Tartre 6 à porter au col pour sa livrée. Et
donna ledit duc à mondit héraultung cheval et une soube7
fourrée de martres, ung chappeau fric 8 de sa livrée, deux
keucelles d'argent et six ducats d'or 9 et demy.A mon clercq,
nommé Lambin, que je renvoyai devers le roy d'Angleterre,
donna il une soube, qui est robe de soye 10 fourrée de mar-
tres, et ung chappel de sa livrée. A cinq gentilzhommes
que j'avoye avecq moy, à chascun il donna un drap de soye.
4 Trois.
2 Spichoult. Lelewel explique ce mot par la langue polonaise et lui
donne la signification de shakho pointu.
3 Tasses, étoffes qui couvrent les plis de l'armure.
4 L'ordre de cette énumération est interverti dans le ms. A, qui
supprime les trois derniers mots.
5 Les Hussites avaient déjà l'appui de Witholt et cherchaient à
gagner celui de Jagellon, qui devait bientôt leur envoyer un empereur
à opposer à Sigismond de Luxembourg.
6 De Tartarie (A).
7 Robe (A).
8 Ung chappeau spice (A).
9 Le ms. A intercale ici quelques mots et termine ainsi la phrase :
Aux keux et chartons, au vallet d'estable, à chascung deux ducatz
d'or et demi.
'• Une robe, ladite robe de soye (A).
VOY. ET AMB. 4
58 YOYAGËS 1421 .
Item, me donnèrent ung duc et 1 ducesse de Russie, de
ses gens, ung beau disner et une paire de gans de Russie
broudez et ung 2 Et me furent donnez autres
dons de ses chevalliers comme chappeaulz et mouffles four-
rées de martres, et de cousteaux tartarisques, par espécial
de Guedigol 3 , capitaine de Pluy, en Lopodolye 4. Et fus
devers ledit Witholt neuf jours et puis m'en partis.
Item, de Kamenich 5, m'en retournay à Lombourg 6 où*
il y a cincquante lieues, et de tant me tordy hors1 de mon
chemin pour trouver ledit duc Witholt. Et de Lombourg,
passant parmy la Russie la haute, m'en alay en 7 Lopodolie
à une autre Kemenich 8, merveilleusement assise, qui est
audit duc, où je trouvay ung chevalier, capitaine de Lopo-
dolie, nommé Gheldigold , qui me festoya moult et me
donna de gracieux dons et de ses vivres et beaux disners.
Et de là m'en alay parmy Wallackie la petite 9, par grans
désers, et trouvay le wiwoude Alexandrie 10, seigneur de
1 Et une ducesse (A).
2 Un mot est laissé en blanc dans les manuscrits. C'était sans doute
un mot difficile à comprendre par les copistes.
5 Guadiguol, et plus loin : Gueldignol (A).
4 Podolie. — Gedigolt, icinommé trois fois, était un haut dignitaire
de la cour de Witholt ou Vitovd. Lelewel donne une equisse de sa
vie, mais il ne peut expliquer le nom de Pluy, il suppose que c'est
une faute de copiste.
5 Kamienietz.
• Lemberg.
7 Vers (A).
8 II s'agit cette fois de Krzemienietz, en Podolie.
9 La petite Valachie. Le ch doit être prononcé kh.
10 Le vaivoude Alexandre, parent par alliance de Jagellon et de
Witholt. '
1424. ET AMBASSADES. 59
laditte Wallackie et de Moldavie, à ung sien villaige,
nommé Cozial \ lequel me dist pour certain encores mieulz
la vérité de la mort de l'empereur de Turquie et la grosse
guerre qui estoit par tout le pais 2, tant au costé devers
Grèce comme oultre le bras Saint- George, devers la Tur-
quie, et qu'il y avoit trois seigneurs qui chascun se vouloit
faire empereur par force 3. Et que nullement ne pourroye
passer la Dunowe, car nul de ses gens ne fut sy hardy qui
m'y osast 4 conduire, ne faire passer. Et sy failly 5 que je
changeasse mon propos d'aler parmy la Turquie. Et en
intention de essayer de tournoyer la mer Maiour 6, prins
mon chemin pour aler en Caffa par terre. Et au partir
dudit seigneur de Wallackie, il me donna ung cheval, con-
duitte et truchemans et guides, et m'en alay par grans
désers, de plus de quatre lieues, en laditte Wallackie. Et
vins à une ville fermée et port sur laditte mer Maiour,
nommée Mancastre ou Bellegard 7, où il habite Gênenois,
Wallackes et Hermins. Et là y vint, moy présent, à celuy
temps, à l'un des lez de la rivière, le devant nommé Guel-
digold, gouverneur de Lopodolye, faire et fonder par force
ung chas tel tout neuf, qui fut fait en moins d'un mois 8 de
1 C'est probablement, comme l'indique l'édition Serrure, la ville
de Kozlov, un peu au nord du Dniester.
fi Qui estoit partout (A).
* Ces trois compétiteurs à l'empire après la mort de Mahomet I,
troisième fils de Bajazet, mort en 1421, étaient Amurath II son fils,
Mustapha, le plus jeune frère de Mahomet, et Chélébi Mustapha,
frère d' Amurath.
* Car nul de ses gens sy hardy qui ©sast, etc. (A).
5 Et sy falloit (A).
6 Nom qu'on donnait alors à la mer Noire.
7 Bellegard est Bialigorod, la ville blanche, l'Akerman des Turcs.
■ Tout neuf, en moins d'uug mois (A).
60 VOYAGES 1421.
par ledit duc Witholt, en ung désert lieu, où il n'y a ne
bois, ne pierres, mais avoit ledit gouverneur amené douse
mille 'hommes et quatre mille charettes chargées de pierres
et de bois.
Item, à l'entrer de nuit en laditte ville de Mancastre, fus
moy et ung mien trucheman prins, rué jus et desroeubé de
robeurs et mesmes batu et navré ou bras villainnement, et,
que plus est, je fus desvestu tout nud en ma chemise et loyé
à ung arbre 2, une nuit entière, emprès et sur le bort d'une
grosse rivière nommée le Nestre, où je passay la nuit, en
très grant péril destre murdry ou noyez ; mais, la merci
Dieu, ilz me deslièrent au matin et, tout nud comme devant,
c'est à scavoir atout ma chemise 3, eschappay d'eulz et
m'en vins entrer en la ville 4 sauflavye.Et ce jour arrivèrent
mes autres gens que j'avoye laissié celle nuyt au désert,
sy alloye devant pour prendre logis pour eulx 5. Et perdis
environ de cent à six vins ducas et autres bagues 6, mais
enfin pourchassay tant envers ledit wiwoude Alexandrie,
seigneur dudit Mancastre, que les larrons jusques à neuf
furent prins et à moy livrez, la hart au col, en ma franchise
de les faire morir ; mais ilz me restituèrent mon argent ;
1 Et avoit douze raille, etc. (A).
2 Desreubé de robeurs, batu et navré au bras villaineraent, devestu
et loyé en ma chemise à ung arbre, etc. (A).
3 Le ms. A supprime dans cette phrase plusieurs mots : Où je
passay la nuit, — C'est à savoir atout ma chemise, etc.
* Et tout nud eschappay et vins à la ville, etc. (A).
8 Pour euix et pour moy (A).
6 Bagues et joyaulx (A).
1421. ET AMBASSADES. 61
lors1, pour l'onneur de Dieu, priay pour eulz et leur sauva
la vye,
Item, de Mancastre envoiay une partie de mes gens,
de mes bagues et joyaulz par mer en une nef en Caffa, et
moy avecq les autres m'en alay 2 parterre, partant de laditte
Wallasquie pour aller audit lieu de Caffa, parmy ung
grant désert de Tar tarie, qui me dura dix huit jours. Et
passay la rivière de Nestre et la rivière de la Neppre 3, sur
laquelle trouvay ung duc de Tartarie, amy et serviteur
auducWitholt, enssamble ung gros villaige de Tartres, qui
sont audit Witholt, hommes, femmes et enffans, et estoient
sans maisons, logiez sur la terre. Lequel duc, nommé Jambo,
me donna largement poissons esturgeons et me présenta
sieuce de bacho 4 pour les cuire, et me fist bonne chière.
Puis, me fist passer par ses Tartres merveilleusement, moy
et mes gens et mes chars, oultre laditte rivière, qui avoit
une lieue de large, en petis batteaux, tous d'une pièce.
Mais 5 après deux jours que je me fus party de lui, il me
survint une forte aventure, car je perdis tous mes chevaulz,
1 Mais (A).
* Et moi et les aultres allasmes (A).
3 Et passay la rivière de la Neppe (A). — Dniester et Dnieper.
* Cette sauce a exercé les commentateurs. Lelewel,que Serrure fait
rire en y voyant une sauce au lard, y voit une sauce de baies du lata-
nier ou d'huile d'olive ; Bacca. Ne serait-ce pas simplement la
sauce au vin : Bachus, en Italien, Bacco, les termes de cuisine ont
été souvent empruntés à cette langue. — Le ms. A tranche autrement
la question, il écrit : fiente de wache. On se sert en effet dans ces
pays comme combustible de bouses de vache séchées.
8 Le récit qui commence ici est réduit dans le ms. A ; j'en don-
nerai quelques variantes ;
Et au partyre de luy, dedens deux jours après, eu une grosse
62 VOYAGES 1421.
et mes gens, truchemans, tartres et guides, jusques au
nombre de vingt et deux, furent perdus près d'un jour
et une nuyt entière, par aucuns loups sauvaiges et affamez
qui eslevèrent mes chevaulz par nuit, comme je reposoye
en la forest déserte , et les sieuvirent mesdittes gens près
de trois lieues longs, mais l'endemain, moyennant la grâce
de Dieu et pluisieurs pélerinaiges que je voay l avecq mes
gens qui encores estoient avecq moy, nous retrouvâmes tous
lesdits truchemans et guides, réservé ung Tartre, très loyal
homme, qui poursieuvy mes chevaulz tant que, par merveil-
leuse aventure, il les retrouva par ung seul cheval coullu
qu'il y avoit en la compaignie et d'une seulle jument, qui
eulx deux, sans plus, furent premiers trouvez paissant ens-
samble, sur quoi 2 ledit Tartre monta pour aler quérir les
autres, lequel Tartre se nommait Gzooyloos, et estoit l'une
de mes guides qui très loyaument s'en acquitta, car après
qu'il eut retrouvé tous mes chevaulz, s'il eust voulu estre
faulz de les embler, aussy bien qu'il se monstra loyal de
les moy ramener, nous estièmes tous mors dedens lesdittes
forests et grans désers, car nous estièmes loing de ville qui
fut habitée, plus de sept journées.
Item, au partir de là, assez tost après, me survint
aventure de tous mes chevaulx et mes gens, truchemans, tartres et
guides, jusques au nombre de vingte deux qui furent tous perdus une
nuyct et près d'ung jour tout entier, de leups sauvaiges, et les emme-
nèrent, en ung saulte, en une heure, cachant parmy le désert près de
trois lieues long (A).
1 Que moi et mes gens veyasmes, tous furent retrou veit, lesditz che-
vaulx par très merveilleuse aventure d'ung seul cheval coullu (A).
2 Sur quoi ung alla quérir les aultres, c'est assavoir ung loyalle
tartre nommé Gzooilloos que loyaullement s'en aquitta, etc. (A).
1421. ET AMBASSADES. 63
encores une autre aventure, car, en alant mon chemin vers
ung empereur de Tartarie, demourant à une journée près
de là, oudit désert de Caffa, nommé l'empereur de Salhat,
amy dudit Witholt, vers lequel jealoye pourvëoir son estât
comme ambaxadeur et portant vers lui les présens dudit
Witholt, trouvay à deux journées près de'là une embusche
de soixante à quatrevins Tartres à cheval qui saillirent
hors de roseaux sur moy et me voulurent 2 prendre prison-
nier, pour tant que tout nouvellement ledit empereur de
Salhat estoit mors et qu'il y avoit la plus grant question
du monde entre les Tartres de celle Tartarie 3 et du grant
Kan, empereur de Lourdo 4, pour y faire ung nouvel empe-
reur, car chascun vouloit avoir le sien, et estoient tous
en meuterie et en armes en laditte contrée 5, par quoy je
fus en grant péril, mais sy bien m'en vint que, à ce jour,
moy et mes gens, portièmes les chapeaux et livrées de
Witholt, et iceulz Tartres de celle embusche estoient des
gens du viel empereur de Salhat 6, qui estoit mort et qui
avoit esté grant amy audit Witholt. Sy me laissèrent aler,
moyennant pluisieurs dons d'or et d'argent 7, de pain, de
vin et de martres, que je leur donnay. Et me guidèrent, en
1 Je eu une autre, etc. (A).
9 Hors d'une roseaux et me voulurent, etc. (À).
5 De celle partie de Tarterie (A).
* Lourde (A).
* Ladite ville et autour (A).
6 Ghillebert apporte ici des noms et des renseignements nouveaux
dans une histoire encore obscure : les excursions d'une horde des
Tartares de Kaptchak. Les annalistes de Lithuanie et de Pologne
auront, tout en le contrôlant, à compter avec lui, comme le fait sentir
Lelewel qui essaie de jeter quelque jour sur ces événements.
7 Certain don d'argent et d'or (A).
64 VOYAGES 1422.
moy l tordant par ung autre chemin, tant qu'en eschievant
toutes gens d'armes, je arrivay à Sa miette de nuit à tfne
autre porte, à l'autre lez de la ville de Salhat 2, & laquelle
je m'en alay hurter seullement pour dire je y ay esté.
Et sans entrer dedens, ne sans reposer, tout celle nuyt
chevauchay et vins à Samiette 3 et puis en la ville de Caffa,
qui est ung port de mer et ville de trois fermetez, située
en Tartarie, sur la mer Maiour, appartenans aux Gènenois.
Lesquelz Gènenois me firent honneur et bonne chière, et
me envoyèrent pour 4 présens vingt et quatre coffins de
confiture, quatre torses, cent chandeilles de cire, ung
tonnelet de malvisie 5 et du pain, et me tendirent ung
hostel espécial pour moy en la ville. Et là, mis plaine
diiligence 6 de trouver conseil , guides et truchemans à
tournoyer la mer Maiour pour parfaire le chemin par
terre en Jhérusalem, car j'estoye venu jusques à là tout
par terre, et avoye failly 7 à passer la Dunowe, mais en la
conclusion n'y fut oncques remède ne moyen que je y
pëusse trouver,pour les longtains désers deshabitez de plui-
sieurs nacions, de diverses langues et créances, qui y
habitent. Sy vendylàmes chevaulz, et trouvay, dedens neuf
jours, quatre galées de Venise, qui venoient de la ïane, avec
lesquelles je revins en la ville de Përée 8 et en Constanti-
1 Me (A).
• Samiette et Salhat étaient en Crimée.
, 5 De la ville à sauveté (A).
4 Envoyèrent leurs (A).
8 Malvoisie (A),
* Mis diligence (A).
7 Pour parfaire par ce chemin là le vovaige de Jherusalam par terre
et avoye failly, etc. (A).
8 Péra, du grec izépcx, au-delà : faubourg de Constantinople séparé
par la rivière connue sous le nom de la Corne d'Or (Cornu sinus).
Péra appartenait aux Vénitiens.
1422. ET AMBASSADES. 65
noble. (Duquel lieu de Constantinoble je trouvay le viel
empereur Manuel et le jeune empereur son filz, auxquelz
empereurs présentay les joyaux du roi de Angleterre,
enssamble les lettres de la paix de France et d'Angleterre.
Et fis mon ambaxade de parles deux rois, touchans laditte
paix, enssamble le désir qu'iiz avoient de avanchier l'union
d'entre les esglises Rommaines et Grégeoises, dont je fus
pluisieurs journées devers lesdis empereurs occupez avecq
les ambaxadeurs du Pape, qui lors y estoient pour ceste
cause l. Et me firent lesdis empereurs honneur et bonne
chière, selon la coustume du pais des Grégeois. Et me mena
le jeune empereur pluisieurs fois à ses chasses et me donna
à disner sur les champs. Et me donna le viel empereur, au
partir, trente deux aunes de velours blancq. Et me fist
monstrer sollempnellement les dignes relicques dont plui-
sieurs en y avoit en la cité et mesmes aucunes précieuses
qu'il avoit en sa garde, sy comme 2 le saint fer de la lance et
autres très dignes. Et me fist monstrer les merveilles et
anciennetez 3de la ville et des esglises. Laquelle ville est en
trépier 4 assise sur la mer et a dix huit milles de tour. Et
me donna au partir une croix d'or à ung gros perle, en
laquelle, en cincq parties, il fist enchassier en chascun
membre une des relicques qui s'enssieut 5 : premier, de la
robe Nostre Seigneur Irrisoria, d'un saint suaire Nostre
Seigneur, de la chemise Nostre Dame, d'un oz de saint
1 Geste raesme cause (A).
2 Et me fist montrer solempnellement les dignes relliques pluisieurs
qu'il y a en sa garde, comme en aultre lieu, en Constantinople, teles
comme, etc. (A).
3 Les merveilles anciennes (A).
* Trespiede (A).
5 S'ensuyvent (A).
66 VOYAGES 1422.
Estéene et de saint Théodore, escript sur chascun membre
en grecq le nom de chascune relicque. Laquelle croix, je
fis depuis, à mon retour, enchâsser en ung angèle d'argent
et le donnay depuis à nostre chappelle de Saint-Pierre, à
Lille, et pourchassay,và l'ayde de monseigneur de Santés,
mon frère, pardons à perpétuité, sept ans et sept quaran-
taines.
Item, en iceluy temps, avoit le viel empereur délivré
hors de sa prison ung prince turcq nommé MoustafFa et
l'avoit fait, par son sens et puissance, empereur de la Tur-
quie, vers la Grèce, après la mort de Guirici Chalaby \
son frère, par devant empereur de Turquie, et l'avoit mis
sur la partie de Grèce vers Gallipoly, par condicion que
jamais ne devoit passer le bras de Rommenie 2 pour passer
oultre en Turquie, et devoit rendre le chastel et tout le
navire de Galipoly à l'empereur de Constantinoble et faire
guerre perpétuelle à Mourart-Bay 3, estant seigneur de
Prusse 4 et de la Turquie, qui lors y estoit recëu empereur
par la mort duditGuiricy, son frère5, mais il menty faulce-
mentdetoutesaprommesse, car il passa oultre à navire en la
Turquie en puissance, et vint Mourart-Bay contre luy aussy
à grant puissance et furent grant temps l'un devant l'autre
les deux puissances tellement qu'il n'y avoit entre eulz
deux que une rivière. Sy fus adverty * de ceste besongne,
1 Mahomet I, troisième fils de Bajazet.
2 Le bras de Roumélie, c'est-à-dire les Dardanelles.
5 Bursse (A).
* Amurath II.
5 Son père (A). Voir la note 3 de la page 59.
6 Sy sceus (A).
1422. ET AMBASSADES. 67
par quoy je prins une nef et du harnas pour aler devers
l'un desdis empereurs turcs espérant qu'il y auroit bataille,
mais l'empereur de Constantin oble fist arrester ma nef, et
ne voult, pour la doubte de ma vie *, que je y allasse , dont je
eus grant doeul. Et demouray ainsy du tout résolu de par-
faire mon voyaige de Jhérusalem par mer. Sy me mis en
une nef et arrivay en l'isle et ville de Rodes 2, dont estoit
maistre ung seigneur chastelain, lequel me fist honneur.
Et illecq laissay toutes mes bagues, avecq l'oreloge d'or du
roy d'Angleterre, que je ne peus présenter pour ce que
j'avoye trouvé ledit empereur de Turquie mort, auquel elle
adreschoit3. Et laissay là toutes mes gens séjournans, qui
grant desplaisir en eurent, jusques à mon retour, et m'en
alay, seullement moy troisième, c'est à sçavoir le dit Roy
d'Arthois, Jehan de la Roe et moy, pour parfaire plus dis-
crètement 4 mes visitations, le chemin 5 qui s'ensieut.
Item, de là montay sur une petite nef qui me mena en
l'isle, port et ville6 de Candie, qui est aux Vénissiens, où je
fus six sepmaines, et me firent le duc et les gentilzhommes
grant honneur et me envoyèrent pluisieurs présens de
1 L'édition Serrure a ici une faute d'impression : Ne voult 'point le
doute de ma vie. Notre ms. écrit lisiblement : ne voult pour la doute.
— Pour doute (A).
2 Rhodes.
8 Pour ce que javais trouvé que le dict empereur de Turquie, où
elle alloit, estoit mort (A).
4 La reconnaissance militaire exigeait de la discrétion, c'est pour-
quoi Ghillebert laisse à Rhodes sa suite et ses bagages et part pour
la Syrie avec Roy d'Arthois et Jehan de la Roe.
B Et le chemin (A).
8 En l'isle et ville (A).
68 VOYAGES 1422,
vitailles. Et de là, montay sur une autre nef qui me mena
au port d'Alexandrie, très grosse ville fermée où demeurent
sarrasins. Et y a deux portz, le viel et le nouvel. Lesquelz
dessusditz lieux je visitay, avecq le lieu saint où sainte
Katherine fut martirisie et décolée, à mon povoir, par
l'ayde dudit Jehan de la Roe. Et mis, de là en avant, toutes
mes visitacions par escript dont je fis ung livret qui çy
après s'ensieut, duquel, au retour de mon dessusdit voyaige,
le roy Henry en ot ung par copie et monseigneur le duc
de Bourgongne ung autre l. Et d'Alexandrie, m'en alay par
terre jusques au port de Rosecto 2 , où il y a trente six
milles. Et illecq entray sur une germe qui me mena amont la
rivière du Nyl jusques à la grant ville du Kaire, où le sou-
dan de Babilonne 3 demeure en ung riche chastel. Et y a
quatre journées de long, qui sont deux cens milles.
Item, au Kaire, visitay ce que y estoit à visiter de plu-
sieurs merveilles qui y sont, et fus devers le patriarche
d'Inde 4, lequel me présenta, comme ambaxadeur du roy de
France, unefyole de fin balme, de la vigne où il croist, dont
il est en partie seigneur.
Item, de là, prins truchemans sarrasins et chargeay tentes
et vitailles sur cameulx, et deux asnes pour ma personne,
1 Dont au retour, etc.. le roi Henry en eut ung, et un aultre mon-
seigneur le ducque de Bourgoingne (A). — C'est le résultat de cette
reconnaissance militaire dont Ghillebert remit/une copie à chacun des
deux esmouveurs de son ambassade.
* Rosette.
5 II est à peine nécessaire de rétablir l'orthographe moderne :
Nil, Caire, Babylone.
* Des Indes (A).
1422. ET AMBASSADES. 69
et fis le chemin de Sainte-Katherine du mont de Sinay par
les désers d'Egipte, en costiant la mer rouge, où il y a
onze journées de désers. Et y a une esglise à Sainte-Kathe-
rine à manière d'un chastel, forte et quarrée, où les trois
loix de Jhésucrist, de Moyse et de Mahommet sont en
trois esglises représentées. Et en la nostre gisent les oz de
la plus grant partie du corps de sainte Katherine. Et mon-
tay sur ledit mont, ou lieu où Nostre Seigneur donna la
première loy à Moyse, et puis, plus hault où le corps de
laditte sainte fut ensepvely par les angèles de paradis, et y
demoura sept ans ; puis visitay pluisieurs hermitaiges qui
sont sur la montaigne.
Item, oultre laditte montaigne, environ trois milles, pour
vëoir merveilles l, alay visiter, à l'autre f&z du désert, une
pierre quarrée, merveilleusement grande, laquelle sieuvoit2
jadis par miracle le poeuple d'Israël ou désert. Et y voit
on encores douse sourgeons desquelz saillirent 3 douse fon-
taines, qui abreuvoyent les douse lignies d'Israël. Et est
celle pierre toute seulle, loing de roches et de montaignes,
illecq couchie emmy le sablon.
Item, de Sainte-Katherine, m'en vins au Kaire et illecq
reprins truchemans et vitaille et puis montay sur une
germe et alay, contremont la rivière du Nyl, deux journées
de loing, jusques à une esglise de Saint-George cristienne.
1 Pour merveilles (A).
* Servoit (A).
5 Dont il sailloient (A).
70 VOYAGES 1422.
Et illecq remontay sur cameulx et m'en alay à Saint-
Anthoine des désers, où il y a deux journées de chemin,
qui sont cincq journées du Kaire 2. Saint-Anthoine est une
abbaye de moines jacobitains, cristiens circoncis, dont il y
a 3cincquante.Et est chastel situé sur une fontaine saillant
d'une roche, et y a beau gardin de palmes et pluisieurs
autres arbres et fruis.
Item, de là, passay oultre une grant montaigne qui con-
tient une lieue de long, à la vëue de la mer rouge 4, et alay
à Saint-Pol des désers 5, le premier hermite, qui est situé
en lieu bas entre montaignes sur une fontaine saillant de
roche6, et est lechastel fort et abbaye de jacobitains 7, subgectz
àceulz de Saint-Anthoine , et y a ung gardin de palmiers.
Et illecq vindrent les Indiciens tous nudz en quantité, pour
assaillir la place afin de avoir à boire comme ceulz qui
moroyent de soif, quérans eaue par trois jours continuelz,
sans le trouver 8 par ledit désert.
Item, de Saint-Pol, retournay à Saint-Anthoine et de là
au Kaire, et mis, que de aler que de venir, du Kaire 9 à
Saint-Anthoine, sèze jours.
* Deux (A).
2 En remontant la vallée du Nil.
* Dont il en y a (A).
* A une lieue de la mère rouge (A).
8 Dans la basse Thébaïde.
8 Sur une montaigne saillant (A).
7 Notre ms. dit : Et est le chastel et abbaye forte de Jacobitains. J'ai
préféré la version du ms. A.
s Afin de boire, qu'ilz morroient de soiffe,queranspar trois jours eaue
sans la trouver, etc. (A).
* Le ms. A supprime les 10 mots précédents.
1423. ET AMBASSADES. 71
Item, me party du Kaire le trèsième jour de juing, mon-
tay sur une germe et vins aval d'un des bras de la rivière
du Nyl jusques à Damiette en trois jours. Sy y peut avoir
environ de cent et cincquante milles par eaue,mais par terre
n'y a que cent milles. Et y a sur laditte rivière beaucop et
fuison de bons villaiges et pais bien labouré. Et sont en
laditte rivière pluisieurs isles, aucunes haultes, aucunes non,
les unes habitées et point les aultres \ et partout bateaulz
nommez germes. De là, alay à Thènes 9, de là à Rames 3,
et puis en Jhérusalem et es lieux là autour acoustumez
de aler aux pèlerins. De là, retournay à Rodes et de là à
Venise, le chemin accoustumé, et de là, revins par les
Allemaignes , où je fus prins du bastard de Lorhaine, mais
le comte de Waudemont me fîst délivrer.
* Pluisieurs isles, aulcunes habittées et aulfunes non (A).
2 Thènes
3 Ramleh, entre Jaffa et Jérusalem.
S'ensieuvent les pèlerinaiges,
PARDONS ET INDULGENCES, DE SuRYE ET DE ÉgIPTE l.
Et veuillez sçavoir que, en quelconcques lieux cy après
nommez où vous trouverez le signe de la croix, il y a
plaine absolucion de peine 2 et de coulpe, et, es aultres lieux
nommez cy après où point n'y a le signe de la croix, il y a
sept ans et sept quarantaines de pardon. Et furent données
lesdittes indulgences de saint Silvestre, pape, à la prière de
saint Constantin, empereur, et de madame sainte Hélaine,
1 Les pèlerinages masquaient la reconnaissance militaire. Ghil-
lebert leur donne presque autant d'étendue et il est à supposer qu'il
mêlait les deux espèces de notes pour détourner au besoin les soupçons.
Ces pèlerinages donnent un état complet des souvenirs religieux, des
légendes et des superstitions qui peuplaient alors la Terre- Sainte.
8 Absolution de tous les péchez de paine, etc. (A).
5 Cet alinéa est écrit dans le ms. A d'un autre caractère et comme
faisant partie du titre.
5
74 voyages 1421-1425.
Premièrement, en la cité de Joppen, en Surie, qui est
dit Jaffe â, est le lieu où saint Pierre resuscita de mort la
femme qui servoit les appostelz, les disciples et les povres
de nostre seigneur Jhésucrist, laquelle est nommée Tabita.
— Item, la maision en laquelle saint Pierre estoit en
oroison, quant il eut la vision du ciel, au rivaige de la mer.
— Item, la pierre sur quoy monseigneur saint Pierre
preschoit. — Item, le moustier et esglise saint George, en
laquelle il fut martirisiez.
Item, en la cité de Rames 2 est le chastel que l'en
nomme Émaux, ouquel est la maison de Cléophe, ouquel
est le lieu où Jhésucrist s'assit et brisa le pain ; et adonc
saint Cléophe et l'autre disciple le congneurent. Et monstre
on aussy en icelle maison, l'église où est le sépulcre dudit
saint Cléophe. — Item, Ramatham-Sophin, citez de
Elcaire et de Samuel, prophète, et le sépulcre d'icelui. —
Item, la maison de Joseph, le noble, qui ensepvely nostre
seigneur Jhésucrist, qui avoit nom Centurio. — Item, en
l'entrée d'icelle y a plaine absolucion. -\ Item, en la
place de l'entrée de l'esglise du Saint-Sépulcre et en la
moyenne de laditte place est le lieu ouquel Nostre Seigneur
se reposa ung petit quant on le menoit crucefier en por-
tant la croix. -| — Item, en l'esglise du Saint-Sépulchre est
le mont de Calvaire sur quoy Jhésucrist fut crucefiez. -\- —
Item, y est le lieu où Jhésucrist fut recouchiez et oingz et
enveloppé es sains lincheus. -\ Item, y est le saint
sépulchre où Jhésucrist fut ensepvely et depuis très glo-
1 Jafa, autrement Joppé.
• Ramieh, comme plus haut.
4421-1425. ET AMBASSADES. 75
rieux resuscita. -\- — Item, où Jhésucrist s'apparut à
Marie-Magdalaine en forme d'un gardinier. -\ Item; où
Jhésucrist fut emprisonné, endementiers que on appareilloit
le pertuis en terre pour planter et mettre la croix1 ou mont
de Calvaire. — Item, où furent départis les vestemens de
Jhésucrist. — Item, la chapelle de Sainte-Hélaine et le
lieu où elle estoit quant les Juifz quéroyent la croix. —
Item, où sainte Hélaine retrouva la croix de Jhésucrist et
les croix des larrons, la couronne, les espines, les claux et
la lance de Longis. +. — 2 Item, la coulompne à laquelle
Jhésucrist fut lyez et couronnez d'espines. — Item ,
où fut trouvé le chief de Adam. — Item, les sépul-
chres des roys, c'est à sçavoir de Godefroy et Bauduin. —
Item, le lieu que on dist qui est 3 la moyenne du monde.
Cy s'ensieuvent les pardons et indulgences et les
pélerinaiges qui sont dedens la cite de jherusalem.
L'esglise monseigneur saint Jehan-Baptiste et l'ospital
des Frères de Rodes. — Item, la maison du riche homme
qui reffusa les myettes de pain au ladre. — Item, dedens
ceste maison est l'esglise de monseigneur saint Pierre, en
laquelle est le lieu où il fut emprisonnez. — Item, le quar-
four où les Juifz constraindirent Symon 4 ad ce qu'il portast
la croix de Jhésucrist, et en iceluy lieu mesmes osta
4 On appareilloit le trau où mettre la croix (A).
* Le ms. A met les croix avant et non après, ce qui se voit ici et
toutes les autres fois que le copiste a été à la ligne.
3 L'Éd. S. omet par erreur : qui est.
* L'Ed. S. dit par erreur : Saint Symon.
76 voyages 1421-1423.
Notre Seigneur sa croix et se retourna vers les femmes
qui le sieuvoient, en disant : Mes filles de Jhérusalem, ne
veuillez plourer sur moy. — Item, Sainte-Marie du
Palme, ouquel est le lieu où la vierge Marie chëy à terre
pour la douleur qu'elle avoit, quant elle vèy Nostre Sei-
gneur portant la croix sur ses espaulles et condempné à
mort. — Item, une arche sur laquelle furent mises deux
blanches pierres, sur lesquelles Nostre Seigneur se reposa
un petit quant on le mena crucefier. — Item, lescolle de
la vierge Marie en laquelle elle fut introduite et aprinse en
la lettre1. — Item, la maison de Pillate où Nostre Seigneur
fut lyez et batus, d'espines couronnez et à mort condemp-
nez -[-. — Item, la maison de Symon, le lépreux, où
Jhésucrist entra et mengea et pardonna à Marie- Magda-
laine ses péchiez. — Item, devant la porte de la place du
temple de Salomon, est la maison de Hérode où Nostre
Seigneur fut mocquiez et vergondez et vestus de blans ves-
temens. — Item, le temple de Nostre Seigneur, ouquel la
vierge Marie fut présentée, et en icelui fut trèze ans, et
fut en iceluy mariée à Joseph, et Jhésucrist présentez et
entre les docteurs trouvé. — Item, la pischine probaticque
delez le temple. — Item, l'esglise de Sainte- Anne, mère
de Nostre Dame, en laquelle elle fut née. -\ Item, la
porte par laquelle saint Estéene 2 fut menez à lapider. —
Item, la porte dorée par laquelle Nostre Seigneur entra
en la cité et ou temple, le jour des Pasques flouries. Et en
icelle porte s'entreencontrèrent le père et la mère de la
vierge Marie et s'entreacollèrent en la conception de la
vierge Marie 3.
* Item, l'escolle où la vierge Marie aprint les lettres (A).
4 Estienne (A).
5 Le père et la mère de la vierge Marie, en la conception d'j-
celle (A).
1421-1423. ET AMBASSADES. 77
Cy s'ensieuvent les pèlerinaiges du val
de josaphat.
Le lieu 1 où saint Estéene fut lapidez. — Item, le rieu de
Cédron. — Item, l'esglise et le sépulcre de la vierge
Marie. -| Item, la place et le lieu ouquel Nostre Sei-
gneur aoura trois fois au père. — Item, le sépulchre de
Zacharie, fils de Barrachie, prophète. Et en icelui lieu se
apparut Nostre Seigneur à saint Jaque le mendre 2, le jour
de Pasques, et là mesmes fut ledit saint Jacque ensepvely.
— Item, le lieu où Judas Scariot se pendy.
Cy s'ensieuvent les pèlerinaiges du mont
de olivet 3.
Le gardin où Nostre Seigneur fut de Judas trahy et
baisié, 4 et des Juifz prins et loyez, et des appostres seul
laissiez. — Item, où Nostre Seigneur mena saint Pierre,
saint Jacque et saint Jehan en disant : Triste est mon âme
jusques à la mort. — Item, où saint Thomas receut la
chainture 5 de la vierge Marie, icelle montant es cieulx. —
Item, le lieu où Jhésucrist ploura sur la cité de Jhéru-
salem, le jour des Pasques flouries. — Item, où 6 l'angèle
* Premiers, le lieu, etc. (A).
* Le meux (A).
5 Le mont des Oliviers, à l'est de Jérusalem.
4 Fu de Judas baisez (A).
5 La corroyé (A).
* Item, le lieu où, etc. (A).
78 voyages 1421-1423.
Gabriel donna la palme à la vierge Marie. — Item, le lieu
de Galilée, où Jhésucrist s'apparut à ses onze appostres l.
— Item, l'esglise de Saint-Sauveur, ouquel lieu est la place
où estoit Nostre Seigneur quant il monta es sains cieulx 2.
— Item, le sépulchre de saint Pellage 3. — Item, le lieu de
Bethphage. — Item, le lieu où les apostres firent et com-
posèrent le Credo. — Item, où Jhésucrist fist la Pater
noster, et en ce mesmes lieu dist à ses apostres les signes
qui seront 4 devant le jugement. — Item, le lieu où la
vierge Marie se reposoit aucunes fois ung petit, quant elle
alloit visiter ces sains lieux cy dessus nommez.
CY SENSIEUVENT LES PÈLER1NAIGES DU VAL DU MONT
DE SYON 5.
Premier, la fontaine de la vierge Marie où elle lavoitMes
draps de Nostre Seigneur, quant elle le présentoit au
temple. — Item, le lavoir de Siloë. — Item, où Isaye 7, le
prophète, fut ensepvely. — Item, où ledit Isaye fut tué des
Juifz. — Item, la fontaine de Rogel pour laquelle Adonias,
filz de David,- fist ung disner ad ce qu'il fust couronnez
devant Salomon. — Item, la valée de Beneïscon, 8 en laquelle
1 Disciples (A).
2 Saint Sauveur , auquelle Notre Seigneur montât es sainctz
cieulx (A).
3 Pelaige (A).
4 Seroient(A).
5 Orthographié aujourd'hui Sion ; c'est le promontoire sud de
Jérusalem. — Syloë. (A).
6 Où elle prennoit l'eaue et lavoit,etc. (A).
7 Isayas (A).
8 Benichon (A).
1421-1425. ET AMBASSADES- 79
le roy de Josaphat vaincqui par son oroison les enffans de
Moabe et de Amos. — Item, la rue Engady en laquelle
souloient estre les vignes du balsme, mais par la royne
Cléopatre furent rapportées de Égipte en Babilonne. —
Item, les montaignes d'Engady et les lieux très seurs,
latibula David le roy. — Item, la Morte mer !. — Item, la
pierre du désert de laquelle Ysaye parle en telle manière :
Emitte agnum, Domine, etc. en laquelle est assise une
cité qui est nommée Trach. — Item, une journée oultre,
est une terre que l'en nomme Hus 2, de laquelle fut nez Job,
le pacient. Et en celle est la cité de Sébath en laquelle fut
ensepvely Aaron, frère de Moyse. - — Item, le saint champ
qui fut acheté trente deniers, le pris du corps de Jhésu-
crist. — Item, le champ de fulonis.
Cy s'ensieuvent les pélerinaiges du mont
DE SYON.
Le lieu où saint Pierre ploura amèrement. — Item, où
les Juifz voulurent ravir et emporter le corps de la vierge
Marie, quant on le portoit ensepvelir ou val de Josaphat.
— Item, l'esglise de Saint- Angèle, qui fut maison de
Anne, évesque, en laquelle fut menez Jhésucrist, et là fut
examinez, une fois renoiez de saint Pierre et bufïiez d'un
varlet. — Item, l'esglise de Saint-Sauveur, qui fut maison
de Cayphe, évesque, en laquelle Jhésucrist fut menez,
examinez, batus, débuffiez, vergongniez, emprisonnez et à
1 La morée mer (A),
* Hust(A).
80 voyages 1421-1423.
mort condempnez, dont on dist ^ue là est la prison de
Jhésucrist. — Item, l'esglise de la vierge Marie, qui fut
le chasteau de David le roy, en laquelle est le très saint
lieu où la vierge Marie fut par l'espace de quatorse l ans, et
là trespassa. — Item, près de celuy lieu est la cisterne de
la vierge Marie, de laquelle eaue elle beuvoit. — Item,
le lieu où saint Jehan, l'euvangeliste, célébroit messe devant
la vierge Marie. — Item, où le sort chëy sur saint Mathieu
qu'il seroit appostre par élection. — Item, le oratoire de
la vierge Marie. — Item, le lieu où Jhésucrist prescha une
fois, et là voit on le lieu où la vierge Marie se sëoit. —
Item, les sépulchres des roys David, Salomon et des autres
douse. — Item, où fut ensepvely Symon, le juste et le
cremeu. — Item, où fut rosty l'aigniel de Pasques et
chauffée l'eaue pour laver les piez des appostres. — Item,
le lieu où saint Estéenne fut ensepvely la seconde fois. —
Item, le vénérable lieu de la cène, ouquel est le lieu où
Nostre Seigneur mengea avecq ses appostres l'aigniel
paschal, et leur démoustra et dist moult de belles parolles
touchant charité 2. Et là fist et ordonna le très hault sacre-
ment de son corps et de son sang. Et là mesmes, il se
apparut à ses appostres le jour de l'ascension et mengea
avecq eulz, et leur osta la mauvaise créance et la dureté de
leurs cuers. H Item, où Jhésucrist s'agenouilla et lava
les piez de ses appostres3. — Item, le lieu très vénérable
ouquel les appostres et disciples de Jhésucrist receurent
le Saint Esperit, le jour de la Penthëcouste . -\ Item, où
1 Traize(A).
* Parolles de charité (A).
3 Apostres et desciples (A).
1421-1423. ET AMBASSADES. 81
Jhésucrist se apparut le jour de Pasques et en l'octave
les portes closes 1 à ses appostres. — Item, l'esglise de
Saint- Jacque le grant et le lieu où il fut décolez. — Item,
le lieu où Jhésucrist se apparut, le jour de Pasques, aux
trois Maries, revenans du sépulchre, quant il leur dist :
Dieu vous salve 2.
Cy s'ensuivent les pèlerinaiges de
béthanie 3.
Premier, le chastel de Bethanye. Item, le sépulchre
du sainct Lazare. — Item, la maison Symon le lépreux, en
l'esglise converse où Jhesuchrist mengeat quant Marve
Magdelaine ouvryt sa alebastre et espandit longuement
precieulx sur son chieff, et adonque dist Judas : A quelle
cause ne à quoi s'est faite ceste perdition ? — Item, où
saincte Martha et saincte Marye acoururent contre Nostre
Seigneur disant : Si tu eus icy esté, mon frère ne fust
point mort. — Item, le chastel de Marthe, duquel on dit
en l'euvangile : Marie certainement séoit en la maison.
1 Portes fermées et clauses, etc. (A).
2 Salue (Éd. S.). Saulve (A).
3 Tout ce chapitre est emprunté au ms. A et manque dans le nôtre.
J'ai rétabli cependant l'orthographe de notre manuscrit pour les
terminaisons féminines, dont abuse le ms. A : Chastelle, — Duquelle
— Chieffe — Mon frère ne fut point morte.
82 voyages 1421-1423.
cy s'ensieuvent les péler1naiges du flun
Jourdain.
La tour rouge l. — Item, après 2, lesglise Saint- Joachim,
père de la vierge Marie, ouquel il fut nez et se reprint
avecq ses pastours quant il fut déboutez du temple ainsi
que vergongneux 3. — Item, le mont de Quadragésime4, ou-
quel Jhésucrist jeusna quarante jours et quarante nuitz. -f-
— Item, en la hauteur d'icelui mont est le lieu où le dëable
monstra à Jhésucrist tous les règnes du monde. — Item,
la fontaine de Jhérico 5 la vielle, laquelle eaue adoulcha
Eliséus, le prophète. — Item, Jhérico la vielle, laquelle
Josué destruisy avecq sa compaignie. — Item, la cité de
Hay 6. — Item, Béthel 7 où Jacob dormy et mist la pierre en
enseigne et vëy l'eschielle, etc. — Item, Jhérico la seconde,
en laquelle fut nez Zachéus, qui receut Nostre Seigneur en
son hostel. — Item, le lieu où Jhésucrist relumina 8
laveugle qui cryoit : Filz de David, etc. — Item, Jhérico
la tierce, et celle du jour d'huy. — Item, le moustier de saint
* Premiers, la tour rouge (A) — à chaque paragraphe suivant, le
mot premiers est aussi ajouté dans ce ms.
* Le ms. A supprime ici le mot après, ce qui prouve bien que
Serrure a mal compris le texte lorsqu'il a négligé de mettre une vir-
gule après cet adverbe.
s Du temple ainsy vergoigneusement (A).
* Quarentième (A).
5 Jérico, entre Jérusalem et le Jourdain.
6 Au N.-O. de Jérico.
7 A l'ouest de Jérico.
8 Notre ms. dit : enlumine. J'ai préféré l'expression du ms. A.
1421-1423. ET AMBASSADES. 83
Jehan-Baptiste. — Item, le flun Jourdain ouquel lieu Jhésu-
crist fut baptisiez, -j Item, par icest fleuve, passèrent les
Juifz à secq piez quant ilz se départirent de la terre
d'Egipte. Et Naaman Cirus fut en celluy fleuve gary de
lèpre. Et sur cestui fleuve, passèrent à secq piez Elyas et
Élyséus, prophètes, quant Élyas monta sur le char de feu.
Et en cestui fleuve, passa trois fois à piez secq Marie
Égipcienne. — Item, le lieu où fut Béthanie l la seconde,
de laquelle on dist en l'euvangile : Hec facta sunt in
Beihania, trans Jordanem, etc. — Item, le moustier saint
Jhéromme, ouquel il fist sa pénitance. — Item, la mer
Morte, en laquelle se fondirent cincq citez pour le péchié
de bougherie2. — Item, en la rive d'icelle mer, est la femme
Loth qui fut muée en samblance de sel. — Item, la cité
de Ségor 3 où Loth se sauva avecq ses deux filles. — Item,
les montaignes d'Arrabicq, desquelles Moyse moustra au
poeuple la terre de promission, et en celles montaignes
est il ensepvely. — Item, le désert ouquel Marie Égipcienne
fist sa pénitance, par l'espace de trente ans. — Item, la
cité de Crach 4, et en icelle est la pierre du désert. — Item,
la cité de Sébach 5 en laquelle est le sépulchre de Aaron,
et de là va on bien par désers à Sainte-Katherine et à Le
Mecque, en laquelle cité est le corps du très décepvable
Mahommet 6.
1 Sur la rive gauche du Jourdain, non loin de la mer Morte.
2 Le ms. A ajoute ici, entre parenthèses et d'une autre écriture :
Sodomie.
3 Près de l'embouchure du Jourdain dans Ja mer Morte.
4 Dans la vallée de la mer Morte, rive ouest.
s Probablement Saba, ou nord-ouest et non loin de la mer Morte.
6 Le ms. A ajoute ici entre parenthèses et d'une autre écriture :
faux prophète.
84 voyages 1421-1423.
cy-après s'ensieuvent les péler1na1ges de
Bethléem *.
Le mont de Syon, ouquelest le lieu où Salomon fut sacrez et
oingz en roy. Et là est la maison de Mal Conseil, en laquelle
fut fait le conseil de la mort de Jhésucrist, quand Judas
dist aux Pharisiens : Quid vultis michi dare, etc. 2 — Item,
ou piet d'icelui mont, c'est à sçavoir en la voye qui s'en va
en Bethléem, est l'esglise des trois roys, en laquelle ilz
furent logiez, quand ilz vindrent en Jhérusalem. — Item, le
champ et le lieu que on dist Bercha, où Tangèle de Nostre
Seigneur tua cent et soixante cincq mille 3 hommes de nuyt
en l'ost de Sénécaris qui vouloit destruire Jhérusalem. —
Item, où l'estoille se apparut aux trois roys. — Item, la
rue que on dist Betsura, de quoy on list Macabeomm
capitule- . — Item, le moustier de Hélye, le prophète. —
Item, le sépulcre de Rachel, femme Jacob. — Item, la sainte
cité de Bethléem, en laquelle est l'esglise de la vierge
Marie et le lieu où l'estoille amena les trois rois et là où elle
désaparut4. — Item, le très saint lieu où Jhésucrist fut
nez. -| Item, où Jhésucrist fut circoncis et où il com-
mença à espandre son sang 5. + — Et là furent tuez grant
partie des Innocens. — Item, la chapelle Saint- Jhéromme,
en laquelle il souffry moult de pénitance et laboura moult
en l'exposiciôn et en la translacion de la sainte escripture.
1 Près et au sud de Jérusalem.
* Dare, et ego, etc. (A).
5 Cent et soixante mille (A).
* Là où s'apparut (A).
8 Espandre pour nous son sang (A).
1421-1425. ET AMBASSADES. 85
— Item, le lieu où il demouroit, et là fut ensepvelis. —
Item, où furent ensepvelis moult de Innocens. — Item,
l'esglise Saint-Nicolay, en laquelle saint Paule et Eusthocie
firent leur pénitance, et voit on là en ce lieu leur 'sépulchre.
— Item, dessoubz icelle esglise, y a une chapelle de la
vierge Marie en laquelle elle se annuyta avecq Jhéru-
crist et Joseph, et là en icelle nuyt fut dit à Joseph en
songe : Preng l'enffant et la mère d?iceluy et t'enfui en
Egipte. — Item, en l'autre chief de la cité, est l'esglise
des trois rois où ilz furent logiez quant ilz eurent aouré
Nostre Seigneur, et là leur fut admonnesté en leur dormant
qu'ilz ne retournassent mye par Hérode, etc. — Item, près
d'icelle est la cisterne de David, de laquelle eaue il désiroit
à boire. — Item, une petite chapelle de la vierge Marie,
en laquelle l'angèle Gabriel l'encontra et lui dist où estoit
la terre d'Égipte et lui monstra la voye. — Item, où
l'angèle adnoncha aux pastoureaux la nativité de Jhésu-
crist et prindrent l les angèles à chanter : Gloria in excelsis
Deo. — Item, le chastel Tacue dont fut Àmos, le pro-
phète. — Item, l'esglise en laquelle sont ensepvelis douse
des mendres prophètes et aussy grant partie des Innocens.
— Item, le moustier de saint Gant, abbé, qui fut père de
moult de sains moisnes.
cy s'ensieuvent les pèlerinaiges de la montaigne
de Judée.
L'esglise de Sainte-Croix, en laquelle est le lieu où crut
ung des bois de la sainte croix. — Item, la maison de
saint Syméon le juste, qui présenta Jhésucrist au temple.
1 Et de là prindrent, etc. (A).
80 voyages 1421-1423.
— Item, l'esglise de Saint- Jehan-Baptiste, qui fut maison
de Zacharias, en laquelle la vierge Marie entra et salua
Élizabeth et dist : Magnificat anima mea Dominum, etc.,
et voit on là le lieu où saint Jehan fut nez. — Item,
l'esglise de Zacharie, père de saint Jehan, en laquelle est
le lieu où saint Jehan fut circoncis et lui fut mis son nom,
et quant Zacharie eut ouverte la bouche, il prophétisa,
disant en telle manière : Benedictus Dcminus, Dens
Israël, etc. l. Et voit on là le lieu ouquel saint Jehan se
repust ou temps de l'interfection des Innocens. — Item,
le val de Botry 2, où les ployeurs 3 de Josué portèrent l'es-
tarcho avecq leur crappe de roisin. — Item, la voye par
laquelle alloit en à Gazazeth 4, et est celle voye déserte et
foresteuse, et près de là est la fontaine où saint Jehan bap-
tisa 5.
Cy s'ensieuvent les pèlerinaiges de la Cité
DE ÉBRON 6.
Entre Ebron et Bethléem, est la maison en laquelle fut
nez Jonas, le prophète. — Item, la fontaine et le vergier
de Abraham qu'il donna à Sarre, sa femme, en doaire. —
Item, la cité de Ébron, la neufve, en la moienne de laquelle
1 Israël, quia visitavit, etc. (A).
* Le Botry est le fleuve qui vient à la côte un peu au nord cTAs-
calon, entre cette ville et Jaffa.
* Li ployeux (A).
* Notre ms. laisse entre en et à Gazazeth place pour un ou plu-
sieurs mots. Le ms. A, au contraire, écrit couramment : aloit en
(on allait) à Gazazazet, ou Ganazaret (Génézareth).
5 Notre ms. porte : le baptisa. J'ai préféré la version A.
6 Hébron, au sud de Jérusalem, au delà de Bethléem.
1421-1423. ET AMBASSADES. 87
est l'esglise où sont ensepvelis Adam, Abraham, Isaac et
Jacob, et leurs femmes. — Item, où Caym tua Abel. — Item,
où Adam et Eve plourèrent cent ans la mort de Abel. —
Item, le champ d'Amachéus ouquel Dieu forma Adam. —
Item, Ébron, la vielle, en laquelle David régna sept ans et
six mois. — Item, où Abraham vèy trois enffans, et ung en
aoura, en la fin du val de Mainbre. — Item, le désert où
saint Jehan-Baptiste, encores enffant, ûst ses pénitances,
mengeans herbes et miel de silvestre. — Item, la rue de
Bersabée, jadis grande, des Juifs ou lignaigne de Juda, où
Adam planta le bois quant Hélyas, fuians en Oreb c'est à
sçavoir ou mont de Synay, laissa son enffant Elizéum.
Cy s'ensieuvent les pèlerinages de
Nazareth l.
La rue de Griaphanla, 2 de laquelle fut nez monseigneur
saint Estéene, et là fut ensepvely pour la première fois avecq
Gamaliel, nourrisseur de saint Pol et d'Abiron, son filz. —
Item, la rue d'Albiera, en laquelle est l'esglise de la vierge
Marie, en laquelle est le lieu où la vierge Marie et Joseph,
quérans Nostre Seigneur, qu'ilz avoient laissié en Jhérusa-
lem, le retrouvèrent ou temple entre les docteurs. —
Item, la rue de Anatoth, de laquelle fut Jhérémias, le pro-
phète. — Item, la rue de Sylo, en laquelle est le lieu
où l'arche de Nostre Seigneur fut par moult de temps. Et là
alloient les Juifs faire leurs oroisons devant ce que le tem-
ple fust fait. — Item, le puich de la femme samarithaine. —
Item, près d'icelui puis, est le lieu et la chapelle où les Juifz
1 Au S-E. d'Acre et au S-O.clu lac de Tibériade ou de Gennézareth.
1 Gherafarla (A).
88 voyages 1421-1423.
samarithains font leur oroison. — Item, la cité de Sicchem l,
la vielle, ditte Siccar, 2 de laquelle fut celle femme samari-
taine, en laquelle cité fut Jhésucrist et y prescha trois
jours. — Item, la ville de Sicchem ou de Siccar, la noeufve,
que on dist Nappolona3, près de laquelle sont ensepvelis les
oz de Joseph, qui fut vendus es portz de Égipte — Item,
la cité de Sabestem 4, située en Samarie, en laquelle ville
est l'esglise de Saint-Jehan-Baptiste, qui baptisa Nostre
Seigneur et le lieu où il fut emprisonné et décolé. — Item,
là emprès, est l'esglise de Élizée et d'Abdye, le prophète,
entre lesquelz 5 fut ensepvely saint Jehan-Baptiste, et encore
montre on là leur sépulture. — Item, le chasteau appelé
fgyoro , où Jhésucrist nettoya et garist dix méséax 6. —
Item, le chastel de Zanny. — Item, la cité d'Israël 7, près
de laquelle est une fontaine, et là commence la plaine
que on dist le val de Ulusirio, et y a deux petites montaignes,
c'est à sçavoir Dan et Béthel, esquelles Jhéroboam, roy des
dix lignies, mist les veaulz d'or et les -commanda aourer
disant : Cy sont les Dieux d'Israël.
Cy s'ensieuvent les pèlerinages de la cité
de Nazareth.
En la sainte cité de Nazareth, est l'esglise de la vierge
Marie, en laquelle esgliseest la chapelle et le lieu où la vierge
1 Entre Nazareth et Jérusalem.
* Sikhar.
3 Surnommée Néapolis.
* Sébaste, en Samarie.
5 L'esglise de Élyzée prophète, entre lesquelz, etc. (A).
6 Garist méséaux (A). Lépreux.
7 Entre le mont Thabor et la mer.
1421-1425. ET AMBASSADES. 89
Marie estoit en oroisons quand l'angèle Gabriel la salua. —
Item, le lieu ou quel l'angèle Gabriel estoit. — Item, la
fontaine de laquelle Jhésucrist prenoit eaue et le portoit l
à sa mère. — Item, la signagogue et esglise converse, en
aquelle Nostre Seigneur entra, et là lui fut baillié ung livrel
d'Isaye où il lisy, ou premier chapitre : Spirilles Domini,
super me eweangelizare, etc. — Item, l'esglise du saint
angèle Gabriel. — Item, dehors la cité, à une mille devers
le solleil de midy, est le lieu où les Juifs voulurent four-
commander par force Nostre Seigneur, dont on dist :
Jhesus autem, transiens per médium illorum, ibat, etc.
— Item, à dix milles de Nazareth, est la cité de Zéphora 2
de laquelle fut Joachim, le père de Nostre Dame. — Item,
à une lieue près de Zéphora, est une cité que on dist Cana
Galilée 3, en laquelle est l'esglise de Saint-Sauveur, en
laquelle esglise Dieu converty Feaue en vin. Et d'icelle cité
nasquirent saint Symon, l'appostre, et Nathanaël. — Item,
en la voye qui va de Nazareth en la cité d'Acre, que on
dist Acon 4 ou Tholomayda , est le chastel de Sapharaon,
duquel nasquirent saint Jacque et saint Jehan, enffans de
Zébedée. — Item, à quatre milles de Nazareth, vers Orient,
est le mont de Thabor, en la haulteur duquel est le lieu où
Jhésucrist se transfigura devant trois appostres.-] Item',
en descendant d'icelui mont est le lieu où il dist à ses
appostres : Visionem quam vidistis, etc. — Item, ou piet
d'iceluy mont est le lieu où Melchisedech acouru encontre
Abraham qui retournoit de la mort des rois. — Item, le
* De laquelle eaue Jhesuscrist portoit, etc. (A).
8 Sephor, l'ancienne Diocaesarea, au sud-est de Saint- Jean d'Acre.
8 Entre Sephor et Acre.
4 Aujourd'hui Akko. Tholomayda est une forme corrompue du
nom grec de cette ville, Ptolémaïs.
6
90 voyages 1421-1423.
lieu où Jhésucrist garist l'enflant démoniacque quant il
dist à ses appostres : CM gendre d'ennemy ne peut estre
bouté hors fors que par or oisons et par jeusnes. — Item,
à deux milles de Thabor, vers midy, est la cité de Naym 1, à
la racine du mont de Hermon , en laquelle Jhésucrist
resuscita l'enflant de la vefve. Et cilz est Hermon le grant,
dont on dist es pseaumes : Sicut vos Hermon qui descendit
in montem Syon. — Item, le mont petit de Hermon
dont Silvestres dist es pseaumes : Et Hermonii in monte
modico.
Cy s'ensieuvent les, pèlerinaiges de la mer
de Galilée.
A sèze mille du mont de Thabor, vers aquilane, 2 est
Bethsayda 3, la cité de saint Pierre, de saint Andrien et de
saint Philippe, et en celle cité Nostre Seigneur rendy la
parolle au muyel, disant ainsi : Effataquod est, etc. 4. — Item,
à deux milles de là, est la cité de Thibériadis 5, située en la
rive de la mer, en laquelle sont encores sept esglises, des-
quelles les trois sont sur la rive de la mer G. Premièrement
1 Aujourd'hui Nain.
2 Vers l'aquilon, c'est-à-dire au nord-est, d'après la rose des vents
des latins.
3 Près de l'estuaire du lac. L'orientation que donne ici notre voya-
geur est plus exacte que celle de la carte de la Terre-Sainte d'Orté-
lius.
* Notre ms. porte : Elpheta, etc. J'ai préféré la version A.
5 Thibériade ou mieux Tiberina, sur la rive occidentale du lac. Les
cartes modernes l'appellent souvent Tibérias.
8 Le ms. A omet ici les 17 derniers mots.
1421-1425. ET AMBASSADES. 91
y est l'esglise où Jhésucrist appella saint Pierre et saint
Adrien. — Item, près d'icelle est l'autre 1 où Jhésus appella
saint Jacque et saint Jehan, filz de Zébedée. — Item, près
d'icelle, est une autre esglise où Jhésucrist, après la résur-
rection, estant sur la rive de la mer, se apparut à ses
appostres, et là vëirent ses appostres le charbon ardant et
brèse dessus. — Item, dedens celle cité est l'esglise de
Saint-Sauveur en laquelle Jhésucrist appella saint Mahieu
de theloneo. — Item, l'esglise de Saint-Mathieu, appostre,
et fut celle la maison dudit saint Mahieu, en laquelle Jhésu-
crist mengea avecq lui quant il dist : Illi qui sunt sani
non indigent medico. — Item, l'esglise de Sainte-Marthe,
où Jhésucrist la garist du cours de sang, par atouchier
seullement le bord de son vestement. — Item, la maison
de Archisuagis, où Jhésucrist resuscita sa fille. — Item, la
cité de Caroza'ïs2, contre laquelle Jhésus crya en l'euvangile :
Ve tibi, Corozaïm ! — Item, la cité de Cédar 3, de laquelle
on dist es pseaumes : Habit avi cum habitantibus Cedar.
— Item, la montaigne en laquelle Jhésucrist rassasya
cincq mille hommes de cincq pains 4. — Item, ou piet de celle
montaigne est le lieu où Jhésus garist le mesel à qui il dist :
Volo mundare, et en laquelle Jhésucrist fist le miracle
de la tainture des draps, dont aucuns appellent ce lieu
Cana-Galilée, mais ce n'est mye vray. — Item, les baings
de l'eaue chaude. — Item, ou piet de la mer, est ung mont
où Jhésucrist rassasya quatre mille homme de sept pains 5.
1 Est une autre église (A).
2 Petite localité en remontant la rive droite ou orientale du lac de
Tibériade.
3 Voisine de la précédente.
* Pains d'orge.
5 Six pains (A).
92 voyages 1421-1425.
— Item, à l'autre lez de la mer, est le chastel de
sainte Marie-Magdalaine. — Item, le païs de Génésarorum l,
où il y a une cité appellée Génézareth 2 près de laquelle est
le lieu où Jhésucrist délivra Tomme de la légion des dëables
qui entrèrent es pourceaux et se boutèrent en l'estang de
Génézareth, c'est à sçavoir en icelle mer de Galilée. —
Item, la cité de Capharnaùm où Jhésucrist sauva le serf
du centurion 3 et le tayon de saint Pierre lappostre, et celle
est droit contre Bethsayda 4. — Item, la cité de Césaré-
Philippe 5. — Item, le lieu où Jhésucrist dist aux appostres :
Quem dicunt hommes esse Mium hominis. — Item, les
fontaines de Thor et de Dan. — Item, le mont Liban 6.
Cy s'ensieuvent les pèlerinaiges qui sont devers la
mer de surie.
La cité de Sydon 7, devant la porte de laquelle est le lieu
où Jhésucrist délivra de l'ennemy la fille de Cananée.. —
Item, la cité de Sagepta, et l'appelloit on jadis Sarrepta-
4 Le ms. A orthographie : Ganazarorum et Ganazareth.
* Entre Tiberias et Magdala.
5 Notre ms. porte : le serf de conturion. J'ai préféré la version A.
* Bethsaïda et Capharnaùm sont aux deux extrémités d'une baie
peu profonde, sur le lac de Tibériade, au rivage nord-ouest.
6 Caeserea-Philippi, le Baal-Gad de la Bible. Dans la vallée supé-
rieure du Jourdain, à 40 ou 50 kilomètres au nord du lac de Tibériade.
6 Item, de monte Libanii (A).
7 Sidon, aujourd'hui Saïda, à la côte, sous 33° 34'.
14^1-1423. ET AMBASSADES. 93
Sydonie \ devant la porte de laquelle on voit le lieu où
Hélias, le prophète, parla à la vefve Sarreptane, et le lieu
où fut le miracle de l'oille et où Hélyas demouroit et
qù il resuscita la fille de la vefve devantditte. — Item,
une cité nommée Cirus 2, en laquelle est ensepvely Origènes,
et voit on devant la porte d'icelle le lieu où Jhésucrist
garist Tomme démoniacque, muyel et aveugle, et le lieu
où Jhésucrist prescha quant la femme 3 lui dist : Beatus
venter qui te portavit et libéra que succisti, etc. — Item,
la cité d'Acre, ou d'Acon, ou Tholomayda 4, devant la porte
de laquelle on voit le lieu où Jonas, le prophète, comme il
fut ou ventre du poisson, fut jecté de la mer. — Item, le
mont de Carmely 5 ou quel on voit le lieu où Hélyas et Héli-
séus, prophètes, firent leurs pénitances. — Item, la mon-
taigne de Hélye, où premier fut commencié Tordre des
Carmes. — Item, le lieu où fut martirisie sainte Mar-
guerite. — Item, à l'un des lez d'icelle montaigne, est
située une cité nommée Suna, de laquelle fut une femme
nommée Sunamitis, laquelle6 recevoit Hélyséeensonhostel.
— Item, où Hélisée resuscita de mort le filz de laditte
femme. — Item, la maison où Hélysée demouroit. — Item,
le courant de Sicen ouquel est le lieu où Héiie, le prophète,
apporta à Dieu sacrefice et fist tuer les prestres de Baal .
— Item, le chastel du pèlerin, ouquei fut née sainte Mar-
* Maintenant Zarpath, au sud de Saïda.
• Tyrus, Tyr, le Sûr des cartes modernes.
3 La fille (A).
* Akko ou Ptolemaïs ; voir plus haut p. 89, not. 4.
• Le Carmel, qui projette dans la mer un promontoire d'un peu
plus de 100 mètres d'altitude.
6 Laquelle resconfiyoit le roi David et de icelle citté fut Sumamitis,
laquelle, etc. (A).
94 voyages 1421-1425.
guérite. — Item, le chastel de Cayphas ouquel furent fais
les claux dont Jhésucrist fut atachiet à l'arbre de le croix.
— Item, le chastel ouquel fut trouvé saint Phillippe quant
Eunuchus ! fut baptisiez. — Item, la cité de saint Cornille2.
— Item, la cité de Gazée 3, de laquelle saint Sanson porta
par nuyt les portes sur une montaigne, et voit on en icelle
cité la maison où les Philistiens sy querr oient saint Sanson,
dont saint Sanson print la colompne qui soustenoit toute la
maison et l'emporta, dont il occist de gens moult de mil-
liers.— Item, à cincq milles de Gazée, est la rue de Thabita
où fut nez saint Hilarion. — Item, le mont de Sinay 4, que
on dist Oreb, ou piet de laquelle y a une esglise de Sainte-
Katherine et là se repose le corps de icelle sainte. — Item,
où Moyse vit 5 le buisson flambant et qui point ne ardoit.
— Item, le sépulchre de saint Jehan Climacy. — Item, ou
vergier d'icelui moustier, est le lieu où Aaron fist l'ydole
aux enffans d'Israël, quant Moyses estoit en la montaigne.
— Item, où Hélyas, le prophète, fist sa pénitance en Oreb.
— Item, où Moyses se muchoit6 pour la cremeur qu'il avoit
quant il parloit à Dieu. — Item, où Moyses jeusna quarante
jours 7. — Item, où Moyses receut les tables 8 de la loy +.
1 L'eunuchus (A).
2 De saint Cornille où saint Pierre baptisât le dict sainct Cor-
nille (A).
3 Gaza, aujourd'hui Guzzeh, sous 31° 27\
* D'après une dissertation du Dr Beke, publiée en 1874, le Sinaï
delà Bible serait le Jebel-el-Nur (montagne de lumière), à une jour-
née de marche au nord-est de la bourgade d'Akaka.
5 Notre ms. dit : veu. J'ai préféré la version A.
6 Se reprendoit (A).
7 Jours et quarante nuictes (A).
8 Reçut de Dieu les deux tables (A).
1421-1425. ET AMBASSADES. 95
— Item, ung petit moustier de Sainte-Katherine où il y
a ung autre vergier, ouquel est le lieu où saint Oursins l fîst
ses pénitances et morut. — Item, le mont de Sainte-Kathe-
"rine, en la haulteur duquel est le lieu où les angèles mirent
le corps de laditte sainte. — Item, la pierre 'que Moyses
frappa, dont grans fuisons de eaues yssirent. — Item,
Ramasso, qu'on disoit jadis Eliz 2, où il y a douse fontaines
et soixante dix palmes. — Item, la mer Rouge. — Item,
est Babille, la petite, située en la terre d'Égipte, près de
laquelle est une autre cité nommée le Caire de Massère 3 ;
et y a en celle Babillonne 4 une esglise de la vierge Marie,
en laquelle elle, avecq son enffant Jhésucrist et Joseph,
fut par l'espace de sept ans, fuyans la persécucion que fai-
soit Hérode. — Item, l'esglise de Sainte-Marie de la
colompne. — Item, l'esglise de Sainte-Barbe et où fut son
corps ensepvely. — Item, la vigne de balsme. — Item, le
fleuve du Nyl qui vient de paradis terrestre. — Item, les
greniers de Pharaon. — Item, l'esglise de Saint- Anthoine
et de Saint-Pol, premier hermite, et de Saint-Machaire et
de Saint-Pachomen 5, et des autres sains pères. — Item,
Alexandre la noeufve 6, située en la rive de la mer d'Égipte,
et en icelle est le lieu où sainte Katherine fut martirisie.
— Item, le lieu où fut martirisiez saint Jehan élémosinaire
et patriarche Alexandrin. — Item, Alexandre la vielle, en
1 Saint Honofrins (A).
* Elim, entre le mont Horeb et Suez.
3 Le Caire, capitale actuelle de l'Egypte.
4 On donnait plus particulièrement ce nom à une bourgade, pres-
que un faubourg, au nord du Caire, entre cette ville et les ruines
d'Héliopolis,. L'auteur le mentionne de nouveau un peu plus bas.
5 Paschonius (A).
6 Alexandrie.
96 voyages 1421-1425.
laquelle est l'esglise de monseigneur saint Marc, euvange-
liste et le lieu où il fut martyrisiez. — Item, la cité de
Damast1 qui est loingz de la mer de Surie à trois2 journées,
et près d'icelle cité est le lieu où Jhésucrist dist à saint
Paul : Saule, Saule, cur me persequeris ? — Item, la mai-
son en laquelle saint Paul fut par trois jours sans estre
trouvez, en son commencement ne mengeant, ne beuvant,
et là fut baptisiez. — Item, la maison de Ananie, disciple
de Dieu, qui baptisa saint Paul. — Item, ou mur de la
cité, appert encores une fenestre par laquelle saint Paul
issy. — Item, près de Damast est le fleuve Dabua, ou très-
pas duquel saint Eustace envoya ses enffans. — Item, le
moustier et l'esglise Sainte-Marie-Sardenay. — Item, le
val de Noë ouquel Noë fist l'arche, et, après le déluge, y
planta une vigne 3 et sy habita en Damast. — Item, la
cité de Baruth 4 est située sur la marine de Surie, près
de laquelle, à une mille, est le lieu où saint George des-
confist de dragon. — Item, l'esglise de Saint-Sauveur,
en laquelle advint ung beau miracle des Juifz qui
trouvèrent en ung tablet l'ymaige de Nostre Seigneur
pourtraitté, sy comme il morut en l'arbre de la croix, sy le
frappèrent et tantost en issy le sang, et adonc, quant ilz
veirent le miracle, ils se firent baptisier et se firent Cristiens 5.
— Item, l'isle de Cyppre 6 est devers la mer de Surie, en la-
quelle fut une cité nommée Constance, où fut le pallais du
* Damasco (A). Damas.
* Quattro (A).
5 Vignoble (A).
* Beirouth, sous 33° 49'.
5 Veirent le grand myracle, ils demourèrent christiens (A).
6 L'île de Chypre, du cuivre, xvnpoç, à cause de ses mines.
1421-1423. ET AMBASSADES. 97
roy Constant, père de sainte Katherine ; et encores y voit
on le lieu où sainte Katherine fut née. — Item, une mon-
taigne sur la haulteur de laquelle a une esglise où on mons-
tre le corps du bon larron. — Item, la croix de saint Hila-
rion. — Item, où saint Bernabé appostre fut ars l.
1 Le ms. A ajoute ici : Cy finissent les indulgenses et pardons de
sainctz lieux.
S'ENSiEUVENT LES RAPPORTS SUR LES VOYAiGES DE PLU1-
SIEURS VILLES, PORTS ET RIVIERES QUE JE FIS EN L'AN
VINGT-DEUX, TANT EN EGYPTE COMME EN SURIE l.
CY APRÈS s'ENSIEUT LA VISITACION DE LA CITE d' ALEXAN-
DRIE ET DE LA SITUACION D'iCELLE.
Item, est à sçavoir, à l'arriver par mer en Alexandrie,
au plus cler temps qu'il soit, on ne voit les terres que de
1 Notre manuscrit, qui continue les voyages sans faire d' autres
divisions que celles des chapitres, ne donne pas ce titre. Le ms. A
marque plus nettement les divers ouvrages dont se compose ce recueil.
Je lui ai emprunté son titre pour mieux indiquer où commencent les
Rapports.
Ici le pèlerin fait place au diplomate et au soldat, et nous trouvons
une reconnaissance militaire, exacte, complète, d'une netteté et d'une
sagacité admirables. C'est ici que commence aussi le manuscrit de
la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, publié en 1821 par Webb. J'en
donnerai les principales variantes en les signant : (W). L'auteur y
parle à la troisième personne. Ce manuscrit commence ainsi :
CICest le rapport que fait mesure Quillebert de Lannoy, chevalier.
100 voyages 1421-1423.
vingt à vingt cincq milles loings, l au plus loing, pour les
terres cTÉgipte qui sont sy basses et sv plaines, et voit on
plus tost la ville que les terres pour deux montaignes de
terre qui sont dedens la fermeté d'icelle, qui en donnent la
cognoissance, dont la plus haulte des deux est séant à la 2
dextre à l'arriver, au plus près des murs par dedens sur
le viel port, et est gresle et quarré 3 à fasçon d un dyamant.
Sur laquelle, y a une tourette de la garde qui descoeuvre
toute la ville, les pors et la circuitté autour. Et l'autre siet
à l'arriver à main senestre, au bout de la ville par dedens,
allant vers le Kaire, et n'est pas sy haulte, mais est plus
grosse et est beslongue sur la devallée, au plus hault 4 de
laquelle il y a ung moustier 5 de Sarrasins, nommé 6 Mous-
quaye, sy s'étent petitement, et peut peu descouvrir. 7 —
Item, à l'arriver, dix milles 8 parfont en la mer, loings de
la ville, est le fons de vingt à vingt cincq braches de par-
Sur les visitations de pluseurs miles, pors et rivières par luifaittes,
tant en Égipte comme en Surie, Van de grâce Notre Seignexir mil
CCCC vingt et deux. Au commandement de très haut, très puissant et
très excellent prince le Roi Henry d'Angleterre, héritier et régent ds
Franche, que Dieux absoille.
Et conmenche premièrement la ditte Visitation à la veue de la ville
et port d'Alexandrie.
1 De long (A).
* A main dextre (W) .
5 Quarrée (W).
* Au plus haut manque dans Téd. W .
5 Sur la devallée de la quelle il y at ung moustier (A).
« Dit (W).
7 Sur la dévalée petite qui pou peut descovrir (W). Sui la devallée
petite que on peut descouvrire (A).
* Milles (W).
1421-1425. ET AMBASSADES. 101
font. Et y a là pour tous gros navires bons fons, venant
de là jusques à 1 la bouche du port nouvel ; auquel nouvel
port les Cristiens et toutes autres nacions ont usance de
arriver pour marchandise, et non ou viel.
La visitacion du viel port d'Alexandrie,
en Égipte 2.
Il est à sçavoir que en Alexandrie a deux pors, c'est
à sçavoir, le viel et le nouvel. Et demeure le viel à l'arriver
àmaindextre 3du nouvel, et viennent tous deux iceulz pors
batre aux murs de la ville. Et y a, en manière d'une langue
de terre, environ d'une mille de largue entre iceulz deux
pors 4 dessusdis. — Item, dedens le viel port, n'ose entrer
nulle navire5 de Cristiens, ne nul Cristiens, par dedens la
ville, ne par dehors, ne l'ose approuchier depuis environ
soixante ans, qui fut l'an vingt et deux 6, ouquel an le roy
Pierre de Cyppre la print par ce lieu là, pourquoy on
1 A venir de ci à (W).
2 C'est la faction du port vielle d'Alexandrie (A). CVest lafachon
du viel port d'Alexandrie (W).
3 Notre ms. dit : à main droitte. J'ai préféré la version A.
* Au lieu de entre, etc. l'édition W dit: qui fait et afaconne les deux
portz, etc. — Entre iceulx deux ports, qui faict et affaconae les
deux ports, etc. (A).
* Nulle manière (A).
8 Ces six derniers mots manquent dans W.
102 voyages m 1421-1423.
peut ymaginer que ce lieu là est le plus avantaigieux. —
Item, trouvay par information, non pas que je aye esté
dedens, que le viel port est plat et n'y peut entrer plus gros
navire que de deux cens bottes, gallées plattes, fustes et
petites navires ; et est bien large environ de une mille, et
est plat et dangereux, fors à ung canal ^ qui est à l'arriver 2
à main dextre, au plus près des terres. Et siet icelle entrée
parmy le vent de west-zuut-west, et par où peut entrer
seurement la navire dessusditte. — Item, est ledit viel port
de fasçon beslong, et est grant environ de sept milles de
tour, ad ce que on peut clèrement veoir à l'œul, et est
dedens sceur pour tous vens, sy non pour ung gros vent
de west-zuut-west. Et vient icelui port 3 batre aux murs de
la ville à une moult grosse tour noeufe où le soudan se
loge quant il vient en la ville d'Alexandrie. — Item, ou
lieu où icelui viel port vient batre aux murs de la ville, il
n'y a autre fossé que la mer, et n'y a que le seul mur de
la ville, et tout cecy se peut vëoir par exemple 4. — Item,
n'est point fermé de chaienne, ne d'autre chose, ledit
viel port.
1 Fort en un mauvais cannai (A).
2 A la rivière (A).
3 Port viel (A).
* Tout cecy se peut vëoir par exemple. Cette expression, qui est
plus explicite ailleurs, revient cinq fois dans ce livre ; elle indique
que le rapport devait être accompagné de plans ou de cartes, qu'on
n'a pas retrouvés. Il faudrait donc ici un plan du port d'Alexandrie.
1421-1423. ET AMBASSADES. 105
La visitacion du nouvel port de la cite
d'Alexandrie1.
Item, ou port nouvel arrive tout le navire, qui vient en
Alexandrie, et est l'entrée d'icelui de sept à dix braches
de parfont et environ une mille de large, et siet parmy
noot-noord. Et est tout ledit port grant environ de six
milles de tour, et est de fasçon un peu beslong 2, et vient la
mer batre dedens icelui port ainsy que on y entre à main
senestre, au mur de la ville, ouquel lieu l'eaue est moult
plate, comme il samble, et semée de grosses pierres, et là
ne ose approchier nulle navire de Cristiens. — Item, à
Tenviron de ce lieu là, par dedens les murs de la ville, 3
joignant là, y a au long du mur 4 une alée qui est comme
chastel5, où demeure l'admirai 6 de Alexandrie. Et en ce lieu
là où la mer bat au mur, il n'y a nul fossé ne autre fermeté
que le mur premier. — Item, depuis l'entrée du port, à
mesure 7 que on va plus avant dedens, amendrist le fons, et
ne peut 8 gros navire 9 aprouchier la terre ne la ville dedens,
1 Chest lafaclion dît port nouvel d'AUxandrie ( W).
* Et est ung peu long en fachon (A).
3 Le ms. A omet les 7 derniers mots.
4 Mer (W).
5 Qui est en ung chastelle (A).
6 Le Roy ammiral (W).
7 A fait que (W). En faict que, etc. (A).
8 Puent (W).
9 Navires (W).
104 voyages 4421-1423.
plus près que à demy mille. Et en ce lieu là, communément
ancrent les nefz, et y est le fons environ de deux braches
de parfont, et de là en avant jusques en terre y fait moult
plat. Et y a oudit port pluisieurs lieux sy plas que la terre
y appert en aucuns lieux dehors, mais qui a bon pillot il y
a deux lieux où il fait bon pour sourdre gros navires. Et n'y
peut nuire autre vent que noord et noord-ost, et encores
par très grosse fortune, et pou ■ advient que nul vent y face
dommaige. — Item, à l'entrée dudit port, à chascun lez,
sur la terre ferme qui le clôt, il y a assis une mousquaie 2
de Sarrasins, dont l'une est habitée et l'autre non, et tout
cecy se monstre plus vivement par l'exemple qui y 3 est fait4.
— Item, depuis celui lieu où la mer laisse à batre* au mur,
en montant à main dextre jusques à la grant porte de la
ville, estant sur ledit port en terre ferme, il y a ung fossé
cuirié, droit à plomb, large environ de cinquante piez, plain
d'eaue et ne samble guaires parfont. — Item, d'icelle
porte, montant à main dextre encore plus amont, jusques à
une tour cornière, où la mer du viel port vient batre, il y
a brayes dessoubz les grans murs et deux paires de fossez,
dont le premier vers la mer n'est gaires parfont, et n'y a
point d'eaue. Et l'autre, joingnant les murs, est cuiriez à
plomb comme le premier dessusdit. Et y a de la dessus-
ditte grant porte jusques à laditte tour cornière, au long
du mur, bien cincq grosses tours, que quarrées, que rondes,
1 Pou souvent (A).
* Gachet suppose que Ghillebert a pris pour deux mosquées le grand
et le petit phare, s'ils existaient alors.
3 En(W).
* L'auteur renvoie encore à son plan. V. p. 102, note *.
* L'édition Serrure dit : abattre. Notre ms. et l'édition Webb sont
plus corrects.
1421-1423. ET AMBASSADES. 105
sans la porte, ne sans laditte tour cornière. — Item, n'est
celluy nouvel port point fermé de chayenne, ne d'autre
chose. — Item, entre le nouvel port et le viel, il y a, environ
une mille devant la ville, en la mer, ung lieu qui fait la
closture des deux pors, lequel est plain de musquaies et
là est armeurière des Sarrasins, l lequel lieu seroit bien-
avantaigeux à y dreschier et assir pour trais 2 et autres habil-
lemens. — Item 3, est Alexandrie très grosse et grant ville
en pais plain, assise d'un costé sur les deux ports dessus-
dis, sur la mer, et très bien emparée, très bien fermée tout
autour de hault murs. Et y a grant fuison de tours espesse-
ment assises, quequarrées, que rondes, toutes à terrasse. —
Item, au dessus des grans murs, il y a tout autour brayes
et tourelles 4 espessement assises. Et y a en oultre fossez cui-
riez de machonnerie à plomb par tout entour, en tout les lieux
cy dessus exceptez, 5 et n'y a point deaue en iceux 6, mais
samblent larges de cincquante à soixante piez, et7 parfons
de vingt quatre à trente. — Item, est laditte ville assise en
terre ferme, bonne à miner, et sont tous les murs, tours,
brayes et les maisons de la ville de blanche pierre 8 et dé-
froyans, non pas croye. — Item, est laditte ville creuse
toute par dessoubz toutes les rues et les maisons. Et y a
1 Le cimentière, etc. (W). — Le cymytier de Sarasins (A).
* L'éd. Serrure met : pourtrais. M. W. écrit pour trais et notre ms.
est conforme.
3 L'édition Webb fait ici un nouveau chapitre, avec ce titre : Ch'est
lafachon de la ville (VAlixandrie.
* Brayes à tourelles (A).
5 Excepté les lieux cy dessus exceptez (À).
6 Serrure a lu par erreur : icelle.
7 Notre ms. dit : de parfont. J'ai préféré la version A.
8 Pierre tenre (W).
VOY. ET AMB. 7
106 voyages 1421-1425.
conduiz dedens terre Mâchonnez par arches, par où les puis
de la ville sont abeuvrez de la rivière du Nyl, une fois l'an.
Et, se 2 ainsy n'estoit, ilz ne auroient point d'eaue fresche en
la ville, car pou y pleut ou néant, et n'y a puis ne fontaines
naturelles en la ville 3. — Item, à trente milles près d'illecq,
partant d'un villaige, nommé le Hathse 4,sur le Nyl, il y naist
une fosse faitte à la main qui vient à une mille près de la
ville au long des murs et va chëoir dedens la mer du port
viel, par laquelle, tous les ans en la fin d'aoust ou par tout le
mois de septembre, la rivière du Nyl qui en ce temps là croist
habondamment, vient remplir tous les puis de la ville pour
ung an, et les puis de dehors, dont les gardins sont arrou-
sez. Et y a parmy zuut-west, à une mille près de la rivière
dessusditte, ung greil de fer oudit fossé, où commencent les
conduits 5, par où l'eau ditte vient en la ville, et s'ainsy
n'estoit comme dit est devant, ilz mourroient de fain 6 et
de soif en la ville, car il n'y pleut point, et n'y a ne puis
ne fontaines naturelles, fors seuliement quatre 7 grandes cis-
ternes pour eaue, se mestier estoit. — Item, sont grant partie
des murs ouvrez par arches par dedens, non pas emplis. Et
y a allées dessus pour deux hommes aller de front 8, et ne
1 Notre ms. omet le mot : terre. J'ai préféré la version A et W.
2 L'éd. S. imprime : si. Notre ms. et redit. W. sont plus corrects.
5 Car il n'y at ne puisse ne fontaine naturelz en ladicte ville,
car pou y pleut ou nive (A).
* Webb dit : Hatfe. On retrouve ce nom un peu plus loin .
* Notre ms. dit : gardins. J'ai adopté la version du ms. A et de
l'éd. W.
G Les mots : defain,qui semblent n'être pas logiques, n'existent pas
dans l'édition Webb ni dans le ms. A.
7 Trois ou quatre (W). — Mais il y at trois ou quattre, etc. (A).
8 Pour deux hommes de front (W). — De front y parmenner (A).
1421-1423. ET AMBASSADES. 107
samblent point lesdits murs espés parmy les alées, plus
hault de sept piez, et par bas, entre les arches, plus hault
de quatre ou de cincq piez, et les créniaulx d'amont dessus
les allées plus hault de deux et demy, lesquelz créniaulz
de toute la ville sur tours, sur murs et sur brayes, sont tous
fais à demy rons. Et n'y a par dessus les murs, par dedens
la ville, comme ilsamble à vëoir l, nulles terres nedicques,
dont ilz puissent estre fortifiiez que de eulz mesmes. —
Item, samblent les tours à vëoir parmy les arches moult
peu espèsses, comme vray est ; car bien le ay sceu par
informacion. Et n'y a murs, ne tours qui chose du monde
tenissent 2 contre gros canons. — Item, est la ville très lon-
gue de ost à west, et estroitte de zuut à noord. Et peut avoir
environ six milles de tour et est moult peuplée de maisons
très haultes, 3 toutes faittes dessus à terraces, et sont moult
gastées et moult dechëues, espécialement es rues foraines
et envers le viel port, où elles sont toutes wides et désem-
parées. Et pour ceste chose en partie, n'y laisse on point
aler aucuns Cristiens, et sont les rues meschantes et
estroittes, excepté deux ou trois grans rues où leurs mar-
chiez de leurs vivres sont. — Item, en icelles grans rues,
on y voit assez de gens, mais par toutes les autres rues
foraines, on n'y voit comme nulluy, et est ainsy comme des-
poeuplée et allée au néant. — Item, nul Cristien ne ose
approuchier les deux montaignes qui sont par dedens la
ville. — Item, sur ledit port nouvel, y a trois portes, c'est
à sçavoir, toutes à main senestre, ainsy que on descent,
* Serrure a imprimé : semble vëoir. Notre ms. et redit. Webb
disent : à vëoir.
* Durassent (A).
3 Très hautes, de la pierre dessusditte, etc. (W et A).
108 voyages 1421-1425.
dont l'une par où on entre, est une petite porte, nommée
le Douaire \ qui ne se oeuvre que trois fois la sepmaine, et
par icelle font entrer toutes leurs marchandises, 2 excepté le
vin qui entre par la grant porte commune. — Item, est
l'autre porte plus à main droitte ensieuvant, et est là le
chennal 3 où on met les galées quant il en y a, et les fault 4
tirer par terre environ le trait d'un arcbalestre sur la terre. —
Item, pour l'heure que je y fus, il n'y avoit nulles gallées,
ne fustes de guerre. — Item, encores plus à main dextre,
il y a une aultre grant porte commune par où commu-
nément tout homme passe. Et par celle porte, de lez les
murs, il a assis ung très grant couillart, et est icelle
porte grande et double de deux tours toutes quarrées.
Et, en entrant en icelle, on va entre deux haulz murs le
trait d'un arcq et passe on deux autres portes, dont l'une
se ferme chascun jour, avant qu'on soit au fort de la
ville. — Item, il y a encore de l'autre bende de la ville
deux autres portes, ouvertes chascun jour, l'une parmy
zuut-ost, qui va aux fossés et aux gardins 5, et l'autre
parmy est-noord-ost, qui va vers Alexandrie la vielle G,
* La douwaine (A). Webb met en note « douane, » et cette inter-
prétation est exacte, le mot douane étant un mot arabe, em-
ployé pour désigner les bureaux d'une administration locale. Les
administrations de ce genre faisaient surtout sentir leur action par la
levée des impôts. De là l'origine du mot espagnol aduana, pris dans
un sens restreint, et imité en français parle mot douane.
8 Toute sorte de marchandise leur appartenant (A).
3 L'arcenal (W). — L'archenal (A).
* Font (W).
5 Ces 7 derniers mots manquent dans notre ms. Ils se trouvent dans
le ms. A et dans l'édition anglaise.
6 Notre ms. dit : la ville. J'ai corrigé d'après le ms. A et l'édi-
tion W.
1421-1423. ET AMBASSADES. 109
et vers le Kaire. Et par celle porte ne laisse on passer
nul Cristien, ne sçay se c'est pour la grosse montaigne
qui est là près. — Item , sont icelles deux portes
moult belles, à doubles tours quarrées. — Item, y a en
hault, sur les terrasses de pluisieurs tours qui sont
autour de la ville, des couillars tous dreschiez *, et en y a
encore 2 dix en pluisieurs tours entour. — Item, ay sceu
par informacion qu'il y a assez 3 foison d'arcbalestriers
de Rommaigne 4 et assez de petis canons dedens la ville,
mais non mie nulz gros 5, mais y a grant nombre d'arcba-
lestriers. — Item, à l'autre lez de la ville, à l'opposite de
la terre qui est entre les deux pors, y sont les murs de la
ville longs et drois, et les tours y sont grandes, mais
loings sont l'une de l'autre, et au long de iceulz murs, au
trait d'un arcbalestre près, sont toutes montaignes de
terre, et oultre sont gardins et palmiers à l'environ de la
ville. — Item, n'y a en toute la ville nulle place où on
se puist recoeullier et est toute plaine de maisons sy non
sur les deux montaignes. — Item, y a pluisieurs marchans
Cristiens dedens la ville qui là demeurent, en espécial
Venissiens, Gênenois et Catelans, 6 qui y ont leurs fontèques,
comme maisons grandes et belles, et les enferme on là
dedens et tous les Cristiens, chascune nuyt de haulte heure,
et, les matins, les laissent les Sarrasins dehors de bonne
* Tout dreschiez en espécial devers ledit port (A. et WJ.
2 En conte (W).
3 Assez grant (W).
4 Webb propose de lire : Roumanie.
5 Nuls gros dedans la ville (W).
6 Vénitiens, Génois et Catalans. M. Webb imprime : Genevois,
Cest une erreur.
110 voyages 1421-1423.
heure, et pareillement sont enfermez tous les vendredis de
l'an, deux ou trois heures le jour, c'est à sçavoir à midy
quant ils font leur grant oroison. Et y a autres conchiers l
d'Ancône, de Naples, de Marseille, de Palermes 2 et de
Constantinoble, mais à présent n'y a 3 nulz marchans. —
Item, y a une maison plaine de viel harnas de Cristiens,
et tout le nouvel que on donne au Soudan ou qu'il gaigne
sur les Cristiens, est là mis.
cy s'ensieut la. visitacion du * bras du nyl devers
Alexandrie, dont la bouche s'appelle Rosette.
Il est à sçavoir que de Alexandrie jusques 5 à la bouche
du bras du Nyl appelé Rosette, il y a trente et cincq milles
parterre, etpar mer y a bien soixante milles, pour les terres
qui se boutent en mer, et est Rosette ung grant villaige
de bricque, assez bon, assis droit sur la rivière du costé
vers Alexandrie à cincq milles près de laditte bouche où
elle chiet dedens la mer. Et y a en icelle bouche une
petite islette deshabitée qui part 6 laditte bouche en deux 7f
* Je lis : conchiers d'accord avec Webb. Serrure a imprimé : cou-
driers.
e Serrure et Webb ont lu : De pèlerins. Le ms. A nous fournit
le mot exact, il écrit lisiblement : Palermes. L'idée de Webb qu'il
s'agirait des logements des pèlerins allant à Jérusalem, était peu
vraisemblable.
5 Avoit (W).
* De l'un des bras (W).
5 Jusques de si (W).
6 Qui part de (W)
7 Deux entrées (W).
1421-1423. ET AMBASSADES. 111
et est celle devers Alexandrie la plus grande et la plus
parfonde comme j'ay sceu par informacion, car nul Cris-
tien n'y ose aler. Et y a bonne entrée pour gallées et pour
plattes ! fustes. — Item, de Rosette. C'est le port, comme
on dist, qui est plus près de la marine et où moult de
germes arrivent, tant du Kaire qui vont en Alexandrie,
comme d'Alexandrie au Kaire. Et là, sont les mariniers
de tout quanques 2 il y a plus avantaigeux et qui mieulz
scevent le fait de la bouche de Rosette, qui en auroit
afaire. Et de tout le convenant du bras de la rivière qui
descent à Rosette , scevent iceulx maronniers 3, car à
grant paine trouveroit on Cristien quelconcque, comme
j'ay oy dire, qui bien sceuist la nature d'icelle bouche et
rivière, pour ce que d'Alexandrie ne de aillieurs, ne
voeulent souffrir que nul Cristien y voist, comme ceulz qui
tousjours doubtent la concqueste. — Item, de Rosette,
en alant sur la rivière au Kaire, y a bien deux cens milles
par eaue, pour la rivière qui tourne sy fort d'un costé
et d'autre par tous vens. Et par terre, en allant tout droit
n'en y a que cent et vingt. — Item, est à sçavoir que
sur laditte rivière, d'une bende et d'autre, y a pluisieurs
gros villaiges et portz en alant au Kaire, entre lesquelz
il en y a quatre ou cincq 4, sy comme Utesinne 5 et Derut,
qui siéent à bende droitte en montant vers le Kaire, et le
1 Et toutes plattes (W).
* Notre ms. porte : Et tout quanques. J'ai préféré la version AetW.
3 Les 3 derniers mots manquent dans A et W, et le mot car y est
remplacé par ne.
* Cincq bien gros (A et W).
5 Utefinne, d'après Webb,
112 voyages 1421-1425.
Fowa l qui siet à bende senestre, qui est une très grosse
ville non fermée. — Item, plus hault que Derut, vers le
Kaire, de celle bende, siet ung villaige nommé le Hatfe
où commence la fosse 2 qui maine l'eaue du Nyl en Alexan-
drie, et est à vingt milles de Rosette ou environ. — Item,
sur le bras de la rivière, y a pluisieurs isles habitées et
labourées, comme l'isle d'Or, où croist foison de chucre 3,
et l'isle de Benignas, qui a bien quarante milles de long,
et l'isle de Génosie 4, grande et longue. Et y a pluisieurs
autres meschantes et petits isles, dont ce livre cy ne fait
point de mention, pour ce que, par le gect de l'exemple
de la rivière qui sur ce est faict 5 le pourra on vëoir
plus à plain. Aussy est à sçavoir que il y a pluisieurs
menus villaiges, tant de povre habitation sy comme de
bonne, assis dessus et près au gect d'un canon ou d'une
mille de la rivière ; fustes ou germes 6 ne y peuvent venir.
Et de ceulz cy en y a sans nombre. Et sont les plus
grans villaiges, de bricques, et les autres, comme maisons
de Tartres, rondes comme fours, fais de kaiges 7 et plac-
quiez par dessus. — Item, est à sçavoir que, depuis
Rosette, en alant au Kaire, sur la rivière, il y a en plui-
1 Fouwa, (A) ; c'est le Fouah des cartes modernes, près de la nais-
sance du canal Mahmudieh.
" Le fossé (A et W).
3 Sucre (A).
4 Webb lit : Genofie. C'est l'île de Gezirat, un peu au dessus de la
séparation des deux bras de Rosette et d'Alexandrie.
5 Cette fois la carte est mieux désignée que dans les autres men-
tions. — Notre ms. dit : qui sur ce est faitte. Le ras. A : qui sur ce
en est faict.
6 De la rivière où germes, etc. (W).
7 Kanes (W).
1421-1425. ET AMBASSADES. 115
sieurs lieux très plas [de] fons, espécialement vers le temps
de febvrier, mars et apvril, que la rivière est moult basse,
et n'y peut 1 passer en ce temps là une galée, car les
germes qui sont toutes plates de fons et mesmes les plus
petites en pluisieurs lieux s'arrestent sur le fons 2 — Item,
cest article ne fait plus avant mencion de la nature des bras
de ceste rivière, pour ce que, en l'article qui parle du bras
de Damiette, qui sont aucques d'une , mesmes nature, en
parle plus à plain, cy après ensieuvant 3.
Cy après s'ensieut la visitacion du Kaire 4.
IteM, est le Kaire, la maistresse ville d'Égipte, assise
sur la rivière du Nyl, qui vient de Paradis terrestre, et ne
vient point plus près de la ville que à Boulacq, où il y a
environ trois milles. — Item, Boulacq est ung villaige
joignant à Babillonne, et sont là les maisons d'iceluy assises
et fondées sur le bort fie la rivière. — Item, est à sçavoir
que le Kaire, Babillonne et Boulacq 5 furent jadis chascune
ville à part lui, mais à présent s'est tellement édiffiée que
ce n'est que une mesmes chose. Et y a aucune manière de
fossez entre deux plas 6, sans eaue, combien qu'il y ait 7 moult
1 Poroit (W).
2 Sur le fons, por la plateur de l'eaue (W).
3 Cy aprez (W).
* Bu Kaire et deBabilone (W).
5 Boulak et Babylonne existent encore. Voir plus haut pour ce
dernier nom.
6 Deux places (A).
' Notre ms. dit : a. J'ai préféré la version A.
114 voyages 1421-1423.
de maisons et chemins entre deux. Et peut avoir du
Kaire à Babillonne trois milles et de Boulacq au Kaire trois
milles. — Item, est la ville du l Kaire très grande ville
à merveilles, et a bien parmy Babillonne trois 2 lieues
franchoises de long et une lieue et demye de large. Et
appert moult trop plus grande, mais elle est forment alée
à destruction, et espécialement depuis environ vingt ans
avant que je y fus 3. Elle est moult plaine de poeuple et
très marchande. Et y a marchans de Inde 4 et de toutes les
parties du monde5. Et est la maistre ville capital 6 de tout le
pais du Soudan, comme d'Égipte, de Surie, de Sayette 7 et
de toutes ses seignouries, et là où il fait sa résidence. —
Item, au bout delà ville du Kaire, dessoubz une montaigne,
il y a un très beau 8 et gros chastel, bien muré, et dedens
fort plain 9 de maisons, ouquel le Soudan demeure. Et vient
l'eaue de la rivière du Nyl, en aucuns lieux, dedens les
fossez autour, par conduitz de fossez fais à la main. Et
est celui chastel assis hault sur roche, au dessoubz de la
montaigne, et est près en la fin du Kaire, vers Babilonne.
1 De (W).
* Quatre (A).
3 Que je y fus est supprimé dans le ms. W. Le ms. A porte : Mais
elle vat moult à destruction et est allée et espécialement depuis vingt
ans que je n'y fuis.
* De Judée (A).
, 5 Et en partie de toutes nations et parties du monde (A).
8 La maistresse ville et capitale (A).
7 Egypte, Syrie, Sahid. Cette dernière région comprend le pays
entre la vallée du Nil et la mer Rouge, depuis le parallèle du Caire
jusqu'à celui d'Assouah.
8 Bel (W).
* Fort et plain (W).
1421-1425. ET AMBASSADES. 115
— Item, est la ville du Kaire fermée de murs en aucuns
lieux par dehors, et en la plus grant partie ne voit on
portes ne murs, car joignant les murs ont partout maisons
et édefices ' et dedens les fossez et ailleurs, comme fau-
bourgs, pourquoy elle ne samble point fermée, combien
que sy soit tellement que on ne peut entrer % en la droitte
ville de nulle part que parmy portes qui se ferment de
nuit. — Item, il y a grans fossez, fais à la main, qui
viennent de la rivière du N\l entre le Kaire et Babi-
lonne, par où, chascun an, quant la rivière croist, la ville,
les gardins et tout le païs est abeuvrez. — Item, sont les
fondacions des maisons de pierre, de bricque et de terre
cuite, et les combles de quesne 3 et de méchant marrien,
placquiez de terre legières à ardoir, et sont les combles
moult hault, tous à terrasses, et moult y a de maisons et
estroittes rues. — Item, en allant vers Matrie \ où
le balsme croist, il y a bien deux milles de loing et une
mille de large de maisons abatues et désolées par mortalité,
et aussy devers Babilonne et devers Boulacq, comme dit
1 Reédifiées (W). redificiez (A).
8 Fremée, mais si est, car on y peut entrer (W). — Mais sy est bien,
car on n'y peult autrement entrer (A).
3 Kanes (W).
* Notre ms. écrit : la marine. « Le rns. A et W. Matrie.
« Webb y reconnaît l'endroit appelé Matarea, que les chrétiens et
les musulmans révèrent à l'envi. On voit donc que le mot marine est
un contresens. Suivant la tradition, c'est là que Jésus et sa mère
trouvèrent un refuge dans leur fuite. Les jardins de baume étaient
une des merveilles du pays, lors du voyage de Ghillebert ; mais en
1501, un ambassadeur auprès du sultan en déplore déjà la perte. La
guerre de Sélim contre les mamelucks en fut apparemment la cause.
Sous le règne des nouveaux maîtres, on en fit d'autres plantations,
que l'inondation du Nil détruisit eo 1615. (E. Gachet.)
116 voyages 1421-1423.
est. — Item t est toute la ville assise sur bonne terre vive
pour fosser et pour miner, excepté le chastel qui est sur
roche. — Item y est ledit chastel moult grant comme une
ville fermée, et y * habite dedens, avecq le soudan, grant
quantité de gens, en espécial bien le nombre de deux mille
esclaves de cheval, qu'il paye à ses souldées comme ses
meilleurs gens d'armes à garder son corps, femmes et
enffans, et autres gens grant nombre. — Item y est ledit
chastel moult fort assis sur les murs de la ville, à yssue2 et
entrée dedens et dehors, et a bien partout deux paires de
murs, et devers la ville une belle et grande basse court,
moult notablement fermée de beaulz murs, et ausdis murs
grant foison de belles tours et grosses, rondes et quarrées.
Et fault depuis la première porte passer moult d'autres
portes avant que on soit ou maistre donjon dudit chastel.
— Iteniy y a fossez autour ledit chastel, et non obstant
qu'il soit hault assis et que la rivière soit basse, sy y
vient l'eaue par engiens, de puichs, à roes tournans par
force de boeufz, qui vont autour grant partie desdis fossez.
— Item y entre le chastel et la ville, y a une moult grande
place et belle, comme est ung marchiet, et autour d'icelle
y a quatre ou cincq 3 musquaies, de grosses pierres édefiées,
qui sont à ung trait d'arcbalestre du chastel. — Item,
peut mauvaisement entrer 4 oudit chastel nul Cristien, sy
ne peut on sçavoir les choses dessusdictes, synon en partie
par information, et le surplus par ce que je en peusvëoir et
considérer. — Item, au Kaire ne en tout le pais d'Egipte,
pleut moult peu souvent.
« Et habite (W).
* A l'yssue (A).
1 Cincq grans(W).
* Le mot entrer manque dans notre ms. Je l'emprunte à A et W.
1421-1423. ET AMBASSADES. 117
Cy s'énsieuvent les conditions et natures des Soudans
de babilonne, de leurs admiraulz et esclaves et des
Sarrasins d'Égipte ; de la nature des païs de Égipte
et de Surie. Et premièrement :
Il est à sçavoir que en tout le païs d'Égipte, de Surie
et de Sayette, communément il n'y a que ung seigneur,
c'est à sçavoir ung soudan de Babilonne qui domine sur
tout. — Item, ne se fait icelui soudan jamais naturelle-
ment de la nacion de nulz d'iceulx du païs, pour ce que
les gens d'iceulz païs sont trop meschans et de trop foeble
condition à bien garder leur païs, comme ilz dient ; ain-
chois le font d'aucun admirai esclave qui, par le sens, vail-
lance l et grant gouvernement de lui, se sçaura tellement
advanchier 2 qu'il aura acquis puissance et amis, du temps3
du soudan et des autres admiraulz et esclaves, sy que, après
la mort du soudan, par les choses dessusdittes il sera 4
seigneur. Et est ainsi que, par puissance et par parties qui
le soustiennent, et non obstant ce, sy est il tousjours en
doubte et péril d'estre bouté dehors par aucun autre dit
admirai 5 qui sera puissant autour de luy, soit par trahison
ou par autres bendes qui seront favourables à celuy admirai
contre luy. — Item, non obstant ce, depuis que ledit sou-
* Par la sienne vaillance (A).
2 Se sera tellement avanciés (W).
3 J'ai emprunté à l'édition Webb et au ms. A les mots du temps
qui manquent à notre ms.
* Il se fera (W).
5 Autre amiral (W).
H8 . voyages 142M423.
dan aura régné et dominé grant temps, non obstant ce qu'il
ait des enfFans et qu'il ordonne en son vivant que ung de
sesditz enffans soit seigneur et Soudan après lui, et que
les grans admiraulz l'ayent tous accordez, sy advient il
trop peu souvent que icelui filz puist, après le soudan \
venir à la seignourie, ainchois est prins et mis en prison
perpétuelle ou estranglé couvertement ou empoisonné par
aucun d'iceulz admiraulz. Et est icelle seignourie très
périlleuse et très muable. — Item, et autant de temps que
je fus en Surie, il y eut cincq soudans 2. — Item, a tous-
jours, sy comme on dit, ledit soudan de Babilonne, tant
au Kaire comme assez près là 3, environ dix mille esclaves
à ses gaiges qu il tient comme ses gens d'armes4, qui lui font
sa guerre 5 quant il en est mestier, montez les aucuns à
deux chevaulz, les aucuns plus, les aucuns moins. Et est
à sçavoir que iceulz esclaves sont d'estranges nacions 6
comme de Tartarie, de Turquie, de Bourguerie 7, de Hon-
guerie, d'Esclavonnie, de Wallasquie, de Russie et de
Grèce, tant des pais cristiens comme d'autres. Et ne sont
point appelez esclaves du soudan s'il ne les a achetez de
* Après la mort du soudan (A).
1 Voici leurs noms comme Gachet les donne : Sheck Mahmoud
mort le 24 janvier 1821 — Ahmed, son fils et successeur — Thatar
Daher Seifeddin qui déposa Ahmed et mourut le 30 novembre —
Mohamned SalehNaser Eddin son fils, sultan à 10 et détrôné Tannée
suivante. — Bourbai mort en 1438.
8 Là entour (W).
4 Notre ms. dit : comme de gens d'armes. J'ai préféré la version A.
8 Sa seignourie (A).
• L'éd. Serrure dit : estrangers nacions. Notre ms. ni M. Webb
ne font cette faute.
7 Boulgarie.
1421-1423. ET AMBASSADES. 119
son argent ou ne lui sont donnez ou envoyez en présent d'es-
tranges terres. Et en ces esclaves cy, se confie le soudan
totalement pour la garde de son corps, et leur donne femmes
et gazalz, ■ chevaulz et robes, et les met de jeunesse sus 2
petit à petit, en leur moustrant la manière de sa guerre,
et, selon ce que chascun se preuve, il fait l'un admirai de
dix lances, l'autre de vingt, l'un de cincquante et l'autre
de cent, 3 et ainsy en montant deviennent l'un admirai de
Jhérusalem, l'autre roy et admirai de Damasq, l'autre grant
admirai du Kaire, et ainsy des autres offices du pais. —
Item, est à sçavoir que iceulz esclaves sont tous seigneurs
des drois sarrasins du pais natifz, et ont loy et liberté en
acheter et vendre et en tous autres avantaiges devant
eulz, et les dominent et bâtent sans ce que autre justice
en soit faitte, comme se cestoient leurs mesmes esclaves,
et sont tous comme seigneurs du païs. Et est à sçavoir que
communément les drois sarrasins natifz du païs bien peu
se meslent des grans gouvernemens des bonnes villes, espé-
cialement en Égipte, ains y gouvernent tous les esclaves.
— Item, quant le soudan fait guerre contre quelque admi-
rai rebelle ou aucuns de ses ennemis, quelque bataille ou
effroy qu'il y ave, est à sçavoir que nulles des communes
des bonnes villes ne s'en moeuvent, ne des laboureurs ;
ainchois fait chascun son mestier et sa labeur, et soit sei-
gneur qui le peut estre4. — Item, quant iceulz esclaves vont
en guerre, ilz sont tousjours de cheval, armez seullement
de cuirasses meschantes, couvertes 5 de soye, et une ronde
4 Casais (W).
2 Les met sus de jeunesse (W).
8 Et les aultres de cent et aultres davantaiges (A).
* Et soit seigneur qui peult (À).
B D'unes cuirasses, couvertes, etc. (W).
120 voyages 1421-1423.
petite huvette en la teste, l et chascun l'arcq et les flesches,
Tespée, la mâche et le tambour pour i eulz rassambler
comme trompettes, et aussy quant ilz voient leurs ennemis
en bataille, ilz sonnent tous à une fois iceulz tambours pour
espoventer les chevaulz d'iceulz. — Item, sont le surplus
des autres Sarrasins, natifz du païs, en espécial d'Égipte,
meschans gens, vestus d'une chemise, sans chausses,
sans brayes, une torque 3 sur la teste. Et quant aux com-
munes du plat païs, ilz ont pou arcs, ne flesches, espées, 4
ne choses nulles de deffense, et est grande meschansteté
que de leur fait. Mais il y a une autre manière de gens
nommez Arrabes, qui grant partie habitent es désers et
en pluisieurs autres lieux en Égipte, lesquelz ont chevaulz
et cameulz 5 et sont très vaillans gens au regard desdis
Sarrasins, et se treuvent grant quantité. Et font les aucuns
à le fois 6 guerre au soudan mesmes, et sont gens de povres
vivres et de povre habit et n'ont autres armures que une
longue lanchette, et gresle 7, comme dardes ployans, et ont
unes targes en manière d'un grant boucler 8 ; mais ilz sont
trop plus vaillans que les Sarrasins, combien que eulz
mesmes tous sont de la secte de Mahommet, et font sei-
gneurs et admiraulz d'eulz mesmes. Et souvent font grosse
1 Et une rondelle petite helmette en la teste (A).
2 Le tambour, et leur sert le tambour pour, etc. (A).
* Tocque(éd. S.). Notre ms. porte lisiblement : torque. — Tour-
que (A).
* Ils n'ont point d'arches ne d'espées (A).
5Chameulx(W).
8 Quelquefois (A).
7 Lanchette longue et gresle (W). Une lancette meschante, longue
et gresle (A).
* Et une targe au cousteit, en manière d'un grand bouclier (A).
1421-1425 ET AMBASSADES. 121
guerre l'un contre l'autre, et n'ont villes, ne maisons, ains
dorment tousjours aux champs, dessoubz huttes, qu'ilz
font pour le solleil. Et de ceulz cy, se le soudan en avoit à
faire contre Cristiens, n'est point de doubte qu'il en trou-
veroit assez. — Item, est à sçavoir qu'en tout le païs
d'Egipte, en bonnes villes ou aux champs, il y a grant
quantité de Cristiens 1 desquelz fay peu de mencion pour ce
que peu de prouffit pourroient faire aux Cristiens servans
à la matière.
Cy après s'ensieut la différence des païs d'Egipte
et de surie. 2
Item, il y a différence entre le païs d'Egipte et de Surie,
car Égipte sy est plain païs et ouvert, et Surie sy est païs
rusquilleux et plain de montaignes, et sont communément
les Sarrasins de Surie, natifz du païs, meilleurs gens
d'armes, plus vaillanz 3 et plus habilles en fait de guerre et
pour la deffense du païs que ne sont ceulz d'Egipte. Et se
treuvent grand quantité de iceulz Sarrasins de cheval assez
bien montez, chascun ayant l'arcq, les flesches, Tespée, le
mâche et le tambour, et espécialement depuis les marches
* « Il faut lire « de crestiens de la chainture »,dit Gachet, sans quoi
la phrase ne se comprend point. On donnait le nom de chrétiens de
la ceinture aux chrétiens d'Asie, et surtout de Syrie, qui portaient de
larges ceintures de cuir pour être distingués des musulmans, d'après
une loi faite par le calife Motouakkek, en 856. » — Aucun de nos
deux ms. ne donnent ce mot.
* Cy comme la différence d'Egypte et de Syrie quant à leur pays (A .
3 Meilleurs, plus vaillans, etc. (A).
VOY. ET AMB. 8
122 voyages 1421-1425.
de Gazère et de Jhérusalem, au long de la marine, en
venant vers Baruth et vers Tripoly !, et entre les montaignes
alant delà marine à Damasq, à Halep 2, et parmy ledit païs,
qui est moult grant. — Item, pareillement comme au païs
d'Égipte, il y a autour de Damascq et de Jhérusalem, en
pluisieurs lieux en Surie, emmy 3 les champs et par les
montaignes, Arabes habitans, dont en temps de guerre les
aucuns et pluisieurs se treuvent 4 montez sur chevaulz et
sur cameulz pour aydier leur seigneur, habilliez, comme
dit est, pour la deffense du pais. — Item, autour de
Damascq et de Halep, en laditte Surie, y a encores une
autre manière de gens, nommez Turquemans, natifz de
Turquie, qui, par le congiet du Soudan, habitent le païs et
changent souvent habitacion de lieu à autre, ayans femmes,
enffans et bestiaulz; lesquelz sont, en grant quantité, mon-
tez d'assez bons chevaulz, ayans bons arcqs, flesches,
espées et tambours et mâches, 5 et aucuns ont targes. Et
sont iceulz Turquemans sans comparoison meillieurs et
plus vaillans aux champs que les Arrabes, ne que les Sar-
rasins du païs, ne encores que les esclaves, et sont gran-
dement et trop plus doubtez G ; et sont iceulz Turquemans
pretz 7 au plaisir dudit Turcq et soudan 8. — Item, au long
de la marine de Surie ont communément les communes de
1 Beirouth et Tripoli.
* Damas et Alep.
8 En mitant (A).
4 Notre ms. dit : se tiennent. A et Webb : se treuvent.
5 Espées, tambourins et masses (A).
6 Et sont plus redoubtez (A).
7 Tousjours pretz. (W).
8 Et sont yceulx toujours prêts au plaisyr du grand Souldant (A).
1421-1423. ET AMBASSADES. 123
piet, l'arcq et les flesches, et pluisieurs en y a qui ont
espées.
Mémoire que en Surie ! pleut trop plus que en Égipte,
en espécial autour de Damasq et sur la marine venant de
Jaffe 2 à Tripoly.
Cy s'ensieut la nature de la rivière du Nyl, et la
visitacion d'icelle depuis deux journees au deseure
du Kaire JUSQUES AU PORT DE Damiette.
Mémoire que la rivière du Nyl est très doulce eaue et
très saine et queurt doulcement et non pas trop rade, et
vient devers 3 les parties d'Ynde et de paradis terrestre,
comme on dist, et passe au long d'Égipte et vient par de-
vant Babillonne passer à trois milles du Kaire, vers la mer,
et passe devant Boulacq. — Item, environ à vingt milles4 au
dessoubz du Kaire vers la mer, se départ laditte rivière en
deux bras très gros et tous deux viennent chëoir en la
mer, l'un à ung lieu nommé Rosette, qui est à trente et
six milles près d'Alexandrie par terre, et en y a soixante
et dix par mer, et l'autre bras vient chëoir en la mer de
Damiette. — Item, est à sçavoir que ceste rivière du Nyl
croist, tous les ans, sans faillir, une fois l'an, au-dessus des
bors sy hault qu'elle arrouse les terres d'environ deux
ou trois milles parfont ou pays. Et tant plus , hault monte
4 Egypte (A).
» Jaffa.
3 De devers (A).
* Notre ms. dit : dix milles. Le ras. A et l'éd. Webb portent vingt,
ce qui est manifestement plus exact.
124 voyages 1421-1423.
on ■ au dessus du Kaire et tant plus hault croist. Et tant
plus aproche on devers Alexandrie ou vers Damiette, sur
tous les deux bras, et tant moins croist en haulteur, car plus
elle vient devers la mer et plus s'espart de tous costez en
lieux plas et larges, en fossez, en puichs et canaux, qui sont
faits à la main, d'une bende et d'autre de la rivière, lesquelz
arrousent les villaiges, les gardins et le pais entour. —
Item , quant la rivière est en celle haulteur, on retient
l'eaue par escluses et trenchis 2, dont on arrouse le païs
en la nécessité, 3ou temps que l'eau s'est remise en son plus
bas degré 4 et que la grant sécheresse vient. — Item, est
à sçavoir que ceste rivière est tous les ans au plus bas
en la fin de may et en l'entrée de juing ; et tousjours, sans
faillir, du septième jour de juing jusques au dousième, elle
commence à croistre et croist petit à petit et s'en perechoit
on telle nuyt qu'elle est crëute encore de ung pauche,
telle nuit de deux, telle nuit de trois, et telles nuys de
quatre ; et aussy telles quatre ou cincq nuys, riens ou bien
peu. Et ainsy son croistre ne tient point de rieule, mais
tousjours elle ne fault point de estre au plus hault en la
fin d'aoust ou par tout le mois de septembre 5. Et en icelle
haulteur que guaires plus ne croist ou amenrist, elle se
* Devers ou dessus (W). — Devers ou au dessus (A).
8 Trenches (A).
3 En les nécessités (A).
* Du temps que l'eaue s'est remise en sa place et en son plus bas
degré (A).
5 L'édition Serrure met ici une virgule, et après amenrist un point.
Notre ms. qui ouvre ici comme presque généralement la phrase par
une initiale marquée d'une barre rouge, et l'édition Webb sont d'ac-
cord avec le sens.
1421-1425. ET AMBASSADES. 125
tient bien deux mois, et puis, ainsy comme elle est créute
sans rieule, en telle manière décroist elle sans rieule petit
à petit et tant qu elle revient au plus bas degré au jour
dessusdit. — Item, quant elle est au plus bas, elle n'a
en pluisieurs lieux que bien peu d'eaue de parfont, comme
cy après on parlera plus avant. — Item, il y a au Kaire,
droit devant Babillonne, emmy la rivière une yslette,
petite, très bien habitée, fermée autour de maisons, où il y
a une maison basse, fondée en l'eaue, en laquelle a l ung
pillier de marbre où l'eaue de la rivière vient frapper,
lequel est enseignié de pluisieurs enseignes de très 2 qui
sont pauchz 3, palmes, piez et picques. Et par ce pillier
cognoist on ausdittes enseignes quant la rivière croist,
et quans paulchz ou quantes palmes, quans piez ou quantes
picques, chacune nuit, elle est crëute. Et y a ung propre
maistre pour ce cognoistre, aux gaiges du Soudan, qui
va crier parmy le Kaire la cruchon de l'eaue pour resjouir
le poeuple. — Item, quant elle vient à sèze picques de
hault ou dit pillier, le poeuple du Kaire fait joie 4, et monte
le Soudan sur une galée à ce ordonnée et va luy mesmes
retaillier et ouvrir la bouche d'un grant fossé fait à la main,
qui part de la rivière et passe parmy Babillonne. Et lors, par
là se espart l'eaue du Nyl par pluisieurs petis bras et fossez
parmy le Kaire es 5 gardins et ou païs autour. Et quant la
rivière se décroist, lors on relié ve et restoupe on icelie
Mlya(W).
e Trais (A et W).
3 Pies (W).
4 Fait et démène grand joye (A).
* Serrure a imprimé : et. Notre ms. est d'accord avec celui publié
par M. Webb,
126 voyages 1421-1423.
bouche, et tient 1 on l'eaue ainsy au Kaire pour toute la
saison, car autrement ne pourroit vivre le Kaire2. — Item,
est communément, chascun an, environ l'entrée de juing
quant elle vient à sèze picques, que le Soudan va ainsy
retaillier ledit fossé, et a une picque vingt et quatre pauch*
de long 4. — Item, depuis ce jour en avant que elle vient à
sèze picques, elle va en croissant tousjours jusques au temps
dessusdit en fin de septembre, et vient à dix-sept5 picques,
à dix-huit, à dix-noeuf et à vingt, et pou de saisons
adviennent 6 quelle ne viengne à vingt ou environ. — Item,
quant elle passe vingt, tout le païs estant sur la rivière est
noyez, et quant elle ne vient que à sèze ou dix-sept, la terre
fructifie peu de biens et ont famine grande en celle saison,
mais quant elle vient à dix-huit 7, elle fructifie ung peu
mieulz, encore mieulx à dix-nœuf et demy 8, car lors est il
habondance de tous biens en tout le païs de la rivière, et
lors au ssy elle est au plus hault que elle peut estre sans
tout destruire. — Item, je sceuz par pluisieurs oppinions
que la cause pourquoy elle croist ainsy par chascun an, sy
est par les très grans pleuves qu'il fait, environ mars et
apvril, cent journées au dessus du Kaire, en la terre du
prestre Jehan, où elle passe. — Item, sont toutes les mai-
sons et villes autour de la rivière assises plus hault que la
* Retient (A).
2 Vivre les habitans audit Kayre (A).
3 Quatorze pieds (A).
* Le ms. publié par M. Webb place ici les deux derniers § de ce
chapitre.
5 Seize (A).
6 Avient (W).
7 Au dix huitième (A).
8 A dix nœuf et encore mieulx à vingt et demy (A).
\ 421-1 425. ET AMBASSADES. 127
terre plaine, sur tertres et montaignes, pour obvier à la
cruchon de l'eaue l. — Item, va ceste rivière du Nyl, au
dessus du Kaire, toudis parmy ung païs qui est au Soudan,
appeliez Sayette 2, bien quarante journées vers Inde, où il y
a, comme on dist, de moult grosses villes. Et est le païs
très bien habité de bons gros villaiges, d'un lez et de l'autre
de la rivière, en espécial deux journées partant du Kaire
amont la rivière jusques à une esglise de Jacobitains,
nommée Saint-George, laquelle j'ay visité en personne, et
le surplus ne sçay que par informacion. — Item, y a sur
ceste rivière, tout du païs du soudan, une sy très grosse
quantité de barques alant de l'un à l'autre en marchandise,
qui se nomment germes les aucunes, et le plus 3 à voilles
latins, et les autres à voilles quarrez, que c'est une infinité.
Et ne voit on autre chose qui va amont et aval la rivière,
et sont toutes plates de fons dessoubz, pour la rivière qui
est souvent plate. — Item, en ces deux journées, il y a
pluisieurs islettes, et y est la rivière large le trait d'un canon
et parfonde comme au Kaire, et monte amont parmy le
zuut sans gaires tournyer. — Item, est à sçavoir que le
bras de la rivière, qui va du Kaire à Damiette, tourne très
fort, et y a par eaue bien quatre grosses journées qui valent
bien cent et cincquante milles, et est ce bras plus estroit 4 et
plus parfont que celui d'Alexandrie et de Rosette, et a
communément le trait d'un fort arcbastre de large 5 et en
* A la inondation de l'eauvre (A).
8 Sahid, voir p.
3 La plupart (A).
* Plus espèsse, plus estroite, etc. (A).
5 De large manque à notre ms. Je l'emprunte aums. A et à l'éd.W
128 voyages 1421-4425.
pluisieurs lieux plusy et néantmoins ' ; et en pluisieurs
lieux est elle sy platte que tous les cops, les germes, mes-
mement les plus petites et quy ne sont point chargées,
sarrestent sur terre, et est cette rivière très faulce de son
cours, car aucunesfois est le courant de l'eaûe en ung lieu
et aucunesfois en ung autre, et ne pourroit on justement
escripre la par fondeur d'icelle, synon qu'elle est sy plate,
quant elle est au plus bas, que mauvaisement y pourroit
passer 2 galiotte nulle sans avoir bon pilot en ce temps-là,
mais à la fin de juillet et par tout le mois d'aoust, de sep-
tembre, et d'octobre et jusques à mi-novembre, aiant tou-
jours bon pilot Sarrasin qui fust de Rosette ou de
Damiette, pourroit passer toute gallée jusques au Kaire,
et non en autre temps. — Item, entre le Kaire et
Damiette, il y a sur le bort de la rivière, d'une bende
et d'autre, espessement assis villaiges, à une mille ou
à deux près l'un 3 de l'autre, au plus loings, desquelz
pluisieurs sont pors 4 de germes et de barques, dont
il en y a pluisieurs grandes d'icelles villettes ou villaiges,
entre lesquelles y est Scommanob 5, assis de la bende vers
* Quant elle est au plus bas, et lors a elle de profondeur en un lieu
plus, en l'autre mains (A et W).
T Notre ms. a ici une phrase évidemment incomplète ; ils disent :
Que mauvaisement y pourroit passer galiotte nulle, sans avoir bon
pilot sarrasin ou fust de Rosette ou de Damiette, y pourroit passer
toute grosse gallée jusques au Kaire , et non en autre temps. La ver-
sion du ms. A, presque conforme au ms. publié par Wèbb, offrant un
sens complet, je l'ai adoptée ensieuvant l'orthographe de l'éd. W plus
conforme à notre ms.
* L'un manque à l'édit. S.
* Pons. (S).
3 Saminon, selon Webb.
1421-1425. ET AMBASSADES. 129
Alexandrie, très gros villaige. Et y a arrière de laditte
rivière aussy villaiges très grant foison, à deux ou à quatre l
milles parfont au pays, et sont édefiez de terre, de eaue 2 et
de meschante bricque. Et y est la terre très bien labourée
et grant habondance de blez, d'orges et de fruis dedens
terre, et peu y a d'autres arbres fors que palmiers, qui
riens ne valent à carpentaige, et n'y a forteresse, tour ne
ville fermée. — Item, en ces trois 3 journées de rivière, y
a pluisieurs petites islettes, les aucunes habitées et les
autres non. — Item, y a foison de cocatrix 4, et n'y a nulz
chevaulz sauvaiges 5. — Item, à vingt 6 milles au dessoubz
du Kaire, alant vers Damiette, il y a, partant hors de
laditte rivière, ung autre bras fait à la main nommez le
Elberque, qui, de la bende de Surie, s'en va arrosant le païs
autour et va chëoir en ung port 7 deThênes8,dont cy après
sera faicte mencion. Et est ledit bras sy plat d'eaue que à
paines y peuvent passer petites germes. — Item , à douse
milles près de Damiette, partant hors de la rivière, il y a
ung autre bras de rivière, lequel n'est pas grant, mais est
fait à la main, qui, en arrousant ledit païs autour, va chëoir
pareillement au dit port de Thênes, et est plus plat encores
et plus estroit que n'est le Elberque, car n'y a que petites
barquettes. — Item, je sceus 9, par vraye enqueste, que le
1 Trois (W).
8 Canes (W). — Quesne (A).
5 Quatre (W).
* Coucoudrilles (A).
5 Ce § manque dans l'édition W.
6 Webb dit à tort : dix milles.
7 Par un port en la mer appelé le port, etc. (A). — Sur la mer
appelé le port de Tenes (W).
8 Tineh, l'ancien Pelusium.
9 Mémoire, que je sceu (A).
130 voyages 1421-1423.
Soudan ne pourroit destourber le cruschon de ceste rivière
du Nyl dessusditte, mais que le prestre Jehan bien le feroit
et lui donneroit autre cours, s'il vouloit, mais il le laisse pour
la grant quantité des Cristiens qui habitent en Égipte,
lesquelz pour sa cause morroient de faim. — Item,, est à
sçavoir que le Soudan 1 ne laisse nul Cristien passer en
Inde 2 par la mer rouge, ne par la rivière du Nyl, vers le
prestre Jehan, pour la paour qu'il a que les Cristiens ne
traittent à lui 3 à ce que ceste rivière lui soit 4 ostée, ou
autre chose à lui contraire, car les Cristiens et le prestre
Jehan de par delà lui font souvent guerre.
Cy s'ensieut la visitacion du port de la ville de
damiette et de la rivière et des riv1erettes qui en
PARTENT ET VONT CHËOIR AU PORT DE ThÊNES.
La ville de Damiette 5 est assise au loing et sur les rives
de la rivière du Nyl, vers Surie, à six mille près de la
bouche de la mer, en une islette qui de deux lez est enclose,
l'un des lez de rivières et l'autre de la mer. Et s'estent très
longue sur la rivière, mais plus estroitte vers les champs,
et est très grande, non fermée de nul costé, synon que
1 Mémoire, que le grand Souldan (A).
1 Judé (Ed. S.). — Serrure a évidemment mal lu ces lettres qui
peuvent former aussi bien Inde que Judé*. M. Webb a mieux compris
le texte, et dans notre ms. non plus que dans A, il n'y a pas à se
méprendre.
3 Avecque luy (A).
* Lui fust (A).
• Si est (W).
1421-1425. ET AMBASSADES. 131
toutes les maisons sur la rivière tiennent enssamble, qui de
celle bende sont en manière de fermeté. Et là au long de
l'eaue, y a pluisieurs portelettes, tant en maisons comme
autrement, par où l'en charge et descharge la marchandise,
et desquelles les aucunes se ferment de nuit, mais les autres
non. Et y ont pluisieurs maisons, leurs huis à leur poste.
Et est ceste ville ancienne et deschëue, édifiée de maisons
de meschantes bricques ; les fondacions et les combles, qui
sont communément haulz, ne sont que de quesque 1 et de
terre et ne dureroient rien au feu. Et, comme la renommée
coeurt, elle est moult despoeuplée, deshabitée et deschëue
puis vingt ans en sça. Et n'y a riens de fort en la ville que
les mousquayes, une esglise de Sarrasins, qui est peu de
chose, et une tourelle au dehors de la ville, que on dist que
Saint Loys fist faire. — Item, à l'opposite de celle tour,
bas2 au bout de la ville, vers la mer, il y a en manière d'un
lieu en la rivière plus estroit que nulle part en laditte
rivière au dessus, ne au dessoubz, lequel est moult parfont
et n'a que le gect de une pierre d'un bon bras de large. Et
en ce lieu là, et d'une bende et d'autre de la terre, il samble
qu'il y ait lieux très avantaigeux pour y prestement fonder
tours ou chasteaulz, pour la rivière qui à ce affachonne le
lieu et lui donne 3 avantaige de force, en espécial devant la
ville, car il y a, dedens l'eaue, de très grant parfondeur, fondé
murs très beaulz, davantaige 4 et une petite basse tourelle
quarrée et aucunes maisons non pas fortes, que nulz ne
1 Canes (W).
8 En bas (A).
3 L'édition Serrure omet le verbe : donne.
* Car il y at dedens l'une fond de grande profondeur de Teauwe,
murs très beaulx, etc. (A),
132 voyages 142] -1425.
garde. Et en alant de ce lieu là en la ville, monte la terre
ung peu en hault ; mais sur ung lieu tout propice, qui là est,
on pourroit fonder une grosse tour vers la ville. Et n'y faul-
droit que copper ung peu de terre, que la rivière iroit tout
autour et enclorroit tout ce lieu là, et seroitfortà merveilles.
— Item, pareillement à l'opposite entre l la rivière, il y a
commencement d'un lieu très fort, et y eut jadis une tour
fondée en l'eaue que la rivière a abatue, et n'y a autre
chose. Et quivouldroit, on pourroit en celui estroit làclorre %
la rivière d une chayenne 3 ou jusques à la bouche où la
rivière chiet en laditte mer. — Item, de ce lieu là, où est
le bout de la ville, jusques à la mer, y a 4 six milles par eaue
et autant par terre. — Item, sont ces six milles 5 par terre
tout plain chemin de sablon assez pesant à aller, mais il y
a pluisieurs rieux et courans qui arrousent les gardins et
le pais, surlesquelz, à venir 6 en la ville, il fault passer par
petis ponteaulx de laigne et de terre. Et trouve on assez
près de la marine et assez près de la ville, petis courans,
ou milieu du chemin, et de palmiers assez largement, et y
a de la bouche ditte tout au long du bort de la rivière et
vers Damiette jusques au plus près de la ville, jongz et longs
roseaux, pourquoy au long d'icelle on ne pourroit descendre,
qui ne venroit jusques à la ville ou qui ne descenderoit 7 à
la bouche par petis bateaulz, et là pourroit on descendre,
1 Outre (W).
■ Enclorre (A).
* La fin de la phrase manque dans l'éd. Webb.
* De celle lieu où est le font de la ville vers la mer, de si à la
bouche où la rivière chiet en la ditte mer, y a, etc. (W).
8 Sept milles (A).
6 Au venir (W).
7 Qui redescendroit (W).
1421-1423. ET AMBASSADES. 153
combien qu'il y fait sy très plat, tant d'une bende que de
l'autre, que s'il faisoit riens de vent ! ou il y eust riens de
puissance devant, il seroit très dangereux. — Item, qui en
ce lieu là descenderoit pour venir par terre à la ville, il
fauldroit ung peu tournoyer pour issir hors de la voye
desdisjongs et trouverait 2les rieux dessusdiz en chemin 3,
que les Sarrasins feroient bien floter d'eaue en une nuyt
plus hault par leurs puichs, qu'ilz ont près de la rivière,
qu'ilz tirent l'eaue à roes et à boeufz. Et y a grant foison
d'eaue de fossez là entour autre que desdis puichs, ne de la
rivière, car le lacq de Lestaignon 4 vient flotter au plus près
du chemin à demye mile à main senestre en alant de la-
dite bouche vers la ville. — Item, droit en ce lieu là de
laditte bouche, du costé vers la ville sur terre, il y a toutes
les nuys six hommes de cheval qui font le guait dessoubz
ung appentis de quatre pilliers de pierre, pour les fustes
d'armes qui y peuvent 5 arriver. — Item, siet le plateur de
la bouche de Damiette en la mer comme une mille de par-
font et est large de deux à trois mille ou plus. Et y a ung
canal et cours d'eaue en celle plateur qui, tous les ans com-
munément, quant la rivière croist, se change de lieu en
autre, c'est à sçavoir par les sablons que 6 le cours de l'eaue
en emmainne. Et aucunes fois advient que 7 ce dit canal
* Rien de mauvais temps ou de vent (A).
* Tourneroit (A).
5 En plat chemin (W).
* C'est le lac Mensaleh, par lequel le canal de Suez débouche aujour-
d'hui dans la Méditerranée.
5 Poroient (W).
0 Notre ms. dit : qui le cours de l'eaue en enmainent. J'ai corrigé
d'après A et W.
7 Et auitres fois advient et bien souvent que, etc. (A).
134 voyages 1421-1423.
se mue plus d'une fois Tan, par lequel qui veult entrer en
la rivière du Nyl il fault entrer et yssir, et est moult péril-
leux à l'entrée et plus à l l'issir pour la mer qui redonde
contre le courant de la rivière, et n'a ce cours d'eaue et
canal que huit palmes, de ung quartier la palme de parfont,
néant moins et néant plus quant la rivière croist ou qu'elle
est au plus hault que quant elle est au plus bas. Et y a
ung homme de par la ville de Damiette ordonné, qui tous-
jours tente 2 ou sonde le fons, pour sçavoir quant le canal
de la bouche se remue, et est celui le pillot qui moustre
aux nefz et aux fustes, qui veulent entrer dedens, le chemin
et l'entrée. — Item, par ce canal, ayant bon pillot, entrent
bien nefz de deux cens bottes et toutes galées et menues
fustes, quant le temps est bon et qu'il fait doulz vent
venant de la mer. — Item, depuis qu'elles ont passé celle
dangereuse bouche, il y a bon fons, d'une brache et demye
et deux braces de parfont, au courant d'icelle jusques à la
ville, au mains, quant elle est au plus bas. Et y est la rivière
largue d'un trait de canon avant en pluisieurs lieux, mains
que plus, et tourne ung petit. — Item, environ trois milles
de parfont en la mer, oultre celle bouche, il y a, en esté,
bon lieu et bon pellaige pour sourgir 3 et arriver 4 toutes
grosses nefz, et en ce lieu là il y a quatre braches de parfont.
Et n'y a vent qui tant y nuyse que zuut-west. Et là vient
communément, l'esté, tout le gros navire, et peu en y a qui
entrent dedens la bouche, pour ce qu'elle est sy périlleuse,
synon aucunes petites nefz de cent et cincquante bottes au
1 Notre ms. dit : plus l'issir. J'ai préféré la version A et W.
* Tatte (A).
5 Séjourner (A).
* Ancrer (W).
1421-1425. ET AMBASSADES. 155
plushault, qui là se veulent y verner ou refaire ; mais, l'iver,
n'y osent demeurer nulles nefs pour ce qu'il y a sy peu de
abril l. — Item, quant, en celuy pellaige ou sourgissoir,
le vent se met à grant fortune, les nefz qui là sont s'en vont
devant le port de Thênes à secours et là sont plus sceure-
ment.
Mémoire que, de l'une des bouches de la rivière du Nyl
jusques à l'autre, par mer il y a quatre vins 2 et dix milles,
et est ce pais là une isle très habondant et fructueuse et très
plaine de villes et de villaiges. Et est parmy le pays et au
long de la rivière, le meilleur païs d'Egypte et le nomme
on Garbye.
Mémoire que, dedens la rivière du Nyl, il y a la plus
grant habondance de poissons du monde, mais il n'est pas
sain à en plenté essayer 3, combien que l'eaue est sy saine
qu'on n'en peut trop boire. Et sont les poissons 4 comme
grans chevaulz sauvaiges, et y a grant multitude de cocatrix
qui sont en laditte rivière du Nyl, espécialement devers
Rosette.
1 D'abri (W).
2 L'édition Serrure porte : quatre nuis. C'est évidemment une faute
de lecture. Le ms. A et l'édition Webb sont d'accord avec notre ms.
Trente milles, serait plus exact.
* A lui en planté asaier (W). — A ly en plenté assaisir mais le
eauwe est saine (A).
* Mémoire, des poissons (W).
156 voyages 1421-1423.
Cy s'ensieut la fasçon du lacq de Lescaignon \
«
Item, en la ville de Damiette, il y a encores, partant de
la rivière du Nyl, ung estroit brachelet d'eaue courant, fait
à la main, comme ung fossé, passant parmy les gardins de
la ville, qui ont bien quatre milles de long, lequel s'en va
chëoir à six milles près de Damiette en ung grant lacq d'eaue
salée que la mer sy a 2 gaignée dès long temps, nommé
Lescaignon, lequel a bien deux cens 3 milles de tour et est
plain d'islettes perdues4. Et est à sçavoir que parmy lades-
susditte rivierette, qui n'a, au temps que l'eaue de la grosse
rivière est au bas, que deux ou trois piez de parfont, s'en
vont bien aucunes gripperies petites, non chargies, de
Damiette dedens ledit lacq de Lestaignon, ou quel lacq y a
fons assez pour icelles. Et là, en attendant la marchandise
pour elles chargier, viennent de Damiette autres plus petites
barques chargées d'icelle marchandise et les chargent dessus
lesdittes gripperies et germes. Et est ce lieu là où ilz les
chargent, aussy sur ledit lacq, à xxv ou à xxx 5 mille
près de Damiette. Et puis, ainsy chargies, s'en vont au long
dudit lacq de Lescaignon, ayans fons de quatre ou de cincq
piez d'eaue, jusques à la bouche du port de Thênes, devant
nommé, où la haulte mer vient. Et par ceste rivière droit
* Lac Mensaleh.
* La mer a (W):
5 Notre ms. et l'éd. Serrure donnent trois cens ; la version A
et W nous fournit un chiffre plus exact.
* De sledes perdues (A).
tt Notre ms. et l'éd. Serrure portent : à quinze ou à vint mille. Le
manuscrit publié par M. Webb nous fournit un chiffre plus exact.
4421-1423. ET AMBASSADES. 137
là, issent plus communément de Damiette, telz petis vais-
seaulz pour aler en leur marchandise qu'ilz ne font par la
grant bouche de la rivière du Nyl à Damiette, pour ce que
tant est périlleuse. — Item, ou dit lacq y a habondance à
trop grant merveille de poisson assez plus encores qu'en la
rivière du Nyl. — Item, aucunes fois, les grandes germes
ne les gripperies, qui s'en vont de Damiette en leur mar-
chandise, ne vont pas chargier en ce lieu là de Lescaignon
dessusdit leur marchandise parmy laditte riviérette, pour
ce qu'elle a 1 sy peu de fons, ainchois issent par la bouche
de la rivière à Damiette et s'en vont par mer, costiant la
terre autour, et entrent oudit port de Thênes et remon-
tent par ledit lacq de Lescaignon en bon grant fons 2 et là
par petites barques chargent, sy comme dit est. — Item,
est à sçavoir que ce n'est pas chemin convenable à maron-
nier du monde, ayans aussy grosse fuste que gripperies
ou grosses germes, de entrer oudit port de Thênes pour
vouloir aler parmy ledit lacq et le chemin dessusdit à
Damiette, s'il n'avoit ung propre pillot du pais, car le
chemin y est à tenir très mauvais, entre pluisieurs islettes,
pour le peu de fons qu'il y a en pluisieurs lieux, car tous
les cops 3,on se treuve sur terre. — Item, y a de Damiette,
par ce chemin dessusdit, jusques audit port de Thênes, qui
chiet en la mer, soixante et dix milles, et par la marine
aussy autour en y a autant.
1 Qu'il y a (A).
8 La fin de la phrase est rédigée dans l'édition Webb comme suit :
Et reviennent toujours au lieu dessusdit aians bon grant fons et
là par petites barques chargent comme dit est. — Id. A.
8 A tous coups (A).
VOY. ET AMB. 9
158 voyages 1421-1425.
Cy après s'ensieut la visitacion du port de
Thênes.
Item, est le port de Thênes très bon port pour petis
bateaulz, gallées et plattes fustes, et est l'entrée très large
de Tune terre à l'autre, et siet aussy \ comme on y arrive
par mer, parmy zuut-west ; mais ung peu plus avant entre
les terres, il y a une bouche qui a deux ou trois milles de
large, dangereuse et assez périlleuse à y entrer et à en saillir,
près autant qu'en celle de Damiette, pour la mer qui redonde
contre les courans des eaues doulces, qui chiéent dedens
le lacq de Lescaignon et par conséquent oudit port. Et n'a
pour entrer en laditte bouche que ung tout seul canal,
nommé cours de l'eaue, qui n'a que sept ou huit quartiers
de parfont, par lequel il fault entrer et yssir, non obstant
ce que l'ouverture de la bouche soit moult grande ; lequel
canal se change très souvent de lieu à autre par les courans
merveilleux qui mainent les sablons puis cy, puis là 2. Et y
peut on mauvaisement entrer atout nefz de deux cens
bottes et sans pillot, mais qui a bon pillot, nefz de trois
cens et de quatre cens y entrent bien, d'un bon doulz vent
venant de la marine ; et depuis que on est dedens celle
bouche, y a très bon fons, de deux, de trois et de quatre
braches. — Item 3, que deux ou trois milles de parfont en la
mer, oultre laditte bouche, y a très bon sourgissoir pour
grosses nefz, et y a abril contre pluisieurs vens pour la grant
1 Ainsi (W).
8 Or de chà, or de là(W). Puis de çà, puis de là (A)
5 Mémoire (A et W).
1421-1425. ET AMBASSADES. 139
entrée qu'il y a et pour les terres d'icelle, qui sont loing
l'une de l'autre, qui donnent abril, combien que ce n'est que
tout pellaige ; mais l'yver, quant les nefz n'osent demourer
devant Damiette pour le fort temps, elles viennent à secours
pour sourgir 1 en ce lieu là. — Item, à laditte bouche, à
l'endroit où le canal est environ de deux à trois milles
large et en amenrissant petit à petit, ledit port comme une
rivière s'en va, comme dit est, ou lacq de Lescaignon. —
Item, sur ledit port en terre, n'y a autre ville ne villaige,
que deux ou trois povres maisons, moitiés déchëues et des-
habitées, mais est à sçavoir que, non obstant ce, il y a
tousjours gens, barques et cameulz et marchandise 2 qui
passe ou râpasse 3 par terre et par eaue en ce lieu là, car par
terre et par eaue, c'est le droit chemin alant du Kaire à
Gazère 4 et en Jhérusalem.
Cy-APRES SENSIEUT LA VISITACION DE JAFFE,
Jaffe 5 siet en la coste de Surie sur la mer, à deux cens
milles près du port de Thênes par mer, et à trente 6 milles de
Jhérusalem par terre. Et est le plus prouchain port qui soit
près de Jhérusalem; et fut jadis grant ville fermée, mais à
1 Séjourner (A).
* Marchandises (W).
3 Passent ou repassent (W).
1 Gaza.
5 Jafa ou Joppé.
8 Vingt (A).
140 voyages 1421-1423.
présent elle est toute desrocquie l, et n'y a que trois caves,
où nul ne demeure, où les pèlerins se logent quant
ils viennent au sépulcre. Et est le pais comme plain et
plat 2, mais 3 le assiette de ceste ville, qui fut, siet hault
sur une montaigne et y feroit on bien lieu fort 4. — Item,
dessoubs ces trois caves y a ung petit port, fait comme par
force, pour plattes et petites fustes, comme gripperies et
galiottes, et à grant paine y peut une galée entrer. Et a
cedit petit port deux bouches, c'est à sçavoir, ainsy comme
on y arrive, l'une, la meilleur et la plus grant, parmy
zuut-west, 5 et l'autre parmy ost-zuut-ost 6. — Item, à
quatre milles 7 de parfont en la mer, il y a bon sourgissoir
pour grosses nefz et là a il à le fois fons 8 de quatre à cincq
braches de parfont, mais là est elle ou dangier de tous
vens venans de la marine. — Item, à Jaffe, y a deux fon-
taines sur la rive de la mer, etquiconques cave 9 ou sablon
sur icelle rive, c'est toute bonne fontaine 10. — Item, il y a
gardes ll à Jaffe tousjours, pour nonchier à Rames les mar-
chans et les pèlerins quant ils y viennent.
1 Serrure imprime : defroquié. C'est une erreur dans laquelle
M. Webb n'est pas tombé. — Desroucquée
I Et pal (W).
3 Serrure a imprimée par erreur : mains.
4 Très fort (A).
5 s-o. — S-S-O. (W).
• E-S-E.
7 Trois railles, d'après Webb.
* Et là a le fons (W). — Et là a le plus fond (A).
9 Serrure a imprimée : eaue au lieu de cave. Webb est plus exact.
10 Et quelconques cave au sablon est très bonne fontaine (A).
II L'édition Serrure et notre ms. écrivent : gardins.Cest une erreur
dont le ms. A et l'édition W nous fournissent la correction.
1421-1425.
ET AMBASSADES.
141
CY APRÈS SENSIEULT LA V1SITACI0N DE RAMES.
De JafFe à Rames l, y a dix milles de terre et est très
beau plain païs, et y a aucuns bons villaiges alant de l'un à
l'autre, desquelz 2 en aucuns il y a puichz d'eaue doulce,
mais moult escarssement y a eaue, car peu y pleut. Et
quant il y pleut largement, 'il y a de beaulz frommens et de
beaulx gardins autour de Rames 3 et arbres de tous fruits
selon la sécheresse du pays, assez largement. Et est l'aoust
en ce païs là emmy juillet. — Item, est Rames grosse
ville non fermée, située en plain païs, édefiée de maisons
de belle blanche franche pierre Jailliée, combles et tout à
terrasse, et sont basses communément.^ Et est celle ville
au soudan 4.
Cy après s'ensieut lavisitacion de Jhèrusalem,
EN BRIEF.
De Rames en Jhèrusalem, a vingt milles, tout païsde mon-
taignes dures, et y a bien peu de labeur, et païs 5povre et
sauvaige. Et y treuve on ungpeu de vignes en aucuns lieux,
1 Ramleh, anciennement Rama, sur la route de Jafa à Jérusalem.
» Esquelz (W).
5 II y croist du beau froment et y a des beaux jardins à l'entourne
de Rames (A).
* Et y a amiral. (W). — Et ceste ville est au Soudain et y at ung
admiralle (A).
5 Et est pays, etc. (A).
142 voyages 1421-1423.
et y a trois ou quatre chasteaux ' que villaiges, en chemin,
et en voit on aussy aucuns des deux costez, et n'y a eaue en
chemin que en deux lieux, en puichs très parfons et dange-
reux ; mais près de Jhérusalem, on y voit sur haultes mon-
taignes pluisieurs chasteaux, les aucuns déchëus, les
aucuns non, que édefièrent les Cristiens jadis 2. Et encores en
aucuns y habitent Cristiens de la chainture, et ont puich
d'eaue les aucuns. — Item, est Jhérusalem assise en pen-
dant d'une montaigne, d'une bende devers west et de l'autre
devers ost. Elle est située au dessoubz du val de Josaphat
et du val de Stiloé 3, et en ceste bende de ost, joignant les
murs de la ville, est le temple Salomon et la porte dorée
au plus près des murs de la ville. Et dessoubz, ou val de
Josaphat, est le sépulcre Nostre Dame. Et oultre, vers ost,
sur la montaigne est le mont de Olivet 4. — Item, est
Jhérusalem longue de zuut à noord, et large de oost à
west. Et est assis au milieu de la ville, près de zuut,
l'esglise 5 du Saint-Sépulcre. Et est Jhérusalem bien édiffiée de
belles maisons de belle blanche franche pierre tailliée, toutes
à terrasse, mais moult y a peu d'eaue et à grant chierté 6,
car peu souvent y pleut, mais y a puichs et sisternes assez
pour avoir eaue par habondance s'il plouvoit largement, et
la meilleur eaue qui y soit sy est d'un puich sourdant qui
est en l'esglise du Saint-Sépulchre. — Item, au dehors de
« Casaux (W).
* Jadis au temps passé (A).
3 Notre ms. écrit : Silcé. Les autres : Syloë.
* Des Oliviers.
B Et assez au milieu de la ville plus près de Zaf, siedreglize(W).
Et assez au milieu de la ville près de zut, sied l'esglise (A).
6 Et grant chieretté (W).
1421-1423. ET AMBASSADES. 145
la ville, vers poient Ml y a ung petit chastel désemparé, au
gect d'un canon de la ville. — Item, dedens les murs de
la ville, encores vers poient et west 2, il y a ung autre
petit chastel de moult belle franche pierre tailliée, nommé
le chastel David, assis ung peu hault, habité et gardé. Et
est du costé des champs assez fort et cuirié en aucuns lieux,
mais aillieurs entour et pardedens la ville, n'est gaires fort.
Et y a plas fossez et meschans, et ne pourroit riens durer
après la ville prise 3. — Item, est Jhérusalem fermée tout
entour de murs, non pas haulz et 4 bien emparez, et 5 a
aucunes povres tours en aucuns lieux, mais peu en y a.
Et aussy, en aucuns lieux, y a aucuns povres fossez plas 6
et en aucuns lieux non, et ne samble riens forte contre puis-
sance de gens, car la plus grant force qui y est sy est qu'elle
assez fort assise. — Item, est le pais entour très povre,
plain de montaignes, ayans grant 7 deffaulte d'eaues. Et le
bien qui y est, sy est d'aucunes vignes qu'il y a en aucuns
lieux, mais moult escar sèment 8.
1 Ponent(W).
2 Vers ponent, assavoir west (A).
3 La ville se elleestoit prise (A).
4 Ne (W).
8 L'édit. S. supprime ici la particule et.
6 L'éd. Serrure imprime : plains. Erreur corrigée par notre ms.
par A et par l'édition Webo-
7 Grante.
8 Le ms. A omet ces trois derniers mots.
144 voyages 1421-1423.
S'ENSIEUT LA VIS1TACION DU PORT D'ACRE.
En Acre, a très bon port de tous vens pour galées et
autres fustes, et est cloz de grosses pierres, et samble qu'il
fut jadis fait à la main. Et a environ deux milles de tour, et
siet l'entrée d'icelui ainsy comme on y arrive, parmy noord-
ost, laquelle est large le trait d'un arcbalestre et parfont
par dedens, pour y entrer naves de quatre à cincq cens
bottes, et sourgentpar dedens l au plus près de la plus grant
roche laquelle fait le port 2. Et là, est le plus grant fons, le
surplus duditport est tout3 plat. — Item, naves plus grosses
que de cincq cens bottes ne entrent point dedens, anchois
sourgent droit devant laditte entrée, ouquel lieu il y a
très bon fons pour tous gros navire, et y fait sceur par
fortune de tous vens, pour les terres qui ainsy se boutent
à l'avantaige, et les vens qui plus y nuysent sont noord et
noord-west. — Item, il y a de celle bende là, ung autre
petit portelet, moult bien encloz de muraille, où la mer vient,
lequel sert à mettre petites fustes. Et seroit encores légière-
ment remis à point pour y mettre galées. — Item, se peut
ceste chose cy et autres mieulz monstrer par l'exemple qui
en est fait, qui escripre ne se pourroit 4 sans longue narration
et grant langaige 5.
1 Le ms. A omet les 14 mots qui précèdent.
8 Laquelle est large de trait d'un arcbalestre et parfont dedens, au
plus près de la grande rouche laquelle fait le porte, et y pourroit
entrer navires de quattre ou cincq cents bottes, et sourgent là par
dedens au plus près de laditte grande rouche (A).
3 Plas (W).
* Le ms. A finit ici ce §.
8 Indication, plus précise que les autres, qui annonce une ou
plusieurs cartes.
1421-1425. ET AMBASSADES. 145
Cy après s'ensieut là forme de la ville
d'Acre.
Item, il y a sur le port d'Acre une terre en manière
dune langue, qui de la terre ferme se boute en la mer, sur
quoy la cité d'Acre fut fondée. Et au lez devers ledit port,
vient la mer batre, au gect d'une pierre des murs, et de
l'autre bende de la langue, vers la mer, estoient les murs
fondez en la mer, et au lez devers les champs, il y avoit
deux paires de beaulx fossez, cuiriez à plomb, sans eaue,
comme il samble, et deux paires de murs à grosses tours
rondes, qui se boutent dehors1, cuiriez embas 2.Et fut jadis
moult belle cite, de grans et notables édefîces, esglises et
pallais moult grans, de belle franche pierre tailliée et moult
richement édifiée, mais à présent elle est toute desrochie 3
jus et toute deshabitée, les murs et les tours renversez et
minez4, et les fossez en pluisieurs lieux remplis desédefices
qui sont abatus dedens, mais encores y sont les fondacions
de pluisieurs belles tours et des murs de la ville en aucuns
lieux, et y a grant foison de très belles caves en terre, 5 et
entières, qui ne sont point gastées. Et y a encores grant
foison des grans pans des murs drois, tant des pallais comme
des esglises, et qui voit ceste ville de loings, ce semble estre
1 Qui se bouttent au tallut (A).
* En bas à talut (W).
• Serrure lit encore : defrocqié. au masculin au lieu du féminin.
Webb est plus exact.
4 Renversées et muées (A).
5 Et enterrées (A).
146 voyages 1421-1425.
merveilles de beauté. — Item, fut ceste cité grande de
tour environ trois milles, et est fondée en bon terroir pour
fourmens, cottons et autres biens. Et y a, vingt milles à la
ronde, le plus beau pays du monde \ une partie plain et l'autre
montaignes, sans arbres, dont deffaulte y a là entour. Et y a
une petite riviérette d'eaue doulce, en manière de rieu,
qui descend d'une montaigne assez .près de là, et vachëoir,
au plus près des murs vers les champs, dedens le port dessus-
dit en la mer, mais il est à sçavoir que l'eaue est flasque et
malsaine. Et pareillement l'aè'r du païs d'autour d'Acre
n'est pas sain, car il est bas, et y pleut coustumièrement
très habondamraent, combien que la chaleur de l'esté sèche
tout. — Item, en toute la ville, n'y a que une toute seulle
fontaine de bonne eaue, laquelle siet devers les champs,
auprès du port, devers 2 les fossez de la ville, et est assez
grande et très bonne. Et en tout le pays autour, n'a nulle
rivière et y a pou d'eaue, fors en aucuns cassaulz, où il y a
des puiz et es autres non, mais se la ville estoit habitée,
icelles grandes 3 pleuves, recëues en cysternes, donneroient
assez eaue 4. — Item, droit devant Acre, vers les champs, au
trait d'un canon hors de la ville, il y a une petite montaigne
de terre, faitte à la main, que ung Soudan fist jadis faire, où
il se logeoit quant il y tint le siège six ans et qu'il la print.
— Item, en celle ville, n'y a homme demourant, fors deux
ou trois gardes Sarrasins pour sçavoir quant il y arrive
navire, mais, à deux milles près de là, il y a ung villaige
bien habité nommé Acre la noeufve, où lesdittes gardes
* Et à XX milles à la ronde, il y a le plus beau pays du monde (W).
* Dedans (A).
5 Les grandes, etc. (A).
* Eaue assez (W).
1421-1423. ET AMBASSADES. 117
anonchent ledit navire l. — Item, en Acre la vielle il y a,
joingnant ledit port, pluisieurs maisons et céliers 2 fermez,
où les marchans Véniciens mettent leur cotton, et en Acre
la mendre 3y a tousjours ung Vénicien facteur des autres,
pour 4 leur dit cotton. — Item, est à sçavoir que ceste ville
d'Acre seroit bonne à réhabiter, mais il fauldroit temps et
puissance. — Item, de Jaffe à Acre, y a soixante milles
par mer et autant par terre.
Cy après sensieut là visitacion du fort
de Sur.
Sursiet en la coste de Surie, sur la mer, à xxv milles 5 par
mer et par terre près d'Acre. Et est à sçavoir qu'il y a
devant la ville, en la mer, quatre ou cincq grosses roches et
longues dont les aucunes appèrent ung peu hors de l'eaue
et les autres non, lesquelles roches font le port de Sur 6. Et
dedens icelluy port peuvent entrer nefz de soixante à qua-
trevins bottes et non plus grandes et 7 toutes autres plates
fustes. Et est très bon port et scëur de tous vens. Et y a
pluisieurs entrées, par entre les roches, qui sont grandes
4 Les dicts navires (A).
* Webb imprime, sans doute par une erreur du ras. : icelles.
3 La neuve (A et W).
* Pour lever (W). Pour louer (A).
5 Notre ms. dit : sur. J'ai préféré la version du ms. A, qui évite
aussi plus loin la répétition de ce mot et dit : en la mer.
' Sûr, l'ancienne Tyr.
7 Serrure met en au lieu de et qui se trouve dans notre ms. et
dans l'édition W.
148 voyages 1421 1425.
et bonnes pour lesdittes petites fustes ; mais pour les nefz
dessusdittes de soixante à quatrevins bottes, n'y a parfondeur
n'entrée nulle scëure \synon ainsy comme on y vient devers
Baruth au long des terres. Et celle est la plus saine entrée,
laquelle siet ainsy comme on y arrive parmy zuut, et sont
lesdittes roches assez loings l'une de l'autre. — Item, est
ledit port, entre la ville et lesdittes roches très-grand et long
et a bien cincq à six milles de tour.
Port pour grosses nefs,
a Sur ».
Item, quant grosses naves, de quatre ou cincq ou
six ou sept ou huit cens ou de milles bottes, viennent
à Sur, elles sourgent toutes en la mer au dehors des-
dittes roches. Là y a il bon fons et bon port pour tous
gros navire, par les terres de devers Baruth, d'un costé,
et la ville de l'autre, qui leur donnent abril contre
pluisieurs vens, mais pour icelles grosses nefz n'est pas lieu
pour y gaires séjourner, pour les fors vens de west, de
noord-west et de noord qui leur pourroient nuyre. —
Item, est à sçavoir que pour galliottes et 3 autres petis
navires, mendres que de galées, il y a encores entre ledit
port 4 ung autre plus petit port très bel, tout ront, lequel est
1 N'y at profondeur ne aulcune entrée sëure (A).
* Notre ms. ne fait pas de chapitre ici : Les ms. A et W sont
d'accord pour en faire un. J'ai adopté cette version.
5 Galiottes, lins et (A et W).
* Entre le dict port des roches (A).
1421-1425. ET AMBASSADES. 149
encloz de la fermeté de la ville. Et non obstant ce que la
fermeté soit assez déchëue, sy n'y peuvent entrer nulles
fustes sy non par une petite entrée d une bouche mendre
que pour logier deux galées, laquelle est platte d'eaue. Et
y a une tour quarrée, petite, à l'un des lez de la bouche, et
le mur à l'autre lez. — Item, il y avoit quant je y fus une
petite fustelette armée x comme une galiotte 2, et y en faisoit
l'admirai faire deux ou trois noeufves.
Cy après s'ensieut la forme de la ville
de Sur 3.
Il y a à Sur une terre toute ronde qui se boutte en la mer,
et ne s'en fault mie une mille que ce soit une isle enclose
de mer. Et là sus fut fondée jadis la belle et grant cité de
Sur, et toutes les tours 4 d'environ, dedens la mer. Et devers
les champs, estoit 5 fermée en icelle, mille de large, de deux
paires de beaux murs, à grosses tours moult belles, et trois
paires de fossez sans eaue, dont les deux paires les plus
prouchains des murs estoient cuiriez à plomb très richement.
Et fut icelle ville, du temps des Cristiens, édiffiée d'esglises
grandes, de pallais et plaine de maisons riches, haultes et
belles, toutes de franche pierre tailliée, comme en Acre, mais,
4 L'édition Serrure a lu : d'arrivée. Notre ms. et le ms. A sont
d'accord avec l'édition Webb.
* Comme fort galiotte (A).
3 CKest la fourme de la ville de Sur (A et W).
4 Et tous les murs (W). — Les murs d'entour (A).
5 Estoient. (Edit. S.)
150 voyages 1421-1423.
quant elle fut reprinse des Sarrasins, elle fut toute abatue, les
combles, les édefices et tous les murs, grosses tours, minées
comme en Acre, dont les fossez, par les édefices qui furent
dedens abatus, en furent fort remplis devers les champs,
sy que à présent elle est toute désolée, excepté la fondacion
sur la mer entourqui encores est très belle. Et y a pluisieurs
maisons à belles caves \ légières à reédefier. Et fut Sur la
ville où jadis les rois de Suriese souloient 2 couronner devant
deux très grosses tables3 de marbre, qui sëoient en une
grande esglise, qui à présent sont abatues en terre, et l'es-
glise aussy. — Item, n'y a en la ville de Sur nulles
rivières, mais il y a deux ou trois cysternes et pluisieurs
puichz, non paa de trop bonne eaue, et, vers les champs,
il y a une belle et bonne fontaine dedens les fossez. — Item,
au dehors de Sur, quatre milles sur les champs, vers les
montaignes, il y a une très grant habondant fontaine,
faitte moult richement, ouvrée de marbre, que jadis fist
faire Salomon *, laquelle du temps des Cristiens couroit par
conduitz et abeuvroit la ville, mais à présent les conduis
sont rompus. — Item, à une mille, à l'autre lez, devers
Sayette 5, il y a une autre grande et belle fontaine sour-
gissant 6. — Item, est le pais d'entour bon à labeur, et y a
par usance habondance de blez et de cottons. Et est à
sçavoir que, depuis Acre jusques à Sur, et de Sur au long
1 Serrure lit encore : eaues, pour caves. Webb est d'accord avec
nos mss .
s Vouloient (Éd. S). C'est une erreur.
3 Piliers (W).
* Que jadis fist Salomon (A).
5 Le Kâssinijé, l'ancien Leontes.
6 A omet le mot : sourgissant.
1421-1423. ET AMBASSADES. 151
de la coste de la mer jusques à Sayette, quatre ou cincq
milles de parfont en terre, est l presque toute plaine bien
labourée. Et oultre sont toutes montaignes haultes où il y
a pluisieurs villaiges et forteresses, telles quelles, et sont
habitées et plaines de gens de deffence et de chevaulz. —
Item, à cincq milles de Sur, à l'autre lez, vers Sayette, il
y a une moult belle rivière, clère et parfonde, près autant
large comme le Lys, nommée Cassenne 2, qui des mon-
taignes va chëoir en ce lieu là, et la passe on 3 au pont. —
Item, y a pluisieurs autres petis rieux de eaue doulce entre
Sur et Sayette. — Item, a esté la ville de Sur toute des-
habitée depuis qu elle fut ainsy abatue, jusques à l'an mille
quatre cens et vingt et ung, que ung grant admirai nommé
Elboé 4, bon Sarrasin, le commensça à faire réhabiter. Et
y avoit, quant je y passay, bien trois cens mesnaiges, qui
pou y repairoient, car la ville a bien huit milles de tour. —
Item, est sans comparoison le pais d'environ Sur plus bel 5,
plus sain et y a de meillieures yaues que autour d'Acre, et
seroit chose notable qu'elle fustrepoeupléeetréhabitée, 6 mais
il y fauldroit puissance de gens et grant espace de temps.
* Le verbe est a été omis dans l'édition W.
2 Casseniie (W). Saïda, l'ancienne Sidon, sur la côte, un peu au
sud de Beirouth.
3 Et là le passe (W).
4 Ebboé (W).
5 Le pays d'entourne, plus bel (A).
* Et seroit notable chose à le réhabiter (A).
152 voyages 1421-1425.
Cy après sensieut la visitacion de Sayette. l
Sayette siet en la coste de Surie sur la mer, à vingt milles
près de Sur par mer et autant par terre. Et y a, du costé de
devers Baruth, une bonne mille arrière de la ville et de
la terre, une grande et longue roche, qui plainement se
moustre hors de la mer, laquelle, avecq une autre petite
islette, séant, toute ronde, de ce costé, au ject d'une pierre
des murs de la ville, font le port de Sayette. Et de celle
islette jusques à une assez grosse tour, très ronde, séant 2 sur
terre ferme, au bout des murs de la ville, d'icelle bende, il
y a ung pont de pierre, ouvré par arches, sur quoy on va
desdis murs à l'islette. Et souloit estre une retraitte qui
à présent est de pou de valeur.
Cy s'ensieut après, la forme 3 du port
de Sayette.
Item, est le port de Sayette grant et assez bon pour tout
moyen navire, et y a fons assez pour naves de quatre à cincq
cens bottes, mais ledit port est fort découvert pour les vens
fortunaux de noord-ost et de noord-noord-ost. Et est l'entrée
d'icelui port large de une mille ou plus, et siet, ainsy comme
on y arrive par mer, parmy zuut-west, devers la bende de
* Sahid. Voir plus haut, p. 114, note 7.
1 Séant du confin, etc. (A).
*Ch'e$t la forme (W).
1421-1425. ET AMBASSADES. 155
Baruth. — Item, il y a, droit au front ! devant la ville, devers
la mer, ung autre petit plat port2 pour petites fustelettes,3
comme petites galiotes et barques, lequel est fait à la main,
comme il samble. Et est enclos, devers la bende de Sur de
grosses pierres, et de l'autre costé, par devers Baruth, il
s'afachonne et est fait et cloz de laditte ronde islette, et siet
la bouche d'iceluy, ainsi comme on y arrive, parmy zuut.
CY APRÈS S ENSIEUT LA FORME 4 DE LA VILLE
DE SAYETTE.
Item, est Sayette ville fermée, très petite, assez bien
édefiée de maisons basses, toutes de pierres grises, située bas
sur ces deux pors, comme onpeultvëoirpar exemple 5, et n'y
a que ung sengle6 mur bas en toute la fermeté, devers la mer,
avecq aucunes meschans petites tourettes, excepté la tour
cornière, vers Baruth dessusdit, qui est belle assez. Et, de
la bande des champs, il y a en manière de deux murs mal
emparez, bas et meschans, et ung seul petit meschant plat
fossé, sans eaue, à moitié remply en aucuns lieux des
maisons qui par dessus les murs y sont chëues et des
ordures 7 de la ville que on y jette. Et est à sçavoir que les
premiers murs ne sont synon maisons de pierre tenans
* Au droit front (A).
• Port plat (W).
8 Fustes et fragattes (A).
4 Ch'est la forme, etc. (A et W).
5 Encore la carte.
6 Saingle (W). Simple (A).
1 Ordines(W).
VOY. ET AMB. |Q
154 voyages 4421-1423.
ensamble, qui font la fermeté avecq deux ou trois petites
tourelles meschantes, mal emparées, qu'il y a. Et le second
mur pareillement est fait de maisons tenans enssamble. Et
entre ces maisons et les murs, est ainsy comme à manière *
d'une rue. Et là, vers les champs, il n'y a nulz huis aux
portes, mais sont les entrées assez fortes, mais le lez vers
les champs est très foeble. — Item, vers les champs, à
l'autre bout de la ville, vers le costé de Sur, assez près
de la mer, il y a une montaignette de terre assez haulte,
fermée de meschans murs, bas et déchëus, entour, et une
povre basse tourelle quarrée dedens, qui descoeuvre le port
et la ville, et est à manière d'un chastel 2, et vont les deux
murs de la ville en bas d'un costé et d'autre en montant
jusques aux murs de la fermeté du chastel d'en hault. —
Item, est à sçavoir que la ville de Sayette et la montaignette
au chastel sont assis sur une terre à manière de montaigne,
grande et ronde entour, et semble que jadis la fermeté de
la ville sy vint 3 jusques au descendant d'icelle. — Item, est
à sçavoir que, aux portes qui vont sur la mer, il y a huis
qui se ferment de nuit, et y a pluisieurs autres entrées sans
portes qui ne se ferment point, mais sont estroittes et assez
fortes. Et sont les murs et tours vers la mer mieulx emparez
que ceulx vers les champs, et y fait plus fort aussi, pour le
petit port qui est droit devant, où autres navires que
barques ne peuvent entrer. — Item, en la ville de Sayette
n'y a cisterne, ne autre eaue que de puichz et encores n'en
y a il pas largement, mais hors de la ville, à une mille
près d'icelle, sur la mer, sur les champs, alant vers Baruth,
4 Et une manière (A).
2 C'est en manière de chastel (A).
s S'en vint (A).
1421-1423. ET AMBASSADES. 155
y a une petite rivière de montaignes de bonne eaue, et es
villaiges autour aussy y a il par raison éaue. — Item,
autour de Sayette, il y a ung peu de plaine * et y a oliviers,
figuiers et autres arbres, assez largement, et y a de beaulz
villaiges, édefiez de bonne pierre, et de * bonne labour de
blez et cottons par raison, et oultre celle plaine, sont mon-
taignes grosses où il y a, par oïr dire, demourant grant
poeuple, eaue assez et bon païs. — Item, alant de Sayette
à Baruth, on treuve3 trois ou quatre rieux que petites riviè-
re ttes, et y a chemin mauvais et pierreux 4 et païs de
montaigne sans labeur, excepté à quatre ou à six milles
près de Baruth, qu'il y a plain païs et ung très beau grant
bos de sappins, vignes et oliviers, qui vers là commencent
et durent jusques à la ville de Baruth devantditte.
cy après s'ensieut la visitacion 5, du port de la
ville de Baruth 6.
Baruth siet en la coste de Surie, sur la mer, à vingt six 7 (
milles de Sayette par mer et par terre8, et est bonne ville et
bien marchande, non fermée, édiffiée de maisons de belle
pierre tailliée, appartenant au Soudan, et fut jadis, du temps
1 Palmes (A);
• L'éd. Webb supprime ici la particule de.
8 Tienne (Ed. Serrure). Les trois mss. portent : treuve.
* Mal chemin pierreux (A).
6 Ck'est la Visitation, etc. (A et W).
6 Beirouth, grande ville sur la côte de la mer du Levant.
1 XXV (W).
8 Et autant par terre (A).
156 voyages . 4421-1425.
des Cristiens, très grosse ville fermée, mais à présent est
ainsy1 diminuée, combien qu'elle soit habitée, avec les Sarra-
sins, de grand nombre de marchans 2 Cristiens, comme Venis-
siens, Gênenois 3, Grégeois4 etautres.Et est àsçavoir que au-
dit lieu de Baruth,y a deux chateaulz bons 5, assis sur la mer,
l'un àungdes lez du port et l'autre à l'autre lez du port. Etrest
celui dedens le plus grant comme la maison 6 où l'admirai
demeure et n'est pas fort ne gardé de personne, ains seroit
habandonné se riens de puissance venoit7.Et l'autre, à l'autre
lez du port, vers la Turquie et vers Tripoly, 'est ung petit
chastelet, assis sur une roche 8 fondée en la mer du lez de la
marine, et du lez vers les champs est assis en terre ferme
bonne à miner. Et là entour y a doubles fossez, sans eaue,
mais vers la mer n'y a fors le mur et la roche dessoubz9,qui
est haulte et roiste assez10. Et est à sçavoir, en conclusion du-
dit chastel que ce ne sont que deux tours quarrées encloses
de murs, l'une sur la roche ditte et l'autre sur les champs
plus arrière, dont en l'une ne en l'autre, n'y a guaires de
beauté ne de bonté, fors tant qu'elles sont gardées de Sar-
rasins contre Cristiens ll. — Item, est ledit chastel assis
hault et vers la mer et vers les champs, et y a une entrée
1 Aussy'(A).
* Toutefois il j a grant foison de marchans, etc. (A).
5 Genevois selon l'éd. W. Erreur déjà signalée plus haut.
* Vénitiens, Génois, Grecs.
5 Tous deux(W).
8 Comme maison (A et W)-
7 Venoit devant (A).
8 Roste roche (A et W).
* De dessoubz (A) .
10 Et roste assis (mauvaise version de redit. Webb).
" Contregardée de Sarrasins (W)-
1421-1425. ET AMBASSADES. 157
assez forte vers la ville de Baruth, mais n'est pas bien
emparée et samble que on n'en fait guaires de compte.
— Item, au dessoubz dudit chastel, plus près de la ville de
Baruth, bas sur la mer, en lieu plat, y a une autre petite
tour quarrée, assez bonne, laquelle est emparée et gardée ;
et font les Mores, de nuyt, en deux lieux, le guait, espécia-
lement *pour la garde du port et delà ville, l'un en icelle tour
et l'autre sur une tour dudit chastel, atout gros tambours ;
quant l'un sonne, l'autre lui respond, et font 2 trois guetz la
nuyt, ceux du premier guait sonnent ung cop, ceulz du
second guet sonnent deux cops et ceulz du tiers sonnent
trois cops. — Item, est la ville de Baruth mal garnie d'eaue
doulce, mais à deux milles près d'icelle, alant à 3 Tripoly, par
terre, assez près de la marine, est le lieu où saint George
tua le serpent, ouquel lieu a une chapelette. Et assez près
de là, y a une rivière de bonne eaue doulce venans de 4 mon-
taignes qui va là chëoir en la mer. Et est à sçavoir que
autour de Baruth y a beaulz gardinaiges et tous bons fruits
et abondance de sappins, espécialement à quatre milles de la
ville vers Sayette, et de là en alant à Damasq, il y a molt
crueux chemin de montaignes et valées sèches et povres de
labeur, combien que, d'une bende et d'autre du chemin, il
y a villaiges aucuns et fontaines de roches assez par raison.
Et droit en mylieu du chemin, entre Baruth et Damasq, il y
a une belle plaine très bien labourée, large de quatre lieues
et longue à merveilles, assise entre deux montaignes, ou
mylieu de laquelle coeurt une belle rivière d'eaue doulce
1 En pluisieurs lieux guait espécial (A).
2 Notre ms. dit : sont. J'ai préféré la version A et W.
■ Vers (A et W).
* Venante des (A).
158 voyages 1421-1425.
qui s'espart en pluisieurs ruisseaulz *. — Item, y a audit
lieu de Baruth, une raille ou deux parfont en la mer, bon
sourgissoir pour tous gros navires, galées et plates fustes,
mais n'est mie le port scëur pour tous vens, car noord et
noord-west y font moult de mal l'y ver. Et en approuchant
la terre à demye mille, est ledit port 2 plat, et fault les
galées demourer 3 assez loingsduditsurgissoir qui est moult
grant, car on y peut entrer de tous lez. Et n'est, à dire
au vray, fors que pelaige 4. Et est à sçavoir que, oultre
ledit lieu de Baruth, vers Tripoly, la mer se boute moult
parfont en terre comme feroit unglacq,mais là fait il plat5
à merveilles. — Item, est Baruth le droit port de toutes
les marchandises qui vont et viennent à la cité de Damasq
et est à deux journées de Damasq par terre.
CY APRÈS s'ENSIEUT LA 6 VISITACION DE DAMASQ 7,
EN BRIEF.
Damasq siet au dessoubz d'une haulte raontaigne, déserte
de labeurs, en l'une des plus belles plaines du monde, moult
bien labourée et moult fructueuse, entre gardins non
* L'édition Webb ouvre ici un nouveau chapitre intitulé : CICest
la forme du port de Barut.
5 Moult plat (W).
s Et fault que les galées demourent (A).
* Palage(W).
5 Mais là fault, c'est qu'il est plat, etc. (A).
6 CVest la, etc. (A et W).
7 Damas.
1421-1425. ET AMBASSADES 159
pareilz de beauté et de tous fruis délitans l plus qu'en nulz
autres gardins. Et est avironnée dedens et dehors de rivié-
rettes et des meilleures eaues du monde en grant habon-
dance, mais n'y a nulle grosse rivière 2. Et est laditte ville
moult fort, fermée de doubles murs et de belles tours, toutes
à terrasse, et les fossez autour cuiriez sans eaue, et est
grande de deux lieues de tour, et est plus longue que largue,
située 3sur terre bonne à miner. Et fut toute arse du temps
du Tambur \ qui fut l'an passé a vingt et deux ans 5, mais
très fort se recommence à restorer et réédefier. Et y a
très beau chastel assez bas en la ville, bien fermé de
sèngles murs et de belles tours. Et y queurt une riviérette
autour des murs, d'un costé, mais ô d'autre costé y a bien
peu d'eau e es fossez qui sont tous quiriez autour ; et en celle
ville de Damasq y a ung roy admirai, subget au Soudan
de Babilonne, qui a tousjours grant nombre d'esclaves de
Turquemans, d'Arrabes et de Sarrasins bien montez et
gens de guerre des meillieurs de Surie.
1 Fruis délicatz (A).
2 Nulles grosses rivières (Èdit. S). Grandes rivières (A).
3 Et est assise (A et W).
4 Timour-Leng, Timour le boiteux ; vulgairement, pour les peuples
latins, Tamerlan.
s Tanbur, l'an passé XXII ans (A et W).
6 Et (W).
160 voyages 1421-1425.
Grèce ou destroit de Rommenie
Galipoly est située ou destroit de Rommenie, sur la
Grèce, et est ville très grande, non fermée, et y a ung
chastel assis assez près de la mer, quarré, à huit petites
tours, et sont fondées sur haultes douves, 3 quiriez en quar-
rure. Et sont les fossez d'entour par devers la terre, haulz,
sans eaue, comme il samble, et ceulz par devers 4 la mer
sont bas et y a de leaue. Et droit dessoubz le chastel, sur
la mer, y a ung bon petit port pour gallées et pour toutes
petittes fustes. Et, pour celui port garder, y a une très
belle grosse tour quarrée sur la rive de la mer, tout bas
sur 5 la terre ferme, vers le chastel. Et d'autre bende, y a
ung mur, fait en la mer, qui clôt ledit port avec aucuns
longs peulz 6 et moyennant lesdis peulz n'y remaint fors 7
une petite entrée par où les galées entrent et n'y a point de
chaienne. — Item, y avoit oudit port, quant je y passay 8,
* CKest la Visitation du port et chastel de Galipoli, etc. (W).
2 Le détroit des Dardanelles.
3 Dounes (Ed. Serrure).
* De devers (A).
5 Le mot sur manque à l'édition anglaise.
6 Peulz : pieux.
1 Sinon (A).
8 Quant je y passai (W). L'auteur qui jusqu'ici a parlé à la 3e per-
sonne, prend pour la première fois la parole dans le ms. de la
Bib. Bodléienne.
1421-1423. ET AMBASSADES. 101
quatre galées et moult grant nombre de petis vaisseaulz
passaigiers et petites fustes. Et y ont les Turcqs communé-
ment tous leurs plus grans povoirs de galées et de fustes
plus qu'ilz n'ont 1 nulle part aillieurs. — Item, droit à l'op-
posite dudit Galipoly, entre la mer appellée le destroit de
Rommenie, sur la Turquie, y a une très belle tour 2 où les
Turcs font communément le 3 passaige de l'un païs à l'au-
tre. Et est en ce lieu là la mer estroite environ de trois à
quatre milles de large. Et qui auroit ledit chastel et port,
les Turcs n'auroient nul scëur passaige plus de l'un à l'au-
tre et seroit leur pays qu'ilz ont en Grèce comme perdu 4 et
deffect. — Item, y a, de Constantinoble à Galipoly, cent et
cincquante milles, et y a devant ledit Gallipoly, lieu, mer
et fons assez scëur 5et compétent à sourdre 6 et mettre l'an-
chre pour grosses naves non obstant ce qu'il n'y aye pas
droit port pour icelles 7.
L'an vingt et trois, moy revenu de mon dessusdit voyaige,
alay à Londres, devers le jeune roy d'Angleterre, faire
mon rapport de la charge que me avoit baillie le feu roy
* Qu'ilz ayent (A).
1 C'est le Château d'Asie.
3 Leur (A et W).
* En grand dangier comme perdu (A).
* Une lieue en mer, fonds assez scëur (A).
* S'enradre (W).
7 Ici s'arrête le manuscrit de la bib. Bodléienne publié par
M.Webb. C'est ici aussi que finissent les Rapports de Ghillebert sur sa
reconnaissance militaire en Syrie.
162 voyages 1421-1423.
d'Angleterre, son père. Et lui rapportay, et à son conseil,
Torloge d'or que je dévoie présenter de par ledit roy son
père, au grant Turcq. Et me donna le roy au partir trois
cens nobles et paya tous mes despens.
S'ensieuvent les guerres de Hollande
L'an vingt et six 2 fus en la première armée que monsei-
gneur le duc fist en Hollande contre madame de Hollande 3,
et ses aliez. Et me fist mondit seigneur capitaine de
Rotredam, soubz moy deux cens combatans, où nous
eusmes une aventure de la commune 4 de la ville qui s'es-
meut contre nous et se mirent en armes pour nous envahir5,
mais par la grâce de Dieu n'y eut nully tué 6, car laditte
commune se retray chascun en son hostel 7 par 8 l'admon-
nestement d'un bon curé qui se revesty des aournemens
' Le ms. A, fidèle à son procédé, ouvre ici une nouvelle division
avec un titre que je lui emprunte.
2 L'an raille quatre cents vingte six (A).
5 Jacqueline de Bavière.
4 Par le commung (A).
5 Contre nous et tout en armes (A).
6 Blessié (A).
7 Ceulx de la ville soi retraïrent chascung en leurs maisons (A).
• Pour (Édit. Serrure).
104 voyages 1421-1423.
ecclesiasticques et apporta le Corpus Domini entre nous et
laditte commune \ Et, en retournant en2 l'ostel de monsei-
gneur le duc audit Rotredam, ou la pluspart de nous
estions logiez, le pont rompy et chè'urent dedens la rivière
environ trente 3 hommes d armes de noz gens, mais il n'y
eut personne noyet.
L'an vingt et sept, fus en la seconde armée de Hollande,
et le vingt et quatrième jour de jenvier fus avecq mondit
seigneur le duc en la bataille de Broudeeshams 4, où il y
eut vingt et six cens Englés desconfis, dont le seigneur de
Flicbatre 5 estoit capitaine, qui s'enfuy et environ de trois
cens Angles avecq lui, et les autres furent tous mors ou
prins.
L'an vingt et huit6, le deuxièmejour de jenvier, partant
de l'Escluse me envoya mondit seigneur le duc en amba-
xade, pour le fait des Housses \ en Hongrie, devers le roy
1 Entre le commung et nous (A).
* Au retourner dedens (A).
3 Dedens bien trente, etc. (A).
4 Brouwershaven, dans l'île de Schouwen, eu Zélande. Le ms. A
écrit Brou, et laisse la fin du mot en blanc.
• Fitz-Waiter. — Frelattre (A).
6 L'an mille quatre cents, etc. (A).
' Les hussites.
1421-1425. ET AMBASSADES. 165
des Rommains, roy de Béhaigne l et de Hongrie, et devers
le duc Aubert d'Ostrice 2 et devers les esliseurs de
l'Empire. Ouquel voiage demouray quatre mois. Passay
par Brabant, par Julliers, par Coulongne 3, par Bach-
karth 4, ville fermée, au duc 5 Palatin , par Mayence,
par Francfort, par Nieustacq au 6 marquis de Bran-
debourg, par Reyghezebourg *, ville fermée et éveschyet,
et est Bavière, et y passe-on la Dunoe 8. Passay par
Paisse 9, ville fermée et deux chasteaulz, assis sur la
Dunoue, appartenant au duc Aubert d'Ostrice 10, par
Brouchk11, ville fermée sur la rivière de Larten 12,par Altent-
bourg l5, villaige et chastel sur laditte rivière et est au roy
de Hongrie I4 . De là à Boudes l5, ville I6 fermée sur la Dunoue ",
1 Bohème.
• Autriche.
a Cologne.
* Bacharach, au-dessous du Bingerloch ou défilé deBingen, entre
Coblence et Mayence.
B Au comte (A).
6 Nyeustadt, appartenant au, etc. (A).
1 Reuchezebourg (A). Ratisbonne, en allemand Regensburg.
8 La Danube (A). Le Danube, en allemand Donau.
9 Passau , à la frontière de la Bavière et de l'Autriche.
10 Cette phrase est rédigée ainsi dans le ms. A : Et alors passay
par Linthes, évesquié, ville fermée, et y a deux chasteaux assis sur la
Danube, au ducque Albert d'Austrice.
41 Bruck, sur la Leitha, au S-E. de Vienne.
*2 Notre ras. porte : la rivière de rieu. J'ai préféré la version A qui
donne un nom à ce rieu.
" Altenburg, entre Presbourg et Raab.
•* Sur laditte rivière du rieu de Hongrie qui est au roy (A ).
«• Buda-Pesth.
" Belle ville (A).
17 Sur la Dutonne (A).
466 voyages 1421-1423.
où je trouvay le roy de Hongrie, l'empereur Sigismond,
auquel je fis mon ambaxade comme j'avoie de charge, lequel
revenoit de la guerre de Turquie. Et me fist cest honneur
que par ung jour sollempnel me fist porter l'espée devant
luy. De là remontay à Vienne en Osterice, où je trouvay le
duc Aubert d'Osterice, auquel je fis mon ambaxade comme
j'avoye de charge, et me donna au partir une couppe d'ar-
gent dorée. Et de là, m'en revins à Mayence, où je trouvay
l'archevesque auquel je fis pareillement mon ambaxade, et
me donna au partir ung cheval celle et harnaschié l à la mode
du pais. De là, je alay devers les autres esliseurs de l'Em-
pire ausquelz je fis 2 ce que j'avoie de charge, et puis m'en
revins, par Coulongne 3, devers mondit seigneur.
L'an vingt et neuf4, publia monseigneur le duc Philippe
de Bourgongne son ordre de la thoison, où il me fist hon-
neur de moy eslire, l'un des vingt et cincq.
LE VOYA1GE DU TRAU SAINT-PATRICE 5.
L'an mille quatre cens et trente, le quatrième jour de
mars, je me party de l'Escluse pour m'en aler en ambaxade
de par monseigneur le duc, devers le roy d'Escoce 6, et de
* Harnaschié (A).
* Et devers eulx fis (A).
3 Cologne, sur le Rhiu.
* L'an mille quatre cents, etc. (A).
5 J'emprunte encore ce titre au ms. A.
* Ecosse.
14211423. ET AMBASSADES. 167
là passer oultre en pèlerinaige 1 au trau 2 Saint-Patrice, en
Hirlande 3. Passay 4 le royaume d'Angleterre, montay sur
mer à Callais 5, prins terre à Zantwich 6, passay par Lon-
dres, par Hunditon 7, ville fermée, par Dancastre 8, grosse
ville non fermée, assise sur la rivière du Don ; passay par
Yorch 9, ville fermée, chastel et archevesché, assise sur la
rivière du Hous 10, qui va chëoir en la mer à trente milles
de là. Puis passay par ung port nommé Houlz n, Neufchas-
tel 12, ville fermée et chastel, assise sur la rivière de Thouy 13,
qui vachëoir en la mer à six milles de là à ung port nommé
Thinemuda 14. Passay par Bambourg, très fort chastel, vil-
laige et prioré, séant sur une roche, droit sur la mer, et
samble qu'il y ait trois fermetez.
1 Pérégrinaige (A).
2 Trou (Ed. S.).
3 Irlande.
* Passay parmy (A).
5 Calais.
6 Sandwich, au nord de Douvres.
7 Huntingdon, au N-O. de Cambridge.
8 Doncaster, au sud d'York.
9 York.
10 Ouse.
11 Hull, port à l'embouchure du Humber.
M New Castle. La plus étrange confusion règne ici dans l'édition S.
On n'a pas reconnu Neuf-chastel comme un nom propre , et
l'on en a fait « le château » de Hull, « ville fermée et château, »
sans s'apercevoir du pléonasme. De plus, à la table des noms
géographiques on explique Thouy par Tweed. Or ni Hull ni même
Newcastle ne sont sur la Tweed. Enfin il en résulte que Tynemouth
(Thinemuda) est placée à l'embouchure d'une rivière qui n'en appro-
che pas de plus de vingt lieues.
15 Thus (A). — C'est la Tyne.
*4 Tynemouth.
168 voyages 1421-1423.
Item,, on dist qu'en ce chastel fut la doloreuse garde
que Lancelot du Lacq par sa proësce fist depuis nommer
la joyeuse garde. Passay de là par Bervich \ ville fermée,
bien gastée, fort chastel, séant sur la rivière de Thouy 2,
laquelle départ Angleterre et Escoce. Et siet laditte ville
oultre la rivière du costé vers 3 Escoce, mais c est aux
Anglais ; passay par Doubar 4, ville désolée des guerres et
ung très fort chastel séant sur la rive de la mer. Passay
par Andreston 5, bonne ville non fermée, et y a une belle
esglise nommée Saint- Andrieu, sy a très beau chastel et est
éveschié toute la meilleure d'Escoce. Passay par Saint-
Yaestreen6, une bonne ville non fermée, et chartreux, séant
sur la rivière du Thony \ Passay Strenelinch 8, ville mar-
chande et assez bonne, non fermée, séant sur la rivière du
Foith, que on passe illecq à pont 9. Et y a ung très fort
chastel assis sur une roche que fist le roy Artus, comme
on dist. Passay par Donfriez 10, bonne ville non fermée,
assise sur la rivière du Quix, qui va chëoir en la mer de
Ponent, à quatre milles près de là. Passay par Carliel ll,très
* Berwich.
* Ici il s'agit véritablement de la Tweed, qui sépare l'Angleterre
de l'Ecosse.
5 D'Escosse (Éd. S.)
4 Dunbar.
5 St-Andrew's, dans le comté de Fife, où se trouve l'église dédiée
à Saint-André, patron de la grande université écossaise.
6 Saint-Jehan-Stoen (A).
7 Thon (A). Probablement la Tay.
* Stirling, au N-O. d'Edimbourg.
9 Stemelinch, ville assez bonne, non fermée, marchande, assise sur
la rivière de Forth que l'on passe à le pont. (A).
10 Dumfries, sur le Nith.La mer du Ponent est la mer l'Irlande.
H Carlion (A). Carlisle, dans le Cumberland.
1431. ET AMBASSADES. 169
belle petite ville fermée et très beau chasteau et éveschiet,
où le roy Artus tenoit sa court et son hostel, comme on
dist.
Item, que de Carliel, vers la mer de ponent et de Hir-
lande jusques à Bervich, séant sur la mer d'orient et de
Flandres, a soixante milles de l'un à l'autre, et est la largeur
d'Angleterre à cest endroit. Passay par Lancastre \ gaste
ville, non fermée, et ung gros chastel assez bel, assis hault
et séant sur la rivière de Lun, à six milles près de la mer.
Et vient la marée jusques au port, et est duché. De là, à
Concquessant, une abbaye de chanonnes rieulez 2. De là,
montay sur mer le xxvii6 jour de may pour passer en Hir-
lande, et vins descendre à Dronda 3, ville fermée, à trois
lieues près de la mer sur la rivière de Bonen 4, et y a, de
Lancastre jusques à Dronda, de cent à six vingts milles.
De là, passay à Kennelich 5, ville très mal fermée, encore
au roy d'Angleterre, séant sur la frontière des Escos 6 sau-
vaiges, et y a une povre abbaye. De là, montay à Cavaen 7,
povre ville non fermée, et est au roy Auraly, qui demeure
en une meschante place et povre tour sur la ville. Passay
4 Lancaster, sur la Lune.
* Regulliers (A).
5 Drogheda, à 40 kilomètres au nord de Dublin.
* La Boyne, où fut livrée la bataille fameuse dans laquelle succom-
bèrent les jacobites. En Irlande, comme en Allemagne et en Pologne,
notre voyageur cherche surtout à rendre le son des noms géogra-
phiques.
5 Probablement Kells, sur le Blackwater.
6 Des Hyrons (A).
7 Cavan, chef-lieu du comté de ce nom.
VOY. ET AMB. 11
170 VOYAGES 1431.
à Coloniensy, très petit i villaige, et alasmes à piet parmy
la forest, pour ce que nulz chevaulx n'y peuvent passer,
pour les arbres abatus. De là, allay jusques à ung grant
lacq 2 où fault la seignourie du roy Auraly et y commence
la seignourie et païs du roy Magmir, et contient ledit lacq
de cincquante à soixante milles de long et a environ trente
milles de large. Et dist-on que en ce lacq y a bien cent 3 et
soixante isles, et va 4 ledit lacq chè'oir en la mer de noord-
west. Alasmes à ung villaige et isle nommé Roussaux-
moustier, et y sont les maisons toutes de cloies et est à un
ducq qui a bien quinse cens barques, nommé Macaniénus,
subgect au roy Magmir, lequel duc nous presta une chimbe
pour aler au trau Saint-Patrice, sur quoy nous montasmes
et naviasmes à rîmes 5 jusques à l'isle de Saint-Patrice. Pas-
sâmes par pluisieurs isles où nous descendismes pour disner
et dormir 6, desquelles je ne fay point de mencion pour la
povreté qui y est, trouvasmes anciennes esglisettes et povres
abbayes.
Item, depuis ce dit lacq jusques au lacq Saint-Patrice,
y a quatre milles par terre, laissâmes là nostre chimbe et
allasmes ces quatre milles à pies.
4 Petit (Ed. Serure).
2 II s'agit évidemment du lac Erne, partie supérieure. Le lac
Saint-Patrice, dont il est parlé plus bas, est la partie inférieure.
5 Trois cens (A).
* Notre manuscrit ainsi que l'édition Serrure porte : la ; le sens
impose la correction que je trouve dans le ms. A.
5 A resmes (A).
a Où il nous fallut descendre, dysner et dormire (A).
1431. ET AMBASSADES. 171
Item, passâmes jusques à l'isle du purgatoire Saint-Patrice,
où il y a demy mille, en une autre chimbe, et dist on qu'en
celui lacq a douse isles, dont en l'une est le cloistre et prioré
Saint-Patrice, et tout ce 1 ou païs du roi Magmir devant
nommé.
Mémoire que l'isle du purgatoire Saint-Patrice est lon-
gue sur quarrure et a deux cens dextres de tour, et y a
une chapelle 2 de Saint-Patrice et quatre ou cincq cahutes
de cloyes, couvertes d'estrain.
Item, est le lieu du purgatoire Saint-Patrice comme une
fenestreflamengue, fermée à bonne clef et d'un huis sengle3,
et est de haulteur à la terre de la chappelle, et siet noord
à quatre piez près du coing noord-ost d'icelle à la ligne
et juste volume dudit coing, et a ledit trau neuf piez de
long, en alant de ost à west, et après, retourne cincq piez
vers zuut-west et a en tout de quatorse à quinse piez de
long. Et est mâchonné de pierres noires, et a environ deux
piez de large et trois piez de hault escharsément. Et au
bout d'icelui trau, où je fus enfermé deux ou trois heures,
dist on que c'est une bouche d'enfer, mais Saint-Patrice
l'estouppa d'une pierre qu'il mist sus, qui encore y est.
Item, à douse milles près du purgatoire Saint-Patrice, y
a ung bon port de mer pour grosses nefz, vers noord-ost,
ou païs du roy Adrinlyoris 4, roys des Hirlandois sauvaiges,
4 Et tout c'est (A).
* Pauvre chappelle (A).
3 Fermée d'une huisse saingles fermée à la cleff (A).
* Adruilyoris (Ed. Serrure).
172 VOYAGES 1451,
et se nomme ce port Esroy l ou Losseroy. Dudit trau Saint-
Patrice retournay à Dronda, par le chemin dessusdit, tant
par mer comme par terre, que à piet, que à cheval, à
trente et six milles de là à Donnelun 2, ville fermée, très
bel chastel, quarré, fossé sans eaue, où on tient la justice
de l'eschequier de par le roy d'Angleterre, à quoy les Irlan-
dois resortissent. Et est la ville sur la rivière3. De là passay
à Cestre 4, par eaue, où il y a six vingt milles 5 de loing et
vient on de Donnelun par oost, droit aux terres de Galles, et
y ad une terre à l'autre soixante milles, et du commencement
de la terre de Galles jusques à Cestre, soixante milles, et
est la ville de Cestre fermée et très bonne, et y a chastel et
dongion très fort, assis sur la rivière de Drobastre 6 qui va
chëoir en la mer à six milles de Cestre, et départ laditte
rivière Angleterre et Galles. De là, à Lischfield 7, très bonne
petite ville non fermée, mais il y a une esglise cathédrale
très bien fermée de nuyt, et la plus belle petite esglise du
1 Asroe, tout à fait à l'embouchure de l'Erne, au dessous de la
ville actuelle de Ballyshannon.
* Dublin. — «A trente et six mille de la Dunoe, Donnelun » (Ed. ser-
rure). — Et y at quattre vingtz et saiez milles de là à Domelin (A).
5 Sur la rivière d'Emmelif (A).
* Chester,^au sud de Liverpool.
5 Notre ms. porte : six milles. Cette distance est évidemment fau-
tive et de nature à jeter beaucoup de confusion. L'auteur lui-même
compte 60 milles de Dublin au commencement de la terre de Galles,
c'est-à-dire au Carmel Head, et de ce point à Chester encore 60 milles.
Total 120 milles, au lieu de 6.
Cette note était rédigée lorsque le ms. A nous a fourni une version
conforme que j'ai adoptée.
e La Dee.
7 Lichfield, ville du Staffordshire.
1431-1435. ET AMBASSADES. 173
païs, du plus riche et assonny * ouvraige de pierre qui soit
en Angleterre, et est éveschiet. Passay par Conventré 2,
très bonne ville et marchande, par Daventie 3, par Don-
trixe 4, Saint-Albons 5, de là à Londres. Et de là alay
devers la roine Katherine qui estoit à trente milles de Lon-
dres, à une maison de plaisance et gros villaige nommé
Plassiet, où il y a ung parcq aux dains. De là revins à
Londres et à Douves le droit chemin.
Item, celui an, par le jour des rois, fus à une armée
avecq mon seigneur le duc de Bourgogne contre ceulz de
Cassel qui s'estoient rebellez, que monseigneur cuida com-
batre, mais ilz se rendirent.
L'an trente et trois, me envoya mon seigneur en amba-
xade, ouquel je fus ung an, avecq levesque de Nevers,
l'eslëu de Besenchon 6 et autres, devers le concile qui se
tint7 à Basle.
L'an trente et cincq, le vingtième jour de febvrier, partis
d'Arras après le parlement et la paix d'Arras, et m'en alay
à Saint- Jacques en Galice, par terre, pour acomplir le veu
* Assouvy (Ed. Serrure).
" Commentre (A). Conneztré (éd. Serrure). — Conventry, dans le
comté de Warwick.
3 Daventry dans le Northamptonshire.
4 Dunstrixe (A). Sans doute Dunstable, défiguré par les copistes.
5 Saint-Albans, au NNO de Londres.
• Besançon.
' Qui se tenoit, etc. (A).
174 voyages 1437-1446.
que j'avoye fait au trespas de ma femme. Et à mon retour
dudit voyaige, je vins devers mon seigneur le duc, qui estoit
au siège de Callaiz et le encontray en armes entre Saint-
Omer et Gravelinghes \
Lan trente et sept, moy estant à l'Escluse, le deuxième
jour de jullet, ceulx de Bruges mirent siège devant laditte
ville, où ilz furent dix huit jours.
L'an quarante et deux, fus en ambaxade de par 2 mon-
seigneur le duc, pour le fait de madame de Luxembourg,
avec le comte de Naxau 3, le chancelier de Brabant et l'ar-
chediacre de Tournay, devers l'empereur que nous trou-
vasmes à Francfort, et donna à disner, la nuit Saint-Lau-
rens, et nous fîst cest honneur qu'il nous fist seoir à sa
table, et dura notre ambaxade cincquante jours, et plai-
doyasmes devant l'empereur.
L'an quarante six, le pénultime jour d'aoust, me party
de Lille, pour acomplir le saint voyaige de Jhérusalem. Et
avecq ce, fus en ambaxade de par 4 monseigneur le duc,
devers le roy d'Aragon 5. Passay parmy Bourgongne, par
Savoye, par Melan 6, par Ferrare, par Venise, par Saine 7
4 Entre Saint-Omer et Gra vélines.
* De la part (A)
5 Nassau.
* Eûvoyé par (A).
' La roi d'Arragon qui tenoit les champs (A),
* Milan.
7 Siene (A). — Sienne, en Toscane.
1446. ET A ASSADES, 175
la vielle, par Boulongne la crasse, par Romme. Et arrivay
à Naples, oùjetrouvay le filz naturel du roy d'Arragon
qui me festia et me donna ung très beau disner. De là,
m'en alay devers le roy d'Arragon qui tenoit les champs
et le trouvay à ung villaige Presensano 1 auquel je fis mon
ambaxade comme j'avoye de charge, et me donna, au par-
tir, ung drap d'or bleu et à mon filz ung velours et à moy
aussy 2. Et de là retournay à Naples, où je montay sur mer
le quatrième jour de décembre, sur une nef de Gênenois 3,
arrivay à Messine, en l'isle de Secille, au dixième jour, et
y a trois cens milles. Passay devant l'isle de Stranglo 4,
qui pour lors jettoit grant flamme de la haulteur de deux
lances ou environ ; passay par devant l'isle de Brocquant 5,
qui tousjours fume. De là arrivay à Modon 6, où il y a cincq
cens milles ; partis de Modon par fortune de vent et arrivay
à ung port au bout de l'isle de Candie, devers ponent,
nommé Crabourch 7, où il y a deux cens milles. De là
encores par fortune de vent arrivay au port et chastel
Destia 8, à l'autre bout de l'isle de Candie devers levant où
il y a deux cens milles.
1 Ce nom, laissé en blanc dans notre ms., nous est fourni par le
ms. A.
* Au lieu de : et à moi aussy, le ms. A dit : cramoisy .
5 De Génois.
* Stromboli, au nord de la Sicile.
5 L'île de Vulcano, dans les Lipari.
6 Modoni, à l'angle SO du Péloponèse.
Erabouche (A). Grabusa, île et port.
* Sitia. Ces noms sont fort défigurés. Il résulte de ces indications
que De Lannoy a passé le long de la côte septentrionale de Candie.
176 VOYAGES 1446.
Item, partis ' de là, arrivay à Rodes pour aler enChippre,
mais fortune de vent nous mena en la Turquie à ung port
nommé Malfata 2, où fusmes dix jours. De là, arrivâmes au
bout de huit jours à Famagouste 3, en l'isle de Cyppre, où il
y a sept cent milles. — Item, de Famagouste alay par terre
à Nicosye 4, devers le roi de Cyppre, où il y a douse lieues.
— Item y de Nicosye à Cherismes 5 ville et chasteau, est à six
lieues. — Item, de Chérisme6 montay sur une gripperie et arri-
vay à Baffe7 en deux jours et y a deux cens milles ; de là arrivay
en quatre jours au port de Jaffe 8, en Surie, où il y a trois
cens milles. De là montay sus asnes et alay jusques à une
ville non fermée nommée Rames 9. — Item, de là, arrivay
par terre en Jhérusalem où il y a trente milles, où je fiz
les pèlerinaiges acoustumez aux pèlerins. Et puis, revins
monter à Jaffe, repassay par Cyppre et par fortune de vent
arrivay à ung port nommé Cacquau10, jadis ville fondue llen
abisme. Là, passay par devant le chasteau rouge, et par
« Party (A).
* Je ne trouve pas de port de ce nom dans ces parages. Malfata
signifiant « mauvaise fortune », l'auteur aurait-il pris pour le nom
du lieu un surnom appliqué à ce port, par les marins battus de la
tempête ?
5 Famagusta, sur la côte est de l'île de Chypre.
* Nicosia, pour les Turcs Levkosieh.
B Cheresmes.
8 Les 15 mots qui précèdent manquent à notre ms. Je les emprunte
au ms. A.
7 Baffa, petit port sur la côte méridionale de l'île de Chypre.
8 Jafa.
8 Rameh, entre Jafa et Jérusalem. Il en a été parlé précédemment.
10 Sur la côte de l'Asie Mineure, vis-à-vis de la pointe orientale de
l'île de Chypre.
11 Fondrée(A).
1446. ET AMBASSADES. 177
fortune de vent arrivay au chaste! et bourch de Lindo \
au bout de l'isle de Roddes 2, et de là, retournay à Roddes.
De Roddes, montay sur une nave de Catelans et arrivay
à Thoron 3, où je montay sur une petite gripperie et revins
à Modon 4. De là, montay sur une nave de Venissiens pour
aler à Tourson 5, mais fortune de vent nous mena en l'isle
de Chifelonie 6, et y a deux cens milles. Partis de là,
arrivay, encore par fortune de vent, en l'isle de Pacachou 7
et y a cent et cincquante milles. De là à Tourson 8 et puis
à Parence 9, où il y a six cens et vingt milles. Là, montay
sur une gripperie, passay par devant Chitanone, par devant
la Candisterie, parmy le gouffre de Triest et arrivay à
Fryol l0, à une petite riviérette d'eau doulce, où je arrivay
à deux lieues près de Montflascon " qui est terre ferme.
De là, à Cividal 12 par terre, où je achetay des chevaux et
vins au long du païs de Friol jusques aux Allemaignes. Et
* Lindo, sur la côte orientale de l'île de Rhodes, porte encore ce
nom. »
* A partir d'ici jusqu'à la note 5, le ms. A. omet une phrase et
s'exprime ainsi : De Roddes, montay sur une nève de Venissiens pour
aler à Courfou.
* Santorin, l'ancienne Théra.
* Modoni, voir plus haut, p. 175, note 6.
5 Durazzo, en Albanie. — Courfue (A).
6 Cathephelonie (A). — Céphalonie.
' L'île de Paxo, au sud de Corfou.
* Corfou (A).
9 Parenzo, en Istrie.
10 Le Frioul.
14 Monfalcone, au N-0 de Trieste.
" Cividale. C'est un bourg de Vénétie à l'entrée des montagnes..
De Lannoy a passé les Alpes par le col de Tarvis.
178 VOYAGES ET AMBASSADES. 1450.
passay les mons à Nazareth, au païs du duc Sigismond
d'Osterice, passay par Memingue l, par Olme qui est sur
la Dunoe 2, par Spierre sur le Rin 3, par Mayence, etc.
Coulongne 4 et par Brabant.
Item y Tan cincquante, qui fut l'an de la jubilée, je fus aux
grans pardons àRomme, etc.
Cy finent les voyaiges que fist Messire Guillebert
de lannoy 5, en son temps seigneur de santes,
de wlllerval, de tronchiennes, de
Beaumont ET DE Wahégnies.
* Memmingen, à l'OSO de Munich.
2 Ulm, sur le Danube.
s Spire (en allemand Speyer) sur le Rhin.
4 Cologne.
5 Serrure ajoute ici de son chef : « Chevalier de la toison d'or. »
Ces mots se trouvent dans le ms. A.
riNÉRAIRES DE GUILLEBERT DE l.ÂNNOY
S)
vie
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ÉPHÊMERIDES
DE
GHILLEBERT DE LANNOY
ANALYSE DE SA VIE
b'après les
VOYAGES ET AMBASSADES,
APPUYÉE ET COMPLÉTÉE
PAR DES DOCUMENTS AUTHENTIQUES
ÉPHÉMÉRIDES.
1386.
Naissance de Ghillebert. — Son aïeul s'appelait Hugues, il
mourut en 1349 en laissant deux fils :
I. L'aîné : Hugues. Son premier fils, Jean, épousa une de Croj
et eut pour aîné Jean de Lannoj qui fut chevalier de la Toison
d'or, gouverneur de Lille, Douai et Orchies, ambasssadeur en
Angleterre et gouverneur de Hollande et de Zélande (1454),
et qui mourut en 1497. Jean est l'auteur d'une lettre à son fils.
Hugues eut pour second fils Anthoine, dont le fils aîné,
Jean, mort en 1498, donna à cette maison Charles de Lannoj,
chevalier de la toison d'or (1510), vice-roi de Naples (1522),
créé prince par Charles-Quint. C'est le vainqueur de Pavie.
II. Le cadet : Guillebert *, auteur de la branche des Lan-
' Le cartulaire des fiefs de Roubaix, renouvelé en 1389, mentionne
ce Guillebert pour le fief du Parc. (Saint-Génois, monuments anciens.)
182 ÉPHÉMÉRIDES.
noy de Santés. 11 eut cinq enfants :
1° Hugues, 1384-1456. Chevalier et chambellan de Jean
sans peur, 1405-1419, conseiller et chambellan de Philippe le
Bon, gouverneur de Lille (1415) grand maître des arbalétriers
de France (1421), capitaine de Compiègne (1422), chevalier de
la Toison d'or (1429), gouverneur de Hollande et de Zélande ;
•plusieurs fois ambassadeur du duc à Rome, en France et en
Angleterre, mort en 1456, le 1er mai.
C'est un des plus grands diplomates de son temps.
2° Ghillebert. C'est notre écrivain.
3° Bauduin le bègue, aussi chevalier de la Toison d'or, gou-
verneur de Lille (1432), mort en 1479.
4° Jean dit Percheval.
5° Agnès.
Ghillebert naquit en 1386. Il eut trois femmes :
1° Léonore d'Esquiennes, veuve de Jean, seigneur de Mon-
tigny, en Ostrovant, morte sans postérité.
2° Marie (ou Jeanne) de Ghistelles, fille de Jean de Ghis-
telles, seigneur de Dutzeele, qui lui donna deux fils : Philippe,
seigneur de Villerval dont le fils Philippe fut chevalier de la
Toison d'or, conseiller de Charles le Quint et gouverneur de
Tournay, mort en 1535, — et Jaques, mort sans postérité.
3° Isabeau de Drinkam, fille de Jean seigneur de Drinkam
qui lui donna : Pierre de Lannoy, seigneur du Fresnay ', bailly
d'Alost, chevalier de la Toison d'or, mort en 1496. — N. De
Lannoy, abbé de Saint-Bertin, — et Marguerite épouse Mont-
cavrel.
1 Ghillebert tenait le fief du Fresnoy en 1455 : « Messire Guillebert
de Lannoy, chevalier, seigneur de "WiUerval » tient le « fief et terre
du Frasnoit gisant en la paroisse de Willem ». (Dénombrement de
Cysoing , du 1er décembre 1455. Reg. aux dénombrements des
fiefs de Lille, 1447-1457, ancien L 106 ; f° iiij" xiij v». — {Archives
départ, à Lille, chambre des comptes .)
ÉPHÉMÉRIDES. 185
Ghillebert portait d'argent à trois lions de sinople , armés,
lampassés de gueules, couronnés d'or, deux et un brisé de
bordure de gueules, lambel à trois pendants d'azur » (Lelewel).
Sa devise qu'on trouve au bas de plusieurs actes était :
VOSTRE PLAISIR.
1399,
Premier fait d'armes. Ghillebert accompagne le comte de
Saint-Pol dans son expédition dans l'île de Wight, au secours
du roi Richard" d'Angleterre contre la révolution soulevée
par Henri de Lancastre (Henri JV) (Voyages, p. 9).
1400.
Expédition contre le château de Watigny. Le sire de Jeu-
mont attaque le seigneur de Lort ; Ghillebert y va « pour
cause de lignage » à l'appel de son parent le vieux seigneur
de Jeumont (p. 10).
1401 (date rectifiée).
Descente en Angleterre. Emile Gachet a rectifié la date de
1400 donnée par Ghillebert. Descente du comte de la Marche
(depuis, roi de Naples) en Angleterre, de Harfleur à Fal-
mouth. Incendie de Falmouth. Naufrage au retour vers Saint-
vMalo(p. 10).
1403-1404 (dates rectifiées).
Premier pèlerinage a Jérusalem. Ce voyage dura deux ans.
De Gênes en Sicile et à Jérusalem ; puis, de Jérusalem à
Constantinople , en Turquie , à Gallipoli , à Chypre , au
Kaire, à Babylone, en Assyrie, à Rhodes, en Sicile, et en
Provence (p. 11).
184 ÉPHÉMÉRIDES.
1403 (rectifié).
Tournoi a Valence. Ghillebert y va avec le sénéchal du
Hainaut, Jean de Werchin, Tanneguy du chastel, etc. (p. 13).
1407 (rectifié).
Expédition d'Espagne contre les Maures. Sous l'Infant Don
Ferrand de Castille. Ghillebert se met sous la bannière du
comte de la Marche. Prise de plusieurs places dans la pro-
vince de Grenade. Trêve de huit mois (p. 13).
« Si nous consultons les chroniques espagnoles sur les faits
de cette campagne contre les Mores, nous aurons encore une
date à changer ici. Ce n'est pas en juillet 1405, mais en juillet
1407 que Guillebert doit avoir rejoint l'armée de l'infant de
Castille. Voici, au reste, pour le prouver quelle fut la marche
des événements historiques : Le 5 janvier 1407, Jean II suc-
céda à son père Henri III, roi de Castille, avec la régence de
son oncle, l'infant don Fernand. Ce dernier résolut aussitôt de
faire aux Mores une guerre vigoureuse et partit de Ségovie, le
13 avril 1407, pour aller prendre le commandement de l'ar-
mée. Le 20 juillet, le comte de La Marche arrivait à Séville,
afin de partager les périls de cette campagne. Bientôt Pruna
fut surprise par les chrétiens ; les Mores firent le siège de
Baeza le 17 août ; le 26 septembre les chrétiens attaquèrent
Zara, et le 3 octobre enfin, eut lieu le fameux siège de Setenil,
qui occupe une grande place dans les chroniques d'Andalousie.
Nous n'avons pas besoin d'entrer dans plus de détails sur les
vicissitudes de cette guerre, cela démontre assez que la date
de Guillebert de Lannoy doit être changée. Ce qui le prouve-
rait mieux encore, c'est qu'il ajoute qu'au rompement de V ar-
mée, après avoir prins congié de Vinfant de Castille, lequel
donna à son campagnon et à luy, à chascun ung cheval et une
ÉPHÉMÉRIDES. 185
nule, il alla vers le roy de Portugal qui le recenttla grande-
ment et paya tous ses despens parmy son royaume. Ce rompe-
ment de Varmée , c'est tout simplement la trêve de huit mois
accordée au roi de Grenade, en janvier 1408.
1408.
Retour d'Espagne. Par Saint-Jacques et la France. Ghille-
bert assiste à Paris à l'assemblée où maître Jean Petit fît
l'apologie du meurtre du duc d'Orléans, 8 mars 1408 (p. 14).
1408 (rectifié).
Expédition de Liège, du comte de Hainaut (Guillaume IV),
en faveur de son frère Jean de Bavière, évêque de Liège,
contre les communes révoltées. Sièges de Fosses, de FJorinnes
etc. Ghillebert est blessé (p. 12).
Bataille d'Othée. 23 septembre 1408. Jean sans Peur ayant
rejoint Guillaume IV, leur armée détruit les milices com-
munales (p. 13). Messire Hue de Lannoy et deux de ses
frères assistaient à cette bataille, au dire de Lefebvre de
Saint-Remy (p. 13).
1410 (rectifié).
Seconde expédition en Espagne. Rupture de la trêve avec
le roi de Grenade. Départ de l'Ecluse sur la flotte d'Espagne.
Naufrage. Ghillebert échappe à la tempête et à deux vais-
seaux anglais qui menacent sa « petite nef » de sauvetage.
Il est rejeté à Harfleur, traverse la France et rejoint par
terre l'armée de l'infant de Castille. Siège d'Antequera.
Bataille devant la ville. Siège d'Archidona et levée de ce
siège. Siège de Ronda, Ghillebert y est blessé. Course con-
tre Malaga (p. 15-17).
VOV. ET AMBAS. 12
186 ÉPHÉMÉKIDËS.
1411 (rectifié).
Voyage en Espagne. Trêve. Gliillebert en profite pour visiter
Grenade, Alcala, etc. — - Retour en France par Séville et
l' Aragon (p. 17).
1412 (rectifié).
Guerre des Armagnacs. Gliillebert rentré à Paris devient
échanson de Jean sans Peur. Il prend part aussitôt à la
guerre contre les Armagnacs, dans la Guienne, le Poitou et
le Limousin (p. 18).
Siège de Bourges. En s'y rendant, Gliillebert est blessé devant
Limeux, dans une escarmouche (p. 19).
1413 (rectifié).
Voyage en Prusse. Croisade en Lithuanie. Après les Maures,
Gliillebert va combattre les « mécréans » de Lithuanie. Les
chevaliers Teutoniques attaquaient la Lithuanie et la Pologne,
sous prétexte de religion, car le peuple était resté attaché
au culte de ses ancêtres.
Lelewel a donné l'itinéraire de ce voyage, étape par étape,
du mois de mars 1413, départ de l'Ecluse, au 7 avril 1414 où
Ghillebert fête la Pâques chez le roi Jagellon, et d'où il partit
pour rentrer en Belgique par Breslau, Prague, l'Autriche et
l'Allemagne (p. 20-49).
C'est pendant ce voyage qu'il fut fait chevalier, en août 1413.
ÉPHÉMÉRIDES. 187
1414 (rectifié).
Voyage en Angleterre. Grotte de Saint-Patrice. Ghillebert
est retenu prisonnier, ce qui l'empêche, dit-il, d'assister
au siège d'Arras (septembre 1414) (p. 49).
Le duc prit une part de sa rançon, comme on le voit par
le compte qui suit : « Paiement de 3000 frs. àGuillebin de Lan-
noy chevalier, par lettres du duc en date du 18 octobre 1414,
àcause de ses bons services et pour lui aidier à paier sa rançon. »
{Archives de Lille. Recette générale, compte de Pierre Macé,
1414-1415).
1415.
Bataille d'Azincourt. Il y est blessé, fait prisonnier, mené
en Angleterre, puis relâché moyennent 1200 écus d'or de
rançon (p. 49).
1416.
Le château de l'Écluse. Ghillebert est nommé par Jean sans
Peur capitaine du château de l'Ecluse, où il régna 30 ans,
dit-il (p. 50).
Les documents conservés dans les archives des ducs de Bour-
gogne viennent à l'appui des assertions de l'auteur.
D'une convention entre Jean sans Peur et l'un des prédéces-
seurs de Ghillebert, il résulte que le sire de Waregnies s'en-
gage à tenir le château de l'Ecluse à ses frais et dépens, à y
entretenir continuellement 40 hommes d'armes, 40 arbalétriers
et 40 hommes de pied,, moyennant une somme annuelle de
8000 frs d'or. (Acte du 17 mars 1396, bibliothèque nationale
de France, fonds de Bourgogne, tome 72, p. 316.)
188 ÉPHÉMÉRIDES.
Voici les conditions faites à Ghillebert :
?" « A messire Guillebert de Lannoy, chevalier, conseillier et cham-
bellan de monseigneur le conte de Charroloiz, son filz, lequel mon-
dit seigneur, aïant en grant mémoire les très-notables, agréables et
loyaulx services que ledit messire Guillebert a faiz à lui et sondit
filz tant en ses guerres comme autrement, en plusieurs et diverses
manières, fait chacun jour incessanment, et espoire que face ou temps
avenir, et pour certaines autres raisonnables causes à ce le mouvans,
confians à plain de ses grans sens, preudommie et bonne diligence,
icellui a retenu, fait, commiz, ordonné et establi en l'office de capi-
taine de son chastel de L'Escluse, lors vacquant par le trespas de feu
le seigneur du Bois derrenier possesseur d'icellui, pour le avoir, tenir,
exercer et gouverner bien et deuement, à tele charge et nombre de
gens d'armes, de trait et de picquenars, et en recevoir les monstres
et reveues, tout en la forme et manière que avoit accoustumé de faire
ledit feu seigneur du Bois, et y tenir et avoir en son vivant selon sa
première retenue, et y faire toutes autres et singulières choses qui
audit office appartiennent et que bon et loyal capitaine doit faire de
raison, tant comme il plaira à mondit seigneur, aux gaiges ancienne-
ment accoustumez et aux autres droiz, prouffiz et émolumens y appar-
tenans et telz que ses prédécesseurs, capitaines dudit chastel, ont
prins et parceuz ou tamps passé, et mesmement ledit feu seigneur
du Bois, par la manière dessusdite, ainsi que de toutes les choses
dessusdites et autres pluseurs peut plus à plain apparoir par lesdites
lettres, dont vidimus est cy rendue à court. Et est assavoir que ledit
feu seigneur du Bois, comme capitaine dudit chastel, souloit avoir
et prendre annuelment, de mondit seigneur, gaiges qui estoient de
cinq mil trois cens francs monnoye royal par an, moyennant lesqeulx
gaiges il estoit tenu de avoir et tenir continuelment, oudit chastel,
pour la garde, garnison, seurté et défence d'icellui, XXV hommes
d'armes, sa personne et le chastelain dudit chastel comprins en icel-
lui nombre ; item, XXX arbalestriers, en ce comprins deux prestres,
deux canonniers et six portiers ; et XXV hommes de pié appeliez
picquenars, bons et souffisans, ausquelx gens d'armes, arbalestriers
et picquenars, ledit capitaine devoit payer leurs gaiges en la manière
qu'il seroit d'accort avec eulx , telement que mondit seigneur n'en
EPHEMERIDES.
189
eust aucunes plaintes ou poursuites d'eulx. Et lesquelx gens d'armes,
arbalestriers et picquenars, ledit feu seigneur du Bois et aussi ses
prédécesseurs capitaines, souloient et ont esté acoustumez de païer
et baillier gaiges telz et en manière qui s'ensuit, c'est assavoir : à
chacun homme d'arme VI frans pour mois ; à chacun arbalestrier
IIII fr. pour mois ; et à chacun picquenare III fr. par mois, ainsi que
ce puet assez apparoir par les monstres et reveues de et sur ce faites
rendues sur les comptes précédens ; montent les gaiges dessusdiz
tous ensemble, pour an, au pris que dit est, à la somme de quatre
mille cent quarante frans ; ainsi appert qu'il demouroit de net pour
le capitaine, en ce comprins ses gaiges d'un homme d'armes, sanz
ses pratiques et émolumens en ce cas observez et gardez, douze cens
trente deux frans ; lequel nombre de gens d'armes, arbalestriers et
picquenars, mondit seigneur, depuis la date de ses dites lettres, pour
certaines causes qui a ce l'ont meu, a, par aucuns de ses gens, fait
diminuer et modérer jusque» à son plaisir, voulenté ou rappel, jà soit
ce que il n'en ait baillié aucunes lettres patentes ne closes sur ce,
au nombre de cinquante personnes, non comprins en ce la personne
dudit messire Guillebert, capitaine, lesquelx auront gaiges selon que
cy dessus est expressé ' et dont la déclaration s'ensuit : Premiers,
XII hommes d'armes chacun à VI fr. par mois ; item, XXVI arbales-
triers, en ce comprins II prestres, deux canonniers et six portiers,
chacun à IIII frans pour mois, et XII picquenares à III fr. chacun
pour mois ; du priz de XXXVI groz viez pièce, c'est tout, l'un parmi
l'autre, pour an, IImVcXLIIII franz, sanz, en ladicte ordonnance, de
rien comprendre ne diminuer lesdis gaiges d'icellui capitaine, qui
montent à XIICXXXII frans comme dit est ; somme ensemble que
à ce compte lesdis gaiges montent présentement tout ensemble :
IIImVIIc LXXVI frans. Pour ce cy, audit capitaine, sur lesdis gaiges
de lui et lesdis souldoyers, ses compaignons, des mois de décembre
et janvier l'an mil quatre cens et seize, par mandement de monsei-
gneur et quictance dudit capitaine à ce servant, la somme de six cens
escuz de XXX gros pièce, assavoir : à icellui capitaine IICXLII fr.
4 « Les lettres de monseigneur contiennent qu'il doit baillier sa let-
tre de l'artillerie et autres garnisons estans oudit chastel, laquelle
chose il a faicte, et en est l'inventaire en la chambre. » Note marginale*
190 ÉPHÉMÉRIDES.
XII s. parisis, de XXXVI gros * le franc , et ausdiz soldoyers
IIIPXXIIII frans à icellui priz, qui valent, monnoie de ce présent
compte, IXc 1.
« A lui, sur samblable et les mois de février et mars l'an mil
quatre cens et seize dessusdite Ve escus de XXX groz pièce, assa-
voir : audit capitaine CXXXI fr. X s. par., de XXXVI groz viez le
franc, et ausdis sauldoyers IIIPXXIIII fr. audit pris, valent, monnoye
de ce temps, par quictance dudit capitaine, avec monstres et reveues
de Godefroy le Sauvaige, bailli de l'eaue, à ce commiz par monsei-
gneur, VIIcL 1.
« A lui, pour samblable et les gaiges de lui et sesdiz compaignons
sauldoyers oudit chastel, desserviz es mois de décembre, janvier,
février et mars CCCC et dix sept, avril et may quatre cens et dix
huit, par vertu d'un mandement patent de monseigneur sur ce fait
et donné à Troyes le Ve jour d'avril l'an mil quatre cens et dix huit.
Pour ce cy, par vertu d'icellui et d'un autre, adréçant à messires
des Comptes à Lille, qu'ilz ont devers eulx, avecques quictance dudit
capitaine cy-rendue , la somme de XVIIICLII fr. de XXXIII groz
vielz pièce, valent IImIIcIIIIxxXI 1. XVII s. » {Archives de Lille,
Compte de Barthelemi Le Vooght, 1416-1418, fol. 32.)
Par lettres du 19 septembre 1419, insérées au 7° registre
des Chartes, fol. 86, archives de Lille, Philippe le Bon confirme
Ghillebert dans son office de capitaine du château de l'Écluse, le
pouvoir qu'il en avait reçu du duc Jean sans Peur étant expiré
par suite de la mort de ce prince, et ce en considération du
« bon et grant devoir que nostredit chevalier a fait en la garde
« de nostredit chastel et les grans et notables services qu'il a
« fais longuement et loyalment à feu nostredit seigneur et père
« et à nous. »
Par d'autres lettres, du 19 juin 1419, confirmées par Philippe
le Bon le 5 décembre de la même année et insérées au même
registre, fol. 86 v°, le duc Jean sans Peur avait affecté spé-
cialement certaines parties de ses domaines au paiement des
* « Soit fait leur compte à XXXIII groz le franc seulement, car à ce
pris leur doit estre paie, et non audit pris de XXXVI groz. » Note
ÉFHÉMÉIUDES. 191
gages de Ghillebert , capitaine du château de l'Ecluse, et
de ses soldats.
Les gages du capitaine du château de l'Écluse et de ses
« soldoyers » ayant été assignés sur la Recette Générale de
Flandre, on trouve, dans le premier compte de Barthélemi Le
Vooght, titulaire de cette recette, courant du 26 novembre
1416 au 24 juin 1418, au fol. 82, un passage relatif au paie-
ment fait à Guilbert de Lannoy pour ses gages et ceux de ses
hommes d'armes. De ce passage, il résulte que Guilbert est
entré en fonctions en décembre 1416, en remplacement de
Jean du Bois, seigneur d'Annequin et de Vermelles.
Une lacune qui existe dans la série des Comptes de la Recette
Générale de Flandre, entre le 25 juin 1443 et le 31 décembre
1449, ne permet pas de préciser l'époque à laquelle Ghillebert
fut remplacé par le seigneur de Ternant. Le compte de
1442-1443 mentionne encore l'allocation payée au seigneur
de Lannoy ; le compte de 1450 porte cette allocation comme
ayant été payée à Simon de Lalaing remplissant, par intérim
et du consentement du duc, les fonctions de capitaine du châ-
teau de l'Écluse « durant l'empeschement de monseigneur de
Ternant. »
1416.
L'office des divines provisions. Ghillebert était déjà conseiller
et chambellan du fils de Jean sans Peur, le futur Philippe le
Bon, alors gouverneur des états du Nord pour son père. Phi-
lippe, comte de Charolais, lui donne alors l'office des divines
provisions, c'est-à-dire l'administration des affaires spiri-
tuelles de sa maison. [Voyages, p. 50.)
1417-1419.
Guerre en France. Ghillebert dit simplement qu'il ne quitta
plus le comte à partir de ce moment jusqu'à l'assassinat du
duc, de 1416 à 1419 (p. 50).
192 ÉPHÉMÉRIDES.
Son livre ne mentionne rien pendant ces trois années. Ghil-
lebert n'a voulu y raconter que ses voyages et ambassades, et
nous y trouverons bien des lacunes pareilles. Celle-ci fut rem-
plie surtout par l'expédition des Bourguignons contre les Arma-
gnacs, en France et devant Paris : « Toutefois, dit Monstrelet,
le ditduc de Bourgogne, entre Pontoise et Meulan, fit mettre
tous ses gens en bataille pour les voir tous à une fois en ordon-
nance, comme s'ils eussent été en présence de leurs ennemis...
Il y avoit un grant nombre de gens.... desquels à savoir des
principaux qui avoient charge de gens les noms s'ensuivent :...
« Messire Hue de Lannoy et son frère messire Guillebert. »
{Chronique. Êdit. Buchon, I, ch. 184, p. 416. — Idem, fol.
108bis du ms. de Paris, fonds français N° 1278.)
Ghillebert dit qu'il fut continuellement avec le comte Phi-
lippe. Faut-il en inférer qu'il l'accompagna en Hollande lors-
qu'il y alla, en 1417, pour apaiser le discord entre Jaqueline
de Bavière et son oncle l'évéque de Liège ? (Monstrelet, Ib.
p. 426.)
Était-il aussi à l'assemblée d'Arras et au parlement d'Amiens
où Philippe recruta des adhésions en faveur de la politique de
son père et de la reine contre les Armagnacs ? On doit le sup-
poser.
1419.
Ambassade en Angleterre. Pacte de Troyes. Vengeance
de Jean sans Peur. « Nous voici enfin, dit Em. Gachet, à la
vie politique de Guillebert de Lannoy. Le batailleur s'ef-
facera un peu et modérera sa fougue pour faire place à
l'homme sage et prudent. Le conseiller du duc Philippe va
se trouver investi de la plirs haute confiance. »
Gachet suppose que c'est malgré lui que Ghillebert alla négo-
cier Vinfâme pacte de Troyes. C'est mal comprendre l'esprit de
l'époque et d'une cour qui s'associait à la vengeance du meur-
tre de Montereau.
ÉPHÉMÉRIDES. 195
Ambassade auprès du roi d'Angleterre avec l'évêque d'Arras
« qui pour lors estoit à Mantes » pour préparer, l'alliance
anglaise (Voyages, p. 51).
Rymer a publié concernant ces négociations plusieurs actes
où Ghillebert paraît. En voici le sommaire :
1° Lille , Ier oct. 1419. Instructions et commissions aux
ambassadeurs du duc, l'évêque d'Arras, Guillebert de Lannoy,
etc. etc. (Texte latin inséré dans le n° 7 qui suit).
2° Mantes, 9 octobre 1419. Sauf-conduit en latin donné par
le roi d'Angleterre aux susdits ambassadeurs. (Acôa Publica
t. IX, p. 803.)
3° Mantes, 19 novembre 1419. Autre sauf-conduit, en latin,
à huit autres ambassadeurs , y compris Ghillebert (t. XI ,
p. 811).
4° Arras , 7 décembre 1419. Pleins pouvoirs de traiter
donnés à ces huit ambassadeurs, y compris Guillebin (sic) de
Lannoy (texte français inséré dans le n° 6 suivant (t. IX,
821 et suiv.).
5° Arras, 7 décembre 1419. Pleins pouvoirs semblables repro-
duits dans le n° 7 suivant. De Lannoy y est nommé Guillelme
(t. IX, 828 et s.).
6° Rouen, 25 décembre 1419. Trêve générale entre la France
et V Angleterre. Ghillebert y représente le duc avec l'évêque
d'Arras, etc. etc. (t. IX, p. 818-825).
7° Rouen, 25 décembre 1419. Instrument du dit traité. Ghil-
lebert y intervient (t. IX, p. 827 et s.).
1419.
Parlement de Flandre. Avant d'aller à cette ambassade,
Ghillebert avait assisté au parlement de Flandre (novembre
1419). Chastellain le dit (t. I, p. 84), et l'avis émis par
Ghillebert a été conservé, signé de sa main. L'éditeur de
194 ÉPHÉMÉRIDES.
Chastellain l'a publié. J'en donnerai le texte exact : on y voit
une première signature autographe de Ghillebert.
Voir aux annexes, la pièce N° 1.
1420.
Mariage du roi d'Angleterre. Le 2 juin, Ghillebert assiste au
mariage du roi d'Angleterre et de Catherine de France.
Chastellain met dans l'escorte de Philippe le Bon : « Mes-
sireHue de Lannoj et son Jlls messire Guillebert. » C'est son
frère qu'il faut lire.
1420.
Procuration des filles du duc Jean. Par acte signé du 14 et
du 16 janvier 1420, la veuve et les trois filles de Jean sans
Peur, constituent procureurs à l'effet de poursuivre les
meurtriers du duc, un certain nombre de conseillers de Bour-
gogne, parmi lesquels : Guillevin de Lannoy. (Bibl. Nat. de
France, fonds de Bourg, t. 95, p. 555-563.)
1421
Siège de Montereau, Philippe le Bon y reprend le corps de
son père. Siège de Melun (Voyages, p. 51).
C'est à cette expédition que se rapporte le compte que
voici :
« A messire Guillebin de Lannoy, chevalier, conseiller et cham-
bellan de mondit seigneur, et plusieurs autres cy après nommés, la
somme de 1900 frs, monnoie royal, que monseigneur lui a donné pour
les causes et en la manière cy après déclarée. C'est assavoir audit
messire Guillebin de Lannoy que mondit seigneur lui a donné tant
ÉPHÉMÉRIDES. 195
pour considération des bons, notables et agréables services qu'il lui
a fais en armes et autrement depuis son derrier département de son
pays de Flandres comme pour et en récompensation de pluseurs
chevaulx qu'il a eus perdus durant ledit temps au service de mondit
seigneur et afin qu'il eust mieulx de quoy retourner honnourablement
oudit pays de Flandres : M francs. » (Archives de Dijon ; comptes de
GuiGuilbaut, an. 1420-21, B. 1612, fol. 98.)
Le double de cette pièce se trouve aux archives de Lille,
comptes de Gui Guilbaut 1420-1421, fol. 117 v°.
1421-1423.
Voyage et ambassade en Orient. A la requeste du roi d'Angle-
terre et du duc de Bourgogne , Ghillebert entreprend le
voyage de Syrie et de Jérusalem, (p. 51 et suivantes).
Il résulte du texte de Ghillebert que le duc de Bourgogne fut
« le principal esmouveur » de cette reconnaissance militaire,
entreprise par de Lannoy pour préparer une nouvelle croi-
sade ; que le roi d'Angleterre se joignit au duc pour donner au
voyageur des pouvoirs et des instructions diplomatiques, ainsi
que des recommandations, avec de riches présents, pour les
divers souverains qu'il devait visiter, et enfin les moyens
pécuniaires, nécessaires à ce difficile voyage. L'exploration ter-
minée, Ghillebert présenta son rapport aux deux souverains :
« Le roi Henry en ot ung par copie et monseigneur le duc
de Bourgogne un autre. » Avant et après son voyage, il reçut
plusieurs sommes de Philippe et il dit lui-même qu'à son
retour le jeune roi, qui avait succédé à son père, « me donna
trois cens nobles et paya tous mes despens. » Toutes mes
dépenses ne peut avoir ici d'autre signification que : tout ce
que j'ai dépensé pour son compte.
La part du duc payée au départ et au retour résulta des docu-
ments suivants :
196 ÉPHÉMÉR1DES.
Gand, 1421. « A mes&ire Guilbert de Lannoy, chevalier, conseil-
lier et chambellan de monseigneur le duc, la somme de cinq cens
escus d'or du pris de XLII gros, nouvelle monnoye de Flandres,
l'escu, que tant pour et en récompensation de la perte et dommage
que lors en lui en venant de Paris avec mondit seigneur et en son
service il fîst d'avoir esté destroussé des ennemis et adversaires du
roy nostre sire et les siens, comme pour lui aidier à supporter les
grans frais, missions et despens qu'il lui fauldroit faire et soustenir
ou voïage que adont il estoit délibéré et conclud de faire en Jhérusa-
lem, mondit seigneur lui a donné pour une fois, de sa grâce espécial,
li comme il appert par son mandement sur ce fait, donné à Gand
se VIIIe jour de mars l'an M.CCCC.XX ; garni de quittance dudit
messire Guilbert d'icelle somme, tout cy-rendu ; pour ce Ve escus
d'or de XLII gros. » (Archives de Lille, comptes de Gui Guilbaut, rece-
veur général des finances, depuis le 3 octobre 1420 jusqu'au 2 octo-
bre 1421, fol. 117 v°, chapitre des « Dons et récompensations. »
Le double de cet acte se trouve aux archives de Dijon.
(Comptes du même, même année, B. 1612, fol. 128 v°.)
Le compte de Gui Guilbaut pour 1423-1424 portait le paie-
ment d'une somme de 500 frs à Ghilbin de Lannoy par let-
tres données à Arras le 5 avril 1423 après Pâques, « en con-
sidération de ses grands services » et « pour lui aidier à
supporter les frais et despens qu'il a fais, puis deux ans en ca,
en certains loingtains voyages oultre .mer. »
Mais cet article avait été rayé en marge « par faulte des
lettres. » (Fol. 92, archives de Lille).
Au compte de 1426, le même receveur, en vertu des mêmes
lettres données à Arras le 5 avril 1423, et qui sans doute ne
firent plus faulte au dossier, paie ces 500 frs en répétant que
c'est pour « lui aidier » à supporter les frais de son voyage
d'oultremer. (Fol. 76 v°, iVrchives de Lille).
Arras, 1424. « A messire Guiwin de Lannoy, chevalier, conseiller
et chambellan de mondit seigneur, la somme de cinq cens frans
{sic) laquelle icellui monseigneur, tant pour considération des grans
ÉPHÉMÉRIDES. 197
et notables services que ledit de Lannoy lui a fais longuement et loy-
aument faisoit chascun [an] pour en plusieurs et maintes manières
comme pour lui aidier à supporter les frais et despens qu'il a fais puis
deux (ans1) en certains longtains voyages oultre mer, lui a donné
ceste fois de sa grâce espéciale, si qu'il appert par ses lettres
de mandement sur ce faictes, données à Arras le Ve jour d'avril
l'an M.CCCC.XXIII après pasques, par lesquelles icellui seigneur
veult icelle somme de Ve frans, rapportant sur ce quittance dudit
chevalier, estre allouée es comptes dudit receveur général , non
obstant quelconques gaiges, dons ou bienfais par ledit seigneur à
lui autresfois fais non exprimez es dites lettres. Pour ce icy par
vertu d'icelles garnies selon leurdit contenu Ve frs.
(Archives de Belgique. Compte de Guy Guilbaut commençant au
IIIe jour du mois d'octobre mil CCCC vint trois incluz, et finissant au
IIIe jour d'octobre l'an mil CCCC vint et quatre), fol. Cil.)
Ici se présente un fait que nous avons pas le droit de passer
sous silence. Il semble résulter d'un document publié par
Rymer que, pour se procurer de plus grandes ressources pécu-
niaires, au moment de partir, Ghillebert aurait inventé une
histoire de dangers auxquels il n'aurait échappé qu'après
avoir été détroussé, et aurait obtenu une nouvelle somme pour ses
dépenses. Rentré en Flandre, le roi d'Angleterre étant mort,
il aurait attendu la majorité du nouveau roi et l'occasion de lui
avouer sa faute, et en 1443 seulement, il se serait accusé devant
le souverain, offrant de restituer et demandant une décharge
de conscience. Je n'ai rien trouvé qui pût confirmer ce docu-
ment. Si Ghillebert avait reçu deux fois la même somme au
départ, on en trouverait la mention dans les comptes de la
recette générale des finances. Cela prouve déjà qu'il n'aurait
pas étendu la fraude au duc de Bourgogne. Mais je n'ai rien
trouvé non plus qui pût infirmer l'acte publié par Rymer.
On le trouvera p. 211 à l'année 1443.
1 Le mot an et ans est omis deux fois dans le texte.
198 ÉPHÉMÉRIDES.
1423.
Voyage en Angleterre. Ghillebert y remet au roi son mémoire :
Rapports et visitations de la /Syrie et de V Egypte (p. 99 et s.).
1423.
Mariage de la sœur du duc. Les lacunes du livre recommen-
cent ici. Nous pouvons les combler en partie.
19 Avril 1423. Vidimus du traité de mariage entre Madame Mar-
guerite de Bourgogne, duchesse de Guienne (sœur de Philippe le
Bon) et de Arthur de Bretagne comte de Richemont. Amiens 14 avril
1423. Contresigné par le duc, levêque de Tournai, et plusieurs
témoins, parmi lesquels : Messire Hue et messire Guillebert de Lan-
noy.
(Extraits des registres de la chambre des comptes de Dijon. Biblio-
thèque nationale de Paris, fonds de Bourgogne, vol. 110, p. 128-130.)
Les Etats de Brabant. Ghillebert est chargé d'une mission
auprès des États réunis à Braine-le-Comte.
1423, 21 août. Quittance par Jean, seigneur de Mamines, Guilbert
de Lannoy, chevaliers, conseillers et chambellans du duc de Bour-
gogne, et Thierry le Roy, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel
du même duc, de la somme de 64 francs à eux payée « pour ung
« voïage que nous faisons présentement, par l'ordonnance et comman-
« dément de mondit seigneur, dès la ville d'Arras devers monseigneur
« de Brabant et les Trois Estats de sondit pays estans à Bresne le
« Conte, pour ylec besongnier d'aucunes choses secrètes touchans la
« recouvrance de Guise et autres places à l'environ, que mondit sei-
« gneur ne veult autrement cy estre déclairié. »
(Archives de Lille, Ch. des comptes. Pièces originales. Parchemin.
B. 1466.)
ÉPHÉMÉRIDES. 199
1424.
Descente de Glocester en Flandre. « Quand ceste armée
dut passer par auprès de l'Escluse en Flandres , messire
Gfuillebert de Lannoy, alors capitaine de léens, envoya par
"bateaux légiers le faire sçavoir au duc Phelippe, quy lors
estoit à La Haye, lequel se partist à tout sa gent le plus
tost qu'il pot, dès l'heure de minuyt, et se mist efforchiement
sur la mer à Squidem, droit la veille des Troys Roys, et fist
armer hastivement les communes de Hollande et de Zellande
tenant son party, sycomme Dordrech, Le Haye, Squidam,
Rostredam, Herlam, aveuc plusieurs signe ur,s de Zellande,
tant que en IIII jours ils furent bien sur la mer VIXX bateaux.
Or vous dirons des Englès quy, à grosse armée, passèrent
la coste de Flandres à ce délibérés que de reconcquester tout
les pays dessucdits tenant le parti au duc Philippe. Icelluy
Lannoy les costoia tousjours atout légiers bateaux habilles et
propices aux mers de Hollande, quy sont sy plates que les
bateaux d'Engleterre'ne povoient cheminer bonnement partout
comme ils faisoient ; et ains que jamais peussent prendre port,
il lor demoura sur les bancqs de terre deux ou trois bateaux,
que les Flamangs gaingnièrent, et les prisonniers quy dedens
estoient.Et certes il est vraysamblable qu'ils euissent reconc-
quis tout le pais et mis enleurobbéissance, s'ils euissent eubt
bateaux convegnables à la nature de la mer de Hollande, mais
touttef ois ils secouroient et recoeulloient leurs gens des bateaux
atterrés par botequins. Quand ces Englès veyrent qu'ils ne
povoyent passer bien à leur aise par inhabilité de leurs bateaux,
ils voldrent arriver àSerixé, une puissante ville de Zellande,
mais ceux de ladilte ville ne les y voldrent laissier, ains
dirent qu'ils ne obéyroient encoires à l'une partie, ne à l'au-
tre, ains aviseroient laquelle part seroit la plus forte, et à
celle ils se tenroient. »
200 ÉPHÉMÉRIDES.
(Le livre des trahisons de France. Chroniques relatives à la
domination des ducs de Bourgogne. II, 180. Je n'ai pas colla-
tionné ce texte.)
« A maistre Jehan Le Sot, conseiller de monseigneur, la somme
de quatorze frans pour certain voyage que, de l'ordonnance de mondit
seigneur, il a nagaires fait en la compaignie de monseigneur de Hum-
bercourt, monseigneur de Heuchin et messire Guillert de Lannoy,
chevaliers, conseillers et chambellans de mondit seigneur, par-devers
le duc de Glocester, lors arrivé à Calais à grant compaignie de gens
d'armes et de trait, pour lui requérir, de par mondit seigneur, que son
chemin, pour se traire ou pays de Haynau, il voulsist prenre autre
part que par le pays d'Artois, ou, se faire ne se povoit, qu'il et ses
gens y passassent gracieusement, en faisant aux subgiez de mondit
seigneur le moins de dommaige qu'ilz peussent. Ouquel voïage ledit
maistre Jehan Le Sot vaqua du XXlIIIe jour d'octobre M.CCCC.XXIIII,
que pour ce se party de son hostel à Arras, jusques au pénultime jour
d'icellui mois inclux qu'il y retourna. »
(Compte du receveur général des Finances, Gui Guilbaut, année
1424-1425 fol. 68, v°. Archives de Lille, cité par Desplanque : Pro-
jet d'assassinat de Philippe le Bon, mémoires étrangers, t. XXX11I.
1426.
Expédition en Hollande, de Philippe le Bon contre Jacque-
line de Bavière. Ghillebert y est nommé capitaine de Rot-
terdam (Voyages, p. 163).
Le compte de Gui Guilbaut, 1425 1426, fol. 200 v°, relate un paie-
ment de 3937 fians et demi à messire Guiibert de Lannoy, seigneur
de Willerval, chevalier, conseiller et chambellan du duc de Bour-
gogne, pour la solde des hommes d'armes qu'il a sous ses ordres et qui
ont été passés en revue par le maréchal de Bourgogne à l'Ecluse, le
1er juillet 1426, à Rotterdam le 6 septembre 1426 et à Harlem le
15 juillet de la même année.
(Archives de Lille, recette générale des finances.)
ÉPHÉMÉRIDES. 201
1427.
Seconde campagne de Hollande. Bataille de Brouwershaven.
(Voyages, p. 164.)
1428.
Gages de Ghillebert. On trouve mention de divers paiements :
106 s. 6 d. à messire Guilbert de Lannoy, pour sa pen-
sion des cinq derniers jours de février 1428, à raison de
40 frans par mois comme conseiller et chambellan du duc.
(Archives de Lille, recette génér. Compte de Gui Guilbaut
1428, fol. 76 v°.)
Paiement d'un autre terme de la même pension. (IHd. fol.
91 v°.)
Autre paiement de 828 livres pour gages. (IUd. fol. 207.)
1428-1429.
Guerre des Hussites.
I. — Travaux préparatoires.
1° Mémoire en huit parties sur un projet de guerre contre
les Hussites. (Ms. de la Bibl. nat. de Paris, fonds français
N. 1278, fol. 150, etc.)
Voir aux annexes N. II.
2° Paiement de 9 1. 12 s. à Guilbert pour avoir vaqué, en
mars 1428, quatre jours, venant de l'Ecluse à Bruges devers
monseigneur « pour aucuns des affaires d'icellui. (Archives de
Lille, recette générale, compte de Gui Guilbaut pour 1428,
fol. 186 v°.)
VOY. ET AMB. 13
202 ÉPHÉMÉRIDES.
3° 1429. Paiement de 12 1. à Guilbert de Lannoy pour être
venu en septembre 1428 d'Arras à Bruges, sur le fait de l'am-
bassade qu'il devoit faire en Allemagne. (Ibid.)
II. — Ambassade en Allemagne, au sujet des Hussites, près
du roi des Romains et des électeurs de l'empire. (Voyages,
p. 164-166.)
«AJehandeLanthere, pelletier, demourant à Bruges, pour VI" mar-
tres que monseigneur a fait prendre et acheter de lui et icelles donner
à Aymé Bourgois, escuïer, pour fourrer ung bon habit pour luy à son
derrain partement de devers mondit seigneur pour aler en certaine
ambaxade secrète où mondit seigneur le envoyé avec et en la compai-
gnie de messire Guilbert de Lannoy et autres, au pris de IX s. la
pièce, valent, comme appert par samblables quittances et certifica-
tions, (qu'es articles précédens) sur ce L1III livres. » (Archives de
Lille, Recette génér. des finances, compte de 1428-1429, fol. 207 v°.)
« A messire Guilbert de Lannoy, chevalier, conseillier et cham-
bellan de mondit seigneur, que icellui seigneur luy a donné tant pour
considéracion de ses services comme pour luy aidier à abillier, et en
récompensacion des frais et despens qu'il luy convendra faire en alant
en certain loingtain voyaige secret où mondit seigneur l'a envoyé,
dont il ne veult aucune déclaration estre faicte, comme appert par sa
quittance, sur ce CXV livres. » {lbid. fol. 208 r°.)
III. — Mémoire au duc, relatif à la guerre des Hussites.
Ghillebert, facile à reconnaître ici, expose au duc la situation
des affaires telle qu'il l'a vue pendant son ambassade. (Ms. de
Paris, fonds français N. 1278, fol. 146. Voir aux annexes
N. III.)
ÉPHÉMÉR1DES. 205
1429.
Ghillebert suppléant de son frère Hugues. Une quittance
sur parchemin, où se trouve la seconde signature que nous
ayons rencontrée de Ghillebert, montre qu'il suppléait son
aîné auprès du duc. Sous Jean sans Peur, Hugues recevait
3 frans d'or par jour de service « devers le duc '. » Ici Ghil-
lebert reçoit 32 sous par jour.
« Guillebert de Lannoy, seigneur de Willerval, chevalier, conseiller
et chambellan de monseigneur le duc de Bourgogne, confesse avoir
reçu de Jehan de Mariette, maistre de la despense ordinaire de mon-
dit seigneur, la somme de trente sept livres six sols huit deniers du
poids de quarante gros monnaie de Flandre la livre, que doné m'est
par mondit seigneur à cause de ma pension de XXXII s. dite monnaie
qu'il m'a ordonné de prendre et avoir de lui toutes fois que en
l'absence de messire Hue de Lannoy mon frère je irai devers lui servant
en dit estât, et ce pendant les cinq derniers jours du mois de mars et
tout le mois d'avril devant Pâques, sur lequel temps (j'ai) en l'absence
de mondit frère été continuellement devers mondit seigneur, compte
pour les estres de la despense de son hostel, de laquelle somme de
XXXVII 1. VI s. VII d., monnaie dite, je me tieng pour content et
bien payé et en quitte mondit seigneur ledit Jehan Mariette, pour
tous ceux qu'il appartient. Tesmoing mes scel et saing nouvel y ai
mis le Xe jour de mai l'an mil IIIIC vingt et neuf.
vostre plaisir.
Ghillebert de Lannoy. »
(Bibliothèque Nationale de Paris, cartons du cabinet des titres, au
nom de Lannoy.)
1 Acte du 15 septembre 1418. (Bibl. de Paris, fonds de Bour-
gogne t. 95.)
204 ÉPHÉMÉ RIDES.
1429.
Voyage du duc a Paris, après l'assaut manqué de Paris par
Jeanne d'Arc. Paiement de 158 frs à Guillebert de Lannoy
pour « la solde de lui et des hommes d'armes qu'il a eus sous
ses ordres pour servir monseigneur le duc en armes, ou
voyage de Paris » pendant 20 jours commençant le 27 sep-
tembre 1429. (Compte des armes payées par Jehan Abonnel,
joint à son compte de la recette générale de 1429, archives
de Dijon, fol. 16.)
1431.
10 Janvier. Mariage du duc Isabelle de Portugal, après
avoir été jetée sur les côtes d'Angleterre par une tempête,
aborde au port de l'Écluse, y est reçue et conduite par
Ghillebert à Bruges où elle épousa le Duc. Voir à l'an-
née 1432.
C'est dans les fêtes de ce mariage que fut institué l'ordre
de la Toison d'or.
Institution de l'ordre de la Toison d'or. Ghillebert fait par-
tie de la première promotion. Une donne que trois lignes sur
cet événement (p. 166). Mais on sait qu'il assista à la première
fête de l'ordre, tenue à Lille le 30 novembre 1431 ; au second
conseil, tenu à Bruges en 1432 ; au troisième, à Dijon en
1433, et qu'il manqua à la quatrième fête (19 décembre 1434).
Il assista aussi à la cinquième, tenue à Bruxelles dans l'église
de Sainte-Gudule en 1435, et en 1445 il fit partie d'une
commission chargée d'examiner les statuts de l'ordre pour
les reviser. Quand il mourut, il eut pour successeur dans
l'ordre le roi Edouard d'Angleterre.
ÉP11ÉMÉR1DES. 203
1431
Ambassade près du roi d'Ecosse. Ghillebert en profite pour
visiter le trou de Saint-Patrice, comme il a visité les lieux
saints dans son voyage de Syrie. « On jugera, dit Gachet,
si tout cela indique une grande crédulité de la part de notre
pèlerin. » Ghillebert en prend l'occasion de rappeler quelques
souvenirs de poèmes de chevalerie sur Lancelot du Lac.
(Voyages, p. 166).
1431
Conférences avec le duc. Ghillebert, parti le 2 mars pour
l'Ecosse, était revenu en juin. On voit que le duc lui envoie
un messager de Bruges à l'Écluse le deux juin. Alors Ghille-
bert vient à Bruges conférer avec le duc pendant 13 jours
du 24 août au 6 septembre ; puis, il va quinze jours à Lille,
à partir du 25 novembre, et fait réparer le château de l'Ecluse.
Cela ressort des pièces suivantes :
« A Groud, chevaucheur de Bruges, pour le IIe jour du mois de
juin porter lettres dudit Bruges à messire Guilbert de Lannoy estant
à Calais, pour aucuns des affaires mondit seigneur, pour ce L solz. »
« A messire Guilbert de Lannoy, seigneur de Willerval et de
Tronchiennes, et cappitaine du chastel de l'Escluse , la somme de
IIIIXXIIII frans du pris de XXXII gros monnoye de Flandres le franc,
pour les despens de luy, ses gens et chevaulx, d'estre, par le com-
mandement de monseigneur le duc, venu devers luy en sa ville de
Bruges pour certains ses affaires, et y vacquié, avec les autres gens
du conseil d'icelluy seigneur par l'espace de XIII jours entiers com-
mençans le XXIIIIe jour d'aoust mil CCCC.XXXI et finissans le
VIIe jour de septembre ensuivant ; et pour autres quinze jours
entiers qu'il a vacquez à estre venu à Lille par l'ordonnance de mon-
dit seigneur pour par son adviz pourveoir à la; réparacion de sondit
206 • ÉPHÉMÉRIDES.
chastel, comme pour autres ses affaires, et y vacqua, taut pour son
aler , venir , séjour et retour , lesdis XV jours commençans le
XXVe jour de novembre oudit an et continuelment ensuivant, où
sont pour tout XXVIII jours ; pour chacun desquelz icelluy seigneur
luy a tauxé et ordonné prendre et avoir III frans dicte monnoie ;
pour ce comme appert par mandement sur ce de mondit seigneur
donné en sa ville de Lille le XIIIe jour de décembre oudit an, et quit-
tance d'icellui messire Guilbert , contenant assercion cy rendue,...
IIII«IIII frans de XXXII gros.
(Archives de Lille, recette générale des finances, comptes de l'an-
née 1431, fol. 122 v° et fol. 137 r°.)
1432.
Révolte a Cassel. Le jour des rois. Campagne contre la com-
mune de Cassel révoltée (Voyages, p. 169).
Avant cela Ghillebert avait reçu Isabelle de Portugal à
l'Écluse (janvier 1430) et l'avait conduite avec sa suite sur des
barques, de l'Écluse à Bruges, où elle allait épouser le duc.
Ce fait, la campagne de Cassel et l'ambassade d'Ecosse sont
consignés dans la pièce suivante :
« A messire Guilbert de Lannoy, seigneur de Willerval, chevalier,
conseillier et chambellan de mondit seigneur, la somme de IIIc frans
du pris de XXXII gros monnoye de Flandres le franc, que mondit
seigneur de sa grâce luy a donnée, tant en considéracion des bons,
notables et agréables services qu'il luy a faiz ou tamps passé en plu-
sieurs et maintes manières, fait chacun*jouret espère que fera ou tamps
advenir, comme en récompensation de plusieurs frais et despens,que au
temps que Madame la Duchesse, sa compàigne, arriva en la ville de
Z'Escluse, icellui messire Guilbert fist, pour savoir sa venue et faire
poindre et mettre à point plusieurs bargettes pour la recevoir et
amener en la ville de Bruges, aussi des fraix, missions et despens
qu'il luy convint faire pour certain nombre de gens d'armes qu'il
mist sus et amena ou service de mondit seigneur en l'armée que en
la saison passée il fist à rencontre de ceulcc de Cassel, et de ceulx que
ÉPHÉMÉRIDES. 207
samblablement lui a convenu faire ou voyaige que par le comman-
dement d'icellui seigneur il a derrain fait es pays d'Angleterre,
d'Escosse et es marches de par delà, et pour plusieurs autres causes
et considéracions plus à plain contenues et déclairées es lettres de
mandement de mondit seigneur données en sa ville de Bruges le
second jour de septembre oudit an mil CCCC.XXXI ; pour ce payé,
comme appert par icelles et quittance dudit messire Guilbert cy
rendue, IIIe frans de XXXII gros. » (Ibid. fol. 153 r°.)
1433.
Le concile deBale. Ambassade de Ghillebert (Voyages, p. 173).
Il existe de nombreuses pièces relatives à cette ambassade.
Citons-en quelques-unes :
1 1 mai 1433, lettre par laquelle le duc reconnaît le concile, datée de
Bruxelles, en latin:.. Plénum confidentes de probitate, industriae, fide-
litate et reliqua virtute Reverendi in Christo Patris Episcopi Niver-
nensis nec non dilectorum et fidelium consiliarïorum nostrorum
Domini Guilberti de Lannoy, domini de Villaveralle^ militis et cas-
tellani nostri, etc. (Bibliothèque de Paris, fonds de Bourgogne vol. 95,
p. 776.)
1 Septembre 1433. Instructions pour les ambassadeurs du duc au
Concile de Bâle. (Ibid. tome 99, p. 338, et tome 70, p. 6.) •
Le même en latin. (Ibid. vol. 95, p. 768.)
Le duc ordonne de ne pas céder le pas aux électeurs, 22 mai 1433.
(Ibid., t. 95, p. 778.)
La première des pièces que nous publions (annexe N. IV),
expose nettement cette affaire. C'est un spécimen des actes de
la diplomatie des ducs de Bourgogne.
Enfin les archives de Lille et de Dijon nous fournissent sur
le concile de Bâle, des comptes que voici :
« A Jehan Abonnel dit le Gros, commis au gouvernement de la des-
pense extraordinaire des finances de mondit seigneur, sur ce que ledit
208 ÉPHÉMÉRIDES.
Mahieu Regnault pourra devoir à mondit seigneur à cause de sa
reeepte, commenceant le Ier jour de janvier prochainement venant, la
somme de C frans monnoye royal en deniers payez à messire Guil-
bert de Lannoy chevalier, conseiller et chambellan de mondit sei-
gneur sur ce qui peut luy estre deu de ses journées et vacquations
que par son commandement et ordonnance il a faictes au saint Con-
cile de Basle. Pour ce par lettre dudit Jehan Abonnel faite soubs ses
sàing manuel et signet le XIIIIe jour de décembre M. CCCC. XXXIII
cy rendue C frans. »
(Archives de Dijon, compte de Mathieu Regnault pour 1432-1433.
B. 1651, fol. 50.)
« A messire Guilbert de Lannoy, seigneur de Willerval, chevalier,
conseiller et chambellan de monseigneur, la somme de six cens qua-
rante florins de Rin, du pris de XIII1 groz monnoye royal pièce, à luy
deuz par mondit seigneur pour, de son commandement et ordon-
nance, avoir esté et vacquié continuelment, avec et en la compaignie
de Révérend Père en Dieu l'Evesque de Ntvers, et maistre Jehan de
Frum , trésorier de Besanchon, au Saint Concilie à Basle , pour
aucuns ses affaires et besongnes secrètes dont il ne veult que aultre
déclaracion en soit faicte ; où il a vacquié depuis le XVe jour de juing
derrain passé jusques au XXIIII* jour de ce présent mois de novem-
bre, où sont VIIIXX jours entiers, pour chacun desquelx mondit sei-
gneur luy a tauxé et ordonné prendre et avoir de luy IIII d'iceulx
florins, qui font la devantdicte somme de VICXL florins de Rin audit
pris, payez audit messire Guilbert de Lannoy, comme appert par man-
dement de monseigneur le duc sur ce fait et donné en sa ville de
Dijon le darrain jour de novembre Tan mil CCCC. XXXIII cy rendu,
avec quittance dudit messire Guilbert, par icellui mandement requise,
contenant assercion en sa conscience d'avoir vacquié par lesdiz
VIII" jours oudit voïaige pour les causes dessusdictes ; pour ce cy
VICXL florins de Rin de XIIII groz royaux. »
(Archives de Lille, comptes de Tannée 1433, fol. 87 r°.)
« A messire Guilbert de Lannoy, seigneur de Willerval et de
Thonchines, chevalier, conseillier et chambellan de monseigneur le
duc, la somme de quatre vingt sept frans demi, dicte monnoye royale,
laquele mondit seigneur luy a ordonné estre bailliée et délivrée comp-
ÉPHÉMÉRIDES.
tant pour icelle de par luy porter de sa ville de Dijon au Saint Con-
cilie de Basle, pour de par lui donner et présenter à ses advocat et pro-
cureur illec, ausquelz, pour et en réeompensacion des peines et tra-
vaulx qu'ilz ont eues et supportées en icellui saint Concilie, ont et
supportent journelment pour ses besongnes et affaires ; c'est assavoir
audit advocat en L florins d'or à XV groz monnoye royal pièce
LXII frans demi, et audit procureur en XX desdiz florins XXV frans,
à eulx païez, comme appert par mandement de mondit seigneur le
duc sur ce fait et donné audit lieu de Dijon les jours et an que dessus
(6 décembre 1433). Cy rendu avec quittancée dudit messire Guilbert,
contenant assercion en sa conscience d'avoir bailliée et distribuée
pour la cause et en la manière dicte, la dicte somme de 1II1"VII frans
demi Royaulx. (Ibid. fol. 238 r*.)
1436.
Traité d'Arras. Pèlerinage. Ghillebert avait fait partie de
la suite du duc à Arras, Lefebvre de Saint-Remy le dit ; il
quitte cette ville après la signature du traité et va à Saint-
Jacques en Galice remplir un vœu qu'il avait fait lors de
la mort de sa seconde femme (Voyages, p. 173-174).
1437.
RÉVOLTE DES BrUGEOIS.
( Voyages, p. 174).
Siège de l'Écluse qui dura 18 jours
1439.
Conseils au duc de Bourgogne. Ghillebert rédige un Avis
au duc de Bourgogne sur la guerre et sur la réforme du gou-
vernement. Avis publié dans cette édition et dont il nous est
resté quatre minutes qui forment comme les premiers essais
de son Instruction au jeune Prince.
(Ms. de Paris, N. 1278, fol. 16, 26, 22 et 44.)
210 . ÉPHÉMÉR1DES.
1440.
Conflit d'autorité. Ghillebert plaide contre les gens de la loi
de l'Ecluse (l'autorité civile), pour faire décider un conflit
de juridiction et maintenir le droit de justice du capitaine du
château. Le duc lui donne gain de cause. Jugement du
27 janvier 1439 (vieux style).
(Ms. de Paris, N. 1278, fol. 133.) Voir aux annexes, N. V.
1442-1443.
Réparations au château de l'Ecluse* Ghillebert fait réparer
le château.
Certificat sur parchemin en date du 24 mars 1441 avant
Pâques, où Ghillebert et son lieutenant déclarent conforme un
compte de travaux faits aux ponts, tours et murailles du châ-
teau, pour une somme de 3007 livres, 12 deniers parisis mon-
naie de Flandre.
(Bibl. Nat. de Paris, cabinet des titres, au nom Lannoy. là.
archives de Lille, pièces originales, Parchemin B. 1535.)
1442.
Ambassade a Francfort. Près de l'empereur, pour les affaires
de Luxembourg dont les habitants avaient dépossédé la
duchesse qui avait institué Philippe le Bon comme héritier
de ses États tyoyages, p. 174).
ÉPHÉMÉRIDES. 211
1443.
Amende honorable.
Super fraude et mendacio, Patri Régis factis, de exoneratione con-
scientise.
Rex, omnibus ad quos, etc. Salutem.
Supplicationem Gilberti de Lannoy, militis, consiliarii et camerarii
Philippi Ducis Burgondise, castri de Slusis (L'Ecluse) in Flandriâ
capitanei, nuper nobis porrectam recepimus continentam ut,
Cumipse anno millessimo quadringentesimo vicesimo (1420.)
In servitio, Triomphalis mémorise, inclitorum Principum, domini
Caroli, nuper Régis Francise, avi nostri, et domini Henrici, nuper
Régis Anglise , Patris nostri , ad tune Hseredis prsefati Domini
Karoli et Regentis Regnum Francise, tempore obsidionis ante civita-
tem de Melun, in dicto regno Francise durantis, sub prsefato Duce
Burgundise nuper existens.
Ab eodem Pâtre nostri ordinatus et constitutus fuisset ambassator
et nuntius suus specialis ad peregrinandum et visitandum, dicta obsi-
dione finitâ , civitatem sanctam Jérusalem , aliaque diversa loca ,
civitates, portus et flumina Terrse Promissionis, Egipte et Sirese,
Ac, ad portandum et prsesentandum certas litteras suas patentes
pacificationis confsederationis, ligse et amicitise inter prsefatum domi-
num Karolum et dictum Patrem nostrum initarum et factarum, cum
certis jocalibus et muneribus, quibusdam regibus et principibus, per
ipsum Gilbertum, ex parte prsefati Patris nostri, prsesentandis,
Et ducentas libras pro sumptubus et expensis necessariis laboris,
itineris et peregrinationis suse prsedictse, ab eodum Pâtre nostro Pari-
siùs prse manibus recepisset,
Subsequenter idem Gilbertus, postquam quemdam currum suum,
plénum vestimentis, jocalibus, armis et aliis diversis bonis suis, ad
valorem duarum millium et quatuor coronarum, cum omnibus literis
prsedictis, per invasionem et deprsedationem quarumdam gentium
armorum, in partibus Picardise amiserat, tam per nuncium suum,
quem pro consimilibus literis recuperandis versus prsedictum Patrem
nostrum destinaverat, quàm per se ipsum, eidem Patri nostro adver-
212 ÉPHËMÉRIDËS.
santis sibi fortunée extremae depauperationis amaritudinem prae-
tendens, lamentabiliter suggessisset quod ipse, velut infelix et infor-
tunatus, omnia ornamenta, jocalia, literas et pecunias, quae à praefato
Pâtre nostro Parisiùs acceperat , per hujusmodi depraedationem et
infortunium irrecuperabiliter perdidisset,
Ad cujus subitaneae depauperationis modum , idem Pater noster
bénigne et favorabiliter oculos compassionis dirigens, ex mero motu
suo, et absque aliquâ supplication e, seu requestâ, ex parte ipsius
Gilberti praefato Patri nostro factâ eidem Gilberti, in ejus recessu
Calesii, in recompensationem dampni et infortunii sui praedictorum,
iteratô alias ducentas libras et unum vestimentum de panno aureo
gratiosè contulit liberaliter et donavit,
Posteàque idem Gilbertus , ambassatâ et itinere peregrinationis
suée transactis, in regnum nostrum Angliae veniens, praefato Pâtre
nostro tune temporis, vocante Altissimo, de média ad superna sublato
nostraeque tenerae aetatis auspicio infantiae pallio similiter incluso,
Postquam expeditionem itineris et complementum ambassiatae suae
coram concilio nostro apud Westmonasterium declarasset,
Carissimo avunculo nostro Henrico Cardinali Angliae et Episcopo
Wyntoniae humiliter confitebatur quod, durante ambassiatâ suâ, ver-
mis conscientiae suum interiorem continué corrodebat, pro eo quod,
impulsu ambitiosae cupidinis, à veritate devians, praedictas ducentas
libras, quas à praefato Pâtre nostro Parisiùs receperat, mendaciter
finxit se per infortunium praedictum perdidisse, cum eas in rei veri-
tate non perdidisset, et tali subtilitatis medio. à praefati Pâtre nostro,
fraudulenter circumvento, alias ducentas libras iteratô contra con-
scientiam Calesiis habuisset,
Undè, à praefato Avunculo nostro, tanquam à Nobis, filio et haerede
praefati Patris nostri veniam postulans, submisit se restitutioni indè,
secundum discretionem et arbitrium ipsius avunculi nostri, Nobis in
hac parte faciendae,
Et, quamquam idem Avunculus noster adtunc, sui contriti cordis
humilitate ad pietatem motus reatum et crimen praedictae fraudis
praefato Gilberti nomine nostro dimiserat et restitutionem indè facien-
dam plenariè relaxerat, confessori suo licentiam et potestatem ipsum
ad hoc crimine absolvendi, absque restitutione faciendâ, misericor-
diter concedendo,
ÉPHÉMÉRIDES. 213
Idem tamen Gilbertus, jam senio, laboribus et setate confractus et
quasi ad vita3 vesperem declinans, reatum et crimen doli et fraudis
prsedictorum ante oculos suse mentis adducens, adhuc salubri terrore
concussus, Nobis attentiùs et devotè supplicavit quatenus, ad prsemissa
benignâ consideratione advertentes, velimus, ob reverentiam Dei, et
intuitu caritatis, ad clariorem exonerationem conscientiae suae, ex
certâ scientiâ nostrâ, culpam et crimen prsedicta ei dimittere, et
dictum ultimum donum ducentarum librarum, sibi per praefatum
Patrem nostrum Calesiis factum, ratificare et confirmare, vel saltem
ad minus declarare qualem vel quantam restitutionem ab eo in hac
parte voluerimus exigere et habere, se ipsum in omnibus voluntati
nostrae humiliter offerendo,
Nos igitur, suis praecibus favorabiliter et misericorditer inclinati,
intuitu caritatis et pro clariori exoneratione suae conscientiae, ità quod
nichil ibi resideat quod oculis Divinae Majestatis ofFendat, crimen et
reatum dolosae fraudis praedictae ei dimittimus et restitutionem, indè
nobis per ipsum Gilbertum in hac parte fiendam, remittimus et relaxa-
mus, prœdictumque ultimum donum ducentarum librarum, sibi per
praefatum Patrem nostrum Calesiis factum, ex certâ scientiâ nostrâ,
pro Nobis et haeredibus nostris, ratificamus, approbamus et in per-
petuum confirmamus,
In cujos, etc.
Teste Rege apud Westmonasterium, decimo die martii,
Per ipsum Regem, et de data praedictâ auctoritate Parliamenti.
(Rymer, Acta publica, t. XI, p. 22 et s.)
1444.
Conflit entre le duc et le dauphin. Une trêve venait d'être
signée entre la France et l'Angleterre. Mais la dispersion
des troupes ne se fit pas sans désordres. Les compagnies que
le dauphin ramenait de Languedoc ayant fait une excur-
sion en Bourgogne et été rudement repoussées par le maré-
chal de Bourgogne, le dauphin jura vengeance et le duc
attendait l'attaque prêt à la riposte. « Il fallut s'entremettre
pour réconcilier les deux princes, » dit Sismondi,
214 ÉPHÉMÉR1DES.
Ghillebert fut chargé de cette entremise, comme on le verra
par l'acte qui suit :
« A messire Guillebert de Lannoy, seigneur de Willerval, cheva-
lier, conseillier et chambellan de mondit seigneur, la somme de quatre
vins dix neuf frans de XXXII groz monnoye de Flandres chacun
franc pour certains voïages par lui fais, par le commandement et
ordonnance de mondit seigneur, c'est assavoir : pour estre allé devers
icellui seigneur à Bruxelles au retour de certains ses ambassadeurs
qu'il avoit envoyé devers le roy nostre sire pour le fait de la paix des
royaulmes de France et d'Angleterre ; pour lequel voïaige faire ledit
messire Guilbert de Lannoy se partit de l'Écluse le XXVIIIe jour de
juing l'an mil IIICXLIIII, et en alant et séjournant devers mondit
seigneur audit Brouxelles et aussi à Lille, où arrivèrent assez tost
aprez aucuns ambassadeurs dudit roy de France et de monseigneur
le Daulphin, et en retournant audit lieu de l'Écluse, y a vacqué
jusques au XIXe jour de juillet ensuivant, où sont l'un et l'autre
jours incluz vint deux jours entierz. Et pour ung anltre voïage par
lui fait de rechief de ladicte ville de l'Escluse devers mondit seigneur
à Brouxelles, pour la venue du séneschal de Poitou et aultres ambas-
sadeurs, envoiez de par ledit roy nostre sire devers mondit seigneur,
où ledit messire Guilbert a vacqué, alant, séjournant et retournant,
depuis le XVIIIe jour d'octobre ensuivant jusques au XXVIIIe jour
d'icellui mois, où sont l'un et l'autre desdis jours incluz, unze jours ;
montent lesdis voïages trente trois jours entiers, pour chacun desquelz
mondit seigneur lui a tauxé et ordonné prendre et avoir de lui trois
frans, comme il pceult apparoir par mandement donné le XXIXe jour
d'octobre l'an mil IIIICXLIIII, cy rendu, avec quittance et certifica-
cion, pour ce cy ladicte somme de IIIIXXXIX frans de XXXII groz,
valent LXXIX livres IIII solz de XL groz. »
(Archives de Lille, compte de Martin Cornille pour 1444-45,
fol. 64 v°.)
Le mandat de ce compte se trouve aux archives de Lille
dans les pièces originales sur Parchemin B. 1539 : « Négocia-
tions à Bruxelles et à Lille, dit l'acte, pour le fait de la paix
des deux royaumes de France et d'Angleterre. » (29 oct. 1444.)
ÉPHÉMÉR1DES. 215
1445.
Ghillebert achète une maison a Lille.
Mai, 1445. Vente par Jean Crespiel et Marguerite Du Gardin, sa
femme, à noble et puissant seigneur Guillebert de Lannoit, chevalier,
seigneur de Willerval et de Tronchiennes, d'une maison à Lille située
à front de la Rue des Fives.
(Archives de Lille, pièces originales sur papier, B. 1542.)
1445.
Révision des statuts de l'ordre de la toison d'or.
15e fête de l'ordre, 11 décembre et jours suivants. Séance
du 15.
« Aiant été trouvé convenir de faire quelques changemens aux
« ordonnances de Tordre, l'assemblée nomma M" de Croy, de Chi-
« may, de Ternant, de Santés et de Willerval, chevaliers de l'ordre,
« à l'effet d'en examiner les statuts et ordonnances et d'y faire les
« additions, diminutions, corrections et interprétations convenables,
« lesquels changemens dévoient avoir lieu comme s'ils estoient com-
te pris dans les premières constitutions de l'ordre. » Inventaire des
archives de Vordre de la Toison d'or, qui se conservent à Bruxelles,
formé en 1759 et 1760 par ordre de S. E. le comte Charles de
CoUenzl... par Emmanuel Joseph de Turck, Officiai à la Secret air erie
du Conseil Privé de Sa Majesté. Tome I, première partie. Archives
de Vienne. P. 29. — (Voir aussi Reiffenberg, Eist. de Vordre, p. 29.)
1445.
Tournoi de Jacques de Lalaing. « Sy furent ordonnés l par
le duc, dit Chastellain, deux chevaliers notables de sa cour
pour être du conseil d'iceluy Jehan de Boniface, dont l'un fut
messire Ghillebert de Lannoy. » (Le livre des faits de Jacques
de Lalaing, œuvres complètes de Chastellain t. VIII, p. 83.)
4 Le 15 Décembre, d'après Chastellain, et le 11, d'après Olivier de
la Marche.
216 ÉPHÉMÉR1DES.
1445.
Prêt a Philippe le Bon.
« A Jehannin Myatre, chevaucheur de ladicte guerre de monsei-
gneur le duc, pour avoir porté lettres closes de par mondit sei-
gneur, ou mois de may, de la ville de Gand à messire Guilbert de
Lannoy, capitaine de l'Escluse, que l'on disoit estre audit lieu, mais
il n'y estoit point ; ains estoit à Lille, par lesquelles monseigneur leur
(sic) requéroit luifaireprestde Ve livres pour convertir en ses affaires;
et pour son retour, XLII s. » (Archives de Lille, compte de 1445,
fol. 105 v°.)
1446.
Mort de la duchesse de Charolais. Dans le compte précé-
dent, Ghillebert est encore nommé capitaine de l'Écluse. Il y
régna 30 ans, dit-il, c'est-à-dire jusqu'en 1446. Le compte
qui suit ne porte plus cette mention. Ghillebert vient d'Arras
à Bruxelles « pour aucuns grans affaires » entre le 2 et le
13 août 1446. C'était après la mort (juillet 1446) de Cathe-
rine de France, l'épouse du fils du duc, et sans doute pour
la rédaction de ledit daté du 6 août 1446 et l'organisation du
Grand Conseil.
« A messire Guilbert de Lannoy, seigneur de Willerval, chevalier,
conseiller et chambellan de mondit seigneur, la somme trente six
francs de XXXII gros monnoye de Flandres, le franc, qui deue lui
estoit pour ses gaiges et journées de douze jours entiers commenchans
le second jour d'aoust Van mil CCCC.XLVI et finissans le XIIIe jour
d'icellui mois, lesdis jours inclux, qu'il a vaquié à estre venu de la
ville d'Arras en la ville de Bruxelles devers mondit seigneur pour
aucuns ses grans affaires dont il ne veult cy estre fait aultre décla-
racion, au pris de trois francs dicte monnoye par jour que icellui sei-
ÉPHRMÉRIDËS. 217
gneur, par ses lettres patentes donnée audit Bruxelles le IXe jour
dudit mois d'aoust, luy a tauxé et ordonné prendre et avoir de lui
par jour ; pour ce par lesdictes lettres et quittance à ce servans,
XXXVI frans de XXXII gros. » (Ibid. Compte de Martin Cornilie
pour 1446-1447, fol. 73 r°.)
1446.
Voyage a Jérusalem, avec une ambassade pour le roi d'Arra-
gon. Ce troisième voyage ne dut pas être moins politique
que le second ; c'est sans doute à cette matière secrète que
se rapportent les trois comptes suivants : ( Voyages, p. 174 et s.)
« Amessire Guilbert de Lannoy, seigneur de Willerval, chevalier,
conseiller et chambellan de mondit seigneur, la somme de cent salus
d'or du pris de XLVIII groz monnoye de Flandres la pièce, que mon-
dit seigneur luy a ordonné estre baillié et délivré comptant, pour
icelle somme baillier et délivrer par son command et ordonnance à
Hue de Carnin, estant à Lille, pour lui aidier à supporter et sous-
tenir les frais et despens qu'il pourra faire et soustenir à venir avec
luy «t en sa compaignie en certain voïage où mondit seigneur lui a
ordonné aler par le commandement que dessus, de la ville de Bruxelles
en certains lieux et pour matières secrètes touchans les affaires
d'icellui seigneur, dont il ne veult aultre déclaracion estre faicte ;
comme il appert par mandement de mondit seigneur donné le VIIe jour
de novembre l'an mil IIIICXLVI ; pour ce par ledit mandement et
quittance dudit messire Guilbert cy-rendue ladite somme de C escus
de XLVIII groz, valent VI™ livres de XL groz. »
(Archives de Lille, compte de Martin Cornilie pour 1446-47, fol.
175 v°.)
« A messire Guilbert de Lannoy, seigneur de Willerval, chevalier,
conseillier et chambellan de mondit seigneur, la somme de sept cens
trente cinq salus d'or du pris de XLVIII groz monnoie de Flandres
la pièce, que par le commandement et ordonnance d'icellui seigneur
ledit Receveur Général lui a païé, baillié et délivré comptant, en
prest et paiement sur certain voïage où mondit seigneur avoit envoyé
VOY. ST AMBAS. 14
218 KPHÉMÉRIDKS.
de la ville de Brouxelles en certains lieux et pour aucunes matères
secrètes touchans les besongnes et affaires d'icellui seigneur dont
il ne veult cy autre déclaracion estre faicte, et ce pour sept mois
entiers commenchans le XIe jour d'aoust l'an mil 1IIICXLVII, qu'il
se parti de ladicte ville de Brouxelles pour aler oudit voiaige, et finis-
sans continuelment, au pris de trois salus et demi que mondit sei-
gneur lui atauxé et ordonné prendre et avoir de lui par jour comme il
pœut apparoir par mandement de mondit seigneur donné le VIIe jour
de novembre Tan mil IIIIC quarante sept ; pour ce par ledit mande-
ment cy rendu avec quittance ladicte somme de VIIcXXXV salus de
XL VIII groz, 'valent VIIICIIIIXXIX livres de XL groz. » (Ibid. comptes
de 1446-47, fol. 85 v°.)
Attestation du 3 janvier (1447) par Gui Guilbaut, que Jean Peutin,
orfèvre à Bruges, a fait et livré, par Tordre du duc de Bourgogne,
deux colliers d'or de l'ordre de Thoison d'or , pesans ensemble
quatre mars une once et huit estrelins d'or, au pris de LXII saluz de
XLVIII groz de Flandres pièce le marc valent deux cens cinquante
neuf saluz, et pour la façon d'iceulx deux coliers LX saluz. Montent
ensemble ces deux parties à trois cens dix neuf saluz, et desquelz
deux coliers mondit seigneur a prins et retenu l'ung devers lui et
l'autre a fait par moy baillier à messire Guillebert de Lannoy, sei-
gneur de Willervàl, son conseillier, chambellan et chevalier dudit
ordre, pour, de par mondit seigneur, le porter et présenter au roy
d'Arragon, auquel icelluy seigneur l'a envoie. »
(Archives de Lille, pièces originales, parchemin B. 1548.)
1450.
Voyage a Rome, pour le jubilé. {Voyages, p. 178.)
Ghillebert a achevé son livre en 1450 ; il s'arrête à cette
année et nous ne pouvons guère le suivre dans les 12 années
qu'il vécut encore.
ÉPHÉMÉRIDES. 219
1452.
Mort de la. troisième femme de Ghillebert.
1452 — 53.
Expédition contre Gand. Ghillebert y prit-il part ? Le long
récit inachevé de Chastellain (t. II, p. 235, etc.) y nomme
plusieurs fois un seigneur De Lannoy sans le désigner ni
par son prénom ni par ses qualités.
1454.
Le vœu du Faisan. On trouve un sire de Lannoy à cette fête, .
mais ni Olivier de la Marche ni Mathieu de Coucy ne donnent
son prénom. Gachet, après M. Webb, affirme que c'est Ghil-
lebert, et il s'autorise d'une expression de ce vœu qui rap-
pelle la devise de notre auteur : Votre plaisir. Mais Olivier
de la Marche dit qu'il fit revoir son récit par un de Lannoy
qui était à la fête et l'on sait d'après lui-même, qu'il ne com-
mença à écrire ses mémoires qu'en 1471, c'est-à-dire après
la mort de Ghillebert. Mathieu de Coucy donne à ce de Lan-
noy le titre de chastelain de Venuchon ou Thomichon, et de
lieutenant du duc en ses pays de Hollande, de Zélande et de
Frise. Ces titres ne conviennent guères à Ghillebert. De
la Marche le fait chevalier de la Toison d'or, mais depuis
1451, un nouveau de Lannoy, le quatrième, était entré dans
220 ÉPHÉMÉRIDES.
Tordre, c'est Jean. D'autres manuscrits (Le livre de la mort
du duc Jean de Bourgogne, et V Entrée de Reims. Paris
fonds franc. N. 5739) ne donnent pas le prénom. Peut-on
supposer que Ghillebert, qui avait au moins 68 ans, ait pu
s'engager à prendre les armes pour la croisade sans imiter
la prudence- de son frère. Hugues prit part au vœu du Fai-
san, mais il eut soin de faire des réserves : « Et si à l'ocoi-
son de sa vieillesse et foiblesse de corps ne povoit aller » il y
enverrait deux hommes d'armes (Mathieu de Coucy). Hugues
n'avait que deux ans de plus que son frère.
1461.
On trouve cette année un de Lannoy dans l'escorte du duc
accompagnant Louis XI rentrant d'exil sur le trône. Ghillebert
avait alors 75 ans. Ce doit être Jean.
1462.
Mort de Ghillebert. 22 avril.
Il fut enterré à Lille dans l'église de Saint- Maurice, « où
il a l'épitaphe qui suit, devant le grand autel. » (Les quatre
officiers de l'ordre de la Toison d'or, etc. Archives de Vienne,
ms. p. 17, et Mausolée de la Toison d'or, p. 13) :
« Cy gist Noble Chevalier Messire Guillebert de Lannoy,
Seigneur de Willerval et de Tronchiennes, Frère et compagnon
de la Toison d'or, qui donna mille écus de quatre s. de gros,
monnoye de Flandres, pour l'entretènement du service divin
en ladite église, et trespassa anno 1462, le 22 d'Avril.
« En la mesme Tombe gist Dame Isabelle de Drinckam,
Dame de Willerval, ma très-chère et ma bien-aymée Com-
pagne, laquelle trespassa anno 1452, le 11 de Febvrier. »
« Et de l'un des côtés (du mausolée), ajoute l'auteur, estoient
ÉPHÉMÉRIDES. 221
les Cartiers suivants : Lannoy, Molembais, Mingoval, Mailly :
Drinckam, Flandres, Gistelles, Dixmude :
Et de l'autre côté : Lannoy, Molembais, Mingoval, Mailly :
Gistelles, Dudseel, Craon, Chastillon.
Sa devise : Vostre plaisir. »
ANNEXES
s
ANNEXES
LE PARLEMENT DE FLANDRE. 1419.
— Voir p. 194 —
Bourgogne, 1419 :
mémoire de guillebert de lannoy contenant son avis,
touchant ce que le duc de bourgogne devoit repon-
DRE AUX PROPOSITIONS DU ROY D' ANGLETERRE. (Écrit ail
dos de la pièce.)
L'opinion de messire Guillebert de Lannoy est que mon-
signeur de Bourgogne ne se doit pour le présent assentir as
demandes et offres du roy d'Engleterre, fors que par les eon-
disions qui s'ens.suivent : est à savoir que, se il s'y assentoit
sans le roy et la roïne, son souverain seigneur et dame, et
226 ANNEXES.
sans aucuns autres de son sanc à quy ches haute matière
puent compéter, che seroit chose de pou de valleur pour par-
venir à la sëurté de l'intension dudit roy ; mes mondit sin-
gneur de Bourgogne, en entendant en grant afecsion de cuer
et d'amour asdictes demandes et ofres, yra deviers son souve-
rain singneur et dame tout le brief que il pora et prometera en
bonne foy audit d'Engleterre de eux, leurs bonnes villes, cheux
de son sanc et leurs nobles et sugés induire de tout son pooir
à condescendre asdictes demandes, et y entendera mondit
singneur vollentiers tant quant à sa personne, moïennant cer-
taines modificasions qui après se poront traitier, au. bien du
roiaume et de mondit singneur, et requerra mondit singneur
au roi d'Engleterre d'avoir unes trêves générales de deux ou
trois mois pour che tans pendant traittier et conclure les cosses
dessus dictes.
Votre plaisir. Ghillebert de Lannoy.
(Chartes de Flandre, collection Moreau, t. III, N° 1425,
p'èce 96.)
II
PREMIER MÉMOIRE SUR LA GUERRE DES HUSSITES. 1428.
— Voir p 201 —
Bibliothèque nationale de France, fonds français N. 1278.
11 existe de ce mémoire diverses copies :
1° Une mise au net complète (fol. 50 et s.), mais qui ne repro=
duit pas exactement le brouillon qui suit, ce qui fait supposer
qu'entre cette minute et le premier jet, il y a eu un ou plusieurs
essais de l'auteur. Une partie de cette pièce a été imprimée
dans les Œuvres de Chastellain, t. 2.
C'est le texte que nous publions. J'ai marqué de guillemets
les fragments qui ont paru.
2° Un brouillon de la main de l'auteur, dont les feuillets ont
été mal reliés dans le ms., et qu'il faut classer comme suit :
fol. 153, 154, 159, 152, 151, 157, 155, 156, plus, une page
intercalaire, fol. 159 r°, dont les §§ sont à intercaler dans ceux
du folio 154. J'en ai donné en note les variantes sous la
signature A.
3° Un feuillet détaché (fol. 150), qui commence par un item et
qui semble une page d'une mise au net. Cette rédaction diffère
du N. 1, par le texte et par le classement des paragraphes.
J'en ai donné les variantes sous la signature B.
4® Un paragraphe, écrit au verso de la dernière page du
brouillon (156 v°). Je l'ai appelé C.
228 ANNEXES.
AVIS.
A correction, c'est ce que il samble que monseigneur le duc
de Bourgogne a à faire et pourvèoir se Dieux lui donne la grâce
et volenté de aller à puissance d'armes, à ceste saison nouvelle,
sur les desloyaulx incrédulles ou royaulme de Béhaigne que l'en
appelle Housses l, et se comprend cest avis en VIII parties.
Premiers, et devant toutes choses , que il se dispose et
entende à lui marier ; car s'il estoit allié par mariage à aucune
notable princesse, tous ses bons et loyaulx subgès en seroient
joyeux et conforté en leurs corages et auroient espérance que
de lui demourroit noble génération, pour gouverner après lui
les notables tènemens que Dieux lui a envoyés et en seroient
plus libéral * à le servir de corps et en chevance 3.
« Item 4, hastivement B doit mondit seigneur envoyer du
* La fin de l'alinéa manque dans le brouillon A.
' On avait d'abord écrit : A le aidier et servir en corps, etc.
5 Plus libéral à le aidier et conforter en corps et en chevance (A).
* Item, pour prévenir et advanchier l'entreprinse dessusdite, est
nécessaire d'envoyer hastivement gens notables devers nostre Saint-
Père, en cour de Rome et à notredit Saint-Père remonstrer que mon-
seigneur le cardinal d'Engleterre venant des parties d'AUemaignes et
des frontières où sont lesdits incrédulles a infourmé monseigneur le
duc de la grande cruaulté et deshonneur que font iceulx hérites S
nostre foy, et, après pluseurs choses par lui remonstrées de ceste
besongne, requist à monseigneur que il se volsist employer à résister
et destruire lesdis Housses, disant que monseigneur devoit délaisser
tous aultres affaires, combien qu'il cognoissoit bien qu'il en avoit de
très-grans, pour entendre à la besongne de nostre créateur et de son
église, disant en oultre que mondit seigneur le duc estoit le prince
qui plus pooit fère de bien en ceste chose, méismement que tous les
conversances d'AUemaignes désirent tous sa venue. Et en ce mesme temps
arriva monseigneur le prieur du Pont-Saint-Esprit, message de nostre
dit Saint-Père qui ossi parla à mondit seigneur des choses dessusdictes.
Et aussi... (C).
8 B supprime : hastivement.
ANNEXES. 229
« moins ung chevalier et ung clerc, gens notables et expers,
« devers notre Saint-Père en court de Romme, et illec expo-
« ser de par notre * dit seigneur * comment mondit seigneur a
« oy très-révérend père en Dieu, monseigneur le cardinal d'En-
« gleterre s qui venoit des parties d'Allemaigne, où de par
« notredit Saint-Père il estoit commis légat pour pourvëoir
« et résister à la faulse et détestable entreprinse et hérisie que
« soustiennent et croient les gens du royaulme de Béhaigne,
« que l'en appelle Housses 4, les grandes inhumanitez et des-
« honneur que il font à notre foy cristienne 5. Pour quoy ce
« considéré il pria 6 à mondit seigneur de Bourgoigne 7 que il
« se volsist disposer • et mettre sus en armes * à rencontre des
« dessus dis hérittes i0. Et combien qu'il ait de grans affaires,
1 Mon (B).
* A notredit saint père (B).
* Le cardinal d'Engleterre, lequel a exposé et dit comment il
venoit, etc. (A et B).
* Houxses (B).
* Le brouillon A ajoute ici : Dont tout bon catholique doivent
estre desplaisant.
6 Prioit (B).
7 De Bourgogne, manque à B.
8 Disposer et fère prest en se demonstrant vray champion de l'église,
et se mettre sus, etc. (B).
9 Mettre sus en armes, pour y pourvëoir et se y employer (B).
10 Le brouillon A rédige ce qui suit jusqu'à la fin du § en deux §§
qui ont été résumés dans la mise au net. Les voici :
Item, lui dist en oultre icelui cardinal que c' estoit le prince crestien
qui plus pooit fère de bien en ceste chose, meïsmement que tous les
princes et communaultez des parties d'Allemaigne désiroient qu'il s'i
volsist emploier (*).
Item, en oultre, remonstera à mondit seigneur que combien qu'il
(*) La minute B dit à peu près de même, mais sans alinéa : « Et que ce
230 ANNEXES.
« nul n'en doit aller devant la besongne de la foy, et aussi
« c'est le prince que ceulx des parties d'Allemaigne désirent le
« plus qu'il volsist aller par delà en armes.
« Item, dist mondit seigneur le cardinal que il avoit espé-
« rance ferme de mener en ceste entreprinse et à compaignie
« de monseigneur de Bourgogne, de IIII à VI M archiers,
« tous du royaulme d'Engleterre '.
« Item, pendant * le temps que mondit seigneur le cardi-
« nal estoit devers mondit seigneur le duc, arriva 5 devers lui
« monseigneur le prieur du Pont-Saint-Esprit, légat et mes-
« sage * de " notredit Saint-Père, envoyé à mondit seigneur,
« lequel, entre aultres choses, parla à mondit seigneur de ceste
« devantdicte besogne , et lui dist que notredit Saint-Père
« auroit grant plaisir 6, et seroit moult joyeux se mondit
vëoit que mondit seigneur avoit de grans guerres ou pays de Hol-
lande et aultre part, toutesvoyes toutes telz guerres il devoit délaissier
pour entendre à la besongne de la foy, que nulle besongne tempo-
relle ne doit à bon prince crestien estre pour fére devant ceste.
* Ce § manque au brouillon.
* Item, en après, lui sera dit que pendant (A). Item, en outre lui
sera dit que pendant (B).
5 II arriva (B).
* L'éditeur de Chastellain a imprimé, messager. Les trois minutes
portent : message.
5 De par notre (B).
* B termine ainsi ce § : seroit moult joyeux et auroit grant plaisir
pour le bien de notredite foy cristienne , se mondit seigneur se
voloit ou pooit employer et que notredit saint père voldroit bien que
Dieux l'en donnast la grâce et honneur devant tous autres princes.
est le prince de la crestienté qui plus i puet fère de bien, méismement que
tous les princes et communaultez d'Allemaigne désirent moult qu'il s'i vol-
sist employer. » B ajoute ensuite le môme § que A, avec quelques variantes.
ANNEXES. 231
« seigneur en ce se vouloit employer pour le bien et reliève-
« ment de no;tre foy cristienne, et voldroit bien l que Dieux
« lui donnast la grâce et l'onneur de en venir à une bonne
« fin devant tous aultres princes, ce que mondit seigneur a fort
« retenu en son corrage.
« Item, et depuis ce que mondit seigneur le duc heult oy 2
« lesdis cardinal et prieur, avec les complaintes que pluseurs
« grans princes, prélas, citez et bonnes villes des parties d'Al-
« lemaigne ont fait " et font savoir journelment, mondit sei-
« gneur, 4 mëu de foy et de vraye amour à son benoit créateur
« et à son Eglise cristienne, est tant ardamment désirans et
« affectez 5 que plus ne puet de combattre et mettre 8 tout ce
« que Dieux lui a preste pour résister 7 à rencontre des dessus-
* Et voldroit que (A).
" Heult oy * par mondit seigneur le cardinal les très grans
cruaultez et hérésies dessusdits Housses, le meschief que ce est et
aeroit pour la cristienté se tele erreur et foursennerie duroit longue-
ment, et aussi * ce que de ceste besongne lui avoit parlé le devant
dit monseigneur le prieux * avec * la générale complainte que plu-
seurs grans princes, etc (A).
■ Faites (B).
* Journelment à mondit seigneur le duc, mondit seigneur,' etc.
(A et B).
* Affectez tant que, etc. (A). — Affectez que (B).
6 Plus ne puet de mettre (A).
7 Plus ne puet de employer son corps, sa chevalerie et mettre tout
son pooir à pourvëoir et résister, etc. (B).
* Item, et après lui sera dit que, depuis que mondit seigneur ot oy
par ledit monseigneur, etc. (B).
* Ossy (B).
* Le prieux, de par notre dit Saint Père (B),
* Et oye la généralle, etc. (B).
232 ANNEXES.
« dis hérites ' en délaissant * tous ses aultres affaires \
« Item, après ces choses remoustrées à notre dit Saint-Père
« parlesdis ambaxadeurs l sera requis de par 5 mondit seigneur
« que notredit Saint-Père vuelle commettre et donner la
« charge à mondit seigneur de ceste sainte et notable entre-
« prinse devant tous aultres princes, ou cas toutesvoyes que
« l'empereur ne le fëist 6 ; en donnant commandement par
« bulles 7 à tous aultres princes et gens, de quelque estât que
« ilz soient, que à mondit seigneur le duc ilz obéissent en ceste
« partie, et, à l'aide de Notre-Seigneur 8, y fera le bien et
« prouffit de la cristienté et aussi son honneur 9.
« Item, et après ce l0, sera remoustré par lesdis ambaxa-
« deurs H que pour les grans guerres que mondit seigneur le
* Desdis faux Housses et desléaulx hérites. B s'arrête ici. On avait
ajouté à ce paragraphe 2 lignes et demie qui ont été biffées ; les
voici : Et pour ce fère n'est travail ne péril de corps qui l'en puist
enipeschier se ses affaires estoient méismement mieux disposez que il
ne sont pour le présent.
* En délaissant pour ceste chose entendre tout autre guerres et
querelles queles qu'elles soient (A).
3 C'est ici que le brouillon commence à intervertir les paragraphes
et pour cela il renvoie à une page supplémentaire, fol. 159. Les ratures
commencent aussi à se montrer.
* Et la grant volenté de mondit seigneur, sera requis, etc. (A).
6 Le brouillon avait d'abord écrit : au nom de mondit. Ces mots
ont été biffés et remplacés en marge par : de 'par.
* Cette réserve a été ajoutée entre les lignes dans le brouillon.
7 Par bulles manque dans le brouillon.
g A l'aide de Notre-Seigneur, mondit seigneur y, etc. (A).
8 Ce paragraphe, après deux autres raturés, est le premier de la
page supplémentaire.
,0 Item, en outne, etc. (A).
11 Les mots : par lesdis ambaxadeurs sont remplacés dans le brouil-
lon par : à notre dit Saint Père.
ANNEXES. 235
« duc a longuement soustenues pour cause de la mort et mur-
ce -dre perpétré en la personne de feu monseigneur le duc Jehan,
« que Dieux pardoinst, et depuis, celles qu'il lui a convenu
« soustenir pour garder ses héritages es pays de Hénau, Hol-
« lande et Zellande, il a moult grandement frayé et despendu
« de sa chevance, et combien qu'il ait telle et si bonne volenté
« que dit est, toutesvoyes il ne porroit pas mettre sus hasti-
« vement, tout à ses despens, telle puissance de gens que à
« ceste entreprinse appertient, pour quoy lui est nécessitez de
« avoir l'ayde de notredit Saint-Père et de l'Eglise.
« Item, et pour la cause dessusdicte, mondit seigneur prie
« à notredit Saint-Père que, pour haster et advanchier la
« besoingne de la cristienté et son armée, il lui vuelle prester
« la somme de,etc laquelle notredit Saint-Père puet recou-
« vrer par tout la cristienté 4, car nul ne doit prétendre excu-
« sation en tel cas.
« Item 2, dire à notredit Saint-Père que, à l'ayde de Notre-
« Seigneur, mondit seigneur le duc menra en ceste armée une
« grant et notable puissance, est assavoir de III à IIII M gen-
« tilzhommes et IIII M hommes de trait ou plus, et espoire
« que il y menra gens de tel estât qu'il se trouvera bien puis-
« sant de XV M 3 combatans ou plus.
« Item, que notre dit Saint-Père vuelle envoyer aucun nota-
ce ble prélat en légation ou royaulme de France, en la partie de
« l'obéissant du roy notre seigneur, et en oultre 4 es pays de
* La fin de la phrase est rédigée comme suit dans le brouillon : Qui
en cest grant affère doit aidier à soustenir la foy et l'église.
8 Nouveau paragraphe de la page supplémentaire.
5 Et espoire, veu Testât des gens qu'il menra avec lui, de se trouver
acompaignié de XV M, etc. (A).
* En oultre ce (A).
VOY. ET AMB. 15
234 ANNEXES.
« Savoye, Bretaingne, Brabant4 , Liège, Namur, Hollande, Zel-
« lande, Hénau et la conté de Bourgoingne, pour, par icelluy
« légat, assambler les princes et prélas de par deçà, pour ensam-
« ble adviser tout ce qui sera expédient pour la conduite de
« ceste sainte entreprinse, tant en linance comme aultrement.
« Itern, apporter par ledit légat lettres de notredit Saint-
« Père à monseigneur *. le régent le royaulme de France, duc
« de Bethfort, et les gens des trois estas dudit royaulme soubz
« son gouvernement, requerrant instamment icellui seigneur
« que il vuelle secourir à la cristieneté et se employer à l'en-
te contre des dessusdis hérittes, en la compaignie de monsei-
« gneur le duc de Bourgongne, son beau-frère 3, en délaissant
« toutes aultres choses 4 et 5 le induire que, pour le bien de la
« cristieneté, il s'i vuelle emploier en sa personne, et por-
« roiton, s'il lui plaisoit, trouver, le temps pendant, aucunes
« trieuwes ou abstinences de guerre à ses adversaires et d'un
1 Es pays de Brabant, etc. (A). Le brouillon ne parle ni de la Savoie
ni de la Bretagne.
8 Le brouillon avait d'abord écrit simplement : « Itemy envoier
bulles à monseigneur. » Il a biffé et écrit au-dessus la variante qui se
trouve dans la mise au net.
3 Le brouillon a ici une phrase incidente de plus : Lequel de sa
france volenté pour soustenir la foy s'i veult emploier, en délais-
sant, etc.
4 On avait écrit d'abord dans le brouillon : En délaissant toute
aultre besongne aussi avant que possible. Les mots imprimés en
.italiques ont été supprimés et remplacés par : Tons autres fais tem-
porelz .
5 A partir d'ici, la phrase est différente dans le brouillon qui dit :
En le induisant que pour si grant bien se vuelle condescendre à aucune
voye de paixou au moins aucune abstinence de guerre, durant laquelle
l'en poroit besongnier d'un commun accord au fait de la cristienté
comme dit est, en lui disant que semblable requeste, etc.
ANNEXES. 235
« commun acord besongnier , en lui disant que semblable
a requeste fait not redit Saint-Père au Dolphin.
« Item,, et se par monseigneur le régent est prétendu excu-
« sacion obstant les affaires et les guerres qui de présent sont
« ou royaulme de France S -que au moins il se volsist emploier
« et tenir la main adfin que, par les dessusdictes gens des
« trois estas, aucune bonne ayde de gens ou de finances se
« mëist sus, pour aidier à la cristienté et soustenir l'armée
« que fait mondit seigneur de Bourgongne.
« Item, samblablement soit par notredit Saint-Père envoyet
« légat portant bulles devers le Dolphin, et à icellui et les gens
« des trois estas de son obéissance requérir samblable requeste
« que on fait à mondit seigneur le régent, comme cy dessus
« est faite mention 2.
« Item, semblable requeste faire à monseigneur le duc de
« Brabant, monseignenr le duc de Bretaigne, monseigneur le
« duc de Savoye et les trois estas de leurs pays 3.
« Item, que, pour l'avancement des finances * , par notredit
« Saint-Père soient données bulles et indulgences, et apportées
« par mondit seigneur le légat, commis ou dessusdit royaulme
« et es aultres pays dessusdis, icelles bulles contenant la
« fourme dont baillera la coppie révérend père en Dieu, mon-
« seigneur l'évesque de Tournay 5.
1 De France, manque dans le brouillon.
* Ce §, écrit d'abord en tête de la page supplémentaire, y a été
biffé ; puis il a été intercalé à sa place dans le brouillon, fol. 154 v°.
3 Dernier paragraphe de la page supplémentaire, qui d'après les
chiffres de classement, aurait dû se trouver après celui qui le suit ici.
* Pour V avancement des finances, manque dans le brouillon.
8 Le brouillon ajoute ici un paragraphe : « Item, demandera
notredit Saint Père qu'il vuelle donner ses bulles, adreschiées à tous
prélas, princes, seigneurs, gardes des bonnes villes,cités et chasteaulx,
par lesquelles il leur amoneste et requiert, de par Dieu et son église,
236 ANNEXES.
« Item, demander à notredit Saint-Père, par bonne manière,
« son advis l à qui le conqueste doit estre, qui, au plaisir Dieu,
« se fera sur lesdis hérittes. »
Seconde Partie.
Item, doit mondit seigneur envoyer une ambaxade bien
notable et de gens bien congnoissans es pays d'Allemaigne
pour y faire de par mondit seigneur ce qui s'ensiult :
Item, * parler aux princes, prélas et gouverneurs de 3 citez
et bonnes villes, voisines et marchissans aux ennemis de la
foy * et leur sera dit 5 . que mondit seigneur est bien en volenté
de venir en ceste saison nouvelle à très grant puissance de
gens d'armes et de trait, ainsi que aultre fois leur a fait
savoir 6, et pour ce désire à savoir de eulx en quel disposition
ilz sont pour faire guerre contre lesdiz ennemis et quelle ayde
que à monseigneur le duc de Bourgongne, commis de par l'église et
toute sa compaignie allant en cest voiage, ils vuellent donner aide,
confort et soustenance, et administrer vivres en payant pris raison-
nable.
* Son advis, manque dans le brouillon.
* Premiers (A).
8 Des (A).
* Le brouillon ajoute ici : « Et leur remoustrer la bonne volenté
et affection que mondit seigneur a au bien de la cristienté et le grant
désir qu'il a [de] destruire les mauvais Houx, hérites, ainsi que ce leur
a jà fait savoir par ses lettres, et tous jours persévère en ce saint
propos et aussi il en est, veu la nécessité, fort requis par notre saint
père et l'église. »
Après ce passage, le brouillon ouvre un nouveau paragraphe où
se retrouve la fin de celui où il l'a intercalé.
5 Item, en oultre leur sera dit, etc. (A).
6 Cette phrase incidente manque dans le brouillon.
ANNEXES. . 237
mondit seigneur poroit trouver par de là ', tant de gens comme
de finances * pour soldoyer lesdites gens d'armes et de trait
que il menroit en sa compaignie, laquelle sera très grande et
souffisans comme dit est 3.
Item, * demander aux dessusdis princes, prélas et gouver-
neurs de bonnes villes comment mondit seigneur le duc et ses
gens d'armes, en allant oudit. voyage, porroit avoir ouverture,
logis et passages parmy les bonnes villes et fortresses, et
aussi comment on recouveroit de vivres et le pris que on met-
troit sur iceulx.
Item, demander aux dessusdis princes, prélas et gouver-
neurs quel 5 chemin mondit seigneur et sa puissance por-
roient aller par delà pour le plus aisié, tant du chemin comme
pour trouver habondance 6 de vivres, et par quel lieu il leur
samble que on devroit entrer ou pays des ennemis.
Item, enquérir 7 de Testât desdis adversaires , comment il
se maintiennent en leur guerre, quel nombre de gens de cheval
ils sont, comment il sont armez et abatonnez, quel nombre de
gens de piet il sont et combien il ont de gens de trait et quelx
habillemens et soucieutez ilz ont quand ilz tiennent les champs
en guerre.
Item, demander aux dessusdis princes, prélas et gens du
pays quelz remèdes leur samblent estre convenables et néces-
saires pour résister aux engins et malices desdis ennemis, et
1 Trouver en eux (A).
2 De gens et aussi de finances (A).
3 Comme dit est, ne se trouve pas dans le brouillon.
* Ce paragraphe manque ici dans le brouillon. On le trouve plus
loin (voir p. 238 note 2).
8 Le brouillon avait d'abord écrit : par .quel chemin. Mais le mot
par a été biffé.
a Notre texte porte : « Tant chemin et trouver habondance. » Le
brouillon A dit : « Tant du chemin comme pour habondance. » J'ai
combiné les deux textes.
7 Demander (A).
238 ANNEXES.
se ceulx des pays de par delà ont advisé aucuns habillemens
pour remédier à rencontre desdis adversaires et que leSdis
ambaxadeurs les puissent vëoir s'aucuns en y a.
Item, demander aux dessusdis princes comment on se auroit
à gouverner se lesdis adversaires ne se osoient mettre avant
pour bataille, mais se retraisissent en villes et fortresses, et
comment on les porroit asségier et continuer les sièges , et
aussi avoir vivres \
Item, * avoir advis avec ceulx desdis pays de par delà qui
de ce ont congnoissance quel monnoie tant d'or comme d'argent
mondit seigneur et ses gens porroient porter par delà pour
leur plus grant pourftt, et en ce cas trouver aucun bon moyen
avec les princes, pays et bonnes villes \
Item., que mondit seigneur, avec sa dite ambaxade, envoyé
aucuns gentilzhommes, sages et congnoissans, pour visiter deux
ou trois manières de chemins pour aller par delà et méismement
quelx rivières et passages et quelx logis on trouveroit pour
entrer es pays desdis ennemis, et visiter, s'il y a rivières,
comment on trouveroit navie, et, ii\ y fault aller à charroy *,
comment on en recouvera 5, et que cest a chose soit bien et
deuement visitée par les gens de monseigneur sans ce qu'il s'en
atende de rien aux gens du pays. Et aussi qu'il se infourment
à la vérité comment on trouveroit vivres et comment l'armée
en porroit estre servie 7.
1 Et aussi avoir vivres, manque dans le brouillon.
* Le brouillon place ici le paragraphe omis à la page précédente.
Ce § est sur un autre feuillet (fol. 158) et rien n'y indique qu'il doive
être reporté ailleurs. Une seule variante mérite d'y être notée : au
lieu de : Et le pris que on mettroit, etc., il dit : Et quel pris et quel
provision en mettroit sur iceulx.
3 Princes et pays, etc. (A).
* Et se c'est chemin de charoy (A).
5 Comment on trouveroit charoy (A).
6 Ceste (A).
7 Et comment ilz porroient servir l'armée.
ANNEXES. 239
Tierce Partie.
Item, pendant le temps que on feroit les choses dessus-
dites, envoyer devers l'Empereur et lui signifier comment
nostre Saint-Père a induit monseigneur le duc, etc., de se
emploier à la destruction des Housses, félons hérittes, et aussi
la bonne volenté que, pour l'amour de notre foy cristienne,
mondit seigneur a à ceste sainte besongne.
Item, ' remoustrer à l'Empereur comment mondit seigneur
se dispose de aller contre lesdis ennemis, et auroit mondit
seigneur grant joye que les affaires dudit Empereur fussent
disposez de se employer contre lesdis hérittes à ceste saison
prochaine, et en ce cas, mondit seigneur le yroit acompai-
gnier à toute puissance *.Car c'est le prince du monde que mon-
dit seigneur veroit le plus volentiers en sa conduite d'armes,
car il lui samble que à tous jours mais il en vaulroit de
mieulx.
Item, en oultre prier 3 au dit Empereur que ce que mondit
seigneur le duc fait en ceste partie, il le vuelle avoir pour
agréable et le avoir pour recommandé en lui baillant ses
lettres patentes, par lesquelles il mande aux princes, prélas,
gardes de bonnes villes, citez, fortresses et passages de l'Empiré,
que à mondit seigneur et à ses gens face toute ayde, confort et
assistense, en lui baillant ouverture et passage durant ceste
présente armée et lui administrant vivres, pour son argent,
à pris raisonnable, icelles lettres le plus au prouffit de mondit
seigneur que l'en pora obtenir *.
1 Ce § est placé dans le brouillon'après celui qui le suit ici ; mais on
a indiqué la transposition en marge au moyen des lettres A et B. On
comprendra en lisant ce § quel sentiment politique l'a fait ajouter
ici et placer le premier.
* Servir à toute sa puissance (A).
3 Pryer (A).
* Recouvrer.
240 ANNEXES.
Quarte Partie \
Item, que, sceu l'intention de notre Saint-Père et de l'Eglise,2
sur les requestes dessusdites, qui doit donner à mondit
seigneur la fondation principalle de son entreprinse, et méis-
mement en fait de finances, mondit seigneur porra, selon ce,
faire son mandement, grant, moyeu ou petit '.
Item, il samble que, le légat venu * es parties de par deçà et
lui assamblé avec les princes et prélas et aultres notables
gens, bien affectez en ceste matère, tant d'église comme
nobles 5, il deveroit ordonner notables prédications qui par
toutes les églises et paroisces de par deçà seroient preschies
par pluseurs jours solempnez, et par icelles prédications 5 on
porroit, à l'ayde des princes et prélas et de leurs Oificiers et
des loix des citez et bonnes villes, mettre sus une finance qui se
prenderoit, sans exception de personne, sur chacune teste,
certain taux d'argent, ou tant que leur dévotion porteroit 6,
et, se ce se pooit conduiie, on y leveroit une très merveilleuse
finance \
1 Les paragraphes de cette partie sont aussi placés différemment
dans le brouillon, mais on a indiqué en marge, par des chiffres, le clas-
sement tel qu'il a été suivi dans la mise au net.
■ Et de V Eglise manqae dans le brouillon.
3 Après ce §, le brouillon en avait commencé un autre qui a été biffé
et que voici: Item, à correction, semble qu'il y a plusieurs manières
pour avoir finance et ayde pour l'entreprinse dessusdite.
4 Que, quand le légat sera venu, etc. (A).
5 La phrase contenue entre les deux signes de notes 5 a été
ajoutée en marge dans le brouillon.
6 Ou tant que leur dévotion 'porteroit a été ajouté entre les
lignes dans le brouillon.
7 Le brouillon a ajouté ici : « Et poroit on assez légièrement savoir
avant la main combien tout ce porroit monter pour se fonder sus. »
ANNEXES. 241
Item, se poroit lever ceste dite finance de chacune paroisce
par deux preudomes avec le curé, lesquelx yroient d'ostel en
hostel faire queste, et seroit mis par escript * tout ce que
chacun auroit donné et par trois jours de feste solempnel la lire
publicquement * adfin que chacun pëust savoir que la finance
seroit devenue et combien elle auroit monté \
Item, que, les indulgences, qui seront advisées par mondit
seigneur de Tournây et dont cy dessus est faite mention,
publiées, pluseurs *, meus de bonne dévotion et pour estre
absolz, donront de grans sommes de deniers.
Item, que l'en pora avoir grant finansse des disimes des
gens d'Eglisse \
Item, aussi puet advenir 6 que pluseurs seigneurs, chevaliers
gentilzhommes, marchans et riches bourgois y voiront aler à
leur despens, ou y envoyer gens d'armes et de trait 7, et tant
fauroit moins de finances *.
1 En escript (A).
2 Le brouillon dit : Le lire, et omet : Publicquement.
3 Et combien elle monteroit justement (A).
* Plusieurs gens (A).
5 Ce § a été ajouté à la mise au net, en grande écriture ronde, et
sans doute par l'auteur. Il manque au brouillon.
6 Cette expression de doute : aussi peut advenir, a été ajoutée dans
le brouillon entre les lignes.
7 Ce qui suit est remplacé r^ans le brouillon par ces mots : Que il y
envoieroient à leur despens semblablement.
• Le brouillon a ici un § de plus qui peut se comparer à l'avant-
dernier de cette partie, ajouté par l'auteur (V. note5) : Item que
les Xes (dissimes) que notre saint père aura ordonné prendre sur
les gens d'église devra valloir aucune bonne et grande somme,
242 ANNEXES.
Quinte Partie.
« Item, toutesfois, se mondit seigneur maine le nombre de
« IIIM hommes d'armes et IIIIM hommes de trait comme des-
« sus est dit, les gaiges d'iceulx hommes d'armes prendront
« XXescus de XL gros, et gens de trait la moitiet, banerés
« et chevaliers selon leur estât à l'avenant, montera pour mois
« Cirtil escus, telz que dit sont, sans en ce riens comprendre
« Testât de mondit seigneur, et veu le lontaing chemin et qu'il
« fault partout paier, l'en ne porroit point donner plus petis
« gaiges \.
« Item, et se porront trouver lesdites gens d'armes et de
« trait en la manière qui s'ensiult.
« Est s assavoir, mondit seigneur de Brabant HIC hommes
« d'armes, s'il y venoit en personne, et s'il n'y pooit aller
« qu'il 3 commesist aucun notable de son pays pour mener le
« nombre dessusdit, avec IIC arbalestriers ou aultre nombre
« convenable.
« Item, monseigneur le duc de Bretaigne, se samblablement
1 De ce paragraphe très-tourmenté de rédaction dans le brouillon,
avec des alinéas biffés et un passage en marge à demi biffé, on peut
lire ce qui reste comme suit : Item, que mondit seigneur devroitcon-
tendre, se les finances dessusdittes le peuvent porter, de mener avec
lui ou dessus dit voiage IIIM hommes d'armes et IIIIM hommes de
trait, lesquelz tous ensamble et méismement qu'il y aura plusieurs
grans seigneurs et généreulx hommes de grant estât qui menront
pour eulx sans accompagnier grant nombre de gens et telement que
les dessus dis IIIM hommes d'armes et IIIIM hommes de trait l'en
poroit sceurement estimer à plus de XVM combatans, lesquelx IIIM
hommes d'armes pour advertissement, veu les estas, montent pour court
che estimer à XX escus de XL gros, ung homme de trait à la moitié,
banerez et chevaliers sievant, la somme de C mil escus, du poids
dessusdit, pour mois.
* C'est (A).
3 Qu'il y (A).
ANNEXES.
245
« n'y pooit venir, qu'il volsist envoyer IIIC hommes d'armes et
« IIIC arbalestriers ou archiers ou aultre nombre samblable-
« ment que dessus.
« Item , révérend père en Dieu, monseigneur l'évesque de
« Liège, atout IIC hommes et IIC arbalestriers.
« Item, que monseigneur le duc deSavoye volsist envoyer le
« prince ! son filz acompaignié de IIIC hommes d'armes et de
« IIIC2 arbalestriers 5,et se les dessusdis princes voloient envoyer
« les nombres des gens d'armes et de trait cy dessus requis, qui
« montent à XIC hommes d'armes et mil hommes de trait, mondit
« seigneur auroit tant moins à recouvrer de gens en sesdis pays.
« Item, * pour payer les gens d'armes et de trait des dessusdis
« princes et prélas,les finances se porront trouver en leurs pays
« méismement, en usant par la manière efc praticque dessusdit s.
« Item, porroit mondit seigneur mander venir avec lui le
« conte de Vernebourcq, qui est seigneur bien amé et congnëu
« en toutes les Allemaignes et est très vaillant en guerre, et lui
« baillier certaine retenue de gens 8.
1 Monseigneur le prince (A).
* IIC (A).
5 Le reste de l'alinéa manque dans le brouillon, où ces derniers
mots sont suivis de deux lignes biffées, et d'une ligne intercalaire, bif-
fée aussi.
* Cet alinéa a été ajouté en marge dans le brouillon.
8 Le brouillon ajoute ici des paragraphes que le premier § de la
page 244 rend inutiles :
Item, du pays de Hénau, C et L hommes d'armes et IIC archiers.
Item, du pays de Hollande et Zéllande tant de ceulx qui par cy
devant ont esté de l'obéisance de monseigneur comme de ceulx qui
de présent se sont remis en son obéissance et gouvernement, C hom-
mes d'armes et cent arbalestriers.
Item, de le conté de Namur, L hommes d'armes, qui montent de
pour tous les pays dessusdis XIIIIC hommes d'armes et XIIC hommes
de trait.
6 Ce paragraphe n'existe pas dans le brouillon.
244
ANNEXES.
« lient, se aucuns desdis princes ne venoient ou envoyoient
w par la manière dessus déclarée, il converoit que mondit sei-
« gneur trouvast les devansdis IIIM hommes d'armes et IIIIM
« hommes de trait surses pays de Bourgogne, Artois, Flandres,
« Hénau, Hollande ou Zellande et Namur *,au moins ce qu'il faul-
« roit pour le parfait dudit nombre *, et pour estre sceurement
« acertené, il convendroit mander à certain jour les gens des
« dessusdis pays et les aultres gentilzhommes et mettre par
a mémoire les nom*; de ceulx qui en tel cas sont à mander ;
a mais ce se puet délayer tant c'on aura oy nouvelles des amba-
« xadeurs envoyés à Rome.
« Item, et quant lesdis seigneurs et gentilzhommes venront
« devers mondit seigneur, par bonne manière les doit amon-
« nester 5 de venir audit voiage et appointier avec eulx quel
« nombre chacun menra,tant d'hommes d'armes que de gens de
« trait 4 et la manière qu'ilz auront à eulx conduire allant oudit
« voyage, et aussi prendre bonne sceuretéd'eulx (Ju'ils'entreten-
1 Bourgogne, Artois et Flandre (A). On comprend qu'après les
trois paragraphes cités p. 243 note s, où est fixé le contingent du Hai-
naut,de la Hollande et de Namur, le brouillon n'avait plus à citer ici
ces provinces.
* Le brouillon va ici à la ligne et rédige ainsi la fin de ce §
(je néglige quelques mots intercalés, sans portée) :
Item, pour trouver l'acomplissement des gens d'armes et de trait,
en le parfait de IIIM hommes d'armes et de IIIIM archiers, oultre
ce que dessus est dit, pour ce assembler et mettre sus, mondit
seigneur doit mander devers lui tous les notables seigneurs, banerès,
chevaliers et escuiers que il a accoustumé de mander pour mener en
ses guerres, tant de son pays de Bourgongne, ducé et conté, que de sa
conté de Flandre et d'Artois, en ce comprins Boulongne et Saint-Pol
et les aultres tenemens des pays de France que monseigneur a en son
gouvernement. (Suivent des lignes biffées).
3 Item, iceulx venus devers lui, par bonne manière les ammones-
ter, etc. (A).
4 Avec eulx du nombre qu'ilz doivent mener et la manière, etc. (A).
ANNEXES. 245
« ront en bonne obéissance le voyage durant, et ' aussi fère lors
« pluseurs bonnes ordonnances nécessaires pour conduite des-
« dictes gens d'armes.
« Item, que lesdites gens d'armes et de trait que mondit sei-
« gneur menra en sa compaignie, comme dit est, 2 des pays de
« par deçà, monseigneur messire Jehan de Luxembourg en
« devroit avoir le charge et les conduire 5 soubz monseigneur
« le duc de Bourgoingne.
« Item, monseigneur le prince d'Orenges, semblablement
« avoir le charge de ceulx des ducez et contez de Bourgoingne
a et des pays d'environ.
Item, monseigneur le marissal de Bourgoingne useroit en
général de son office, ainssi que à marissal appartient.
VIe Partie.
Item, que mondit seigneur se doit pourvëoir de grant et
souffissant artillerie, tant de ars à main, flesches, cordes, arba-
lestres à monter au crocq et à guindas,et de trait à ce servant 4.
Item, de lances, haces ou maillés de ploncq 5.
Item, de pavaiz grans et petis, pour pourvëoir contre le trait
des adversaires.
Item, de canons, bombardes, pouldres et estoffes 6 et aultres
soutivetez selon ce que on trouvera estre nécessaire par le
rapport des ambaxadeurs que mondit seigneur aura envoyé es
parties d'Alleniaigne et méismement de ceulx qui seront char-
* Le brouillon termine ce § ainsi : Et ad ce fère avec bon avis.
2 Le mot est manque dans notre texte. Il n'a pas été omis dans le
brouillon.
3 Le charge de les conduire (A).
4 Et tout ad ce servant (A).
6 Plônc(A).
6 Pouldres, estoffes (A).
246 ANNEXES.
gié 4 de savoir Testât desdis ennemis * et de la manière qu'ilz
tiennent en faisant leur guerre 3 adfin de se pourvëoir selon ce.
Item, pour trouver bonne artillerie de ars à main et flesches,
veu que c'est pour la cristienté, l'en porroit savoir à monsei-
gneur le régent se on en porroit recouvrer ou royaulme d'En-
gleterre.
Item, samblablement , pour canons , tentes , pavillons et
aultres habillemens de guerre, dont cy dessus est fête mention ,
l'en poroit savoir se on en porroit recouvrer es bonnes villes
d'Allemaigne, es lieux les plus prochains desdis adversaires, et
sur cest article avoir bon ad vis, pour tousjours faire le plus
grant prouffit *.
Item, ordonner deux hommes notables 5, preudezhommes et
sages qui conduiront le fait de l'artillerie dessusdite.
/
VIIe Partie.
Item, que mondit seigneur, pour le conduite de sa personne
et (3e son hostelet généralment de tous ses affaires, se doit pour-
vëoir de X 6 ou XII notables hommes de conseil, tant d'église
comme de chevaliers anchiens, congnoissans les affaires du
monde par expérience, et aultres en desoubz, gens de qui on se
puist aidier en telz grans fais, comme à ceste présente entre-
* Chargiés(A).
' Anemiz (A).
s Ce qui suit manque dans le brouillon.
4 Pour en avoir le meilleur marchiet (A).
5 Ce qui suit est rédigé dans le brouillon en ces termes : Expers et
rescruz, de bonne conscience et seur, qui conduiront les artilleries
dessusdites.
6 On pourrait lire : XI, dans la mise au net, mais le brouillon écrit
lisiblement X.
ANNEXES. 247
prinse appertient, pour, avec les seigneurs et cappitaines des-
sus nommez aidier à conduire les besongnes * et affaires.
Item, que mondit seigneur pourvoye à la, conduite de sa per-
sonne durant ledit voiage 2, des habillemens appertenans à sa
haultesse, vestemens, 3 armeures, chevaulx et aultres choses
ainsi qu'il appertient, veu le grant entreprinse et les lieux
estranges où il est tailliés de aller, pour 4 y garder son hon-
neur et croistre sa renommée toudis de bien en mieux.
Item, que durant le voyage que mondit seigneur est taillié
de faire, il doit choisir des officiers de son hostel de tous estas,
des plus habilles et expers et les mieulx tailliés de endurer les
travaux et furnir ce que en tel cas est appertenant de faire.
Item, il samble que on porroit envoyer es parties d'Alle-
maigne où mon dit seigneur est taillié de converser le plus,
bonnes gens pour acheter bledz, vins, chars et aultres choses
pour soustenir son estât, dont l'en porra avoir beaucoup mil-
leur marchié se on le fait avant la main que quant mondit
seigneur y seroit et qu'il y auroit grant nombre de gens.
Item, que pour mettre sus et soustenir Testât et despense de
mondit seigneur, lui convient avoir grant finance, laquelle se
pora trouver sur les pays de mondit seigneur % mais qu'il
volsist entendre6 au premier article où il parle de son mariage.
1 Le brouillon, après avoir intercalé en marge la phrase précé-
dente, termine ainsi l'alinéa : Et doivent bien estre esleus et bien
advisez ceulx que mondit seigneur voira embesongnier.
2 Les mots : Durant le dit voyage manquent dans le brouillon.
* Tant des habillements appertenans à sa haultesse que de veste-
mens, etc. (A).
4 Le brouillon termine ainsi ce § : pour y garder son honneur et
renommée.
0 Le brouillon ajoute ici : Assez aisiément.
6 Se mon dit seigneur vouloit entendre, etc. (A).
248 ANNEXES.
VIII* Partie.
Item, que mondit seigneur pourvoie, es pays de Bour-
goingne, ducé et conté, de aucun ou aucunes qui en son absense
ait ou ayent ,1e gouvernement * à qui on se puisse retraire
quant aucune chose sourvendra, et 2 samblablement soit pour-
vëu es pays de Flandre, Artois, Hénau, Hollande et Zeelande
et aultres pays 3 dont mondit seigneur a le gouvernement.
Item, que pour assëurer lesdis pays, mondit seigneur
prende treuwes ou abstinences à tous ses ennemis et malvuel-
lans, durant le temps au moins que il est tailllé d'estre hors de
ses pays 4.
Item 5, se les finances pooient estre souffissans pour payer
le nombre de IIIM homes d'armes et IIIIM hommes de trait,
comme dit est, lesquelx l'en puet estimer avec Tostel de mondit
seigneur le duc au nombre de XVM combatans, qui est une
notable puissance, se Lieux leur vuelt prester sa grâce, et
encore que mondit seigneur le cardinal se porte fort d'amener
avec lui V ou VIM combatant du royaulme d'Engleterre, et sans
riens extimer la puissance des seigneurs d'Allemaigne.
* A partir d'ici le brouillon varie encore, il dit : Et que avant son
partementen prende abstienence ou trieuwes tant aux coramuogs,
comme aux Allemans et générairnent à tous ceulx qui guerre ou
empeschement porroient fère auxdits pays durant l'absence de mon
dit seigneur.
* Item, semblablement, etc. (A).
* Le brouillon termine ainsi : Et ad ce fère fault bien avoir bon
ad vis.
* Ce § manque au brouillon. La même idée avait déjà été exprimée
à la fin du précédent § (Voir note 1 de la présente page).
8 Les deux derniers paragraphes manquent dans le brouillon. Le
précédent § s'arrête au bas d'une page, fol. 156, dont le verso est
à demi rempli par une variante du 2e alinéa du mémoire, que
j'ai appelée C. (Voir page 228 note *).
ANNEXES. 249
« Item, supplie humblement celui qui, de bonne affection,
« selon son petit entendement, a fait hastivement cest advis que
« on le vuelle prenre en bien, car s'il y a faulte, ce n'est point
« par faulte de bonne volenté, mais on en puet demander à
« faulte de sens, tousjours prest de se remettre et réduire à la
« milleur oppinion et aussi prest de déelairer sur toutes les
« choses escriptes, plus emplement son entendement qu'il
« n'est cy présentement mis par escript. »
VOY. ET AMB. 16
II]
DEUXIÈME AVIS SUR LA GUERRE DES HUSS1TES. 1429.
— Voir p. 202. —
Ms. fond français 1278, fol. 146.
Pour vouloir entreprendre armée contre les Hous, il est
expédient d'avoir les choses qui s'ensiuvent.
Premièrement, que le prince qui la charge de laditte armée
vouldra entreprendre, si ait lettres du Roy des Romains l
advétans es éliseurs, princes, prélas et bonnes villes dudit
empire, contenans comme ledit roy à estably et requis le dit
prince comme le plus puissant du Saint-Empire de vouloir
prendre et supporter la charge de ladite armée comme son
propre lieutenant, et avec ce, soit contenu esdittes lettres que
ledit Roy mande es dessusdiz que, sur la féaulté et léaulté qu'ilz
ont en lui et au bien de la cristienté, soient vrays obéissans au-
dit prince, et avec ce, que les deniers qui sont levez et qui se
lèveront soient distribuez de tout en tout par l'ordonnance du-
dit prince.
Item, que ledit Roy rescripve à notre Saint-Père le pape que,
pour les grans affaires qu'il a contre les Turcs qui son royaume
* L'Empereur Sigismond, élu en 1410, mort en 1437.
ANNEXES. 251
de Hongrye vueillent destruire, il ne peut fore armée contre
les diz Hous, 1 pourquoy il a eslëu pour son lieutenant ledit
prince comme le plus grant dudit empire pour estre chief de la-
dite armée, et pour ce, qu'il supplie au pape que pareillement
vueille rescripre es princes dessusdiz et à tous autres qu'ils soient
vrays obéissans audit prince et maldye et excommenye tous les
désobéissans audit prince et bénéisse tous les vrays obéissans,
et avec ce, que le dit pape donne dissime sur ledit empire et
autres pays voisins pour lever argent pour ladite armée,
lequel sera emploiet par l'ordonnance dudit prince.
Item, estoit l'entention du dit Roy, quant je me partis,
d'aller à Rome sur ceste saint Remy, pour soy coronner * et
parler au pape desdites matières, et pour tant, se ainsi est que
le dit prince vueille entreprendre ladite charge, en passant quant
le dit Roy fera toutes les montaignes , il approuchera le pays
de Bourgogne à deux journées près, et là ledit prince porra
parler à lui, et porra envoier aucuns de son conseil à Rome
avecques ledit Roy s'il n'y vouloit aler.
Item, pour savoir la puissance desdiz Hous, par le raport des
chevaliers du pays à présent fuitifs et de l'ostel dudit Roy, est
sceu qu'ilz ne se peuent trouver en toute puissance plus de
VIIIC (?) hommes d'armes, mais de commune de XXX à XLM
combatans, et dient lesdiz chevaliers que, se ung puissant prince
venoit ou pays, qu'il y a plusieurs forteresses et bonnes villes
qui lui feroient obéissance et ayde contre lesdiz Hous, mais
sans veoir ladite puissance, ilz ne se oseroient mouvoir, car
l'année passée, pour tant que les Alemans que il furent à grosse
puissance, ilz s'en revindrent fuyans sans ouser actendre la
bataille, par quoy ceulx qui leur avoient fait obéissance en
furent destruis.
* Sigismond ne put armer contre les Hussites qu'en 1431. 11 le fit
sans succès.
* Il reçut la couronne de fer à Milan en 1431 et la couronne d'or
à Rome le 31 mai 1433.
252 ANNEXES.
Item, que ledit pays est pays plain et y peuent aller charios
pour mener tous vivres, et aussi est fertile de tous biens, exepté
de vins.
Item, par commune extimacion' de gens, ledit prince porra
avoir des gens des pays d'Alemaigne de cinq à VI M chevaliers
et escuiers.
Item, n'est point possible que nul prince puist entreprendre
ceste matière sans avoir le sceu et consentement dudit Roy,
pour plusieurs raisons que l'en porra bien dire audit prince.
Item>que desjà sont levées grans sommes de deniers qui sont
mises en dépost es églises catédrales des cités jusques à ce
qu'il soit advisé qui sera chief à la saison qui vient pour la-
dite armée, et à cellui prince une chacune province lui man-
dera par escript les sommes de deniers qu'ilz ont en garde.
Item, porra l'en encores advertir audit prince plus de choses
quant il vouldra prendre la charge, mais qui la vouldra
emprendre, que ce soit en temps deu, car grant fait ne se puet
conduire s'il n'est mis sus de longue main.
Item, n'est pas possible que par prince de la langue d'Ale-
maigne ceste chose se puisse conduire, la cause si est car
le roy de Dampnemarche ' siapluseurs grosses guerres dont il est
assez empeschié et aussi n'a pas gens de ses subgés qui sceussent
conduire une telle matière.
Item% que le duc Loys, conte palatin du Rin, i seigneur
d'Edelebert, est chief des éliseurs, si est tellement malade du
corps que de lui ne fault plus fère mémoire.
Item, que le duc de Saint-Seigne, marquis de Misse,3 qui
estoit le plus puissans des Alemaignes et éliseur en l'Empire,
1 Eric,occupé depuis 1414 à la guerre avec les princes deHolstein,
pour le duché de Sleswick, guerre qui dura jusqu'en 1435.
* Louis III, dit le Barbu, comte palatin, mort en 1436.
3 Frédéric I, de Misnie (la capitale de la Misnie était Meissen),
électeur de Saxe, mort le 14 janvier 1428. Son fils, né en 1411, avait
17 ans quand il mourut. Notre auteur dit environ 16 ans.
ANNEXES. 255
est aie nouvellement de vie à trespast, lequel a laissié ung filz
qui a environ XVI ans, lequel est trop jone por conduire une
telle matière. '
Item, que le marquis de Brandebourg,1 qui est le tiers éliseur,
si est très malade de sa personne, et aussi n'a pas puissance de
soy pour conduire une telle matière.
Item, ne sera point chose d'expédient que les arcevesques de
Méance, de Coloigne et de Trièves, qui sont les autres éliseurs,
que ung d'eulx fut ydoyne pour estre chief de ladite armée.
• Item, quele duc Alebert d'Osteriche 2ne porroit conduire ceste
matière, car les ducz de Zaine 5 ne les éliseurs ne y obéiroyent
point, pour ce qu'ilz se dient estre de plus grant lignage que ledit
duc d'Osteriche, et aussi il n'a point puissance pour ce fère.
Item, pour toutes conclusions n'est point possible chose à
croire que ceste matière se puisse conduire ne mener à effect
sans chief, dont le roy des Romains est l'un et le prince à qui
cecy s'adrece est l'autre, et en ceste opinion se tiennent la plus
grant partie des princes d'Alemaigne et ainsi fault que l'un
d'eulx soit chief et tousdiz y estre en personne.
1 Frédéric I, marquis de Brandebourg. L'auteur dit avec raison
que la puissance lui manque. S'étant rais à la tête de l'armée impé-
riale en 1430 pour cette même guerre, il n'y put réussir.
* Albert, duc d'Autriche, fils d'Albert IV et de Jeanne de Bavière,
fut Empereur en 1438 sous le nom d'Albert II.
5 Les ducs de Saxe.
IV
LE CONCILE DE BALE. 1433.
— Voir p. 207. —
Archives de la Cote d'Or, à Dijon. Layette des conciles, (79) cote 8,
aujourdhui B, 11615. — Copie : Bibl. nat. de Paris fonds de
Bourgogne, t. 95, p. 708 et s.
I
A notre très chier et honnoré Seigneur Messire N. Rolin,
seigneur d'Authume et chancelier de notre très redoubté seigneur
monseigneur le duc de Bourgoingne.
Nostre très cher et très honnoré seigneur, nous nous recoman-
dons à vous tant chièrement que povons, et avons receu voz
lettres escriptes à Dijon le XXIXme de mai, faisant mencion de
pluseurs poins, entre les autres que ne'voulsissions prandre
aucun appointement ou lieu de Monseigneur sans son ordon-
nance. Sur quoy plaise- vous savoir que dudit lieu tous diz avons
fait bon devoir et, affin que soyés plus advertis, vous envoyons
la proposicion faicte en latin avec les responses faictes par eulx.
Au surplus par le concilie ont esté ordonnés les cardinalx avec-
ques eulx appelez VIII des IV députations pour y appointer , et
comme entendons ils n'y diffinièrent riens ; mais, par manière
de expédient jusques ad ce que plus grandement soient informés,
sans préjudice des parties, ont entencion que TAmbaxade de
ANNEXES.
255
Monseigneur et des dessusdits soient entrelassées incontinent
après les Roys, le premier des gens de Monseigneur premier
ausy conséquemment. Mais de l'accepter nous ne sommes
aucunement d'acord sans avoir premier l'advis de mondit
seigneur ou de vous, ains avons propoz de en publique de-
mander ledit lieu de Monseigneur comme autrefois avions, et
après cela prandre congié dudict concile et nous tirer devers
vous pour avoir advis sur tout et de ce que s'en fera. Se nous
n'alons par delà, vous avertirons incontinant.
En oultre maistre Jehan Vivien est arrivez par deçà le IIIe
de juing et nous a apporté lettres de créance contenans en effet
que mondit seigneur étoit très content de ce que nous estions
arrestés à Èasle et ne vouloit point que pour l'eure alissions à
Rome.
Item, nous commendoit de adhérer de par lui audit con-
cilie et sur ce nous a envoyé très large povoir en lettres patentes
signées Serrarii et seellées du seel de secret.
En oultre, quant à la question dudit lieu, mondit seigneur
s'en rapporte entièrement à nous d'y faire le mieux que pourrons
et de garder toutesfoiz son honneur, et gardent l'amistié si
avant que pourrons entre mondit seigneur et lesdiz éliseurs.
Et en oultre, pour ce que grande voix court es divers lieux des
différens qui sont entre notre saint père et le concilie, mondit
seigneur nous a mandé de rechief, car ainsy nous avoit esté
chargé, à notre département, de, en toutes manières que pour-
rons, saulve Tonneur de mondit seigneur et sa conscience,
favoriser et porter le fait du Pape et de non consentir de par
luy à sa déposicion ou suspension, etc.
Sur lesquelles matières et quant au fait du Pape, nous voions
qu'à touttes fins pluseurs tendent à la destitucion et déposicion
du Pape, soubs coleur d'une cédule par laquelle ilz vuellent
entièrement adnuller son élection, et après ont entencion de
procéder à sa déposicion, tant soubs celle coleur que soubz
tiltre qu'il est dilapidateur des biens d'Église et inutile au
gouvernement d'icelle, et nonobstant qu'il aye envoyé de pré-
256 ANNEXES.
sent cinq bulles et ordonné légas et commis pour présider ad ce
concilie et procéder à tous les poins pour lesquelx le concilie
est mis suz. Toutesfoiz ceulx dudit concilie n'en sont aucune-
ment contens,vueîlent bouter oultre leur entreprise, * et en vérité
se Dieu n'y pourvoie, nous aurons cisme en l'église, qui sera
trouble pour tout le monde. Touteifoiz au regard deceste matière,
l'Empereur et tous les Alemans sont au contraire et pour riens
ne consentiront à la déposicion de notre dit Saint-Père. De
ceste oppinion sont les Anglois qui sont par deçà ; de ceste
oppinion sont les gens de monseigneur de Savoye et sur ce nous
a escript mondit seigneur de Savoye que en cas que ceulx dudit
concilie vouldroient procéder à l'encontre du Pape à déposicion
etc. , nous voulsissons opposer avecques lui en ceste matière, disans
qu'il n'a point satisfait et qu'il estbesoingde adhérer simplement
etsanscondicion,et,se Dieu n'y pourvoye, nous sommes en dan-
gier d'avoir cisme en l'Eglise, et quant ad ce les Ambaxadeurs
de l'Empereur, des Eliseurs de l'Empire, du Roy de France et
du Roy d'Engleterre, du Roy d'Arragon, du Duc de Savoye,
du Duc Alberch d'Auterriche, du marquis de Misse, sont d'une
conclusion de non vouloir aucunement assentir affaire chose
dont cisme peut venir et avons tenu journées avec eulx pluseurs
et prins conclusion de premièrement exorter ceulx du concilie
qu'il veuille délayer telles voies et encore requérir notre dit
Saint Père de adhérer plainement et en cas quils vouldroient
procéder avant, et non déférer aux requestes faictes par les
dits Ambaxadeurs, avons conclud de protester de non assensu
aut consensu, etc. Et hier fut exécutée la voye deéxortation en la
personne du Président dudit Concilie, touz lesdits Ambaxa-
deurs présens, par la bouche de l'évesque de Nevers, en nom de
toux lesdits ambaxadeurs, et avons espoir d'y proffiter au- bien
de l'Église universale.
Et quant au fait de l'Evesque d'Aucerre, nous y avons fait et
1 Les neuf lignes, «i importantes, qui suivent jusqu'aux mots :
disant qu'il n'a point satisfait, etc., manquent dans la copie de Paris.
ANNEXES. 257
faisons tout le mieulx que pouvons et avons mis suz procureurs
et advocas pour son droit garder.
Quant aux nouvelles de par de ça, les ennemis se fortiffient de
jour en jour en suppoux et prélas, et hyer arriva l'Evesque de
Roddez, armignac, et de notre costé nulz.Si ferez bien ainsi que
propoux en avez, comme le nous escripvés, d'y pourvëoir Mon-
seigneur venir.
Nous vous envoyons une cédule contenant la récepcion de
l'Empereur à Rome.
Le pourteur des présentes a demeuré par deçà jusques à
présent pour actendre ceulx dont chargé l'aviez et a besoigné
diligemment.
Notre très chier et honnoré seigneur, se chose voulez par de
ça que faire puissions mandez-le nous et nous l'acomplirons
de très bon cueur, ce scet Notre Seigneur qui vous doint
bonne vie et longue, et l'acomplissement de touz voz bons désirs.
Escript à Basle, le XV de juing.
Les toux vostres, je Evesque de Nevers, G. De Lannoy,
chevalier, je Vivien, et je de Fruyn ' ambaxadeurs de Monsei-
gneur le Duc à Basle.
II
A notre très honnoré seigneur monseigneur d'Authume,
chancellier de notre très redoubté seigneur monseigneur le
duc de Bourgoingne.
Notre très honnoré seigneur, tant et si humblement que
povons plus, nous nous recommandons à vous et vous plaise
savoir, notre très honnoré seigneur, que nous escripvons présen-
tement à notre très redoubté seigneur monseigneur le duc sur
le fait de notre venue en ceste ville de Basle et autres choses
touchans notre charge ainsi que plus à plain pourrés veoir par
* Ce nom est laissé en blanc dans la copie de Paris.
258 ANNEXES.
lez lettres de mondit seigneur et certains articles en icelles
enclos, lesquelx vous envoyons semblablement enclos en ces
présentes afin de y prendre et avoir advis avec mon dit seigneur,
et mesmement en l'article touchant la requeste sur la dilacion
du décret dont avons entre autres choses espécial charge. Si
vous supplions, notre très honnoré seigneur, humblement qu'il
vous plaise sur ce advertir mondit seigneur et y tenir la main
envers lui afin de savoir et avoir son advis, voulloir et bon
plaisir ou fait dessusdit pour procéder et nous gouverner selon
qu'il nous mandera et que ce soit le plus brief que faire ce
pourra ainsi que la chose le requiert. Notre très honnoré sei-
gneur, nous sommes adez prests et désirans de faire et acomplir
à notre povoir vos bons plaisirs de très bon cuer, comme scet
notre seigneur qu'il vous ait en sa saincte et benoicte garde et
vous doint bonne vie et longue. Escript à Basle le XVIIIe jour
de septembre (1433).
(Les signatures sont coupées.)
S'ensuivent les articles dont est faite mencion es lettres devant
dites.
Et premièrement, comment les gens et ambasseurs de monsei-
gneur nouvellement envoyez au saint concile de Basle ont esté à
grant joye et honneur receu audit lieu de Basle et très grande-
ment accompaigniez des gens familliers de messieurs les car-
dinalz, monseigneur le duc Guillaume de Bavière, protecteur
dudit concile, et autres illec estans. Lesquels leur vinrent au
devant plus d'une demie leue et les acompaignèrent jusques en
leur hostel.
Item, que lesdiz ambasseurs ont trouvez mesdiz seigneurs
les cardinalz, en leur commune visitacion, très favorables aux
affères de mondit seigneur, en eulx offrant en tout ce que faire
pourroient pour lui et son bon vouloir et plaisir, et semblable-
ment ledit duc Guillaume et le bourgmaistre et conseil dudit
lieu de Basle qui visitarent iceulx. ambasseurs le jour ensuivant
quilz furent illec arrivez, en eulx adjoyssant de leur venue et
offrant comme dessus et leur envoyèrent au disner vin à grande
planté, blanc et vermeil.
ANNEXES. 259
Item, que eulx arrivés au lieu de Montbélial, ont trouvez
certaines lettres des autres ambassadeurs de mondit seigneur
audit lieu de Basle et pansent que les pareilles avoient esté
envoyées à monseigneur le chancellier, contenant pluseurs
nouvelles advenues audit lieu de Basle, touchans leurs charges
en icellui lieu.
Item, que eulx arrivez audit lieu de Basle et à plain informé
des choses dessusdictes, c'est assavoir que le lundi VIP de
septembre, ledit Guillaume, ensemble un nommé messire Jehan
Offembourch chevalier, avoient fait requeste que, actendu que
l'Empereur estoit en chemin et qu'il seroit de certain à Basle
pour tout le mois de septembre et qu'il apporteroit chose dont
ils seroient contens par raison, ils voulsissent proroguer le temps
donné au Pape pour adhérer, jusques à sa prouchaine venue.
Et, sur ce eue ce dit jour délibéracion et conclusion, fut depuis
le jeudi Xe de ce mois conclut le délay de trente jours ensui-
vans après ledit Xe jour et lendemain vendredi XIe dudit mois
publié par décret en cession publique, dont le double est, comme
dit est, encloux esdites lettres avec ces présens articles.
Item, en ce même temps, arriva un évesque, ambasseur du
Pape, nommé Serinensis, et alors futassés commun qu'il appor-
tait bulles de adhésion ou adhérence de par le Pape. Pour
lesquelles choses, lesdiz ambasseurs, ensemble 1 evesque de
Neversetsescompaignons,ad ce présens les gens de monseigneur
le duc de Savoye estans audit lieu de Basle, ont mis en conseil
et délibéracion s'ils dévoient procéder à l'entérinement de leur
charge, et mesmement au regart du fait du Pape et s'ils pro-
cèderoyent incontinent à faire la requeste de délay de trois
mois,etc.Et après pluseurs raisons et motiz d'un costé et d'autre,
actendu que la chose estoit fort muée depuis leur département
et, se le Pape adhéroit dedans ledit temps et ils eussent fait leur
requeste, elle seroit irritative et sans aucun fruit ou prouffit,
l'en actendoit avoir certaines nouvelles du Pape en ceste matière
et que temps souffisant resteroit pour faire ladite requeste.
Ont esté tous d'un commun accort que, pour le présent, l'en
260 ANNEXES.
délaieroit à faire icelle requeste soubs couleur d'actendre
monseigneur le conte de Fribourg et aussi les gens et ambas-
seurs de monseigneur de Savoye qui doivent briefment estre
audit lieu de Basle.
Item, a esté l'advis desdiz ambasseurs que, ou cas que le pape
adhérera au saint concile dedens le terme dessusdit, qu'il ne
sera jà besoing de procéder à ladite requeste. Toutesfois que, en
cas que dedans le dit temps, ils sentiroient que le pape ne adhé-
reroit et auroit envoyé lesdites bulles de adhérence ou que par
occasion d'aucunes autres deffences et conditions que pourroient
d'un costé et d'autre à cause d'icelles bulles, ladite adhésion ne
seroit parfaicte dedens ledit temps et que pour ce ceulx du con-
cile vouldroyent procéder à l'exécution de leur décret dont s'en
pourroient ensuir inconvéniens, Cisme ou esclandre, sont tous
conclus, fermes et déterminez en cedit cas dedans certains
jours compectans devant à procéder entièrement à la poursuite
de ladite requeste et en deffault d'acomplissement d'icelle, pro-
céder à l'exécution contenue aux instructions de mondit sei-
gneur se non que, dans ledit temps ils aient autres nouvelles et
mandement de mondit seigneur.
Item, ce dit jour, se sont trez par devers messieurs les car-
dinalz de Saincte-Croix aucun des gens de mondit seigneur de
Bourgoingne et de Savoye, pour avoir leur advis sur l'article
dessusdit. Et a esté entièrement mondit seigneur de Saincte-
Croix de l'advis dessusdit et monseigneur de Rouhem, du délay
et que se en la fin l'on ne pouhoit obtenir ladite requeste, l'on
pourroit obtenir aucun autre bien.
Item, le venredi XVIIIe jour de ce présent moys, ont pré-
senté en plain concilie les ambaxeurs des Eliseurs une lettre de
part tous leurs maistres escriptes à Francfort où il l'ont tenu
certaine journée, contenans en effect que le saint concilie voul-
sit délayer et proroguer le terme donné au Pape de LX jour et
souspendre l'exécucion d'icellui jusques ad ce que leur ambaxade,
qu'estoit preste et desjà estoit en chemin, fut alée devers notre
dit saint Père et l'Empereur le exorter, etc. et requéroyent
instamment avoir sur ce responce incontinant.
ANNEXES.
261
Item, affin que par inadvertance ne soit oblié, le Roy notre
sire, par ses lettres, avoit requis paroillement, de environ le
XVIIe jour d'aoust.
Item, le XIe de ce moys, furent leues lettres du Dalphin
requérant ce mesme et que ung nommé Messire Symon Charles
estoit ordonné pour aler devers le Pape.
(Archives de Dijon, ancienne lay. 79. Liasse 1, cote 13, aujour-
d'hui B 11615 : pièce originale.)
CONFLIT D'AUTORITÉ. 1440.
— Voir p. 210. —
Ms. de Paris, fonds français n. 1278, fol. 133-136.
Ce conflit entre les magistrats de la ville de l'Ecluse et
la garnison du château fut tranché par le duc en faveur de
l'autorité militaire et au mépris de ses anciennes lettres
patentes par lesquelles il avait accordé aux bailli et éche-
vins des droits de police et de fiscalité sur la garnison.
D'après ces actes, la conduite des magistrats avait été
légale, Philippe les annule néanmoins et va jusqu'à donner
à l'annulation un effet rétroactif.
La garnison s'était cependant conduite brutalement :
Pour se faire rendre un tavernier, des soldats avaient
arrêté et emprisonné au château deux bourgeois. Les magis-
trats protestent contre ces violences et demandent qu'amende
honorable soit faite par le capitaine à l'autorité communale.
Philippe le Bon n'entend rien ; non-seulement il donne
droit à l'autorité militaire sur le fait, mais il lui assure à
tout jamais le droit de justice et l'exemption d'impôts, et il
exige que la sentence, portée au nom de ses lettres anté-
rieures, soit supprimée. Le temps des libertés communales
était passé.
ANNEXES. 263
« Phelippe etc. A tous ceulx, etc.
Comme certain débat se fust jà pièça mëu en notre ville de
l'Escluse tant de parolles comme de fait entre Colin Fauviel,
maistre artilleur et trois ses complices, tous soldoiers de nostre
chastel de l'Escluse, d'une part, et Jehan Van Husonne, bourgeois
de notredite ville de l'Escluse, d'autre. Pour lequel débat les
bourgmaistres, eschevins et conseil d'icelle notre ville eussent,
environ le mois d'aoust l'an mil CCCC trente huit, banny hors
de notredite ville de l'Escluse trois d'iceulx soldoyers nommez
Christoffle le Kanne, Hannequin Hermanszoie et Jehan Wan-
dois, l'espace de six ans, en leur donnant tiltre de tassement, et
avec ce, environ le mois de février ensuivant ou dit an, les diz
de la Loi de notredite ville eussent fait prendre ung nommé
Jehan le Kokere , tavernier et aussy soldoyer de notredit
chastel, et le mettre en leur prison par deux fois en le calengant
à chacune fois de l'amende de soixante livres monnoye de notre
pays de Flandres, les deux pars à appliquier à notre prouffit
et la tierche part au prouffit de notredite ville, pour cause de
ce qu'il avoit vendu vin en notredit chastel, contre la teneur
de certain prévilège que lesdiz de l'Escluse disoient avoir de
nous, desquelles amendes, affin de yssir hors du dangier de
prison, le dit Jehan se fust caucionné envers iceulx de l'Escluse.
Et pendant lesdites prise et caucion, les soldoyers de notredit
chastel fussent yssuz hors d'icellui notre chastel et, par voye de
fait, prins deux bourgois sur l'eschévinnage de notredite ville
et iceulx menez prisonniers de notredit chastel, afin de ravoir,
par ce moyen, franc et quite desdites prison et caucion, le
devantdit Jehan le Kokere leur compagnon, lequel lesdits de
l'Escluse avoient fait prendre à tort et induement, comme
disoient lesdits soldoyers.
Pour occasion desquelles choses, procès et question se fussent
menez par devant nous et notre conseil estant lez nous, entre
notre amé et féal chevalier, conseiller, chambellan et capitaine
de notredit chastel, messire Guilbert de Lannoy, seigneur de
Willerval, tant en son nom à cause de sadite capitannerie
264 ANNEXES.
comme ou nom de tous les soldoyers de notredit chastel, notre
procureur général de Flandres avouet avec eulx, d'une part, et
lesdiz de la Loy de notredite ville de l'Escluse d'aultre. Disans
et maintenans lesdiz capitaine et procureur que à tort, sans
cause et induement, lesdiz de l'Escluse avoient proféré le ban
et prins la cognoissance des soldoyers dessusdiz et fait prendre
et emprisonner ledit Jehan le Kokere, pour la cause dite, et
que pour quelconque cas, délit ou offense que les capitaine ou
soldoyers de notredit chastel commettent et perpètrent en icelle
notre ville et eschévinnage de l'Escluse, les bailli, sergens ou
Loy de l'Escluse ne autres ne peuent ne doivent prendre
cognoissance, correction ou pugnicion ; mais, à cause de
notre haultesse et seigneurie, appartient et doit appartenir
seulement et pour le tout en tous cas audit capitaine, son lieu-
tenant ou à nous, la cognoissance, correction et pugnition des-
diz soldoyers, lesquelz sont commiz de par nous et à noz des-
pens à la garde, sëurté et deffense,de nuyt et de jour, de notre-
dit chastel, qui est la principale clef de notre pays de Flandres
et à nous si prouâtable pour le bien de notre seigneurie que plus
ne pourroit, et que aussi à cause de notre dicte hautes se et sei-
gneurie, lesdiz capitaine, son lieutenant et soldoyers avoient fran -
chise et liberté de vendre à détail et autrement, dedans notredit
chastel et les bassecourt et barrières d'icellui, toutes manières de
vivres, tant vins et cervoises corne chars et autres vitailles et
denrées, à toutes personnes qui achater en voulloient, sans pour
ce forfère ne encourir envers nous ne envers lesdiz de l'Escluse
ou autres en quelconque amende. Et que ce soit vray depuis
XXIII ans en ça que ledit messire Guilbert avoit exercé les-
diz offices de capitaine, aucun soldoyer de notredit chastel
n'avoit esté prins ou arresté par lesdiz bailli ou sergens pour
quelconque cas qu'il eust perpétré en notredite ville et eschévin-
nage d'icelle, que tantost, à la requeste et sommacion de luy ou
de son lieutenant, le dit soldoyer ne luy ait esté rendu pour en
fère pugnition selon ledit cas, sans ce que lesdiz bailly et Loi
de l'Escluse en aient prins ne eu quelconque cognoissance ne
ANNEXES. 265
en fait pugnition par ban ne autrement. Aussi que pendant
iceulx XXIII ans, lesdiz soldoyers ou aucuns d'eulx avoient, en
tout temps et à toutes heures, beu vin et tous autres buvrages
et dispensé toutes manières de vitailles en icellui notre chastel,
et avec ce vendu publiquement au veu et sceu desdiz de l'Es-
cluse pain, char, vin, cervoises et autres denrées, à détail, et eu
boucher et boucherie en notredit chastel et bassecourt et bar-
rière d'icellui, sans en payer assize ou maletote ne forfère
aucune amende, à nous ne à notredite ville, et en ceste manière
en avoient tous les autres capitaines et soldoyers et leurs pré-
décesseurs joy, usé et possésé dès la fondacion de notredit
chastel. Offrans leurs fais à prouver tant que pour souffire, et
contendans afin que lesdiz de l'Escluse fussent par nous con-
dempnez de mettre au néant et trachier hors de leur registre
le devantdit ban desdiz trois soldoyers, comme induement fait,
et iceulx souffrir retourner et converser paisiblement en notre-
dite ville, aussi ledit Jehan le Kokere délivrer quitte et absolz
desdites deux amendes et la caucion rendue, et au surplus leurs
diz faiz, proposition et conclusion à eulz adjugiez, faisans
demande de despens fais et à faire jusques en diffinitive.
Les desputez desdiz de l'Escluse maintenoient au contraire,
disans que, au regard dudit ban qu'ilz avoient proféré sus lesdiz
trois soldoyers, ils l' avoient fait à droit et à bonne cause et que
par vertu de certaines lettres de déclaration et sentence par
nous donnée en notre ville de Gand, ou mois de may l'an
mil CCCC et XIIII, lors nous nous estans conte de Charolois
et ayans le gouvernement de notre pays de Flandre, sur cer-
tains débatz et questions qui à cause de la cognoissance et
pugnicion desdiz soldoyers avoient esté entre lesdiz de l'Escluse
et feu le seigneur Dubois, prédécesseur capitaine dudit messire
Guilbert, la cognoissance de tous les fais perpétrez par lesdiz
soldoyers entre notredite ville et eschevinage de l'Escluse leur
en appartenoit, pour iceulx pugnir et corrigier tant criminel-
ment comme civilement selon leurs démérites, et aussi que à
bonne et juste cause ilz avoient fait prendre ledit Jehan le
VOY. ET amb; 17
266 ANNEXES.
Kokere et le caucionné pour lesdites deux amendes chacune de
LX livres, à mauvaise cause et à tort lesdiz soldoyers avoient
prins et menez prisonniers en notredit chastel leursdiz deux
bourgois et que par vertu de certaines autres lettres données
aussi de nous en notredite ville de Gand, ou mois de mars l'an
mille CCCC XIIII,ou temps de notredit gouvernement, et rati-
fiez par feu notre très chier seigneur et père, dont Dieu ait
l'âme, ilz avoient prévilège et droit que lesdiz capitaine et sol-
doyers ne povoient ne dévoient vendre pain, char, poisson, vin,
cervoise ne autres denrées , ne vitailles quelconques oudit
chastel, bassecourt et barrières d'icellui, sur paine d'encourir
et forfère envers eulx, pour chacune fois qu'ilz le feroient, cha-
cun l'amende de LX livres, et ce pour occasion de l'interest et
dommaige que ilz disoient que nous et eulx en avions en
assises courrans en notredite ville pour notre ottroy dont
prenons certaine porcion, lesquelz assiz se diminuoient très
fort par ladite vendicion qui se faisoit en notredit chastel,
sauf et réservé seulement les vins de noz garnisons qui se
povoient renouveller et vendre à détail à tout homme durant
VI sepmaines en l'an et non plus, assavoir depuis le my-aoust
jusques à la Saint-Remy, pourveu toutesvoies que le maistre
de notredite garnison est tenu de iceulx vins préalablement
offrir à vendre en gros aux assiseurs de notredite ville, et,
s'ilz ne povoient estre d'accord du priz, en cas povoient vendre
lesdiz vins à détail comme dit est. Et desquelles choses, tant
de la cognoissance et pugnicion desdiz soldoyers comme desdites
vendicions de vins et autres parties dessus déclarées, non
povoir ne devoir faire en notre chastel, bassecourt et barrières
d'icellui, lesdiz de l'Escluse avoient joy et usé, selon le contenu
de nosdites lettres, paisiblement,au veu et sceu desdiz capitaine
et soldoyers, de si longtemps qu'il n'estoit mémoirevdu contraire,
et avoient banny, corrigé, pugny et pris amendes par plusieurs
fois sur lesdiz soldoyers, ou temps dudit capitaine et de ses
prédécesseurs capitaines. Offrans leurs fais à prouver tant que
pour souffire, et contendans que par nous fust dit et jugié
ANNEXÉS. 267
nosdites deux lettres sortir effect et demourer en leur force et
vertu pour en joi*r et user paisiblement et plainement par lesdiz
de l'Escluse et leurs successeurs, et le ban desdiz trois soldoyers
et emprisonnement dudit Jehan le Kokere qu'ils avoient fait
faire et la caucion prinse d'icellui Jehan, eu usant d'icelles
lettres, estre valable, en condempnant ledit Jehan le Kokere à
retourner prisonnier en Testât qu'il estoit en notredite ville, et
à payer lesdites amendes au prouffit de nous et de notredite ville,
selon le contenu de nosdites lettres , et lesdiz capitaine et sol-
doyers à mettre leursdiz deux bourgois franchement et quitement
au délivre, et faire par ledit capitaine vers iceulx de l'Escluse
amende honnourable à notre discrécion, en lui faisant demande
des despens par eulx fais ou à faire en ceste partie jusques en
diffinitive.
A quoy fu répliqué par lesdiz capitaine et procureur, disans
que onques lesdiz de FEscluse n'avoient en riens joy ne
usé du contenu de nosdites lettres comme ilz se vantoient, et
partant ne doivent icelles estre d'aucune valeur ou effect ; ten-
dans à fin que dessus et que icelles lettres fussent par nous
adnullées.
Sur lesquelles propositions nous eussions envoyé en notre-
dite ville de l'Escluse, certains noz conseilliers et commissaires,
pour eulx illec informer de la vérité, auquel lieu lesdites par-
ties, chacune de son costé, eussent à nosdiz conseilliers et
commissaires administré autant de tesmoings et tout ce qu'il
leur plaisoit et dont elles se vouloient aidier en ceste partie, et
mesmement lesdiz de l'Escluse exhibèrent en forme de preuve
nosdites deux lettres et autres ensaignements et registres
servans à leurs propos.
Laquelle informacion faite et raportée, par nozdiz commis-
saires et conseilliers, close et scellée par devers nous, avons
ensemble tout le démené de ladite matière fait vëoir et visiter
en notre conseil estans lès nous, par grande et meure délibéra-
cion, et pour sur ce oïr droit et notre sentence et ordonnance,
fait aujourd'hui venir pardevant nous lesdites parties, assavoir
268 ANNEXES.
le devant dit messire Guilbert ou nom que dessus et les députez
de notredite ville de l'Escluse et ou nom d'icelle.
Savoir faisons que, vëu et considéré tout ce que à vè'oir et
considérer fait et à mouvoir nous peut en ceste partie, nous,
par sentence diffinitive et pour droit, avons, en la présence des-
dites parties, dit, déclaré et ordonné, disons, déclarons et
ordonnons par ces présentes ce qui s'ensiut.
Premièrement, que, non obstant le contenu esdites lettres
patentes dont dessus est fête mencion, lesquelles comme sur-
reptices, et aussi parce que au contraire a esté depuis usé, décla-
rons non devoir sortir effect doresenavant, les capitaine, lieute-
nant et soldoyers de notredit chastel de l'Escluse présens et
à venir, ensemble leurs femmes, enfans et familliers, sont et
demeurent à tousjours exemps de la Loy et justice de notre-
dite ville de l'Escluse, de quelconque cas ou déliz qu'ilz ou aucun
d'eulx auroient commis et perpétré ou commettroient, fust en
notredite ville de l'Escluse et eschevinage d'icelle, on en notre-
dit chastel, bassecourt et barrières d'icellui ; sans ce que ceulx
de la Loy de notre avantdite ville de l'Escluse, présens ou
à venir, en doyent cognoistre ne les pugnir ou corrigier, par
ban ne autrement, criminelment, corporèlement ne civilement,
en quelconque manière que ce soit.
Mais, se iceulx soldoyers, leurs femmes, enfans et famil-
liers, ou aucuns d'eulx perpétroyent en nosdit chastel,
bassecourt, barrières et ville ou eschevinage de l'Escluse aucuns
cas, délitz ou maléfices, feust d'ommecide ou autrement, sur les
bourgois de notredite ville ou les oostrelings et autres nacions
et personnes quelconques fréquentans et habitans en notredite
ville de l'Escluse, ledit capitaine ou son lieutenant en aura et
prendra la cognoissance et sera tenu de les pugnir et corrigier,
criminelment, corporèlement ou civilement, selon l'exigence
desdiz cas, et en faire raison et justice de son office, et aussi
à la complainte de la partie bleciée, tellement qu'elle s'en
devra tenir contente.
Et, se lesdis délinquans, soldoyers ou leurs familliers,
ANNEXES. 269
estoient prins ou arrestez en notredite ville et eschevinage
par noz bailli ou sergens de l'Escluse, fust en présent mef-
fait ou autrement, incontinent que ledit capitaine ou son
lieutenant le requerra, lesdiz délinquans seront, sans aucun
délay ou difficulté, renduz et délivrez à icellui capitaine ou
son lieutenant, qui sera tenu d'en faire pugnicion et adminis-
trer justice, comme dit est. Mais, s'il y a cas dont appertiengne
mort ou forfaiture de membre, ledit capitaine ou son lieute-
nant, après ce que il en aura fait le procès du perpétrant
dudit cas et le jugié et condempné, délivrera icellui perpétrant
à notre bailli de l'Escluse ou à son lieutenant, pour au surplus
le mettre à exécucion selon ladite condempnation. Lequel
notre bailli ou son lieutenant, présent et à venir, commettons
à ce dès maintenant pour lors par ces présentes.
Item, que s'il avenoit que aucun bourgois, manant ou habi-
tant de notredite ville de l'Escluse ou autre estrangier com-
mist et perpétrast aucun cas ou délit sur lesdiz capitaine, son
lieutenant, soldoyers , leurs femmes , enfans et familliers ou
aucun d'eulx, fust d'ommicide ou autre, en icelle notre ville et
eschevinage, notredit bailli ou son lieutenant et ceulx de la
Loy de notredite ville seront tenuz, à la porsuite et complainte
de la partie bleciée, en fère droit et loy ainsi qu'il appartien-
dra, sans dissimulacion.
Item, que se ledit capitaine ou son lieutenant et lesdis notre
bailli ou son lieutenant et (ceux) de la Loy de notredite ville
estoient deffaillans, délayans ou refusans de faire et administrer
loy et justice aux gens et parties complaignans, d'un costé et
d'autre, ladite partie complaignant ou grevée pourra appeler
devant nous dudit grief ou refuz, ou venir à remède à nous ou
notre conseil estans lez nous, là où en reservons par cestes la
congnoissance et déterminacion.
Item, que le ban proféré par lesdiz de l'Escluse sur les per-
sonnes dessus nommez, trois soldoyers et chacun d'eulx, sera
par lesdiz de l'Escluse trachié et effacié hors de leur registre
et miz au néant, et seront iceulx banniz, remis et restituez en
270 ANNEXES.
notredite ville, non obstant que le terme de ledit ban ne soit
point expiré.
Item, que, au regard des deux arrestz, faiz par lesdiz de
l'Escluse sur la personne de Jehan le Kokere, tavernier de
notredit chastel, iceulx arretz seront mis au néant, ensemble la
caucion par lui sur ce baillée, et avec ce lui seront renduz et
restituez ses deniers s' aucuns en a payez pour lesdites amendes.
Et semblablement, seront par ledit capitaine ou son lieutenant
incontinent miz au délivre franchement et quittement, se desjà
ne sont, les deux bourgois de notredite ville que lesdiz sol-
doyers avoient prins et menez en notredit chastel comme
davant est déclaré.
Item, que doresenavant les capitaines et soldoyers de notre-
dit chastel, présens et à venir, leurs femmes et familliers, por-
ront doresenavant boire et despenser vin et tous autres buvrages
et avoir toutes manières de vitailles en icellui notre chastel,
avec ce vendre ou faire vendre en notredit chastel, bassecourt
et barrières d'icellui, ainsi que ilz ont fait anciennement, sans
fraude, pain, char, poisson, vin, chervoise et autres denrées et
vitailles quelconques à détail, l'un à l'autre et aux manans,
ouvriers et habitans de notredit chastel, sans en payer à nous
ou nos successeurs ne à notredite ville aucuns assiz ou male-
totes, ne en estre reprins ne pugniz par lesdiz de l'Escluse ne
autres, par voye de prison ou amende quelconques.
Item, que franchement pourront aler boire es tavernes de
notredit chastel les parens et amiz desdis soldoyers, les gens
et officiers et familliers de nous et de nosdiz successeurs ,
ensemble tous estrangiers quelconques, comme ilz ont acous-
tumé de faire, sans pour ce mesprendre et sans ce que lesdiz
de l'Escluse le leur puissent deffendre, excepté à leurs bour-
gois lesquelz ils en pourront pugnir à leur discrécion, pourveu
toutesvoyes que nul ne pourra emporter ne faire emporter vin
ne cervoise par pots ne par cannes hors de notredit chastel ou
bassecourt en notredite ville, ou préjudice des assiz d'icelle,
sauf et réservé seulement nosdiz gens, officiers et familliers qui
ANNEXES. 271
en pourront envoyer querre sans fraude pour le boire, et aussi
lesdiz soldoyers, s'ilz vont disner ou souper en notredite ville,
pourront chacun porter ou faire porter ung lot de vin ou de
ceivoise pour leur boire et non plus, ou envoyer ung pot de
vin à leur ami s'il le vient vëoir et il disne en notredite ville.
Mais, se les taverniers de notredit chastel envoyent vin ou
cervoise par kannes ou par pots en notredite ville, excepté en
la manière dessusdite, ou que le boucher d'icellui notre chastel
portast ne féist porter couvertement ne autrement char à la
maison des gens,^ au préjudice des bouchers de notredite ville,
ceulx de la loy d'icelle notre ville porront faire prendre et
arrester, par noz bailli, son lieutenant ou sergens illec,les potz,
kannes et vin et ladite char, et de ce requérir justice audit
capitaine ou son lieutenant en lui rendant lesdiz potz, vin et
char, lequel capitaine ou son lieutenant sera tenu d'en pugnir
lesdiz facteurs selon le cas, sans ce que iceulx de l'Escluse ne
pourront jamais demander amende sur ledit tavernier, bouchier
ne autre soldoyer quelzconques, ne les faire pour ceste cause
prendre ne emprisonner en notredite ville. Toutes voy es, s'au-
cun des bourgois ou manans de notredite ville estoient le por-
teur desdiz potz ou kannes de vin, de cervoise ou de char,
lesdiz de l'Escluse les en pourront pugnir à leur discrécion.
Jtem, que les vins de notre garnison de notredit chastel, qui
aucune fois est grande et nécessaire de renouveller, se vendront
en telle saison en Tan qu'il semblera le plus prouffitable audit
capitaine et au maistre desdites garnisons par l'espace de six
sepmaines en suiaument (?) et non plus, en mettant notre
enseingne à la barrière dehors publiquement, à tout homme
soient bourgeois et autres qui acheter en vouldront, et se puisse
emporter par kannes et par lotz pour en estre plus tost
délivré, sans ce que lesdiz de l'Escluse en pussent calengier
aucun desdiz acheteurs ne autres.
Et au regard des despens de chacune partie, nous le com-
pensons et pour cause.
Tous les quelx poins et chacun d'eulx en la fourme et manière
272 ANNEXES.
qu'ilz sont déclairez, nous avons donnez et ottroyez, donnons
et ottroyons , par ces lettres présentes, en tant que mestier
est, par point de prévilège perpétuel, ausdiz capitaine, son lieu-
tenant et soldoyers de notredit chastel de l'Escluse , leurs
femmes et familliers, présens et à venir, pour en joïr et user
plainement à tousjours.
Et en oultre, voulons, ordonnons et déclairons par ces pré-
sentes que les dessusdiz capitaine, soldoyers, leurs femmes ,
enfants et famille, présens et à venir, soient et demeurent de
ce jour en avant et à tousjours francs et exemps de notre bail-
liage de l'iaue à l'Escluse, en tous cas criminelz et civilz, non
nobstant que en cest présent procès n'en ait esté fête aucune
question ou mencion, ainsi et pareillement que les avons exemp-
tez et affranchez des baillage, loy et eschevinage de notredite
ville de l'Escluse. Si donnons en mandement à noz bailliz de
l'eaue et de terre à l'Escluse, aux bourgmaistres, eschevins et
conseil de notredite ville de l'Escluse et de notre ville de la
Mude et à tous noz autres justiciers et officiers quelzconques,
présens et à venir, ou à leurs lieutenants et à chacun d'eulx
endroit soy et si comme à lui appartiendra, que le contenu en
cesdites présentes ilz gardent, entretiengnent et observent et
facent garder, entretenir et observer de point en point, sans
aler ou faire ne souffrir estre aie, fait, ores ne ou temps à
venir, en quelque manière que ce soit, au contraire.
En tesmoing, etc., donné etc. à Arras le XXVIIme jour de
janvier an0 XXXIX »
VI
TABLE DES PÈLERINAGES.
— P. 73-97. —
Queresmius l a publié au XVIIe siècle une nomenclature
de ces pèlerinages qui correspond à celle de Ghillebert et
où il indique comme lui, par une croix, les indulgences plé-
nières. Ce tableau a été traduit et publié de nos jours par
Mgr Mislin 2 qui y voit « la plus complète indication des
sanctuaires de la Terre-Sainte. »
Je reproduis ici la traduction de Mislin, mais en suivant
l'ordre de Ghillebert. J'y ai rétabli quelques mots de Que-
resmius qui n'avaient pas été traduits.
Queresmius s'en réfère à un manuscrit (serait-ce celui
de De Lannoy) et à Rodriguès 3.
Ce qui est imprimé en italiques manque aux nomencla-
tures plus récentes et n'appartient qu'à Ghillebert.
* Elucidatio Terra Sanctœ. Anvers, Plantin, 1639. Le privilège
est de 1633 (t. I, p. 448).
* Les Lieux saints, etc. 3 vol. gr. in 8. Paris 1858 (t. II, p. 338).
5 Quœstiones regulares, Anvers, Belleros 1628. La licence est de
1601 (t. II, quest. 93.)
274 . ANNEXES.
pèlerinages, pardons et indulgences de surye
et de Egypte.
« Il y a dans la Terre-Sainte beaucoup de lieux auxquels sont
« attachées des indulgences , les unes plénières, indi-
« quées dans la liste suivante par une |, les autres de
« 7 ans et 7 quarantaines \ » (Mislin.)
I. De Japfa a Jérusalem.
f La ville de Joppé ou Jaffa, où saint Pierre ressuscita
Tabita. p. 74
— La maison où saint Pierre eut la vision qui lui or-
donna de porter T évangile à tous les hommes, sans
en excepter personne.
— La pierre où saint Pierre prêcha.
— Lydda et dans cette ville l'église de Saint- Georges.
II. Ramleh.
— La ville de Ramla avec l'église de Nicodème.
"f Le bourg d'Emmaiïs et la maison de Cléophas où Jésus -
Christ fut reconnu à la fraction du pain.
— Le tombeau de saint Samuel, sur la montagne
d'Ephraïm.
| La maison du centurion Joseph.
t H endroit où Christ se reposa en montant au Calvaire.
' Chaque fois que l'indulgence^indiquée comme partielle au XVe siè-
cle est notée comme plénière au XVIIe, j'ai ajouté à la croix une
astérisque.
ANNEXES. 275
•f Le mont sacré du Calvaire où Jésus-Christ fut crucifié.
t Le lieu où Christ fut mis au lincuel.
| Le saint Sépulcre.
f * Le lieu où Jésus- Christ apparut à Marie -Magdeleine
sous la forme d'un jardinier. p. 75
— Le prison de Notre Seigneur.
— La chapelle du Partage des vêtements de Jésus-Christ.
f La chapelle de sainte Hélène.
f L'endroit où a été retrouvée la sainte Croix.
| La colonne de la Flagellation.
— La chapelle d'Adam.
— Les tombeaux de Godefroid de Bouillon et de Bauduin.
— Le lieu dit : le centre du monde.
III. JÉRUSALEM.
f La ville de Jérusalem.
— L église Saint- Jean-Baptiste et l'hôpital des frères de
Rhodes.
— La maison du riche qui refusa du pain au ladre.
— La prison de saint Pierre, apôtre.
— Le carrefour où Simon de Cyrène fut contraint de
porter la croix.
— Sainte-Marie du palmier ■, où Marie tomba à terre. p. 76
— Une arche où se trouvent enchâssées deux pierres où
Christ se reposa.
— L'école de la Vierge.
| Le palais de Pilate, gouverneur, et autres saints lieux.
| L'église et le lieu de la flagellation.
f La maison du pharisien, dite aussi de la Magdeleine,
qui y reçut le pardon de ses péchés,
t Le palais d'Hérode, tétrarque de Galilée
1 Queresmius n'indique ici qu'une indulgence partielle.
276 ANNEXES.
t Le temple de la présentation de la sainte Vierge.
— La piscine probatique.
-j- * L'église de Sainte-Anne et le lieu de la conception et
de la naissance de la sainte Vierge.
— La porte judiciaire.
•j- La porte de la Ville Sainte par laquelle Jésus-Christ
entra le jour des Palmes, appelée la 'porte d'Or.
IV. La vallée de Josaphat.
— Vallée de Josaphat. p. 7 7
— Le lieu où saint Etienne fut lapidé.
| Torrent de Cédron.
— L'église de la Vierge, dans la vallée de Josaphat où se
trouve : f le tombeau de cette même Vierge.
— Le lieu où Jésus-Christ laissa les trois apôtres lorsqu'il
alla prier son Père.
— Le tombeau du prophète Zacharie, que les Juifs tuèrent
entre le temple et l'autel.
V. Le mont des Oliviers.
— Le mont des Oliviers.
| Le lieu où Jésus-Christ fut trahi par un baiser, pris
par les Juifs, abandonné de ses disciples.
■f Le lieu où Jésus-Christ pria et sua le sang.
— L'endroit où saint Thomas trouva la ceinture de la
sainte Vierge après son Assomption.
— Le lieu où Jésus-Christ pleura sur la ville.
— Le lieu où la sainte Vierge, sur le point de mourir,
reçut une palme d'un ange.
f L'église du Saint-Sauveur, etc., etc.
t L'endroit où Jésus-Christ monta au Ciel.
ANNEXES. 277
— La grotte de sainte Pélagie.
— Bethphagé.
— L'endroit où les apôtres composèrent le symbole.
— Le lieu où Jésus-Christ pria et enseigna à prier.
— Le lieu où la sainte Vierge se reposa et pria.
VI. La vallée -de Sion.
— La fontaine de la Bienheureuse Vierge Marie.
— La vallée de Siloé.
— Où haie fut enseveli.
— Où il fut tué.
— La fontaine de Rogel.
— La vallée de bénédiction.
— La rue Engaddy. p. 79
— Le désert d'Engaddi, où David se cacha.
— La mer Morte.
| * La pierre de Béthanie sur laquelle Jésus-Christ fut
assis.
— Le monastère de saint Sebas, abbé.
— Haceldama, c'est-à-dire le champ du sang.
— Le champ de Fulonis-
VIL La montagne de Sion.
— La grotte où saint Pierre pleura amèrement.
— Le lieu où les Juifs voulurent prendre le corps de la
Sainte Vierge, lorsqu'on la portait au tombeau.
| La maison d'Anne, grand prêtre des Juifs.
t La maison du grand prêtre Caïphe et dans cette mai-
son : la prison de Jésus-Christ.
f La maison où après l'ascension vécut et mourut la
sainte Vierge. p. 80
278 ANNEXES.
— La citerne de la Vierge.
— La chapelle de Saint- Jean TÉvangéliste dans laquelle
il célébrait les divins mystères en présence de la
sainte Vierge.
— Le lieu où le sort tomba sur Mathias.
— La maison de la Vierge Marie.
— Le lieu où Christ prêcha et où s'assit Marie.
— Le lieu où fut le tombeau de David.
— Le tombeau de Simon le Juste.
— Où fut rôti ï 'agneau pascal, etc.
— Le tombeau de Saint Etienne, premier martyr.
t L'Eglise des Saints-Apôtres où se trouve :
— Le Cénacle.
— Le lieu où Jésus-Christ lava les pieds à ses disciples.
— Le lieu où le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres.
— Où Christ apparut à ses Apôtres, le jour de Pâques.
— L'église de Saint-Jacques le Majeur. p. 81
— Le lieu où Jésus-Christ apparut aux femmes après sa
résurrection et leur dit : « Je vous salue. »
VIII. Béthanie.
— Le bourg de Béthanie.
-f Le tombeau de Lazare.
— La maison de Simon, le lépreux, pharisien.
— Le château de Lazare, frère de Marie-Magdeleine et
de Marthe.
— La maison de sainte Marthe.
IX. Le Jourdain.
— Les tombeaux de saint Joachim et de sainte Anne,
parents de la Vierge. p. 82
•j- Le mont sacré de la Quarantaine.
ANNEXES. 279
— Le mont où Satan montra au Christ les royaumes du
— La fontaine du prophète Elisée.
— La ville de Jéricho.
— La mile de Hay.
— La ville de Bethel, où Jacob vit l'échelle.
— La maison de Zachée, le publicain.
— L'endroit où Christ rendit la vue à V aveugle.
— Jéricho, la troisième et dernière.
— L'église de Saint-Jean-Baptiste.
■J* Le fleuve du Jourdain. p. 83
— Béthanie, la seconde.
— Le monastère de saint Jérôme, dans une vaste soli-
tude.
— La mer morte.
— Où la femme de Lothfut changée en sel.
— Ségor, où Loth s'enfuit avec ses deux filles.
— Les monts d'Arralie, d'où Moïse montra au, peuple la
terre promise et où il fut enterré.
— Le désert où Marie Égyptienne fit 'pénitence.
— La ville de Crach.
— Sébaste, où il y a une église de Saint-Jean-Baptiste.
X. Bethléem.
— Le mont de Sion, où se trouve la maison de Mauvais-
Conseil où Judas vendit le Christ. p. 84
— La citerne des Trois-Rois.
— Le champ de Berch où l'ange tua en une nuit 160,000
assiégeants de Jérusalem.
— La rue Betsura.
— Saint Elie, prophète.
— Le tombeau de Rachel, épouse de Jacob,
f * Bethléem, cité de David.
280 ANNEXES.
— L'église de la Sainte- Vierge.
-J- La grotte de naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
-j- Où il fut circoncis.
— Où eut lieu le massacre des Innocents.
— L'école de saint Jérôme.
— Le tombeau de saint Jérôme. p. 85
— Le tombeau des saints Innocents.
— Le tombeau de sainte Paule et d'Eustochie sa fille.
— La grotte de la sainte Vierge, ou l'église de Saint-
Nicolas.
— Léglise des Trois-Rois, on ils couchèrent après avoir
salué le Christ.
— La citerne de David.
— Une petite chapelle de la Vierge à ï endroit où l'ange
lui montra la route d^ Egypte.
— La maison des Pasteurs.
— La ville deThécua.
— Le tombeau des Prophètes.
— Le monastère de saint Cant, abbé.
XI. Pèlerinages de la montagne de Judée.
— Les montagnes de Judée.
— L'église de la Sainte-Croix.
— La maison de Simon le Juste,
— La maison de Zacharie dans laquelle entra la sainte
Vierge lorsqu'elle salua Elisabeth,
-j- * L'église et le lieu où est né saint Jean-Baptiste. p. 86
— La vallée de Botry.
— La route de Génézareth, où se trouve la fontaine de
saint Jean-Baptiste.
ANNEXES. 281
XII. La cité d'Èbron.
— La maison où naquit le prophète Jonas.
— La fontaine de Sarah.
— La ville d'Hébron.
— Où Caïn tua Abel.
— Où Adam et Eve pleurèrent la mort d 'Abel. p. 87
— Le champ d'Amachius où Dieu forma Adam.
— Ébron la vieille.
— La vallée de Mambré.
— Le désert de saint Jean-Baptiste.
— La rue de Bersabée.
XIII. Nazareth.
— Le lieu où gisait le corps de saint Etienne avant
d'être enseveli.
— Elbir, où il y avait une église de la sainte Vierge
Marie.
— La rue où naquit Jérémie.
— La rue de Sylo où V arche resta quelque temps.
-f- * Le puits de la Samaritaine et le domaine de Jacob.
— La ville de Sichem, ou Naplouse. p. 88
— Sébaste, où il y a une église de Saint-Jean-Baptiste.
— L'église d'Elisée.
— Où Christ guérit dix lépreux.
— Les tombeaux des rois d'Israël.
XIV. La ville de Nazareth.
— La ville de Nazareth et l'église de l'annonciation de
la Vierge.
— La fontaine de Jésus et de Marie ou l'église de Saint-
Gabriel, p. 89
VOÏ ET AMB. 18
282 ANNEXES.
— L'église du saint ange Gabriel.
— La synagoge.
— Le lieu où les Juifs voulaient forcer Jésus.
— Zephoris(Sephor) patrie de Joachim et d'Anne, parents
de la Vierge,
f * La ville de Cana en Galilée.
— La ville de Ptolémaïs.
-j- Le mont Thabor.
— Le lieu où Christ dit à ses apôtres : La vision que vous
avez vue, etc.
— Où Melchisedech rencontra Abraham.
— Où Christ guérit ï enfant démoniaque. p. 90
-j- * La ville de Naïm.
— Le mont Hermon.
XV. La mer de Galilée.
— La ville de Bethsaïda, patrie de saint Pierre.
— La ville de Thibériade.
— L'église, à V endroit où Christ appela saint Jaques et
saint Jean. p. 91
— L'église ou le Christ après sa résurrection apparut
à ses apôtres et où ils virent le charbon ardent.
— L'église du Saint- Sauveur, là où Christ appela saint
Mathieu.
— L'église de Saint-Mathieu, au lieu où Christ dit :
« Ceux qui se portent bien n'ont pas besoin de mé-
decin. ))
— L'église Sainte-Marthe , au lieu où Christ guérit
une femme d'un flux de sang.
— La maison d'Archisuagis où Christ ressuscita sa fille.
— La cité de Corozaïm, dont Christ a dit : Malheur à
toi, Coromïm.
— • La ville de Cédar.
ANNEXES. 283
— La montagne où Jésus-Christ rassasia avec quelques
pains et quelques poissons 4 à 5 mille hommes.
— Où Christ guérit le muet, etc.
— Les tains d'eau chaude.
— La montagne où Christ rassasia 4000 hommes de
7 pains.
— Magdelen, château de sainte Marie-Magdelaine. p. 92
— Le pays de Qénézareth où Christ délivra le possédé.
— La ville de Capharuaum.
— Césarée en Palestine.
— L'endroit où Christ dit aux apôtres : « Celui que les
hommes disent le fils de Dieu, etc. »
— Les fontaines de Thor et de Dan.
— Le mont Liban et les églises qui s'y trouvent.
XVI. Près de la mer de Syrie.
— La ville de Sidon, vulgairement Saïda (où Christ exor-
cisa la fille de Cananée.
— Sarepta (où Élie fit des miracles).
— Sur, où se trouve le tombeau d'Origine et T endroit où
Christ guérit V aveugle, le muet, etc. p. 93
— La ville de Ptolémaïs.
— Le mont Carmel.
— La montagne ÏÏÉlie où fut fondé V ordre des Carmes.
— L'endroit où fut martyrisée sainte Marguerite.
— Suna, patrie de la Sunamite.
— L'endroit où Elisée ressuscita le fils de la Sunamite.
— La maison d'Elisée.
— Le torrent de Sichen, où Elisée fit tuer les prêtres de
Baal.
— Le château des pèlerins.
— Le château de Caïphe où f tirent faits les clous de la
croix. p. 94
284 ANNEXES.
— Le château de saint Philippe.
— La cité de saint Serville.
— Gaza, dont Samson enleva les portes.
— La rue T alita où naquit saint Hilarion.
— Le mont Horeb.
— Le mont Sinaï ou de sainte Catherine.
— Le lieu où le Seigneur apparut à Moïse dans le buisson.
— Le tombeau de saint Jean Climacy.
— Le lieu où Aaron établit des idoles, pendant que Moïse
était sur la montagne.
— Où Eliefit sa pénitence.
— Où Moïse se cacha.
— Où il jeûna 40 jours.
■J- Où il reçut les tables de la loi.
— Un petit couvent de sainte Catherine où saint Oursin
fit pénitence et mourut. p. 95
— L'église de Sainte-Catherine et dans cette église le
lieu où elle souffrit le martyre.
f * Le rocher d'Horeb frappé par la verge de Moïse.
— JElim, où il y a 12 fontaines.
— La mer rouge.
— L'église des Jacobites où l'on dit que la bienheureuse
Vierge Marie habita avec l'enfant Jésus.
— L'église de Sainte-Marie de la Colonne où fut enseveli
le corps de Sainte Barbe.
— L'église de Sainte-Barbe où fut enseveli son corps.
— La vigne de baume.
— Le Nil, qui sort du paradis terrestre.
— Les greniers de Pharaon.
— L'église de Saint- Antoine et de saint Paul, saint
Macaire, saint Pacôme et autres hermites.
— Alexandrie la neuve.
— L endroit où fut martyrisé saint Jean élémosinaire,
patriarche dA lexandrie.
— Alexandrie la vieille.
ANNEXES. 285
• L'église de Saint-Marc, où il prêchait et où il reçut la
couronne du martyre. p. 96
Le lieu de la conversion de l'apôtre saint Paul, dans
la ville de Damas.
La maison de Jude où saint Paul resta trois jours.
L'église où est la fontaine dans laquelle saint Paul
fut baptisé.
La fenêtre par laquelle les frères descendirent saint
Paul.
La maison d'Ananie qui baptisa saint Paul.
Le fleuve Dabua où saint Eustache envoya ses enfants.
Le couvent et V église de sainte Marie Sardenay.
La vallée où No'éflt V arche et planta la vigne après
le déluge.
La ville et les églises de Beyrouth.
L'église du Saint-Sauveur ou des Juifs, ayant vu jail-
lir du sang d'une image du Christ qu'ils frappaient,
se firent baptiser.
L'île de Chypre et la ville de Constance, où fut le
palais du roi Constant, père de sainte Catherine. On
y montre le lieu de naissance de sainte Catherine.
Une montagne avec une église où Von montre le corps
du Ion larron. p. 97
La croix de saint Hilarion.
OU saint Barnabe, ayôtre, fut brûlé.
VII
LE MANUSCRIT D'OXFORD.
Corrections d'après le manuscrit de la bibliothèque
bodléienne d'oxford.
J'ai d'abord collationné mon texte sur l'édition que
M. Webb a donnée du manuscrit d'Oxford. Depuis, par
suite de l'obligeance du gouvernement anglais, j'ai pu con-
sulter le manuscrit lui-même et le collationnement m'a
permis de rectifier plusieurs erreurs, les unes de la pré-
sente édition, les autres dues à l'éditeur anglais. En voici
le résultat :
P. 99. Première ligne du texte : Item est à sçavoir. Le Rap-
port de Ghillebert ne pouvait commencer par un
Item. Le ms. dit : Il est à sçavoir.
P. 101, n. 4. Cette note commence ainsi : « Au lieu de entre,
etc., l'édition W. dit : Qui fait, etc. » — Il faut au
contraire supprimer ce premier membre de phrase et
lire : « Entre iceulx II pors qui fait, » etc.
P. 103, n. 4. L'édition Webb, comme l'indique cette note,
dit : mer au lieu de mur. C'est une faute typogra-
phique de l'édition anglaise.
ANNEXES. 287
P. 108, n. 1. — Au lieu de la douwaine, lisez : la dowaire.
— — n. 4. — L'édition Webb, comme l'indique cette note,
dit par erreur : font , au lieu de faut, qui se trouve
dans le manuscrit d'Oxford. '
P. 109. n. 3. — Au lieu de : Assez grant, lisez : grant.
n. 6. — Ajoutez : le manuscrit écrit : Genevois.
P. 110, n. 5. — Au lieu de : Jusques desi, lisez : Desi.
n. 6. — Au lieu de : qui part de, lisez : qui part.
P. 114, n. 1. — La variante indiquée par cette note est une
erreur de l'édition Webb et ne se trouve pas dans
le ms. d'Oxford.
n. 3. — Au lieu de : Que je y fus est supprimé, etc.
lisez : Devant que je y fus est supprimé, etc.
P. 119, n. 5. — L'édition Webb omet un mot et porte comme
la note l'indique : D'unes cuirasses couvertes. Le
ms. d'Oxford, conforme au nôtre, dit : D'unes cui-
resses meschantes couvertes, etc.
P. 121, n. 1. — Cette note se termine ainsi : « Aucun de nos
deux manuscrits ne donnent ce mot. » — Il faut
ajouter : le ms. d'Oxford seul le donne, il dit : Cris-
tiens de la chainture.
P. 124. n. 1. — Au lieu de : Devers ou dessus, lisez : Devers
ou au dissus.
n. 5. — Le manuscrit d'Oxford confirme cette note :
La phrase s'ouvre par la majuscule E, marquée de
rouge.
P. 125, n. 3. — Au lieu de : Pies, lisez : Qui sont paus, piez
et piques.
P. 128, ligne 9. — Au lieu de : Passer galiotte nulle, lisez :
Passer galiotte ne lin.
n. 5. — Au lieu de Saminou, lisez : Samanou.
P. 129. n. 1. — La variante indiquée dans cette note, ne se
trouve que dans l'édition Webb ; c'est une erreur
typographique. Le manuscrit est conforme à notre
texte.
ANNEXES.
P. 132, n. 7. — Même rectification.
P. 135, n. 1. — Même rectification.
n. 3. — Au lieu de : A lui en planté asaier, lisez :
à lui en plenté asasier.
P. 140, n. 2. — Note à supprimer.
P. 142, n. 5. — Au lieu de : Zaf, lisez : Zut.
P. 143, n. 7. — La variante est due encore ici à l'édition Webb
et non au manuscrit d'Oxford.
P. 144, n. 3. — Au lieu de : Plas, lisez : Plus plas.
n. 5. — Ajoutez à cette note : Le ms. d'Oxford omet
les six derniers mots de cet alinéa.
P. 146. n. 1. — Au lieu de : Il y a le plus beau pays, lisez :
Il y a plus beau pays.
P. 147, n. 2. — L'erreur que je supposais de M. Webb ,
appartient au manuscrit.
P. 149, n. 1. — Ajoutez à cette note : Le ms. d'Oxford dit :
D'armée.
n. 4. Au lieu de : Et tous les murs (W.), lisez : Le
ms. d'Oxford ouvre ici une nouvelle phrase et dit :
Tous les murs d'entour dedens la mer et devers les
champs estoit fermée en icelle mille de large, etc.
P. 150, n. 3. — Ajoutez à cette note : Au-dessus des mots
piliers de marbre^ on a écrit, entre les lignes, dans
le manuscrit d'Oxford : Porfir.
P. 151, n. 1. — L'omission signalée dans cette note est de
M. Webb. Le mot se trouve dans le ms.
P. 156, n. 3. — Ajoutez : Le ms. d'Oxford écrit : Jenevois.
n. 10. — Mauvaise version de l'édition Webb. Ajou-
tez : Et du ms. d'Oxford.
n. 11. — Au lieu de : Contregardée de Sarrasins,lisez :
Gardées de Sarrasins contre.
P. 161, n. 6. — Au lieu de : S'enrardre, comme M. Webb l'a
imprimé, le ms. écrit : S'enadre.
L'INSTRUCTION D'UN JEUNE PRINCE.
L'INSTRUCTION D'UN JEUNE PRINCE,
TRAVAUX PRELIMINAIRES.
L'AVIS DE 1439.
Bibliographie.
Bibliothèque nationale de Paris, fonds français, N° 1278.
A. fol. 16-22. Avis laïliè à monseigneur.... (Note au dos
de la liasse). Bonne copie de l'Avis.
B. fol. 26-34. — Même avis, avec de nombreuses ratures,
corrections, intercalations, qui lui donnent les caractères
d'un brouillon.
C. fol. 44. — Fragment du début du même avis. Un seul
feuillet, r° et v°.
D. fol. 22-25. Rédaction différente du même avis.
E. fol.' 25 v°. Dix-sept lignes, dont les trois premières
sont biffées, d'un essai de rédaction, différente du para-
graphe correspondant du même avis.
292 l'instruction d'un jeune prince.
J'ai choisi pour texte la bonne copie A, la seule qui
porte au dos de la liasse l'inscription : « Avis à monsei-
gneur », ce qui fait supposer que c'est cette pièce dont une
copie a été remise à Philippe le Bon.
J'ai désigné d'après les lettres ci-dessus : B, C, D, E, les
autres minutes, dont j'ai indiqué en notes les variantes.
AVIS
BA1LIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE.
Veu l le temps qui règne de présent % ou royaulme de
France, la conduite et gouvernement du roy et de monsei-
gneur le dolphin, des princes et seigneurs par qui ilz se
conseillent, les traictiez ou aliances que de nouvel ilz ont
fait avec le roy et roiaume d'Angleterre et autres seigneurs,
3, comme l'en dist, les compaignes et gens d'armes nommez
Escorcheurs que l'en tient sur les champs, 4 il puet sembler,
à correction, qu'ilz aient estrange voulenté envers monsei-
gneur le duc de Bourgogne, et que ores ou en temps avenir,
1 Voir le début de la minute D, à la fin : Annexe I.
' Veu le temps qui est moult estrange ou royaulme de
France (B).
3-4 Les mots contenus entre ces deux chiffres de note, man-
quent dans B.
294 l'instruction.
s'ilz voient leur point \luy porteront dommage ou du moins
le tendront en doubte et souppechon 2, luy et ses pays 3.
Pourquoy mondît seigneur se doit tenir tousjours prest
et garny.
Or, pour se fortiffier et résister 4 à rencontre de tous ses
malvoellans, mondit seigneur devroit faire 5 cinq choses,
sauve tousjours sa noble correction et de messires de
son conseil. La première, que, par tous bons et sages
moyens que l'en pourra aviser, il mette paine d'acquérir
l'amour et bienvoellance du roy et de monseigneur le dol-
phin et de leurs conseillers 6, comme il a fait jusques en cy,
et semblablement en Angleterre et Allemaigne, etc. Et 7, pré-
supposé que mondit seigneur fust informé qu'ilz eussent, ou
aucun d'eulx, estrange voulenté 8 vers luy, toutevoies il
est aucune fois nécessaire et prouffitable de parler bel,
passer temps et dissimuler 9, et se conduire par ambassades,
lettres ou journées, et ce temps pendant, que mondit sei-
gneur se pourvoie tant de aliance, finance, et ordonne son
fait mieulx et plus souffisaument qu'il n'est de présent 10.
1 Quant ilz verront leur point (B) .
2 En oremeur et subjection (B).
3 Les mots qui suivent jusqu'à la fin du § n'existent pas
dans B.
4 Et pour résister et se fortifier (B).
B Faire en toute diligence (B).
6 Et ceulx de leur conseil (B).
7 Car (B).
8 Informé qu'ilz aient estrange voulenté (B).
9 Dissimuler, au moins jusques à ce que l'en soit pourveu
tant de aliance, etc. (B).
10 Qu'il n'est de présent et que l'en voye leur finable inten-
tion (B).
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 295
La seconde et principalle provision l, tant pour acquérir
la grâce de Notre Seigneur de qui viennent les victoires, le.
cuer et entière amour de ses subgès, dont 2 il a aussi
, grant nombre ou plus que prince qui soit aujourd'uy en la
cristienté, et avec ce acquérir 3 bonne renommée par tout
le monde : que de ce jour en avant il se voulsist gouverner
par bonne ordonnance 4 et droiturière justice, modérée par
sagesse 5 de clémence et pité, et en ceste bonne 6 et sainte
intention fonder tout son fait, de ce jour en avant, et atten-
dre au surplus tout ce que Dieux luy vouldra envoier 7. Et
il est vraysemblable, ceste chose deuement exécutée et mise
à euvre, que mondit seigneur vendroit au dessuz de tous
ses ennemis et seroit le plus amé, honnouré et redoubté
prince des cris tiens.
La tierche 8, que mondit seigneur voulsist entendre
au fait de ses finances et de sa despense 9 mieulx et plus
sagement qu'il n'a fait jusques à présent, et se pourvëoir
de trésor, afin que, se guerre ou aucun grant affaire tou-
chant son honneur ou la deffense de ses subgès luy survient ,0
qu'il y puist notablement et hastivement résister comme il
1 Item, la seconde provision (B).
2 Subgès entièrement, desquelz (B).
3 Et acquérir (B) .
1 Gouverner par raison, etc. (B).
s Sagesse et prudence, etc. (B).
6 Et sur ceste bonne (B).
i Ce qui suit jusqu'à la fin du § n'existe pas dan* la
minute B.
s Item, la tierche provision (B).
• Et despense (B) .
10 Sourvient(B).
296 l'instruction.
appartient l. Car c'est tout rien de prince, quant guerre
luy sourvient, s'il n'est garny de trésor avant la main, car
en temps de guerre, est forte chose à prince de trouver
grans finances.
La quarte 2, que par tous bons et honnourables moyens
qu'il pourra aviser, il prende aliance et amistez avec les
princes ou seigneurs de qui il pourroit estre aidiez et secou-
ruz à son besoing. Et s'il y a aucunes divisions et discen-
cions entre les bonnes villes, pays et subgès, qu'elles soient
ostées et mises en bonne union.
La cinquisme 3, que par l'advis et conseil de gens en ce
cognoissans , mondit seigneur 4 se pourvoie d'artillerie,
ordonne capitaines, sa chevallerie et gens de guerre, les
communaultez de ses bonnes villes et compaignons du plat
pays, par si bonne manière et ordonnance que chacun sace
avant la main ce que l'en doit faire 5,et que d'ores en avant,
se l'en met gens d'armes 6 suz, que ce ne soit pas àla destruc-
tion du povre peuple, comme l'en a fait par ci devant 7,
et semble, à correction, que en ce l'en trouvera de bonnes
manières et provisions, qui y vouldra entendre. Et es cinq
choses dessusdictes, entendre diligamment et les mettre à
exécucion, ainsi que au cas appartient.
* La fin du §, à partir d'ici, n'existe pas dans le brouillon B
et a été ajoutée d'une autre encre dans la minute C.
* Item, la quarte provision (B).
3 Item, la cinquisme (B).
* Mondit seigneur, manque dans B.
5 Ce qu'il doit faire (B).
9 S'il fait armées (B).
7 A partir d'ici, la fin du § n'existe pas dans le brouillon B
et a été ajoutée en marge dans la minute C.
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 297
Et, pour parler en ces matières plus clèrement et enten-
damment que le général de ce que dit est ne contient,
et venir ung peu à la practique et manière de faire x :
Toute créature qui a sens et cognoissance des comman-
1 Le brouillon B a ici un long passage qui a été supprimé
dans les autres minutes ; le voici :
« Au premier point, se mondit seigneur le duc puet trou-
ver seure amistié et bonne amour avec le roy et monseigneur
le dolphin, il s'en doit très fort travillier et prendre de près,
ayans regart * à l'aliance que aucuns maintiennent qu'ilz ont
prins [de nouvel] ** avec le roy et roiaume d'Angleterre ; car
guerre, ainsi que les choses vont de présent, luy seroit dure
et périlleuse à soustenir ; et, pour eulx complaire, délaissier de
son droit et des choses qui, par la paix faicte à Àrras, luy
ont esté promises et données, se l'en voit que ce soit chose
employée ferme et durable, car mondit seigneur n'y pourra
faire mauvais marchié , pourveu que ses anciennes seigneu-
ries, honneurs et prérogatives luy demeurent franches et
entières, comme il en a usé par ci devant, [ou que, par ces
moyens, mondit seigneur peuist estre cause de la paix générale
de Franche et d'Engleterre, et en ce comprins luy et ses
subgès, de bonne foy, sans malice ou cautelle.]
Et, à ce propos, pour ce que l'en dist que le roy de Secille et
Charles d'Anjo et les leurs ont grant auctorité, pooir et gou-
vernement autour du roy, se par leur moyen et conduite aucun
bien se povoit traictier, considéré que mondit seigneur et eulx
sont si prouchains de lignage que chacun scet, pour contendre
au bien de paix , mondit seigneur le duc doit désirer que
aucuns bons moyens et amistiez se peuissent trouver entre
• On avait d'abord écrit : tien l'alliance. Le mot veu a été biffé et
Ton a écrit en marge : ayans regart à.
*" Je mets entre crochets les mots ajoutés au texte entre les lignes.
VOY. ET AMB. 19
298 l'instruction.
démens de Dieu doit contendre de se gouverner par droi-
ture et justice, faire à autruy ce que on vouldroit que on
luy feist, et plus les princes que autres, qui ont le peuple
à gouverner et qui n'ont autre correction sur eulx sinon la
eulx, et s'en prendre de près pour y venir, non pas pour chose
que jusques en cy ilz l'aient desservy, ne pour doubte de leur
puissance ou povoir, mais [seulement] pour le bien de paix et
le salut du povre peuple de France, qui, par les guerres, se
destruit, comme l'en voit journellement, qui est pité.
Item, et d'autre part, se mondit seigneur treuve que ces sei-
gneurs de la maison d'Anjo ne se voellent mettre à raison et
continuent en leurs rigueurs, induiseùrs et moyens de division
etftre le roy et mondit seigneur ; en ce cas, devroit avoir ung
bon ad vis secré avec ses conseillers, par quelle manière il y
pourroit pourvè'oir. Maistre Jehan de Meung fist ung ver qui
dist :
Encores vault-il mieulx, beau raestre,
Décevoir que décè'uz estre.
Item, au second point, faisant mencion de se gouverner par
justice, toute créature *qui a sens, entendement et cognoissance
de notre sainte foy cristienne, doit savoir que justice procède
[et descend du chiel et] de la grâce divine, doit commencier en
sa personne et du mouvement de son cuer, et pour parler à la
vérité sans flaterie, il n'est pas rechevabîe ne digne de justicier
autruy, [quoique l'en die,] qui ne fait justice de luy mesmes, et
ceste chose appartient plus aux princes que à autres personnes
qui n'ont sur eulx autre correction que de la cremeur de Dieu
et leur propre conscience ; et se mondit seigneur voelt ** pour-
* Ici le brouillon reprend le texte mais avec de si nombreuses
variantes.
** L'auteur avait d'abord mis : voelt, il l'a effacé et mis au-dessus :
voloit,\rtx\s il a biffé encore ce mot, et a écrit à côté, entre les lignes :
voelt.
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 299
cremeur de Dieu et leurs propres consciences, auxquelz
princes l'en doit prendre exemple de bien vivre '.
Et pour deuement trouver la manière de vivre en jus-
tice et bonne ordonnance, ung prince devroit fonder ung
conseil de vin, x ou xn personnes, gens notables, de bonne
renommée et conscience, et les choisir par bonne délibé-
ration et ad vis, par le conseil desquelz il démenroit et con-
duiroit tous ses affaires 2. Et afin qu'il se peuist plainement
assëurer et confier en eulx et en leur conseil, et pour 3 les
instruire et advertir de son intention et comment il voelt
gouverner de ce jour en avant, il leur devroit faire faire le
serement qui s'ensuit, lequel serement porte instruction,
comme l'en peut vëoir 4 :
vëoir à son fait, il se devroit * reformer tout premiers de ses
oultrages et superfluitez et se mettre à raison, et tous ses sub-
gès, serviteurs et officiers, [de quelque estât qu'ilz soyent,]feront
semblablement et fauldra qu'ilz le facent. »
1 La minute C s'arrête ici.
2 On avait écrit d'abord : toutes matières. On a biffé ce mot
avant d'écrire les suivants, et on a écrit au dessus le mot : tous,
et mis à la suite la version actuelle.
5 On avait d'abord écrit : aussi, qu'on a biffé et remplacé entre
les lignes par le mot : pour.
4 Ce § est rédigé dans le brouillon B comme suit :
« Et pour deuement trouver ia conduite et manière de vivre
en justice, mondit seigneur devroit [fonder ung conseil] choisir
et eslire [vin] dix ou douze conseillers notables, tant clers que
chevaliers, résidens journellement devers luy , gens de conscience,
sages et de bonne renommée, prendre le grain et- laissier la
paille, et à iceulx conseillers esleuz faire faire ung serement
L'auteur avait d'abord écrit : doit.
500
« Vous jurez par la foy et serement de votre corps, les
« saintes Euvangiles qui cy sont et la représentation du
« corps de Notre Seigneur Jhésucrist que vous vëez icy
« figuré, et sur votre part de paradis, que de ce jour en
« avant, justement et loiaument, selon raison, justice et
a bonne équité, vous conseillerez monseigneur le duc de
« Bourgogne en toutes ses besoignes ! et affaires, et que 2
« sanz acception de personnes, con prouchains qu'ilz
« vous puissent estre ; ne pour flaterie , cremeur de
h personne, amour, hayne, prouffit 3 ou dommage, sans
u dissimulacion, ne laisserez à dire vérité, selon le sens et
« entendement que Dieux vous a preste ; et si tendrez
« secrez les consaulx, sans les descouvrir par signes, lettres
« ou de bouche, à quelque personne qui soit vivant ; et 4
« advertirez mondit seigneur 5 de tout ce que saurez estre
« prouffitable et honnourable à luy ou préjudiciable 6 ; et
« ne baillerez conseil ne advertissement par 7 quelque
solempnel cy après déclaré, afin qu'il se puist de ce jour en
avant, avec l'obligacion de la féaulté qu'ilz luy doivent, assëurer
et confier en eulx et en leurs consaulx. »
1 B dit : et Madame la Duchesse, en toutes leurs besognes. »
* Les mots Et que, manquent dans B et sont reportés plus
loin, après : qu Hz puissent estre.
3 Perte (B).
4 Et qui plus est (D).
5 Mesdiz seigneur et dame (B).
8 De tout ce que saurez à eulx estre prouffitable et honnou-
rable ou préjudiciable (B). — De tout ce que lui saurez prouffi-
table, honourable ou préjudiciable (D).
7 En (B).
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 501
« manière à nulz qui ait l à faire devant mondit seigneur
« ou son conseil 2 au préjudice et dommage de luy 3. Et,
« d'aultre part, que, par vous, à votre présentacion,
« nominacion ou pourchas, ne avancerez, ne aiderez à
« avancier 4 personne quelconque, en bénéfices, estas, offices
« ou lois de bonnes villes, se vous ne les sentez et cognois-
« siez preudommes 5, gens sages, cremans Dieu et de bonne
« conscience, habilles et ydoines es bénéfices, estas ou
« offices où en les vouldroit commettre 6. Et si jurez 7 que
« vous ne ferez requestes à mondit seigneur qui touchent
« dons de finances, bénéfices d'offices, grâces, pardons ne
« retenues, de gens quelconques, particulièrement ; mais,
« s' aucunes en avez à faire, que vous les ferez en plain
« conseil. Et si promettez que vous ne ferez bendes ne
« aliances quelconques les ungs avec les autres, pour
« conduire requestes, besoignes ne prières, mais direz
« francement, en conseil et sans moyen de practique, ce
« que vous avez sur le cuer, selon votre conscience et opi-
« nion 8. Et, d autre part, que vous ne prenderez gages, ne
1 Qui auront (B).On avait d'abord écrit : à celuy ou ceulx qui
auront.
* Devant mesditz seigneur et dame ou leur conseil (B).
3 D'iceulx (B).
4 Ou promouvoir (D).
5 Preushommes, a été intercalé dans B. Puis : cremans Dieu
eti manquent.
6 Commettre ou instituer (B).
7 Le brouillon B ne contient pas ce qui suit jusqu'à la note 1
de la page suivante.
8 Mais direz en conseil, francement et sans moyen de prac-
tique, votre opinion selon votre sens et conscience et aussi que
vous ne prenderez gaiges, etc. (D).
502 l'instruction.
« pencions quelconques d'autres princes ne seigneurs,
« sinon de mondit seigneur le duc, se ce n'estoit par son
« ordonnance et bon plaisir, passé en plain conseil. Et
« encores jurez * sur les seremens dessuz déclairez, que
« vous ne prenderez dons 2 ne prouffiz quelconques de
« personne qui vive, ne par quelque moyen, subtilité cou-
« verte ou engien que ce soit ou puist estre 3, mais seu-
« lement vous tendrez contens de telz gages 4, pen-
« cions, prouffis, bienfais et émolumens publiques que
« mondit seigneur vous ordonnera. Et 5, s'il venoit 6 à
« votre cognoissance que aucuns de voz compaignons con-
« seillers 7 feissent le contraire de cest serement, que vous
1 Ici s'arrête ce qui manque au brouillon B.
2 Dons corrumpables (B).
3 Ne par quelque moyen que ce soit ou puist estre (B).
4 Que de ou pour personne qui ait à faire à mondit seigneur
ou son conseil, soit pour justice ou pour finance ou pour avoir
quelque avencement de luy ou de sondit conseil, en estât de
bénéfice, d'office, [gouvernement des bonnes villes] ou autrement,
conment que ce soit, vous ne prenderez aucuns dons corrum-
pables ne aultre que volatille et autres pareils vivres ou
buvrages, lesquelz vivres ou buvrages doivent en regart de
vostre estât estre consumez, usez dedens II ou III * jours au
plus tart, et tellement en ce vous conduirez que toute considé-
racion soit regettée que par le moyen des dits dons [ou de
promesse] vostre courage soit ou puist estre aucunement cor-
rompu, mais seulement vous tendrez contens de telz gages
etc. (D).
5 La phrase qui commence ici n'existe pas dans le brouillon B.
6 Et aussi promettez que s'il venoit (D).
7 Conseillers ou officiers (D).
* Ou III, a été biffé.
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 303
« le direz ou ferez savoir à mondit seigneur, et que vous
« garderez francement et entièrement les ordonnances que
« mondit seigneur a faites et fait présentement. Et avec ce
« gréez : et consentez de votre france voulenté que, s'il
« estoit prouvé ou trouvé deuement que euissiez prins
« aucuns dons corrumpables, oultre et par dessuz vosdiz
« gages et émolumens publiques, ou fait notoirement le
« contraire des seremens dessusdits 2, que vous en soyez
« pugniz en corps et en biens, à la voulenté et discrécion
« de mondit seigneur et de son conseil, sans en requérir
« grâce ne pardon. »
Et 3, après cest serement fait, mondit seigneur leur
devroit dire et déclairer que 4 son intencion france et
entière, sans quelque doubte, est de se gouverner 5 de ce
jour en avant par la manière dessusdite et, en la con-
fiance de leurs sens, loiautez et du serement qu'ilz y ont
fait, il leur promet en parolle de prince qu'il ne fera ne
entendera en aucunes besoignes, entreprinses ne requestes
qui touchent, se premiers n'en a oy et eu l'advis de son
conseil, pour après ce en disposer selon sa conscience et
bon plaisir ; et aussi, qu'il gardera et entretendra fermement
les ordonnances par luy présentement faictes et n'y fera
aucunes muances se ce n'est passé en grant conseil, 6 en
1 Et gréez, etc. (B).
2 Les huit mots qui précèdent sont omis dans B.
3 A partir d'ici jusqu'à la note l de la page 312, la minute
D rédige ces idées de la manière indiquée dans la note, à la fin :
Annexe II.
4 Item, cest serement fait, leur dira et déclarra que, etc. (B).
56 De se gouverner de ce jour en avant par justice droitu-
rière selong leur advis et conseil, comme dessuz est dit, leur
promettant en parole de prince et sur sa conscience, de le ainsi
304 l'instruction.
leur donnant franchise et auctorité de dire et exposer en
conseil tout ce que bon leur semblera, présupposé qu'il
leur semblast que ce fust contre son affection et plaisir,
et que, à l'occasion de ce, il ne les aura en suspection,
ymaginacion, ne maie grâce, car il luy plaist et voelt que
vérité, justice et franchise, en déboutant flaterie, convoitise
et toutes manières de rapines \ aient auctorité et puissance
d'ores en avant en son conseil, en eulx ordonnant gages
raisonnables et compétens, selon leurs estas, moiennant
lesquelz il voelt estre conseilliez et serviz diligamment et
loiaument, 2 selon le contenu du serement dessusdit ; car 3
s'il trouvoit qu'ilz féissent le contraire, il les en pugniroit,
sans nulz espargnier, con grans qu'ilz fussent 4, si que
ce seroit exemple à tous, 5 et avec ce, les priveroit et débou-
teroit à tousjours de son service ; 6 mais s'ilz le servent
loiaument et francement comme il appartient, mondit sei-
gneur leur fera des biens 7 selon ce que ses affaires le pou-
ront porter, et les aura pour recommandez en honneurs,
offices et bénéfices devant tous autres, en leur déclairant
faire, sans jamais aler au contraire, en, etc. etc. (La phrase
placée entre les deux signes de notes est rédigée ainsi dans B).
1 Convoitise et rapine (B).
* Le brouillon (B) avait écrit d'abord : « Il voelt estre serviz
d'eulx loiaument, sans convoitise ne rapine. » Puis l'auteur a
biffé : sans convoitise ne rapine , et remplacé : serviz d'eulx,
par : consiliez et serviz loiaument.
* On avait écrit car dans le brouillon (B). On l'a biffé et rem-
placé par et.
4 Ces 4 derniers mots manquent au brouillon B.
5 A tous autres (B).
fl Les douze derniers mots n'existent pas dans le brouillon.
7 Des biens cy après (B).
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 305
qu'il voelt que ledit serement soit publiié par toutes les
bonnes villes de ses pays, en lieu publique, afin que chacun
sace comment mondit seigneur d'ores en avant se voelt gou-
verner l et aussi par ce moyen tenir son conseil en cremeur
et doubte de mesprendre ne fallir.
Et \ après le conseil ainsi estably et ordonné, mondit
* Il se voelt gouverner. — Cequi suit, jusqu'à la fin du §, n'existe
pas dans le brouillon B.
2 A partir d'ici le brouillon B a une rédaction différente.
Voici comment il rédige les 4 §§ suivants :
Item, au tiers point faisant mencion des finances et despences
de mondit seigneur, tout homme de raison qui craint Dieu et
a cognoissance de ses sains commandemens, doit contendre à
vivre du sien, et, en briève doctrine, faire à autruy ce que on
vouldroit que on luy feyst. Pourquoy, mortdit seigneur devroit
contendre de vivre du sien et modérer ses voulentés, sans
travillier ses subgès, se nécessité raisonnable ne le constrai-
gnoit à ce faire. Et pour vivre du sien, il devroit faire
vëoir toutes les receptes particulières de ses pays et seigneu-
ries, [comme il a encommencié], et combien présentement elles
peuvent valoir en droit demaine, rabattuz les fiefz, aumosnes
et gages d'officiers, et faire extraire hors d'iceulx toutes les
charges, et dont elles procèdent, qui au pardessuz de ce
sont sur les dites receptes. Et icelles [bien] veues et regar-
dées par conseil de preushommes, oster toutes les superfluitez
[et oultraiges] qui par raison se pourront oster, et le surplus
des charges procédans par dous, provisions de personnes ou
assignacions, que par bonne remonstrance et manière de parler
à ceux à qui il touche, aians considéracion aux grans affaires
que mondit seigneur a de présent et les restrinctions qu'il a
fait sur luy, madame la duchesse, ses conseillers et gens de
son hostel, et les grans charges que mondit seigneur a donné
306 l'instruction.
seigneur devroit aviser à tous ses affaires et, entre autres
choses, au fait de ses finances et de sa despence, et icelle
corrigier et modérer, comme l'en dist qu'il a encommencié
de faire, tellement qu'il peuist vivre du sien et de ses
demaines, veu qu'il a tant de notables pays et seignouries
que chacun scet, sans travillier ses subgès, se ce n'estoit
pour très grans et raisonnables causes. Et, pour conscience
et honneur et monstrer bon exemple à tous, mondit sei-
gneur tout le premier se devroit corrigier et mettre à rai-
son, et il est vray semblable que ses officiers et serviteurs
l'ensivroient, et fauldroit qu'ilz le fëissent.
Et \ se le conseil eslëu estoit assemblé pour entendre
et donne journellement au povre peuple de ses pays, qui sont
fort traveillez, et les doubtes qu'il a des guerres à venir, ilz se
voellent de leur bon gré [et consentement] modérer et contenter
de raison jusqu'à ce que Dieu donne à mondit seigneur plus
grant largesse de finances qu'il n'a de présent.
1 Les neuf §§ qui suivent (p. 306-309) ne forment dans le
brouillon B que deux courts alinéas que voici :
Item, et ce fait, mondit seigneur poura vëoir clèrement quel
chose luy demourra de nette revenue pour an, et, selon la
somme, ordonner Testât de luy, de madame la duchesse, mon-
seigneur et madame de Charolois ; car ce n'est pas sagement
fait ne bien conduit de mettre Testât devant la recepte, mais
selon la recepte et revenue, l'en doit faire son estât et despense.
Item, on puet présupposer [par général] que, les superfluitez
ostées, comme dit est, [lesquelles superfluitez ont moult de
branches et se comprendent en moult de manières], il demourroit
à mondit seigneur de nette revenue cent et cinquante mille
escuz de xl g. pièce, pour an [ou plus], qui montent pour mois
xii™ vc escuz, de laquelle somme l'en devroit conduire ung
très grant estât, les choses bien enparchiées ; car ce seroit
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 307
en ceste matière, il ne fait point à doubter qu'ilz trouve-
roient de bons remèdes et notables provisions au fait de ses
finances ; mais, pour en parler à correction et par manière
d'avertissement , lencommencement de ceste besoigne
seroit que mondit seigneur vëist, déprime face, tout du long,
les charges qui sont sur les receptes de tous ses pays, dont
elles naissent et procèdent, ce qui est fait c&mme l'en dist.
Et, ces choses bien vëues et examinées par l'advis du con-
seil eslëu, comme dit est, oster les oultrages et superfluitez,
lesquelles superfluitez se comprendent en maintes manières,
tant en nombre d'officiers en finances comme autrement,
et modérer les choses, renions trant à ceulx à qui il touche
les grans affaires de mondit seigneur, et comment luy,
madame la duchesse et les gens de leurs hostelz, grans,
moyens et petis, se sont modérez, restrains et mis à raison,
la compassion et pité que l'en doit avoir du povre peuple
que mondit seigneur a traveillié et traveille pour ses affaires
si grandement que chacun scet, avec toutes autres belles
reraoustrances en telz cas appartenant, etc., requérant
que semblablement ilz se voellent mettre à raison et
sentir les affaires que mondit seigneur a de présent.
Et, ces modérations et restrinctions faictes, on peut
présupposer par général qu'il demourroit à mondit seigneur
de nette revenue de ses demaines, sans en ce comprendre
les dons, aides, fourfaitures et aventures extraordinaires
qui journellement aviennent, la somme de viiixx mille escuz
pour payer, à xv francs pour mois, viiic hommes d'armes pour
an ; lequel estât, tousjours à correction, comme dit est dessuz,
se pourroit [et devroit]fère par l'advis de monseigneur le chan-
celier, [son premier chambellan et] aucuns des maistres d'ostel
et conseillers de mondit seigneur, en petit nombre à ce députez.
508 l'instruction.
de xl gr. pour an, ou plus, qui est belle revenue et belle
recepte, et de quoy, les choses bien départies et propor-
tionnées par raison, l'en devroit conduire ung bel et hon-
nourable estât.
Et, à correction, qui se vouldroit conduire selon ce que
l'en a de revenue, qui seroit chose raisonnable, ceste somme
de vm„ mille escuz se devroit départir en six parties : la
première, en la despense ordinaire de mondit seigneur et
gages de ses officiers domestiques ; la seconde, en la des-
pense de madame la duchesse, monseigneur et madame de
Charolois ; la tierche, en l'extraordinaire de mondit sei-
gneur, tant pour ses vestemens, habillemens de corps,
harnas, chevaulx, chiens et oiseaux, dons libéraux et
aumosnes ; la quarte, en l'extraordinaire de madame la
duchesse, monseigneur et madame de Charolois ; la quinte,
en ambassades et messageries pour la conduite de ses
affaires ; la vi% es pencions et retenues des seigneurs de
son sanc et de ceulx de qui il est serviz.
Or, pour parler en particulier de ceste matière, tousjours
à correction, par l'ordonnance qui de nouvel est avisée,
comme l'en dist, la despense de mondit seigneur, en ce
comprins monseigneur de Beaujeu, Adolf monsieur l et
Anthoine le bastart de Bourgogne, ne monte par an, à tout
compter à gages, que Lxnm vic imxx 11. de xl gr.
Et, d'autre part, la despense de madame la duchesse,
monseigneur et madame de Charolois, mesdemoiselles de
Bourbon et de Gueldres, mesdemoiselles d'Estampes, la
mère et la fille, ne monte, selon ladite nouvelle ordon-
nance, que xxxim vic 11. de xl gr.
* Adolphe Monsieur. On appela ainsi successivement Adolphe et
Philippe de Clèves. Voyez notamment la Chronique de Despars,
IV, p. 122.(Note de M. Kervyn, Bulletins de V Académie.)
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 309
Et, se raondit seigneur se vouloit mettre à raison,cest à
entendre délaissier de ses voulentez pour faire son prouffit
et s'enrichir hastivement, il pourroit sembler qu'il se
devroit contenter, pour une espace de temps, au moins tant
qu'il fust plus au devant qu'il n'est de présent, pour son
extraordinaire, de la somme de xxxm escuz, c'est assavoir
pour l'entretènement de ses armes, chevaulx et vestemens
de son corps, xum, et pour ses dons, autres xnm, et pour
ses déduis de chiens et oiseaux, vim, qui font lesdizxxxm.
Item, pour l'extraordinaire de madame la duchesse,
monseigneur et madame de Charolois,avec la terre de Cas-
sel et autres choses qu'elle a, dix mille escuz.
Item, pour estimacion, tant pour ambassades corne mes-
sageries, vmra escuz, combien que ce n'est pas chose que
on puist estimer justement.
Item, pour les pencions de messeigneurs de son sanc,
monseigneur le chancelier, monseigneur de Croy et autres,
xvnm escuz.
Lesquelles six parties dessusdites montent en somme à
vnxx xix mille mc 11. de xl gr., qui seroit vnc moins desdis
vm" mille escuz l.
Et, en faisant lesdites restrictions et se conduire par
ceste manière 2, mondit seigneur vivroit du sien et de ses
demaines 3, qui seroit vie raisonnable, plaisant à Dieu et
loée des sages et preudommes, et 4 par ce moyen pourroit
mettre en trésor, de ce jour en avant, ou emploier au fait
de ses guerres ou au paiement d'une partie de ses debtes,
* Ici finissent les 9 § qui n'en forment que deux dans B.
a Item, à se conduire par ceste manière, etc. (B).
* Son domaine (B)
4 Plaisant à Dieu et à tous ses subgès (B) .
310 l'instruction.
toutes les aides données et à donner, aventures, fourfaitures
et successions qui luy sourviennent journellement, qui n'est
pas petite chose, et si seroit exemple et miroir à tous autres
princes de vivre vertueusement et sagement, et tellement
que tous preudommes auroient désir de vivre soubz luy et
sa seignourie, et feroit cesser ung langage qui a couru et
queurt par ses pays, qui est tel que l'en dist que plus vient
à mondit seigneur de pays, prouffis et revenues, et moins a
de trésor, et qu'il est tousjours en nécessité, quelques aides
que ses subgès luy facent.
Or, l on pourroit faire question et demande comment
ceste chose se pourroit exécuter, veu que mondit seigneur
a son demaine obligié, engagié et assigné, et pareillement
les aides qui luy sont accordées, mengiées, obligiées et
assignées, etc., et que, par ces ordonnances, l'en ne ven-
droit point à avoir trésor comptant pour paier gens d'armes,
se ung hastif affaire sourvenoit.
A ces trois questions, on puet respondre en brief que
ung conseil de preudommes bien esleu, comme dit est, les
ordonnances dessusdites, faictes et publiiées, trouvera
légièrement provision et remède en toutes les doubtes et
questions dessusdites ; mais, pour en parler par manière
d'ouverture, on doit savoir que une grant playe ne puet
estre sanée sans souffrir doleur, mais la doleur se passe
légièrement pour l'espérance que l'en a d'avoir briefment
santé ; pourquoy on doit entendre qu'il fault que mondit
seigneur face blanc pappier et prende du plus bel et du plus
cler de toutes ses revenues en reboutant toutes autres
1 A partir d'ici, le brouillon, sans aller à la ligne, commence
une rédaction toute différente qui se prolonge jusqu'à la fin.
Nous la publions plus loin : Annexe III.
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 311
choses ; car à la nécessité vivre convient, et fault que
seignourie soit maintenue et relevée quant elle est en
nécessité, mesmement quant le relièvement se fait par
bonne ordonnance et délibéracion de conseil notable. Et
doit l'en entendre que, par l'advis du conseil dessusdit,
ceulx qui auroient empeschement ou retardement en ces
matières ne perderoient pas le leur, mais seroient conten-
tez et relevez par bons moyens, et fait â croire pour vérité
que, se l'en vëoit que mondit seigneur euist prins bonne
ordonnance de vivre vertueusement, ferme et estable, que
tous ses bons subgès le vouldroient sentir et cognoistre
plus que onques mais.
Or, qui bien considère les affaires que mondit seigneur
a de présent, on puet vëoir clèrement que luy est de pure
nécessité, veu le temps qui règne et les voisins qu'il a,
d'avoir trésor et argent comptant, et, pour y venir hastive-
ment, il ne fait point à doubter que le conseil y trouvera
de bons moyens, et, entre autres choses, il n'est point
créable, les choses bien vëues, que mondit seigneur ait
desjà despendu toutes les aides qui luy sont accordées par
tous ses pays, et, se meilleur advis ne se povoit trouver,
que mondit seigneur fesist ung emprunt général, du gré et
consentement des estas de ses pays, jusques à la somme de
IIe mille riddres du moins, et iceulx mettre en trésor
sans y touchier par quelque manière, se ce n'estoit pour la
defFence de ses pays et subgès.
Et il est vraysemblable que, quant les subgès de [mondit
seigneur] l seront bien informez et verront de fait comment
1 Un coin de la page est déchiré ici et plusieurs mots
manquent au texte. J'ai pu remplir ces vides et je mets ces
mots entre crochets.
312 l'instruction.
il [se gouverne] à raison et les belles et prouffitables ordon-
nances et [restrinctions] qu'il a faictes, lesquelles il voelt
tenir et faire tenir [fermement] sans jamais aler au contraire,
les notables personnes que mondit seigneur a esleues pour son
grant conseil, ainsi serementez comme dit est, que ses bons
subgès luj aideront à drecier et conduire son fait, veu que
ce n'est pas le bien de mondit seigneur seul, mais le bien
de tous, grans, moyens et petis ; et ne fait point à doubter,
les choses bien remoustrées, practiquiées et mises à bonne
exécucion, que mondit seigneur sera secouruz par ses sub-
gès, tant de gens que de finances, tellement que, à l'aide
de Dieu, il n'aura garde des malices et malvoellances de
ses voisins, con grans qu'ils soient, mais en brief temps se
trouvera en très grant trésor et richesse, amé de ses subgès,
doubté et cremu de ses ennemis.
Et l, s'il sembloit 2 à aucuns que, à se conduire selon cest
* Ce § est le même dans la minute D, sauf quelques variantes
que j'ai notées ci-après.
" Au verso du dernier feuillet de la minute D, resté en blanc,
on a essayé une variante. L'écriture est rapide et négligée,
des lignes sont effacées et tout semble indiquer que c'est
l'auteur lui-même qui a écrit les lignes que voici :
« Dont moult de biens s'en ensivroient, car par ce moyen
mondit seigneur gouverneroit lui et tous ses subgès par droitu-
rière justice dont il est vraysemblable qu'il en acquéroit la
grâce de notre seigneur et l'entière et parfète amour de ses
subgès, qui sans quelque doubte le secourroient de corps et de
chevance, et si feroit cesser les langages qui communément se
dient par tous ses pays, si est que plus sourvient à mondit sei-
gneur de pays, terres et seigneuries, ou dons d'aydes, et plus
est povre, et au darrier l'autre est que chacun s'émerveille
comment il puet estre que mondit seigneur qui a tant de
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 315
advis, l'auctorité l de la personne de mondit seigneur le
duc en fust en quelque manière amenrie ou diminuée, ou,
d'autre part, que ce fust empeschement ou retardement
d'avoir finances, ceîuy qui baille cest advis, en tous les
poins et articles dessusdiz, 2 sera tousjours prest, à correc-
tion, de baillier solucions et esclarchir les matières, selon
son entendement, tellement au plaisir de Dieu que l'en
trouvera que ce sera le bien et honneur de mondit seigneur
et de tous ses subgès. Et, présupposé qu'il y eust 3 aucune
folye ou erreur, il supplye que l'en luy voelle pardonner,
car 4 bonne voulenté et non autre chose l'a mëu à le faire,
et le péril et nécessité qu'il voit es affaires de mondit
seigneur, veu le temps qui règne 5.
[notables] pays et seignouries et liève tant d'ayde, est povre et
diseteux, et l'en voit ses serviteurs et gens de finances riches
et puissans. »
Nota que, par vie et conduite légière et vicieuse, mondit sei-
gneur se treuve au darrier comme on puet vèoir et n'a point
d'apparance de se relever sn non par vie vertueuse, etc. »
« Et haultesse (D).
* Soit à part ou en plain conseil (D).
5 En cest avis (D).
* A partir d'ici la minute D termine ainsi*ce § : Car, sur Dieu
et sur mon âme, rien ne le muet à ce faire sinon l'amour qu'il
a à mondit seigneur et au bien publique de ses pays et le péril
et nécessité où les choses sont de présent.
s La minute D ajoute ici un § de quelques lignes : Et se
mondit seigneur le duc se vouloit conclurre et délibérer de se
gouverner parla manière dessusdicte,il fauldroit que les choses
fussent bien conseilliées et débatues par gens notables, crois-
tre, diminuer ou adjouter, pour, par bonne et sage manière, les
mettre à exécucion.
VOY. ET AMB. 20
ANNEXES.
— Page 203, note 1 . —
La minute D rédige ainsi le début de l'Avis jusqu'au
serment :
« Qui à la vérité voelt vëoir et bien considérer en quel
estât et disposicion monseigneur le duc de Bourgogne est à
présent tant en France, Angleterre et Allemaigne, les anciennes
haynes et envies que l'en a sur luy et sur ses pays, et d'autre
part qui bien considère son gouvernement et la foiblesse de
ses finances et comment il est au darrière en moult de manières ,
on puet jugier et vëoir clèrement , se ung grant et pesant
affaire de guerre lui sourvenoit soudainement, qu'il est en
516 l'instruction.
dangier et péril de son estât et [de la] ' haulte renommée que
jusques en cy, grâce à Dieu, il a eue, se Dieu et luy hastivement
n'y pourvoient.
Et, pour obvier à ces périlz et inconveniens, semble à [la]
correction [de monseigneur le àuc,(et de Madame la duchesse) et
de (leur) son noble conseil], que son principal refuge,aide et con-
fort doit estre en Dieu et en ses bons et loiaux subgès, dont il
a autant ou plus grant nombre que prince qui au jour d'uy
soit en toute cristienté, et riches et puissans pays.
Or, 2 pour acquérir la grâce de Notre Seigneur, dont vient
toute victoire, et l'entière et parfaite amour, aide et confort de
ses subgès, il se devroit gouverner de ce jour en avant ver-
tueusement par bonne ordonnance et droiturière justice,
acompaignie de clémence, pité et amour de droit, ainsi que à
bon prince, sage, catholique et cristien appartient de faire, et
en ce saint et prouffitable propos se fermer et conclure de user
la fin de ses jours en délaissant affections voluntaires, menues
practiques et consaulx particuliers.
Et 5, pour se conduire par la manière que dit est, mondit
seigneur devroit déclairer à ses conseillers que son intencion
ferme et entière est de se gouverner d'ores en avant par justice
et bonne ordonnance, comme en substance dessuz est déclairé.
Et afin que eulx, tous ses subgès et autres sacent sa bonne vou-
lenté et intencion et [aussi] pour estre assëuré plus que onques
mais de la franchise et conscience de ses conseillers et officiers,
il luy plaist qu'ilz luy facent le serement qui cy aprèd s'ensiut ;
car selon le contenu d'icelluy mondit seigneur se voelt gou-
* Tout ce qui est placé entre crochets est intercalé entre les lignes
ou écrit en marge ou ajouté après coup d'une autre encre.
Ce qui est en italiques est biffé dans le manuscrit..
* En marge : Nota que cest article doit bien estre estudié par mon-
seigneur le duc, madame la duchesse, etc.
* En marge : Nota qu'il fust ordonné que on besognast au conseil
plus diligamment et à meilleure heure que on ne fait de présent.
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 317
verner, mettre suz justice [droiturière] et oster toutes désor-
données convoitises et corrupcions aussi avant qu'il le pourra
ne saura faire.
Ici vient le serment avec quelques variantes indiquées
plus haut en notes : p. 300-303.
II.
- Pages 303-312. —
Après le serment, la minute D continue en ces termes :
Item, (mondit seigneur voelt) * que le dit serement soit fust
publiié partout et de fait atachié en tableaux es halles et mai-
sons des bonnes villes de ses pays, en lieu où on les pourra
mieulx vëoir et, au desoubz d'icelluy serement, escript que, s'il
estoit trouvé et prouvé souffisamment, sans barat ou malengien,
que aucuns d'iceulx conseilliers fëissent le contraire, espéciale-
ment d'avoir prins dons corrumpables, etc. que ce fust ou péril
de àtousjours perdre la grâce de mondit seigneur, banir de ses
pays, et fourfaire ou confisquier envers luy la moitié de toute
leur chevance [et que pareille punicion en auront ceulx qui
par dons et corupeions contendront à fère leurs resoignes] *
en déclairant que ceulx qui ceste chose auroient deuement
amené à la cognoissance de mondit seigneur (icelly seigneur)
[il] leur donroit le tiers denier de la fourfaiture dessuz déclai-
rée et les tendroit en sëureté contre ceulx qui auroient délin-
quié en leur serement.
1 Les mots imprimés en italiques sont biffés dans le manuscrit.
* Ajouté en marge.
318 L INSTRUCTION.
Item, ce serement fait, mondit seigneur devroit avoir si
grant confidence et sëureté en ses conseillers que d'ores en
avant il ne devroit faire, ordonner ne accorder aucunes choses
touchant les gouvernements et conduites de ses pays, emprinse
de guerres, constitucion d'officiers, distribucion de finances,
ne retenue de gens, sans sur ce avoir oy l'advis d'ung bon et
grant nombre de ses conseillers, pour, après ce que d'iceulx
a-eroit adverty, en faire au surplus à son bon plaisir, et ung
chacun cognoist mondit, seigneur si bon et si sage que, luy
bien adverty et informé [avant la main], ne feroit
chose que, de raison et justice, pour son honneur et prouffit
et le bien de son peuple, [bon prince] ne seroit tenu de faire.
Item, que, hors du serement dessusdit, fust extrait par bon
advis et conseil, oultre et par dessuz les anciens seremens,
que tous officiers, gouverneurs, bailliz, prévostz- escouthètes,
eschevins et telz gens, etc. ont acoustumé de faire, la clause de
non prendre dons ne prouffis corrumpables, etc., surencourrir
es paines et fourfaitures dont dessuz est faite mencion, et ce
serement publiié et mis en tableaux comme dessuz est déclairé.
Item, les choses dessusdictes délibérées ' et mises à exé-
cucion, mondit seigneur, au regard du fait de ses finances
devroit principalement faire visiter et vëoir par gens en ce
cognoissans quel chose il a et luy puet demourer chacun an de
nette revenue de tous ses pays, et, pour croistre la somme, oster
et faire oster les superfiuitez et oultrages, tant en nombre
d'officiers comme autrement, ou modérer les charges dont ses
receptes particulières sont chargiées, et de la somme entière
qui lors demourroit, les superfiuitez ostées, selon la valeur et
grandeur d'icelle [revenue] ordonner sa despense et icelle
[somme] départir et proporcionner par bonne manière pour la
1 En marge : Nota. Se la despense de mondit seigneur se mettoit
à raison, l'advis que Guillaume le Muet a mis avant pour la con-
duite des finances est bon et proufiitable.
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 519
conduite de son estât, mais de peu ou de rien servent aucunes
ordonnances se mondit seigneur ne se met(toit) à raison, [vive
du sien] et voelle conduire sa despense selon sa recepte ou au
moins au plus [près] que l'en pourra.
Item, qui voelt considérer quel bien et prouffit puet avenir
à mondit seigneur et à tous ses subgès, se son plaisir estoit
de se gouverner par la manière dessusdite et de corrigier et
pugnir, con grans qu'ilz fussent [et sans nul espargnier], ceulx
qui iroient au contraire de leur serement et de*ce que dit est,
l'en trouvera que ce seroit réformacion et exaucement de jus-
tice, le salut de l'âme de mondit seigneur et de ses conseillers,
honneur et renommée si grande par toute cristienté, que tout
le monde en parleroit en bien et que ung chacun désirroit de
vivre et demourer soubz luy et sa seignourie, mesmement (veu
Vestrange) (jui bien considère le gouvernement des princes
voisins de mondit seigneur.
Et est vravsemblable que mondit seigneur, en se gouvernant
par ceste manière sans abuser, ne pourroit faire requeste à ses
subgès, à eulx possible et raisonnable [fust du sel ou d'autre
chose] qui luy fust ne deuist estre refusée ; et s'il se mettoit à
ce saint et prouffitable gouvernement, il viveroit plus joieuse-
ment cent mille fois qu'il n'a fait par'ci devant.
Et s'il sembloit à aucuns que, à se conduire selon c'est advis,
l'auctorité et haultesse de mondit seigneur le duc en fust en
quelque manière amenrie, etc.
Voir la suite, ayec les variantes, plus haut p. 312, etc.
III.
310, note 1. —
Le brouillon (B), à partir de la phrase indiquée plus haut,
donne à la fin de l'Avis une rédaction toute différente, que
voici :
...Et si pourroit espargnier et mettre en trésor toutes les aides
qui luy sont ou seront accordées cy après, montant à moultgrans
sommes, avec les successions, aventures et fourfaitures qui
journellement lui pevent avenir et aviennent,qui n'estpas petite
chose. Ets'aucundisoitque les demaines de mondit seigneur sont
mengiées etgrant partie des aides desjà assignées, il fauldroit
regarder comme dessuz est dit, comment les choses (vont) sont
au vray ; mais on puet présupposer, à la vérité, que les aides
accordées montent à trop plus grant somme que les assignations
et charges dessusdictes ne font [jusques en cy] et qu'il (y demeure)
en reste très grans sommes à recevoir.
Item, pour ce que mondit seigneur est présentement, selon
les apparances que on voit, en nécessité d'avoir finances pour
paier gens d'armes et conduire son fait, semble que pour en
recouvrer [hastivement], il devroit assembler, selon l'usance et
manière de ses pays, les notables (gens), tant d'église, (les) nobles,
(et) comme bonne - villes, et, iceulx assemblez, (eulx) remoustrer
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 521
par bonne manière la conduite du roy, et de monseigneur le
dolphin et aucuns des seigneurs de France, les manières qu'ilz
tiennent et comment ilz soustiennent ouroiaume ces compaignes,
que l'en dist Escorcheurs, qui destruisent tout le monde, amis et
ennemis, et journellement entrent et se fourrent es pays de mon-
dit seigneur, tant ez marches de Bourgogne comme es marches
de Picardie et Haynau, où mondit seigneur a résisté et résiste
journellement le mieulx qu'il puet, laquelle résistence luy a
cousté tant que, à l'occasion de ce, il en est fort amendry de
chevance, avec plusieurs autres belles remoustrances que l'en
sauroit bien aviser, et, entre autres (choses), les devoirs en quoy
mondit seigneur s'est mis et met journellement envers le roy,
et en après la restrinction qu'il a fait en son estât et despense
et es personnes de luy, madame sa compaigne, ses conseillers et
gens de son hostel, grans, moyens et petits, et avec ce comment
véritablement il est tout concluz et délibéré de ce jour en avant
de se gouverner par [conseil eslëu], raison et justice, et espar-
gnier et deffendre son peuple, comme bon prince droiturier est
tenuz de faire, en eulx remoustrant le serement qu'il a fait
faire ausdiz conseillers, (en eulx) requérant que, se aucuns
desdiz conseillers ou officiers de ce jour en avant {faisoient le)
[aloient au] contraire, qu'ilz l'en voellentadvertir, et sans doubte
il les en pugnira sans nulz espargnier,[com grans qu'ilz soyent],
car il voelt vivre d'ores en avant par autre manière qu'il n'a
ait [jusques en cy.]
Item, pour ce que mondit seigneur voit ces gens d'armes et
Escorcheurs, qui sont en grant nombre et tiennent les champs,
et attent de heure en heure qu'ilz se viegnent fourrer en ses
pays, avec pluseurs autres aliances et périlz que mondit sei-
gneur sent [et voit] en ces matières, (et) dont pluseurs de ses
subgès peuvent bien avoir cognoissance, il luy est nécessité de
hastivement estre furny de finances pour paier ses gens
d'armes, et, qui plus est, que tous Ses subgès se disposent et
tiegnent prestz pour secourir et deffendre ses pays, comme ilz
sont tenuz de faire, car mondit seigneur [ne veult espargnier
522 l'instruction.
son corps, et] a fait et voelt faire son devoir envers le roy et
monseigneur le dolphin, et ne sera commenceur de guerre, car
il ne demande que paix et que on luy voelle entretenir le traic-
tié fait et passé à Arras. Pourquoy, ces choses considérées,
mondit seigneur leur devroit requérir qu'ilz voellent aviser la
manière et moyen, soit par emprunt général ou autrement,
comment il pourra hastivement avoir, en deniers comptans, la
somme de nc mille riddres, et n'entent pas que ce soit au dom-
mage ne destruction de nulz, car il les voelt faire rendre et
bien paier des aides qui accordées luy sont, tant en Brabant,
Flandres, Hollande et ses autres pays, et de ce bailler toutes
les sëuretés que l'en y saura aviser ; car mondit seigneur n'y
voelt procéder, [ne aler avant] que de bonne foy, et qui plus
est {promettre à iceulx) [yceulx deux cens Quille riddres] mettre
en trésor et non y touchier, se non en cas que l'en le viegne
courir sus ; car chacun scet que les aides qui luy sont accordées
par ses subgès sont à venir [eus) à longs termes, et la guerre peut
venir soudainement, avec toutes (les) bonnes [aultres] remous-
trances que l'en poura aviser servans à la matière.
Item, au quart point, faisant mencion de prendre aliances, etc.
il semble que mondit seigneur les devroit cherquier, par tous
honnourables moyens, avec tous princes, seigneurs et seigneu-
ries, comme dessuz est touchié, et, entre autres, se l'en voit
que le roy et monseigneur le dolphin (se) continuent en [rageurs,
cautelles couvertes et] (en) duretez envers mondit seigneur et
ses subgès, comme ilz ont fait jusques en cy, et que, par le
moyen de madame la duchesse, qui présentement se emploie
par delà, l'en n'y puist prouffiter ne trouver sëureté, en ce cas,
mondit seigneur devroit contendre d'avoir unes trieuves géné-
ralles pour luy et tous ses pays et subgès, avec le roy et
roiaume d'Angleterre (pour) [par] grant espace de temps, et
(aussi) prendre aucunes aliances par mariages avec aucuns
grans seigneurs d'Angleterre, car [aucuns maintiennent '] qu'il
1 On avait' d'abord écrit : car on dist.
• TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 325
en y a (de lien grans) qui très fort désirent d'avoir aliance et
amistiez avec mondit seigneur et les siens.
Item, encoresàce propos, mondit seigneur devroit practiquier
que notre Saint-Père le pape voulsist envoier aucun légat devers
le roy et monseigneur le dolphin et les seigneurs de France,
pour les requérir et amonester par la meilleur manière que l'en
saura aviser qu'ilz voellent tenir et faire tenir la paix si solen-
nelment faicte à Arras, comme chacun scet, où les paines ecclé-
siastiques (y) sont si grandes que plus ne pevent; et pareillement
(mondit seigneur devroit) escrire lettres et envoier messages
aux princes de France, comme le duc d'Orléans, de Bretaigne,
de Bourbon, d'Alenchon et les autres grans seigneurs du
roiaume, (et pareillement) aux prélas et bonnes villes, afin qu'ilz
se voellent emploier devers le roy et monseigneur le dolphin
tellement que la paix puist estre entretenue, comme dit est,
veu que mondit seigneur est prest, de son costé, de faire son
devoir envers le roy et tout ce que bon [et léal] vassal et
parent est tenuz de faire.-
Item, au v° et darrenier point, qui fait mencion que mondit
seigneur devroit ordonner et disposer ses apparaulx de guerre,
capitaines et chevallerie mettre en ordonnance, et pareillement
ses bonnes villes et gens du plat pays, de qui il se pouroit aidier,
se ung grant affaire luy sourvenoit, à faire cest advis et ordon-
nance que mondit seigneur voulsist es marches de Picardie,
Flandres, Brabant, Haynau et pays d'environ, commettre mon-
seigneur le conte d'Estampes, et son conseil, appelle à ce
monseigneur de Croy, [son premier chambellan,] aucuns des
seigneurs de Brabant et de Flandres, monseigneur le bailli de
Haynau, monseigneur de Habourdin, messire Baudet de Noyelle,
[le souverain de Flandres, les gouverneurs d'Arras et de Lille]
et le seigneur de Santés, * pour, par bon advis et délibéracion,
aviser comment d'ores en avant on sauroit à gouverner [et mettre
* On avait d'abord écrit; me3sire Baudet de Noyelle, le gouverneur
d'Arras et de Lille, le sire de Santés et le souverain de Flandres.
324 l'instruction
sus] es marches de par deçà, pour assembler puissance à résister
à rencontre des ennemis de mondit seigneur, se mestier estoit,
et comment les choses se pourroient conduire en espargnant le
povre peuple le plus que on pourroit, comme dessuz est dit, et
pareillement le faire faire en Bourgongne, se fait n'est.
Item, et se le plaisir de mondit seigneur est de se gouverner
par la manière dessusdicte, il puet sembler, à correction, que ce
sont voyes honnourables et raisonnables selon Dieu et le monde.
Quant à Dieu, c'est chose véritable que prince ne luy puet faire
plus belle offrande ne oblacion que de gouverner le peuple
qu'il a desoubz luy en raison et justice droiturière, sans fainte,
comme dessuz est touchié, ne fonder (hospital) [chanésies, cha-
pelles, ne hospitaulx] n'est ' plus charitables que de maintenir
son peuple en paix, le supporter de travaulx et vexations, et,
pour obvier aux causes et mouvemens d'orgoel et d'oultrage,
se préserver de povreté, attemprer et modérer sa despense, se
enrichir et vivre du sien raisonnablement, comme toute créa-
ture est tenue de faire. (Car) Et par la manière dessusdicte,
mondit seigneur soustendroit son estât de son domaine, vivroit
du sien, ses serviteurs bien paiez, et si mettroit en trésor et
à part les aides qui luy sont ou seront accordées cy après, avec
les successions, aventures et fourfaitures qui journellement
luy pevent avenir et aviennent, .qui n'est pas petite chose,
comme dessuz est dit.
Item, et s'il sembloit à mondit seigneur le duc que de conduire
son fait par conseil, comme dit est, fust servage et amenrisse-
ment de sa haultesse et auctorité, il ne le doit ainsi entendre,
[car vivre vertueusement et sagement n'est pas servage, mais
franchise et liberté,] car [toutes] les bonnes ymaginacions et
mouvemens prouffitables qui luy vendront au devant seront,
par conseil de preudommes, avanciez, amendez et mis, par bonne
sagesse et practique, àexécucion, et, par contraire, par conseil
sera desmëuz et advertiz du mal qui s'en puet ensuir.
1 N'est manque.
TRAVAUX PRÉLIMINAIRES. 325
Item, et s'aucun vouloit dire que à vivre ainsi par justice et
conseil, modérer et amenrir sa despense,1 veu le temps qui règne
et l'usance des autres princes, mondit seigneur ne seroit tant 3
prisié, ne doubté, et n'auroit les finances 3 qu'il a par la manière
que l'en a usé par ci devant et fait encores de présent : à ce on
puet respondre, et la vérité est telle, qu'il aura et assemblera
plus de finances et sera plus honnouré et doubté des sages et
vaillans, amé de ses subgès et secouru par eulx à tous ses
besoings, doubté et cremu de ses ennemis, cent fois, que de vivre
voluntairement en grans beubans, une fois faisant justice et
user de conseil, et l'autre non ; car en telz seignouries muables
et voluntaires, nul ne s'ose assëurer, mais vivent tous les subgès
d'ung prince en doubté et suspection, en laquelle ne puet avoir
parfaite amour, [et leur samble que toutes les aydes qu'ils font
et donnent (à monseigneur) ne pourâtent rien, mais est chose per-
due.] Et veu la conduite du roy et de monseigneur le dolphin, la
disposition en quoy mondit seigneur est avec Angleterre et Alle-
maigne, après la grâce de Dieu, la vraie sëureté et deffense de
mondit seigneur est en ses subgès, desquelz il puet avoir les
cuers en se gouvernant par raison et justice, comme dit est, (et)
non pas seulement les cuers de ses subgès, mais attraire à luy les
preudommes et gens de bonne voulenté, tant de France comme
des autres pays voisins. [Et n'y aura Franchois, Anglois, ne
autre qui ne doubté bien d'entreprendre sur mondit seigneur.]
Et par ces moyens, mondit seigneur seroit un des plus puissans
et honnourez princes de la cristienté, et en peu de temps très
riche et garny de trésor, [et s'il eust vescu par cy devant par
ceste manière, il fust l'ung des plus riches prinches du monde 4.
Item, et pour savoir auvray se l'advis des choses dessusdictes
seroit honnourable et prouffitable à mondit seigneur, il pourroit
* Où avait mis d'abord : Son estât.
* On avait mis d'abord : N'en serait point tant.
5 On avait écrit d'abord ; Tant de finances.
* On avait écrit d'abord : De la cristienté:
326 l'instruction.
mander tous ses notables conseillers et secrétaires, l'ung après
l'autre, ou tous ensemble, eulx moustrer ledit advis et faire jurer
solennelment qu'ilz luy dient francement, sans flaterie, lequel leur
semble estre plus prouffitable et honnourable en corps et en âme,
ou de se gouverner et rigler selon cest advis, ou de vivre et se
conduire par la manière qu'il a fait par ci devant et fait encores
de présent. [Et celuy qui baille cest advis, se mondit seigneur
y voeult entendre, sera prest devant (mondit seigneur) luy et son
conseil de respondre à toutes les doubtes que on poroit faire
en ceste matière, tousjours à correction, comme dit est.]
L'INSTRUCTION D'UN JEUNE PRINCE
L'INSTRUCTION DUN JEUNE PRINCE.
BIBLIOGRAPHIE.
I. Manuscrits consultés.
A. — Bibliothèque royale de Bruxelles, n° 10976, in-4°,
vélin. XVe siècle.
La lettre historiée du prologue contient les armes des ducs de
Bourgogne, entourées du collier de la Toison d'or.
En tête du prologue, se trouve une miniature représentant le duc,
au milieu de sa cour, au moment où l'auteur lui remet son livre, dans
une salle du palais. Philippe le Bon est assis à gauche sous un dais,
ayant à sa droite son fils Charles et un groupe de seigneurs qui sont
debout. A sa gauche, deux personnages en robe noire. En face de lui,
l'auteur, à genoux, vêtu en seigneur, lui tend le livre fermé. Le duc,
VOY. et ahb. 21
330 l'instruction.
son fils et les trois seuls seigneurs dont la poitrine soit visible dans le
groupe, portent le collier de la Toison d'or.
L'auteur porte le même collier.
Sur les montants et sur le toit du dais, on remarque, comme orne-
ments, des briquets, alternant avec deux lettres liées entr'elles par
une bandelette. Ce sont des e ou des l gothiques minuscules.
On trouve dans d'autres manuscrits de Philippe le Bon des lettres
semblables. (Bibliothèque de Bourgogne n. 9511, p. 398, etc.). Là ce
sont visiblement des e gothiques minuscules, mis en regard.
Contrairement aux autres manuscrits, la miniature qui représente
la mort du roi Ollerich vient ici en tète du premier chapitre au lieu
de précéder le prologue.
On peut appeler ce manuscrit l'exemplaire de Philippe le Bon.
B. — Bibliothèque de l'arsenal, à Paris, n° 33, in-4°, vélin.
XVe siècle.
V Instruction y est suivie des Enseignements paternels.
Après la table, on y voit une miniature représentant la mort du roi
Ollerich. L'auteur est à genoux ; le fils, du roi et les seigneurs
entourent le lit.
En tête du premier chapitre, une seconde miniature, à peu de chose
près pareille à celle du ms. de la bibliothèque nationale de France,
n. 1216, montre l'auteur dans un jardin, avec pavillon au fond,
offrant, à genoux, son livre au jeune prince. Ni l'auteur ni le prince ne
portent la Toison d'or.
M. Kervyn de Lettenhove dit : « Ce précieux manuscrit paraît
« avoir appartenu à Philippe le Bon. Les rinceaux sont ornés de fusils
« et autres emblèmes de la Toison d'or et de la devise : Je l'ay
« emprins. »
Cette devise est celle du Téméraire et, les armes des deux ducs
étant les mêmes, la devise est décisive et prouve que c'est au fils de
Philippe que le manuscrit a appartenu .
On peut appeler ce manuscrit l'exemplaire de Charles le Téméraire.
BIBLIOGRAPHIE. 331
C. — Bibliothèque nationale de France, fonds français,
n° 1216, in-4°, vélin. XVe siècle.
L'Instruction y est suivie des Enseignements paternels.
Après la table des matières, ce manuscrit contient, en tête du pro-
logue, une miniature représentant la mort du roiOllerich. Autour du
dais du lit, sur la draperie et sur certains carreaux du parquet, on
trouve aussi des lettres mises à la suite et liées par une bandelette. Ici,
il n'y a pas de doute : ce sont des l minuscules gothiques. Van Praet
dit : Un dais parsemé de deux L enlacées. (Recherches sur Louis de
Bruges, p. 147).
En tête du premier chapitre, une seconde miniature montre l'au-
teur, en cheveux blancs, vêtu de noir, à genoux, offrant son livre
fermé à un jeune prince, en houpelande, derrière lequel se tient un
seigneur de la cour. Au fond, un jardin et un pavillon, comme dans
le ms. de l'Arsenal. Sur le dais et sur le toit du pavillon, les mêmes
l liées ensemble.
Les lettrines, qui ouvrent le prologue et le premier chapitre, sont
remplies par trois grandes fleurs de lys. Mais ces armes semblent y
avoir été mises après coup : l'or diffère de l'or des autres lettres,
et l'encadrement ne parait pas destiné à cet écusson. Les autres
lettrines, fol. 19 v°, 27, 37 v°, 40, 47 v°, 54 v°, sont remplies autre-
ment et l'or en est meilleur. Cette supposition est corroborée par le
manuscrit de la même bibliothèque, n. 1217, où la lettrine primitive
est restée intacte et où les armes de France, pareilles à celles-ci, ont été
placées au bas de la page en dessous de Tencadremeut d'arabesques.
On doit penser que ce manuscrit a appartenu d'abord à un seigneur
de la cour de Bourgogne. Une note de Paulmy, écrite sur le manuscrit
de l'Arsenal, prétend que le manuscrit n° 1216 a appartenu à Louis
de Bruges, seigneur de Gruthuse (1436-1492). Van Praet le décrit
au nombre de ceux qui ont fait partie de cette riche bibliothèque et il
dénonce « l'empressement » qu'on mit en France « à faire oublier
l'origine de ces richesses en enlevant de chaque volume tout ce qui
pouvait rappeler le premier possesseur » : On recouvrit les armes de
Louis de Bruges par celles du roi ou on les effaça sans les remplacer ;
332 l'instruction.
on supprima son étendard et sa devise, on gratta le chiffre de son
épouse Marguerite, pour le remplacer, à côté du sien, commun à
Louis XII, par celui d'Anne de Bretagne, et l'on alla, dans un manus-
crit où le créateur de la bibliothèque, le protecteur de Colard Mansion,
était représenté, jusqu'à mettre « sur les épaules de ce seigneur la
tête de Louis XII.» Mais cette œuvre de vandalisme ne put être com-
plète, on négligea plus d'une devise et l'on conserva les emblèmes qui
font reconnaître aujourd'hui le premier propriétaire qu'on voulait
déposséder de l'honneur d'être un des plus intelligents fondateurs de
bibliothèques modernes.
Ce manuscrit doit être appelé l'exemplaire de Louis de Bruges.
D. — Bibliothèque de Sainte-Geneviève, Rf. in 4°, 17, petit
format, vélin. Ms. de la bibliothèque de Tersan.
Après la table, une miniature, encadrée d'arabesques, représente le
roi sur son lit de mort ; son fils est auprès de lui et l'auteur est devant
eux, en robe noire bordée de fourrure.
L'auteur porte au cou la Toison d'or.
On lit sur la garde les deux notes que voici :
« Dans aucun de ces manuscrits (de la bibliothèque nationale et de
« l'Arsenal) on ne trouve C2 que dans celui-ci on lit fol. 7 v°, 1. 11,
« jusqu'au folio 12 r°, ligne dernière.
— « Dans ce manuscrit cy, n'est point le 3e chapitre que j'ajoute en le
« copiant, sur papier détaché, du ms. de la bibliothèque de l'Arsenal.
« Il manque aussi la fin du second chapitre. »
Le passage nouveau, annoncé dans la première note, est unique; c'est
un songe du roi, intercalé dans le prologue. Je l'ai donné en note, mais
je ne le crois pas de l'auteur.
Ce texte est celui qui se rapproche le plus du nôtre, même par ses
fautes.
E. — Bibliothèque nationale, n° 1957, Ms. sur papier,
petit format, sans miniatures.
V Instruction y est suivie de V Enseignement d'un père.
BIBLIOGRAPHIE. 335
Même texte que le n° 1216, et excellente copie où certaines fautes
ne se retrouvent pas.
F. — Bibliothèque de l'Arsenal, belles lettres, n° 314, sur
papier, contenant aussi des œuvres d'Alain Chartier.
C'est une copie assez bonne. Les lettrines y ont été laissées en blanc.
G. — Bibliothèque nationale de Paris, n° 1956, velin, petit
format de 80 feuillets. Fin du XVe siècle, fol. 1-26. —
Une des autres pièces du recueil, l'épitaphe de Charles V,
porte la date de 1468.
Ce manuscrit est des plus curieux. La rédaction en est entièrement
différente : chaque idée y est conservée, mais réduite, et ce travail de
concision est fait avec beaucoup de soin et de clarté.
D'abord, on incline à penser que ce pourrait être le texte original
de l'auteur, qu'on aurait développé plus tard en arrondissant les
phrases et en complétant les conseils par des détails d'idée et de
style. Les autres manuscrits cependant sont plus anciens et celui-ci
est unique, ce qui établit déjà une forte présomption contre lui. Mais,
quand il n'y aurait que deux manuscrits, celui-ci et un autre de rédac-
tion différente, l'étude des textes pourrait résoudre ce problème.
Deux différences surtout sont déterminantes : le chapitre sur la
guerre est très-émondé ici, les expressions y sont mitigées, l'insis-
tance de l'écrivain à blâmer « la cruelle qui tout gaste et destruit »,
qui « prend sa nourreçon en trois vices diaboliques : orgueil, vaine
gloire et convoitise », a disparu, et les « horribles et cruels tour-
mens » deviennent « les inconvéniens » de la guerre.
Ensuite, quand l'auteur parle des communes, le texte change encore :
chaque fois qu'il est question des trois Etats, l'auteur, après la noblesse
et le clergé^nomme « les sages et notables des cités et bonnes villes » ;
le résumé, au contraire, dit que le prince doit consulter les princes,
les gens d'église, « et autres assistens ». Puis, le beau paragraphe
554 l'instruction d'un jeune prince.
où De Lannoy énumère les conditions sévères d'une bonne représen-
tation nationale, se retrouve à peine, dans une fin de phrase banale.
Enfin, quand l'auteur conseille au prince de régler ses finances,
l'expression si nette de vivre du sien est encore affaiblie ici et devient :
vivre sans vendre.
Il est évident que cette réduction a été faite plus tard, et les qua-
lités de clarté, de style et de résumé, autant que ce soin de ménager le
sentiment monarchique, désignent un écrivain français du temps de
Louis XI, plutôt qu'un seigneur de la cour de Philippe le Bon.
Il aurait fallu publier tout ce manuscrit, car il n'est guère de phrase
qui n'y soit changée. Je n'ai pas cru devoir le faire, je me suis borné
aux principaux passages et à tout ce qui peut marquer les différences
ou éclairer le texte de l'auteur.
II. Imprimé.
H. — Édition du Temple de Baccace de Chastellain, suivi
de X Instruction au jeune Prince. Paris, chez Galliot
Dupré, 1517.
Je me suis servi de l'exemplaire de la bibliothèque nationale de
Paris : Réserve, in fol. Z, n. 2121.
Je publie le texte du manuscrit de Philippe le Bon (A) et
j'indique les variantes des divers manuscrits sous les lettres
qui m'ont servi de nos d'ordre.
L'INSTRUCTION D'UN JEUNE PRINCE.
Ci commence la table 1 du livre intitulé V Instruction d'un
jeune prince pour se bien gouverner envers Dieu et le
monde. Et contient vin chapitres qui cy après sensièvent.
Le premier chapitre ensengne comment ung jeune prince
doibt sur toutes choses crémir Dieu qui lui a donné aucto-
torité et seignourie sur le peuple.
Le second chapitre parle comment princes et grans
seigneurs, qui ont le poeuple à gouverner, doivent vivre
attempréement et mettre paine d'avoir en eulx bonnes
meurs et prouffi tables.
Le 111e chapitre parle du bien et du prouffit qui vient aux
princes terriens quant ilz gouvernent eulx et leurs subgez
par raison et par justice.
Le ime chapitre ensengne de quelles meurs, estât et
1 La table manque dans D, G, H. Tout ce qui est imprimé en
lettres italiques est écrit dans le manuscrit à l'encre rouge.
536 l'instruction d'un jeune prince.
conditions, princes et grans seigneurs doivent eslire leurs
conseilliez et officiers principaulx.
Le ve chapitre parle comment rois et grans seigneurs
doivent avoir grant regard sur leurs officiers et serviteurs
adfin qu ilz ne facent chose contre raison ne au dommage
ou deshonneur deulx ou de leurs subgetz.
Le vie enseigne aux princes que pour la révérence de
Dieu et l'amour qu'ilz doivent avoir à leurs subgetz, se
gardent demprendre guerre contre cristiens.
Le viie, que diligamment ilz doivent entendre à la con-
duite et gouvernement de leurs finances.
Le viip et dernier chapitre parle de l'ordre et estât de
chevalerie et comment on le doit entendre ! .
9 B ajoute ici # Ici fine la table et s'ensieut le prologue.
Prologue sur le livre de V Instruction d'un jeune grince à
se bien gouverner envers Dieu et le monde l.
Pour acquérir honneur et bonne renommée, ung vaillant
chevalier des marches de Picardie se tyra jadis es parties
de Prusse et de Lyfland 2. Et tant y fu que luy sambla
que par honneur s'en povoit départir. Si monta en mer
au port de Damzich 3 en Prusse, pour retourner en son
pays. Mais sur la mer luy prinst ung si grant et horrible 4
tourment que pour sauver sa vie, lui et sa nef couvint
arriver ou royaume de Norwèghe, au port de Mastraut qui
est ung lieu à présent désert et mal habité 5 de gens,
* B supprime cet entête. — Cy commence l'Instruction du jeune
prince. Prologue (G). — Prologue sur le livre de l'Instruction d'un
jeune prince (H).
2 Hirlande (G). — L'issland (E). — Hyrlande (H).
5 Dansil (G). — Danzich (B. et D). — - Danzichen (H).
* Print si très horrible (G).
5 A dit : mal habitable. J'ai préféré la version de tous les autres
textes. La rédaction E dit : à présent mal habité.
238 l'instruction.
jà soit ce que anciennement l l'en treuve es croniques
qu'ilz furent si habundans en poeuple que par leur force
et puissance ilz conquirent 2 le païs de Normendie 3. Et,
en ce port de Mastraut, en attendant vent prouffitable,
demoura le dict chevalier ung grant espace de temps, durant
lequel temps il ala ung jour visiter 4 une petite prioré 5
assés près de ce port, fondée en l'onneur et révérence de
monseigneur sainct Olphe, qui est sainct fort requis et
aouré oudict royaume de Norwèghe.
Or advint que, en luy pormenant 6 par ceste église, son
clerc, qui bien sçavoit la langue du pays, regarda ou creus
d'un mur où il trouva ung coyer 7 de parchemin escript en
mauvaise lettre et effacie 8. Lequel coyer il lut au mieulx
qu'il poeult. Et quant il Tôt lëu, il dist à son maistre
qu'il avoit trouvé ung extrait de croniques, comme il lui
sambloit, ouquel, selon son advis, avoit de beaulx ensei-
gnemens.
Adont le chevalier lui commanda qu'il le translatast
d'Alemant en Franchois 9, dont il se excusa pour ce qu'il
n'entendoit pas bien au vray le langaige et que la lettre
1 Anchienoement (E). — Aulcunement (H).
* Conquestèrent (G).
5 Combien qu'on trouve par croniques que anciennement ils furent
si habondans en peuple qu'ils conquirent Normendie (G).
* Viseter (D, E, F).
* Prieuré (B, F).
« Pourmenant (B, D, E).
7 Cayer (F, H). — Quayer (G).
8 Effacée (E, G).
9 G réduit ainsi la fin de ce § : Ce que feist ledit clerc au mieuk
qu'il sceut, et, en passant temps, Dieu leur envoya bon vent et tant
qu'ils arrivèrent en Flandres.
PROLOGUE. 539
estoit l si soullie et planée que à grant paine le povoit on
lire et que bonnement ne le sçauroit % translater qu'il ne
fust moult incorrect. Néantmoins, pour obéir, il le trans-
lata au mieulx qu'il peut 3. Et, ainsi en passant temps, en
la parfin Dieu leur envoya si bon vent qu'en pou de temps
après ilz arrivèrent sauvement au pays de Flandres. Et
contenoit le dit coyer ce qui sensieut.
L'an mil iicxxxi, après la mort du vaillant roy Ruthe-
gheer, qui tant preudomme fu, crému 4 et redoubté, régna
son filz Ollerich, beau prince, hardi aux armes, homme de
beau personnage 5, gracieux entre dames, lequel ot moult
de guerres en son temps, à l'occasion de quoy et de son
légier gouvernement voluntaire, il traveilla ses subgetz
en maintes manières, dont il estoit fort blasmé et reprins
des preudommes de son royaume 6. Et environ l'eage de
xxx ans, il se maria à une dame nommée Luthegart, fille
au roy de Poulane 7, dame notable, sage, gracieuse et de
belles meurs, de laquelle il ot pluiseurs 8 enfans, dont
l'aisné fut nommé Rodolph, qui en son temps fu bon prince
et droiturier, bien amé de ses subgetz et régna moult
noblement 9.
Or advint que une moult griefve et aspre 10 maladie
* Est (C, D, E).
* Le ms. A dit : sçavoit. J'ai préféré la version B et E.
* Néantmoins, pour obéir à sondit maistre, il en print si grant
diligence que ledit livre fut par luy translaté au mieulx qu'il pot (F).
4 Craint (G).
5 Homme de beau corsaige (H).
a On ne pouvait mieux peindre Philippe le Bon en quelques mots.
7 Poulaine (D, E, H). — Poullaine (G).
' Beaux enfants (H).
9 Qui en son temps fut bien aymé et régna moult noblement (H).
10 Aspre et griève (E, D).
340 l'instruction.
survint au roy Ollerich, son père , tellement que les
maistres n y sçavoient donner conseil. Durant laquelle
maladie ung chevalier 1 preudomme bien renommé, son
subget, nommé Foliant de Ional 2, qui en son temps
avoit servi le roy Ruthegheer son père et pareillement le
roy Ollerich long espace de temps, mais pour ce que le
bon chevalier Foliant vëoit le desroy de la conduite du roy
Ollerich, son maistre, et qu'il laissoit les voyes 3 de raison
et de justice et usoit voluntairement du conseil de gens
vicieux, hayans le bien publique, à l'occasion de ce s'estoit
départy du service du roy. Touttesfois 4, quant il sceut
sa maladie, lui qui l'amoit de tout son cœur, ne se peut
tenir qu'il ne le venist vëoir et visiter, et tant fist qu'il vint
en la présence du roy, lequel il trouva en son lit très
oppressé 5 de maladie, dont moult luy desplëut. Doulce-
ment et humblement le salua. Et quant le roy le vit 6, il
en fu moult joyeux et lui dist : « Ha, mon bon amy
Foliant, tu soyes le bien venu ; je te voy voulentiers. Or
plëust à Dieu que par cy devant je t'eusse crëu, car je scay
que moy et tous mes affaires en vaulsissent 7 mieulx en
* Un bon chevallier (G).
8 Fouliant (G). - Folyant (H). — Folliant de Yonnal (F).
5 Les termes (F). — A partir d'ici jusqu'à la note 4 G rédige ainsi :
Lequel avoit laissé le service d'iceluy Ollerich pour ce qu'il avoit
laissé la voye de raison et de justice et usoit de conseil volontaire de
gens vicieux, non aymans le bien publique. Touttefois, etc.
4 Toutefois, quant il sceut la malladie, il le venist visiter jusques à
son lit où il le trouva moult oppressé de mal ; il le salua bien doul-
cement, etc. (G).
* A écrit : aspressé. J'ai corrigé d'après B, C, E et H. — Agrevé (F).
6 Vëy(B).
7 Voulsissent (B, C, D).
PROLOGUE. 341
corps et en âme. Hélas ! chier amy, j'endure paine mer-
veilleuse et voy bien que ma fin approche 1 » . Et après
ces paroles, le roy se confessa moult dévotement et de
cœur contrit de tous ses péchiés.
Et lors, son confesseur lui bailla absolucion et lui
charga pour pénitance qu'il priast mercy à tous ses subgetz
et qu'il enjoindiet à son filz Rodolph, devant tous, qu'il
voulsist estre, après lui, bon prince et droiturier 2. Et
quant le roy ot fine sa confession, il appella son premier
chambellan et lui commanda que, sans faillir, il féist len-
demain au matin, à vin heures, se Dieu lui donnoit tant
de vie, assembler et venir devers luy tous les gens
d'église, nobles et des gens de ses bonnes villes 3 et de
son poeuple 4 autant que recouvrer en pourroit, et pareil-
lement Rodolph, son filz, et aussi tous ses conseilliers et
officiers de quelconques estât qu'ilz fussent 5, lequel cham-
bellan acompli 6 son commandement.
Et quant vint au matin environ ix heures, le roy, qui
avoit fait faire ung lit en la grant sale du palais, se
fist 7 illec porter, car il estoit si griefvement malade que
4 Le ms. de la bibliothèque de Sainte-Geneviève (D) supprime la
phrase qui termine ce paragraphe et intercale ici une vision du roi
qui ne se trouve dans aucun autre manuscrit et que nous publions à
la fin de l'Instruction.
* Droiturier seigneur (B, C).
' Tous nobles gens d'église et peuple des villes (G). — Nobles et
populaires des bonnes villes (H).
4 La suite manque dans le résumé G, qui termine ainsi ce §
Ce que feit le chambellan.
5 Soient (C).
• Fist (E).
1 A dit : Si se fist. J'ai préféré la version de tous les manuscrits.
342 l'instruction.
nullement ne se povoit soustenir. Et incontinent la grant
sale fu si plaine de gens que à grant paine se povoit on
tourner l.
Et lors le roy Ollerich, qui moult avoit la voix casse et
foible, en la présence de tous , leur pria 2 humblement
pardon et mercy des abus, griefz 3 et dommages que
maintes fois il leur avoit fait en son temps 4. Et tantost il
fîst venir devant luy Rodolph son filz et aultres princes et
grans seigneurs de son ost, et illec ordonna son testament
par très bonne manière. Entre aultres choses, il eslut sa
sépulture en 1 église de monseigneur sainct Olphe, à Droul-
phèle \ en son royaume de Norwèghe 6.
En après , il commanda à son filz, sur quanques il
lamoit 7 et doubtoit et si chier qu'il avoit sa bénédiction 8,
1 G réduit ce § et le relie avec le suivant en ces termes : Et quand
venist au lendemain, le roi se feit porter en la salle en ung lit qu'il
y avait fait drecer. car il ne se povoit soubstenir, et là en présence
de, etc.
* Leur requist et demanda (H).
3 Le ms. A écrit : Grefz, ainsi que l'imprimé. J'ai corrigé d'après
tous les autres manuscrits.
* D ajoute ici, en rappelant la vision : « Et par espécial, des
v péchiés dont dessus est faite mencion , en promettant en parolle
de roy que, se Dieu le vouloit espargnier ceste fois, jamais jour
de sa vie il ne renquerroit es v des fautes dessusditz, mais, tout
le remanant de sa vie, leur seroit boin prince et droitturier, amant
et désirant le bien publicq. »
5 Roulphelle (G). — Droulphel (E). — H supprime ce nom.
8 D ajoute ici : « Et qui leur dist la vision qu'il avoit eue durant
sa faulte. »
' Il amoit (C).
* En après, il commanda à son fils qu'il voulsist estre bon prince
et juste, sur quant qu'il avoit chier sa bénédiction (G).
PROLOGUE. 343
que après lui il l voulsist estre bon prince et droiturier et
qu'il gouvernast son poeuple par raison et justice 2, en
luy priant, sur toute l'obéissance et amour que bon filz doit
avoir à son père, qu'il luy voulsist 3 promettre ceste chose
et le jurer en sa main en la présence de tous ses barons,
et il en porteroit la paine de sa mort plus légièrement 4.
Laquelle chose Rodolph son filz luy accorda libéralement
et de bon 5 cœur. A dont le baisa le roy par grant amour et
puis lui donna la bénédiction 6, telle que père est tenu de
faire à son enfant au partir de ce siècle.
Et après ce, le roy tourna moult amiablement son regard
sur Foliant de Ional, son ancien serviteur, duquel il est
parlé cy dessus, et luy dist : « Foliant, je t'ay trouvé
durant mon temps preudomme, loyal, franc, non flateur,
sans convoitise et sans corruption, amant honneur, cheva-
lerie et le bien publique 7. Je recongnois cy et devant
Dieu que je ne t'ay pas si grandement guerdonné comme tu
l'as déservi ; mais, se Dieu plaist, mon filz s'en acquitera
mieulx envers toy que je n'ay fait. Mon chier amy, je te
prie en mon dernier 8 et te commande sur toute l'amour
que tu eus oncques à moy que, après mon décès, tu veulles 9
mettre par escript et baillier à Rodolph, mon filz, pour
1 Plusieurs manuscrits suppriment ici le pronom : il (C, E, D, F).
2 D supprime les mots : Et justice, et ajoute : Et que sur toutes choses
terriennes se gardast d'encheoir es v péchiés cy dessus déclairés.
3 A dit : Voeulle. J'ai préféré la version commune à B, C, D, E et F.
* Plus ayséement (G).
5 De son bon cuer (C).
* Le reste du § est supprimé (G).
7 Amy, je t'ay trouvé toujours loyal et preudomme honnourable et
aymant le bien publique, sans convoitise et corruption (G).
' Desrenier (E). — Derrain (F et H).
* Veuilles (C).
544 l'instruction.
doctrine, la manière, moyen et praticque que ung bon
prince auroit à tenir pour acquérir la grâce de notre saul-
Jhésucrist, bonne renommée et la vraye et entière amour
de ses subgetz. Je me confie tant en toy que tu ne luy
bailleras chose ' par escript ne metteras au devant qui ne
soit à son honneur et au proufïit de son âme. »
Adoncques Foliant se mist à genoulx, en remerciant
très humblement le roy de l'onneur qu'il luy portoit, et
luy dist : « Certes, mon souverain seigneur, je ne suy pas
digne ne souffisant 2 de sçavoir parler ne mettre par escript
comme il appartient en si haulte matère. Mais pour obéir
à vostre noble commandement, j'en feray mon petit povoir,
et Dieu me doint grâce de faire chose qui soit à son plaisir,
au bien, honneur et proufïit de Rodolph, vostre noble filz,
et de tous voz bons subgetz 3 ! »
Lors dist le roy : « Mon filz, je te prie que tu adjoustes
foy en ce que Foliant de Ional te baillera par escript 4. Et
jà soit ce qu'il ne soit pas clerc ne aprins de lettres, il a
qui autant vault ou plus, car il est sage, prudent, de grant
expérience et qui moult a vëu 5. »
Et après ces parolles 6, le bon prince devint par si foible
que de tous poins le cœur luy failly de rechief, et cuidèrent
1 Doctrine (G).
* A écrit : suffisant. Jai corrigé d'après B, C, D, et F.
* Et lui dist : Mon souverain seigneur, de mon petit povoir j'acom-
pliray vostre commandement, combien que je soye ignorant pour
telle matière conduire, Dieu me doint grâce d'y faire chose à son
plaisir et qui soit au prouffit de voz bons subgez (G).
* Mon fils, en ce que Foliant de Ional te baillera par escript, je
te prie que tu ajoustes foy (E).
* Car combien qu'il ne soit pas clerc, si est prudent et saige et a
beaucoup vëu (G).
* Paroles dictes (H).
PROLOGUB. 345
tous les assistens qu'il fust oultré. Mais assés tost après,
il jecta ung soupir et joingny l les mains vers le ciel et, de
voix moult foible et casse 2, il dist ainsi :
« 0 filz 3, regarde moy et prens exemple à lestât où je
suis de présent, qui au jour d'uy estoye roy de trois
royaumes, riche 4, puissant et acompaignié de trente ou
quarante mile hommes, prestz de acomplir mes commande-
mens 5. Hélas, mon filz, tout ce ne me poeut valoir ne
prouffiter, car morir me convient. Je congnois que, au
partir de ce siècle, je n'emporteray se non mes biens fais
tant seulement. Et n'auray chancellier, advocat ne pro-
cureur qui parle pour moy. Mais, moy, dotant pécheur, il
me fauldra respondre et attendre tele sentence que nostre
bon créateur vouldra ordonner sur moy. » Adoncques il
s'escria de toute sa puissance en disant : « 0 Jhésus,
Jhésus, ayés mercy de moi ! »
Lors, son confesseur luy fist moult de notables remou-
strances pour le salut de son âme, puis luy présenta la
vraye croix et lui mist sur sa bouche, lequel le 6 baisa et
rebaisa moult dévotement, et qui plus est, la print entre
ses bras, et, sans plus mot dire, fina le bon roy sa vie 7.
Et quant sa mort fu scëue, il n'est bouche d'omme qui
sëust dire le merveilleux doeul qui lors fu mené de tous.
Certes Rodolph, son filz, en faisoit tant que c'estoit pitié à
* Joindy(B).
* Cassée (H).
» 0 fils, fils (D, E).
* Les neufs mots qui suivent sont supprimés dans F.
5 Riche et puissant d'avoir, damys et de gens d'armes (G).
6 La (F, H).
7 Fina le bon roy ses jours (G).
VOY. ET AMB. 22
346 l'instruction.
vëoir. Et le bon preudomme Foliant de Ional estoit si
forment troublé l qu'il ne povoit mot dire et, en larmoyant
tendrement des yeulx, prioit Dieu dévotement pour lame
du roy. Mais durant ce doeul , le corps fu richement
embammés 2 et ensevely et mis en ung sarcus 3 de plomb,
comme en tel cas appartient.
Puis après , les v princes et barons de l'ost vindrent
devers Rodolph, qui, moult humblement et tous d'une
voix, luy présentèrent à faire hommage et le servir ainsi
que bons et loyaulx subgetz sont .tenus de faire à leur
souverain seigneur. De quoy il les mercya de bon coeur.
Mais au regard de son couronnement, il leur dist qu'il
le vouloit délayer jusques à tant qu'il repassé 4 ëust la
mer. Et à , l'occasion de la mort du roy son 5 père, il
rompy son armée. Mais il desloga son ost 6 en très belle
ordonnance et tant chevaucèrent qu'ilz vindrent, sans avoir
empeschement aulcun, ou pays de l'Yflant où la navire les
attendoit.
Et après ce qu'ilz furent montés sur mer, en assés brief
de temps 7 aprez, ilz arrivèrent saulvement ou royaume
de Norwèghe, es portz de Mastraut, dont il est parlé cy
dessus. Et illecques les princes et la plus grant partye de la
chevalerie de ses royaumes prindrent congié de Rodolph,
et s'en retourna chascun en sa 8 contrée 9.
4 Tourblé (D, E).
* Embasmé (Bj.
3 Sercus (B). — Serqueil (H).
* Râpasse (B).
5 Son bon père (H).
6 Host(C).
7 Brief temps (E).
8 Leur (D).
9 Et s'en retournèrent chascun en son pays (F).
PROLOGUE. 547
Et au regard de Foliant de Ional, son ancien serviteur ,
il luy commanda qu'il ne laissast en nulle manière qu'il
ne aportast au jour de son couronnement les enseignemens
et doctrines de quoy le roy son père le charga à sa mort.
Laquelle chosa il désiroit bien à vëoir.
Et aprez ce que le preudomme Foliant fu arrivé en son
hostel et sy fu une espace l reposé, il pensa maintes fois,
de jour et de nuit *, au commandement et requeste que le
roy OUerich, son maistre, lui fist à son trespas, et aussi
aprez, Rodolph, son filz 3. Et, après moult d'ymaginations
et pensées sur ce eues, en la parfin, il concupt 4 en soy
une doctrine 5 que, selon son sens 6 et entendement, lui
sambla estre nécessaire et prouffitable 7 pour enseignier et
endoctriner ung jeune prince à se bien gouverner envers
Dieu et le monde. Laquelle doctrine il comprist 8 en
vin chapitres qui cy après s ensièvent 9.
Cy fine le prologue de ce livret, intitulé V Instruction d'un
jeune prince pour se bien gouverner envers Dieu et le
monde. Et contient vin chapitres partiaulx, comme il
apparra en la déduction de ce traittié 10.
1 Ung espace de temps (C).
* Jour et nuit (F).
5 Rodolph, son maistre, fils d'icelluy (F).
4 Conceupt(B). — Conchupt (E).
5 II conchut en soy doctrine (F).
6 Selon son ad vis, sens, etc. (F).
7 F supprime : Et prouffitable.
8 Et compilla (F).
9 Et contient huyt chapitres paruiaulx, commi il apparra en la
déduction de ce traictié (H).
10 F et H suppriment ce §, écrit à l'encre rouge dans la plupart
des manuscrits ; ils suppriment aussi les titres des chapitres.
Comment ! ung jeune prince doit sur toutes choses crémir
Dieu qui luy a donné auctorité et seignourie sur le
poeuple. Premier chapitre 2.
Crémir 3 Dieu est le premier commandement de sapience,
car celluy qui l'aime et craint est ferme en foy, obéissant
à l'église et garde 4 estroitement 5 ses commandemens et
se conduit en ensievant la doctrine qu'il nous a enseignie
et remoustré par les saintes euvangiles.
Ung prince 6 qui craint Dieu et maintient justice se poeut
1 Icy après s'ensieut comment, etc. (B). — Le premier chapitre
enseigne comment, etc. (D, E, F).
2 Premier chapitre de l'Instruction du jeune prince (H).
3 Craindre (G, H).
* A écrit : Se garde. J'ai corrigé* d'après B, C, E.
5 Car celuy qui le craint, l'ayme et est ferme en sa foy, etc. (G). —
Car celui qui aime et craint Dieu, maintient justice, est ferme en foy
et obéissant à l'église, garde, etc. (F).
6 Prince (D).
550 l'instruction.
confier en la parole de sainct Pol où il allègue l : « Se
Dieu est avec nous, qui nous porra nuire ne résister con-
tre nous ? » Et, mon souverain seigneur, pour ce que je ne
suis pas clerc ne aprins de lettres 2 et que à mon estât 3
ne appartient pas de guères avant parler en si haultes
matères, je vous conseille, pour le salut de vostre âme et
vous deuement introduire de nostre sainte foy cristienne,
que vous faciez diligence de cerchier par tous voz royaumes
ung notable clerc, homme de bonne vie et sainte, non
flateur, pour vous endoctriner et enseignier comme à bon
prince catholique et cristien appartient \ Et se je dis :
non flateur, ce n'est pas sans cause, car aultre chose est
de adrechier ung jeune prince ou aultres grans seigneurs,
qui n'ont aultre correction sur eulx se non la crémeur
de Dieu et leur propre conscience seulement, que d'aultres
simples personnes, subgettes aux corrections des drois, loix
et coustumes des pays et de qui on 5 poeut avoir raison et
justice trop plus legièrement que d'un prince ou grant
seigneur qui ne la font, comme on voit de présent en plui-
seurs lieux, se non quant il leur plaist.
Helas ! considérons en nous mesmes en quelle desplai-
sance et amertume de coeur vivent subgetz qui sont
gouvernés 6 ou ont à marchir 7 à princes s'ilz ne crain-
4 Où il allègue et dit (B). — Qui dit (G).
4 Que je ne suis pas lettré ne clerc (G).
* Ne apprins de lettres de mon estât (F).
* Je vos conseille que ayez un notable clerc de bonne vie, non flat-
teur, pour vous instruire en nostre saincte foy catholique (G).
8 L'en (C, E).
6 Gouvernez hors des termes de raison et de justice (F).
7 A mercy (C). — Ont affaire (H).
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CHAPITRE I. 351
gnent Dieu. Car la crémeur de Dieu est le frain et la
bride qui retient princes -et tous puissans hommes de mal
faire et les ramaine au chemin de raison et de justice \ Ci
fine le premier chapitre *.
1 Hélas ! considérons en nous mêmes en quelle angoisse vivent
subgez gouvernez par prince qui ne craint Dieu, car la crémeur de
Dieu est le frain qui retient princes de mal faire et qui leur fait tenir
justice et raison (G). ,
2 Cet explicit est supprimé dans B, C, E, etc.
Comment l princes et grans seigneurs qui ont poeuple à
gouverner doivent vivre attempréement et mettre paine
Savoir en eulx bonnes meurs 2 et prouffitables. Second
chapitre.
Soy constituer est le premier commandement des loix.
Car ceulx qui ont le poeuple à gouverner et la justice £
maintenir, jà soit ce 3 qu'ilz eussent sens et cler enten-
dement en pluiseurs choses, toutesfois, s'ilz sont vicieux
et désordonnés en leur estât et manière de vivre, ilz en
sont de tous mains honnourés et prisiés 4 ; car raison
voeult et enseigne que princes qui ont la conduite du
poeuple soient de si belles meurs et vie si honneste et
attemprée que tous y puissent prendre exemple.
* Le second chapitre parle comment, etc. (B, C, D, H, etc).
* Plusieurs copies suppriment la fin de l'alinéa.
* Jà fist il (C, D, E).
* Quelque sens qu'ilz ayent, s'ilz sont vicieulx en leur estât, ilz en
ont moins prisiez (G).
354 l'instruction.
Ung prince, qui souverainement ' tend à bonne renommée
et à la gloire de paradis en fin, doit rendre paine d'avoir
en luy 2 les quatre vertus cardinaulx 3 : c'est assavoir
prudence, justice, continence et force 4, que aulcuns nom-
ment magnanimité, haultesse de coeur ou force de courage.
Par le moyen desquelles vertus et de vraye foy en Jhésu-
crist la créature poeut rendre à Dieu son âme pure et nette
ainsi qu'il luy a prestée, et acquérir bonne renommée en ce
monde.
Et pour parler de ces vertus, prudence est la première
nommée et est la fontaine dont sourdent 5 toutes bonnes
meurs. Elle a en soy, qui bien la considère, les vertus de
l'âme. C'est assavoir foy, espérance et charité. Et, selon
nostre langue, prudence vault autant à dire que sens par-
fait ou cler entendement, par le moyen de quoy, avec la
grâce divine, nos prédicesseurs ont eu par ci devant 6 con-
gnoissance que Jhésucrist est vray Dieu, tout puissant et
parfait, et en qui l'en 7 doit croire et obéir à ses sains
commanderaens, doctrines 8 et église cristienne 9.
Prudence est le miroir cler et luisant où toute créature
se poeut vëoir, et qui bien s'i 10 mire il congnoist toutes ses
1 Princes souverainement qui, etc. (D, E, F).
" A la gloire de paradis, doit avoir en soy mesmes (C).
3 Cardinalies (G et H).
* Atremprance et force de courage (G).
* Prudence est la première de ces vertus, dont sourdent (F).
6 Nos prédécesseurs par cy devant ont eu (C, D, E, F).
7 On (B).
8 A qui l'en doit obéir et croire doctrine (C).
9 Ont eu congnoissance de la divinité et humanité de Jésucrist,
de ses commandemens, de sa doctrine et de l'église cristienne (G).
*° S'y (C).- Se (E, H, H).
CHAPITRE il. 555
defaultes et voit ce que lui messiet et dont il poeut estre
blasmé et reprins, la povre et vile matère dont il est créé,
le lignage dont il est issu, l ses vices et deffaultes, souvent
pense à la mort, à la gloire 2 de paradis et aux horri-
bles paines d'enfer. Elle aime science et diligence, et
jamais ne dist ne entreprent chose que par avant n'ait
empensé 3 et estudié quelle fin il en poeut venir 4.
Justice est la seconde vertu, tant exellente et proufîi-
table que à paine bouche d'omme ne le pourroit dire ne
main ne le sçauroit escripre 5. C'est la balance juste, qui
jamais ne fault, dont nostre bon créateur Jhésucrist tient
le cordon en sa main. Elle poise, balance, mesure 6 et
départ 7 toutes choses à juste et droite équité et donne et
rend à un chascun ce qu'il doit avoir ou qu'il a desservi.
Par son auctorité, vivent princes, royaumes, païs et gens
de tous estas, en, paix, ricesse, labeur et marchandise.
Justice en effect est la protection et espéciale sauvegarde
de l'église, vesves et 8 orphenins, des laboureurs, foibles
et petis ; elle les préserve et garde des violences 9, malices
et oultrages des fors et des faulx, et est doubtée et crémue,
plus que fouldre de ciel, des orguilleux, félons et convoi-
teux.
! Issuz (C, E).
* Aux gloires (D, F .
5 Pensé (C, E, H).
* Advenir (B, C, D).
8 Bouche ne main d'omme ne le sauroit dire na escripre (F).
0 Mesure, balance (C, E).
7 Et départ est supprimé dans E et F.
8 Des veuves et des (H).
» Voluntez (H).
556 l'instruction.
Ceste vertu appartient par espécial aux princes qui ont
le poeuple à gouverne plus que à-1 nulz aultres. Bienè'urez
et amés de Dieu sont princes qui l'ont en leurs coeurs et
la font sur eulx, leurs enfans, prouchains de lignage, ser-
viteurs et officiers, sans nulz espargnier.
Continence, dont j'ay parlé cy dessus, 2 est la tierce
vertu que moult fait à loer. Car elle a povoir et puissance
de résister aux mouvemens désordonnez de la char, glou-
tonnye, yvresse, convoitise et rapine désordonnée ; la der-
verie 3 de ire, ne lardant feu de luxure ne le 4 poevent
vaincre ne sourmonter, tant est plaine d attemprance et de
modération en tous ses fais. Elle est occasion et moyen de
longue vie, ayde à paix et à concorde et prouffitable en
corps et en âme 5.
Magnanimité est le 1111e des vertus que on doit moult
honnourer, car princes ne chevaliers 6 de haulte renommée
ne firent oncques entreprinse ne vaillance en armes dignes
de mémoire sans sa compaignie, ayde et confort. Ceste
vertu, selon nostre langaige 7, vault autant à dire que force
de courage ou hardement, qui appartient espéciallement
1 A écrit : Que nulz. J'ai corrigé d'après B, C, D, E et F.
* Dont dessus ay parlé (C, D, E).
5 Druerie (H).
* La (C, H).
s G rédige ainsi ce § : La tierce vertu est atremprance par laquelle
on a povoir de résister aux mouvemens désordoonez, tant de chair,
du monde que du déable ; ne n'est péchié qui puisse vaincre Tomme
qui use de ceste vertu en ses fais. Elle donne longue vie, est très prou-
fitabie au corps et à l'âme.
6 A et B disent : Car chevaliers. J'ai préféré la version des autres
manuscrits (C, D, E, F). — Nul chevalier (H).
7 Langue (B).
CHAPITRE II. 557
aux princes et chevaliers \ car de sa nature elle est res-
confortée de tout ce qui poeut advenir : rencontrée de
lance, bombarde, canon, tourment de mer, dureté d'vver,
chaleur de soleil ; ne le grant nombre de ses ennemis, villes
ne fortz chasteaux, encloz de murs à haultes tours 2, ne
le poevent esbahir ne empeschier ses entreprises, ne
garantir son ennemy, puis qu'il l'a enchâssé 3 ; l'effusion
du sang, de lui ne d'aultres, ne le poeut 4 esbahir ne doubter ;
la mort luy samble petite paine à endurer, pour acquérir
honneur et bonne renommée. Que en diroie je plus ? elle
est comme invaincable tant qu'elle ait raison et justice en
sa compaignie 5.
Et, mon très amé seigneur, entre ces vertus, humilité,
fille de prudence, fait moult à loer. Car elle engendre
paix & et préserve d'envie et fait amer la créature. Car
quant prince est humble et pitéable et donne audience aussi
bien au petit que au grant, il fait son devoir et en est
prisiez et amez7.Et avec ceste noble vertu d'humilité appar-
1 Princes et grans seigneurs (C).
2 A fortes tours et hautes (H).
5 Encachié (C, E).
* Pèvent (B, C).
5 G résume ainsi ce § : La quarte vertus est nommée force de cou-
rage laquelle appartient par espécial à princes et chevalliers, car
sans elle, ne fait jamais chevallier entreprinse digne de mémoire, car
il n'est lance, canon, challeur ne froit, nombre d'ennemis ne haul-
teur de mur, ne torment de mer, qui la puisse esbaïr, ne garantir son
ennemy. Par son moyen, on ne craint mort ne autre peine pour
acquérir honneur. C'est une vertus invincible, mais qu'elle ait raison
et justice en sa compaignie.
6 Car engendre paix et concorde (C). — Car celle est mère de
paix (G).
7 Et la doit avoir prince qui veult avoir l'amour des grans et des
petis (G).
558 l'instruction.
tient à 1 prince estre franc et véritable et gardant foy,
lettres et scellez, tellement que chascun se puist assëurer
et arrester en ses promesses, lettres et parolles.
Et ad ce propos, l'en treuve en temps ancien que empe-
reurs, rois et grans seigneurs ne s'obligoient pour toute
sëureté en aultre manière que seulement en parole de
prince. Car leurs paroles et lettres estoient en ce temps si
bien tenues et estroitement gardées que l'en n'y trouvoit
nulle défaulte 2. Francise, qui bien la voeult entendre, fait
moult à recommander en prince ou noble chevalier et pro-
cède de justice et de magnanimité. Car la personne france,
sur toute riens, craint honte et reproche. Et cilz 3 qui aime
honneur et craint honte, vouldroit 4 autant souffrir mort 5
que d'estre reprochié d'avoir commis lâcheté de corps, traï-
son ne aultre vilain cas, ne de avoir 6 faulsé foy, lettres
ne scellez 7.Et de sa nature, elle het orgueilleux et flateurs
et ne poeut endurer leurs pompes ne faintes manières, mais
a pitié 8 des povres, foibles et petis et espargne les humbles,
et desplaist d'oïr dire mal 9 de nul en derière , et ne
1 A dit : Au, ainsi que H. J'ai préféré la version commune à
C, E, F. — A ung prince (B).
1 Faulte (C). — A ce propos, ou temps ancien, roys et princes pour
toute sëurté ne s'obligeoient si non en parolle de prince, laquelle lors
estoit si bien tenue que on n'y trouvoit aulcune faulte (G).
s Celuy (C). — Chiaulx (E).
♦ Vauldroit (C, D, E).
6 Estre mort (H).
6 D'avoir (C, E, H).
1 Sceaulx (H).
8 Pité (C, D, E).
9 D'oïr mal (B).
CHAPITRE II. 359
désire à moustrer sa puissance se non contre ! les orgueil-
leux ou ceulx qui à tort traveillent contre raison les sim-
ples 2, foibles et petis. Son coeur et sa bouche tiennent
ensamble 3, car pour rien, homme franc ne daigneroit dire
ne affermer le contraire de ce que son noble coeur pense 4.
Et 5 jà soit ce que francise, selon l'opinion d'aulcuns, soit
condition périlleuse, pour ce que par cy devant pluiseurs
fois a esté vëu maint preudomme et hardy chevalier mort
et detrenchié 6 en pièces, exillié et débouté de son pays à
l'occasion de francise, comme par exemple on poeut vëoir
es histoires du sage 7 Cathon et de maint aultre vaillant
prince 8, toutesvoies ceulx qui plus fort blasment francise,
si confessent ilz 9 qu'elle dépent entre vertu et vérité, qui
n'est pas reproche, mais loenge grant.
Mon 10 ch'ier ll seigneur, je ne voeul pas oultréement 12
* Le ms. A écrit : Entre. J'ai corrigé d'après B, C, D, E, F et H. —
Sur (G).
* Qui à tort et contre raison travaillez (sic) les simples (B).
3 Elle tient le cuer et la bouche liez en ung, ne jamais la bouche
ne parle contre le cueur (G).
* De ce que le coeur pense (H).
5 Tout ce qui suit jusqu'à la note 2 de la page suivante est rem-
placé dans le résumé G par les lignes que voici :
Et combien que franchise selon l'oppinion d'aucuns soit condition
périlleuse, touttefois, à la vérité, qui bien en use, c'est une vertu loua-
ble, en espécial en ung prince qui n'a d'autre correction sur luy sinon
la crémeur de Dieu et sa conscience.
« Détaillés (C).
7 Du prince Cathon (B, C, D, E, H). — Sage Cathon (F).
8 Vaillans hommes — Vaillant homme, (B, C, E, F, H).
9 S'ilz confessent (E).
*° Mais mon (C, D, E).
" Très chier (B).
" Aultrement (H).
360 l'instruction.
soustenir que chevalier, clerc ou homme de france condicion,
qui en tous ses fais et paroles voeult user de francise et de tout
dire la vérité, que à l'occasion de ce n'en puist bien avoir à
soustenir de corps ou de chevance , car tous vrais dis
selon le temps qui rengne, ne sont pas bons 1 dis. Mais
aultre ■ chose est d'un prince, qui n'a aultre correction sur
luy que la crémeur de Dieu et sa propre conscience, comme
dessus est dict, que d'un chevalier ou povre gentilhomme
qui n'a pas povoir 3 de soustenir ne porter oultre la vérité
de sa bonne et juste querelle.
Mais je vous conseille que, en tous voz fais et paroles,
soyés franc et véritable 4, sans riens doubter ne crémir
que Dieu seulement. Et vous gardés d'estre vanteur ne
mesdisans de dames ne damoiselles, félon ne mal gracieux
en voz langages ne maintiens, renoier, jurer, ne respandre,
batre 5 ne férir voz serviteurs, et sur toutes choses vous
gardés de yvresse et de luxure désordonnée. Car luxure
souille et empesche toute vertu, et yvresse fait perdre à
l'omme son entendement, dont à l'occasion de ce, souvent
1 A écrit : bon. J'ai préféré la varsion commune à B, C, E et H.
— Car toutes vérités, selon le temps qui règne, ne sont pas bons de
dire (F).
* G, à la suite du texte cité à la note 5 de la page précédente, termine
ainsi ce § : Aultrement va de gens de bas estât qui, pour vouloir user
de trop grant franchise et de tout dire vérité, ont souvent à souffrir en
corps ou en biens parce qu'ilz n'ont pouvoir de soubstenir leur que-
relle, comme qu'elle soit juste et bonne.
3 Qui n'a pas puissance (B). — Le povoir (C. D, E).
* Mais ung prince doit estre franc et véritable (G).
5 Renoyeur, jureur ne respandeur, battre, etc. (F). — Langage, ne
menteur, regnoieur, jurer, battre (H).
CHAPITRE II. 361
se meuvent questions et débatz,ettolt toutes bonnes meurs
et abrège la vie l .
Largesse et libéralité, sur toutes choses, appartient aux
princes et grans seigneurs 2. Car ilz en sont loés et aînés.
Tesmoing Aristotle 3 qui, entre les enseignemens qu'il fîst
au roy Alixandre, luy remoustra 4 qu'il n'est jà mestier de
fort chastel à prince qui largement donne. Mais de ceste
matère de donner, parleray plus à plain cy après où il
appartendra.
Gardés vous d'oïr jengleries 5 ne de vous esseuler avec
variez ne gens de basse condition. Mais vous acompaigniez
et prendés voz esbatemens avec nobles hommes, sages et
bien renommez. Et se aulcuns rappors vous sont fais, ne
arrestés jamais tant que partyes soyent oyes, se la chose
touche 6, la vérité en soit scëue 7, pour pugnir, de quelque
estât qu'ilz soient, ceulx qui l'auront déservi. Et, se on
vous mesfait, n'en prendez vengance 8 tant que vostre yre
soit passée, car attemprance, comme dessus est dit, est
vertu qui moult fait à prisier ; car, par chaleurs et hastivetez
4 Et soi* toute riens, se doit garder d'estre yvroigne ne luxurieux,
car yvresse fait perdre l'entendement à l'omme et luxure empesche
toute vertu et avec abreige la vie de la personne (G).
|" Libéralité sur toutes choses appartient aux princes (G):
5 Aristote (B, C, etc.).
* A dit : Moustra. J'ai préféré la version des autres manuscrits
B, C, D, EetF.
9 Jengliers (C). — Jangleries H).
8 Vous touche (H).— N'est-ce pas plutôt : que la chose touche, qu'ij
faudrait lire ?
7 Que parties oyes sur la chose, la vérité en soit scëue (C). — Jus-
qu'à ce que partie soit ouye et vérité soit sëue (G).
8 La vengance (C, D).
VOY. ET AMB. 25
362 l'instruction.
de princes, sont advenus l maintz meschiefz comme l'en
poeut vëoir en maintes histoires.
Gardés vous d'ingratitude et recongnoissiez les services
et plaisirs que l'en vous a fait 2 et à voz prédicesseurs en
temps passé. Hounourés et supportés les anciens et sur
toutes choses ayés pitié des povres, et, se paix et accort est
par vous fait à aulcuns de voz ennemis, gardés que jamais
après ne vous souviengne de la malvoeullance 3.
Appliquiez vous 4 à diligence et à lever matin, et expé-
diez légièrement ceulx qui vous prient ou ont à faire à
vous \ car parresse et longueur est chose mal séant en
toute créature et par espécial en roys et 6 princes qui ont
le poeuple à gouverner 7. Et ycy fine le second chapitre de
ce livre.
1 A partir d'ici , il manque à D plusieurs feuillets jusqu'à la
page 367, note 11.
s A fait à vous (C, E).
3 Jamais ne se doit souvenir à ung prince de maltalent, après qu'il
a fait paix à son ennemy (G).
4 Le mot : vous manque dans A. J'ai corrigé d'après B, C, E et H.
5 A faire de vous (C).
6 A toute créature... à roys et à princes (C).
7 Le résumé rédige ce § ainsi : Il doit diligemment expédier ceulx
qui ont à besoinger à luy, car paresse est malséant en princes qui
ont gouvernement de peuple (G).
Cy parle du bien et du prouffit l qui ment auwpr in ces et
grans seigneurs terriens quant Hz gouvernent eulx et
leurs subgetz par raison et par justice *. Icy commence
le 111e chapitre.
Bouche (Tomme mortel ne pourroit dire ne exposer le
bien qui s'ensuit quant ung roy ou ung prince de sa condi-
cion aime la chose publique et gouverne luy et son poeuple
par raison et par justice. Car de justice 3 vient paix et par
paix le poeuple croist et multiplie en ricesse, labour et
marchandise.
Et jà soit ce que raison et justice, en commun parler,
portent deux noms, si sont elles si anexées et conjoinctes
ensamble que ce n'est en substance que comme tout une
chose, car justice ne fait riens sans raison et raison conduit
* Le tierz chapitre parle du lien et prou fit (C, E).
* Quel bien et prouffit vient aux princes quand ils gouvernent eux
et leurs subgez par raison et justice (G).
3 Par justice (C et F).
364 l'instruction.
tous ses fais par justice. Car deux choses nous a Dieu lais-
siez en terre pour nous enseignier le droit chemin par où
l'en poeut acquérir bonne renommée en ce monde et la
gloire de paradis en fin l.
Raison, selon l'opinion des philosophes et des anciens
pères, est le différent qui est entre beste et créature. Et
certes, qui 2 bien y pense et regarde notre création et
povre fragilité naturele, ilz dient bien vérité, car la personne
sans raison fait plus à eslongier et fuir que nule beste,
quen 3 sauvage quelle soit \
Raison, la prouffitable, nous ensengne ce que5 nous devons
faire ou eschiever, taire ou parler 6, et si est l'escu et def-
fense qui nous garde des assaulx que nous livre journelle-
ment le déable, le monde et la char 7. Car tant que créature
se voeulle aider de raison, de légier sont reboutez vices,
car en son aide 8 y 9 survient la crémeur de Dieu. Et puis
1 Et combien que justice et raison ayent deux noms, si ce n'est
ce que une mesme chose en substance, car justice se conduit par
raison laquelle Dieu nous a donnée pour nous enseigner le droit che-
min à aller en paradis (G).
• Que (C et F).
■ Comme (C). — Quelque (H).
• Nule beste sauvage ne autre (F). — Et est plus à craindre la per-
sonne qui ne use de raison que la beste sauvage (G).
5 Nos enseigne que (C).
• Raison enseigne à faire le bien et laisser le mal (G).
7 Le monde, la chair et le dyable (E). — Le monde, le dyable et
la chair (H).
• C'est l'escu et deffense contre tous vices à qui s'en veult aydier,
car en son aide, etc. (G).
' n (C).
CHAPITRE DI.
365
que crémeur ! de Dieu et raison sont ensamble,la personne 2
est saulvée et hors de péril.
L'effect de raison poeut estre comparé à la vertu de
prudence qui en toutes choses est nécessaire 3. Si doit toute
personne, par espécial prince, mettre paine d'avoir raison
en tous ses fais.
Justice, la droiturière, dont dessus est parlé, qui bien
la voeult entendre, la doit comprendre en trois parties 4.
La première, toute créature qui a sens et entendement la
doit avoir en luy mesmes et ou mouvement de son cœur,
c'est asçavoir se corrigier de ses mes fais et défaultes
avant que aultre justice que la sienne y mette la main 5.
Car cilz n'est pas dignes de pugnir et justicier le poeuple
s'il n'a puissance et voulenté de faire raison et justice de
luy mesmes 6. C'est à entendre que, se l'en a fait domage
ou injure à aultrui, que jamais l'en arreste tant qu'il soit
amendé ou restitué, et, en briesve substance, que l'en face
à aultrui ce que on vouldroit que on lui fëist 7.
Et les aultres deux parties de justice, au regard de la
temporalité, appartiennent 8 seulement aux empereurs,
1 La crémeur (B, C, E).
* Car si en son ayde y survient la crainte de Dieu et la raison
ensemble, la personne, etc. (H).
5 Cette phrase est supprimée dans G.
* Justice se doit comprendre en trois parties (G).
8 La première, toute personne qui a entendement la doit avoir en
son cuer, en se corrigant de ses meffaiz devant que autre justice y
mette la main (G).
a Car il n'est pas digne d'autruy pugnir qui ne se scet justicier (G).
7 Et qui fait à autruy dommage ou injure ne doit tarder à le
réparer ainsi qu'il voldroit qu'on luy fëist (G).
8 A écrit : appartient. Le sens indiquait la correction que j'ai trou-
vée dans B, C, E, F, G et H.
566 l'instruction,
roys et grans seigneurs, à leurs officiers et vassaulx, c'est
asçavoir de garder les bons, paisibles et prouffitables, des
oppressions, malices et violences des fors et des f'aulx !
et les promouvoir et avancier es bénéfices, estas, honneurs
et offices devant tous aultres et s'en faire servir, et d'aultre
partpugnir et corrigier les malfaiteurs, félons et cruelz, de
leurs mesfais, crismes et deliz, selon les drois usages et
coustumes des pays, sans nulz espargnier com grans qu'ilz
soient, par moyen de prières ne de dons, d'or ou 2 d'argent,
que on leur en puisse ou sache faire.
Et tiercement, estre 3 bon et droiturier juge en toutes
causes et querelles, tant réeles que personneles, qui surve-
nir et mouvoir se poevent, partie contre aultre, en leurs
royaumes et pays, sans donner ne porter faveur, délays
ne longueurs, pour amour ne hayne, dons ne promesses,
ne supporter, par eulx ne leurs officiers, néant plus les
grans que les petis 4. Et en ces trois parties se poeut
entendre l'effect de la noble vertu de justice 5.
Vray est que justice, selon la rigueur de sa droiture,
a bien mestier d'estre acompaignie de clémence et de
pitié. Car s' ainsi n'estoit, ignorance, simplesse ou neccessité
n'auroient point de excusation, comme 6, pour exemple, se
1 Des forts, mallicieulx et faulx (F). — Des faulx et des foulx (H).
« Ne (C, E).
' A dit : Est, comme B et H. J'ai corrigé d'après C, F, etc.
* Tout ce § est supprimé dans G. C'est évidemment une redondance
5 G lie la fin de ce § avec le début du suivant :
Et en ces trois parties gist la noble vertuz de justice, laquelle doit
estre accompaigniée de clémence et de pité.
' C supprime : comme.
CHAPITRE III. 367
deux frères jouoient ensamble l et que en leur esbat l'un
occëist l'autre 2 ; ou archier ou arbalestrier, cuidant férir
cherf ou bisse 3 en la forest, assenast de maie adventure
son compaignon, ou s aulcun, assailly fust, pour le sien, son
raaistre ou son corps deiFendre, fust à ce mené 4 qu'il cou-
venist qu'il fust occis ou qu'il occëist; en telz cas 5 pitéables ou
samblables, doivent princes et grans seigneurs, qui ont lajus-
tice à maintenir, user de clémence et de pitié et espargnier
les simples, paisibles et ignorans, ceulx de bonne voulenté
et de vie honneste, et de tous poins moustrer la rigueur de
justice sur les félons, cruelz, malicieux et prevoqueurs 6,qui,
par engin, propos délibéré et force de leurs lignages 7 ou
d'aide en court, conduisent leur crismes, tenses, convoi-
tises et cruaultés, et en sont coustumiers 8.
Or y a bien manière à prince de se gouverner droituriè-
rement par justice si que 9n'y soit trop lasche, ne piteux,
ne corrumpu par prières ne par dons, ne d'aultre part trop
dur ne rigoreux 10.Et pour entre ces deux " extrémités user
1 Qui se jueroient ensemble (F).
2 L'autre, par fortuit cas (Fj.
* Biche (C et H).
* Fust acheminé (C).
5 Exemple, comme si, en jouant, ung occioyt l'autre, ou que ung
archier tuast son compaignon cuydant tuer un cerf, en tel cas,
etc. (G).
6 Provoquiez (C).
7 De lignages (C).
* En tel caz, princes doivent user de clémence et excuser igno-
rance et non pas [user] de rigueur de justice sinon contre les félons
qui, par leurs malices ou secours de lignage, conduisent leurs crimes
et en sont coustumiers (G).
8 Par justice qui, etc. (C).
10 Car on n'y doit estre trop lasche ne trop vigoureux (G).
11 Ici finit la lacune du ms. D. (Voir la note 1, p. 362.)
368 l'instruction.
sagement, princes qui désirent d'acquérir la grâce de Nostre
Seigneur, bonne renommée et l'amour de leurs subgetz,
doivent mettre paine et l faire diligence de trouver par
tous leurs royaumes et pays sept ou huit preudommes * de
bonne vie, sages et plains de vertus, tant clercs, chevaliers
ou aultres gens 3 notables, pour les conseillier en telz
matères et en toutes aultres choses touchant la monarchie
et gouvernement de leurs seignouries 4 ; car plus cler voient
en justice et en toutes choses, pluiseurs, à droit eslëuz,
que ung seul en particulier 5.
6 Et pour conclusion, princes se doivent conduire selon la
doctrine de la loy de nature, laquelle est crémir et amer
Dieu et requérir son ayde et conseil à l'encommencement
de tous ses fais, et d'aultre part, de faire à aultrui ce que
on vouldroit que on luy fëist. Et doivent regarder aux
jugemens, requestes et commandemens, qu'ilz les facent
telz et samblables sur leurs subgetz qu'ilz vouldroient que
l'en fëist sur eulx. Et icy fine le tiers chapitre de cest livre.
1 A écrit ici : De. J'ai corrigé d'après B, C, D, E, F et H.
* Il manque un z à la fin de ce mot dans A. J'ai corrigé, d'accord
avec la plupart des manuscrits : B, C, D, F, etc.
3 Ou gens (C, D).
* Et pour saigement s'y conduire et soy acquiter tant envers Dieu
que envers le monde, on doit toujours avoir en sa compaignie saiges
et preu des gens comme chevalliers et grans clers, pour conseil donner
en telles manières et autres touchant la monarchie et gouvernement
de leurs seigneuries (G).
5 Car plus cler voient deux que ung (G).
* En conclusion, prince en tous ses fais doit garder les deux com-
mandemens de nature qui sont : faire à aultruy ce qu'on vouldroit
qu'on luy feist, et ne faire à aultruy ce qu'on ne vouldroit lui estre
fait. Et icy fine le ine chapitre (G).
Cy dist l de quelz meurs, estas et conditions princes et
grans seigneurs doivent eslire leurs conseilliers et
officiers principaulx. 1111e chapitre.
L'en treuve en la bible, ou xvie chapitre d'Eutronomie 2
que Nostre Seigneur commanda de sa bouche à Moyse que
à gouverner son poeuple constituast juges droituriers 3,
sans porter partyes néant plus le grant que le petit, et
qu'ilz se gardassent de prendre dons, car dons aveuglent
tous juges et les font fourvoier et eslongier droiture.
Et en ensievant l'en treuve, ou xvme chapitre d'Exode
que ung nommé Jetro, qui vëoit la paine que Moyse, son
cousin, prenoit à l'occasion du gouvernement du poeuple,
icelluy, mè'u de pité, luy conseilla que pour luy aidier
à supporter ses charges, eslisist *, de sa gent, des plus
* Le 1111e chapitre enseigne, etc. (C, D, E, etc.).
• D'Antronomie (C). — D'Euteronome (G). — D'Euteronomie (H).
3 G supprime les 10 mots suivants.
4 II eslesist (C).
570 l'instruction.
puissans hommes, véritables, crémans Dieu et héans con-
voitise l. Certes, mon très amé seigneur, il n'est homme
qui sauroit 2 donner milleur conseil ne plus prouffitable en
ceste matère que d'ensiévir la parole de 3 Nostre Seigneur
et le conseil de Jetro. C'est à entendre 4 que vous eslisiés
conseilliez et officiers puissans et notables des conditions
dessusdictes , et que sur toutes choses se gardent de
prendre dons quelconques à cause de leurs estas et offices.
Et, se ainsi le faites, ce ne sera pas vostre bien seulement,
mais le très grant 5 prouffit de tous voz subgetz et le
salut de vostre âme 6.
Et, à ce propos, l'en treuve entre les enseignemens que
Aristotle 7 bailla au jeune roy Alixandre, quant il emprist
à conquester le monde, luy conseilla entre aultres choses
que ne surhaulchast jà ceulx qui par nature doivent estre
bas. Et, pour exemple luy remoustra que le ruissel qui court
par l'abondance de la pluye va 8 plus orgueilleusement que
1 Et ou xvnie chapitre d'Exode, y a que Jetro, voyant la peine que
son cousin Moyse prenoit à gouverner son peuple, luy conseilla que
pour luy aydier à supporter ses charges, il esléust, de ses gens,
hommes véritables et non convoiteux (G).
* Il n'est pas né qui vous sauroit (B, C, D, E). — Il n'est pas né
qu'il, etc. (C). — Il n'est nul (H). — Il n'est homme (F).
3 Plusieurs ms. suppriment la particule de.
* C'est à dire (H).
5 A dit : grant. — Les autres ms. sont d'accord pour dire : très
grant (B, C, D, E, F).
• La fin de ce § est remplacée dans G, par ces lignes : — Le conseil
de Jetro, et élire gens telz qu'ilz enseignent, car c'est le prouffit des
subgetz et le salu de son âme.
7 Aristote (C, etc.).
• Queurt (D, E).
CHAPITRE IV. 371
celluy qui vient ' de la fontaine et court toujours. Et 2 pour
ensiévir la parole de Nostre Seigneur, le conseil de Jetro et
la doctrine d'Aristotle, c'est grant folie aux 3 princes et
grans seigneurs de avancier et édifier ung homme vicieux
de basse condicion 4, car à l'omme nouvel fault trop de
choses avant ce qu'il soit pareil ne samblable à ceulx des
anciens lignages, desquelz princes et grans seigneurs pevent
assez trouver en leurs royaumes 5 et pays pour eulx en
faire servir s'ilz en vouloient faire diligence.
Hélas ! ancores n'est ce pas le fort de trouver conseilliers
et officiers, puissans et riches et de bon lignage. Maiz
c'est la maistrie de trouver conseilliers et officiers preu-
dommes, sages, eslevés en entendement ou en science, véri-
tables, crémans Dieu et héans avarice 6, 7 car gens de teles
condicions, selon le temps qui rengne, sont clersemés et
difficilles à trouver, veu la puissance et auctorité que a de
présent convoitise, rapine et corruption, qui ont tel, povoir
que à paines au jour d'uy n'y a si vaillant chevalier ne
clerc, tant sace 8 de science, qu'ilz ne se voeullent aider de
leurs malices et engins, qui est pitié.
* Queurt (Ibid.).
*•* Par quoy ung prince ne doit tant avancer gens de basse condi-
dition (G).
3 A princes (C, F). — As (G).
8"6 Entre ces deux signes de notes, G lie les deux §§ comme suit :
A leur royaumes, combien que le fort est de les trouver preudomes,
saiges, véritables, et craignans Dieu et héans avarice (G). — Non
avaricieulx (H).
7 G termine ainsi ce § :
Car aujourd'huy telz gens sont bien clersemés, veu que convoi-
tise, rapine et corruption ont tel cours que à paines est il nul cheva-
lier ne clerc qui en soit net, dont c'est pitié (G).
• Sache (C, D). — Tant soit saige (H), — Tant sage de science (F),
372 l'instruction.
Si vous devés sur toutes choses garder de faire chiefz de
vostre conseil, voz principaulx officiers ne prouchains de
voz personnes, gens convoiteux, corrumpus ne flateurs.
Car présupposé qu'ilz fussent ores les plus subtilz et cler-
vëans qui oncques furent, ou sages comme Salomon l, si
les doivent princes eslongier à cause de ces vices. Car j'ose*
bien dire et maintenir 3 devant tous que princes qui se con-
duisent par convoiteux, rapineux ou flateurs, sont et
seront tousjours en nécessité, leurs pays divisés, povres 4
et sans justice. Car justice et francise, ne d'aultre part con-
voitise et flaterie ne pevent 5 demourer en ung corps ne
eulx accorder ensamble ne que feu et eaue, ou ancores
mains.
Si vous conseille, mon très amé seigneur, pour faire
juste élection de voz officiers principaulx ou prochains de
vos personnes, que d ores en avant vous ne les prendez ne
eslisiéz, soient clers ou chevaliers, qu'ilz n'aient xxxvi ans
passés. Car, quant l'en vient jusques à cest éage, on poeut
clèrement vëoir et avoir congnoissance du sens, gouverne-
ment et conduite des personnes, de leurs vices et vertus.
Et, pour mieulx entendre, je excuse et tiens pour vaca-
bonde Tomme à l'occasion de jeunesse jusques à l'éage de
xxvi ans, mais de là jusques à xxxvi, en l'espace de ces x
1 Salmon (C, D, E).
* G résume ainsi le début de ce § :
Si doit un prince esloigner telz gens de son conseil et de sa per-
sonne, à cause de leurs vices, car j'ose, etc.
5 Car j'ose bien maintenir (C, D).
* G supprime le mot : povres.
5 A dit : peut. J'ai mis le pluriel d'accord avec B, C, D, E, F, G. —
L'imprimé dit : peult. — G termine ce § comme suit : car justice et
convoitise ne pèvent ensemble.
CHAPITRE IV. 375
ans, poeut on vëoir clèrement le chemin que la personne
voeult tenir, soit de vivre en vices ou en vertus. Et n'y a
si malicieux ne tant sace couvrir ses vices ne faintes
manières, que en dedens ces x ans l'en ne puisse très bien
vëoir et sçavoir ses inclinacions, et avoir la congnoissance
de la vie et estât des personnes et de leurs meurs, qui en
vouldra enquérir à la vérité l.
Si devés, et tous princes, faire grant diligence d'enqué-
rir, non pas à ung ou à deux, mais à pluiseurs, des meurs
et condicions de ceulx qui vous sont présentez ou que vous
avez intention d'eslire ou entretenir * pour conseilliez ou
officiers principaulx, et par dessus toutes choses s'ilz crain-
dent Dieu et s'ilz font raison et justice d'eulx mesmes,
comme dessus est dit.
Et ceste enqueste se doit faire es lieux et places où les
personnes ont demouré et hanté, à leurs voisins ou servi-
teurs, à leurs compaignons, marchans ou aultres qui 3 ont
eu à faire ou à besongnier à eulx, et, par dessus tous, aux
sages et notables des contrées, villes et pays où ilz ont
demouré et conversé, sans vous en arrester seulement aux
gens de vostre court pour les faveurs.
Et par tele enqueste, deuement faite 4 avec le sens
et entendement que vous pourrez trouver et percevoir
1 Et conseille que prince jamais ne prengne pour chiefz de son
conseil gens, quelz qu'ilz soient, s'ilz n'ont xxxvi ans passés, car en
celui éage, on voit clèrement de quelle conduite ils sont et en celuy
temps ilz ont prinz leur ploy pour vivre en vertus ou en vices. Ne ne
peut ung homme, dès ce qu'il passe xxvi ans, tant celer ses inclina-
tions qu'on ne congnoisse ses meurs et conditions (G).
* D'entretenir (B, C).
* A dit : A qui. J'ai corrigé d'après tous les textes, sauf B.
4 L'édition de 1517 qui est très fautive dit ici : doivent faire.
574 l'instruction.
de fait es personnes, pourrés lors choisir et eslire voz
principaulx conseilliers et officiers en qui vous vous
povez et devez fier et arrester pour la conduite et mon-
archie de voz royaumes et seignouries. Et, se vous ne
povez la paine d'eslire si grant estrutine \ que au mains
eslisiez deuement ceulx qui ont à conduire la justice.
Lesquelz conseilliers ainsi notablement eslëuz, devez tant
honnourer et adjouster si grant foy et crédence en eulx, que
toutes requestes, que l'en vous fera de ce jour en avant, de
promotions, de bénéfices, d'offices, grâces ou pardons,
retenues de serviteurs, ne choses qui touchent finances,
que, avant que en faciez response, voulliez 2 dire aux requé-
rans qu'ilz vous baillent par escript leurs intencions et les
causes et moyens pourquoy, selon leur advis, il leur samble
que vous doyez obtempérer à leurs requestes 3, et, avant que
en faciez responce, devez avoir l'advis de voz conseilliers ou
de la plus grant part d'iceulx. Car plus cler voient, comme
dessus est dit, pluseurs que ung ou deux particuliers 4.
Mais par ce que j'ay dit, mon intention n'est pas que je
vueille de tous poins rebouter le conseil des convoiteux et
rapineux et que princes ne s'en puissent faire servir, car
il en est de ces conditions qui ont beau sens et cler enten-
dement. Mais je les répreuve à les mettre chiefz de conseil
ne donner auctoritez principales, à cause de ces vices ; car
c'est ung proverbe ancien que tousjours rechiet le chat sur
1 Par si grant escrutine (B, C, D, H). — Par si grant cure (F).
2 Voeuillés (E). — Voelliez (D).
5 Que en fâchiez avant réponse aux requérans qu'ilz vous bail-
lent (C).
* Que ung seul (F). — Que ung ou deux en particulier (C).
CHAPITRE IV. 575
ses piez l. Et soyez certain que oncques prince ne grant
seigneur qui usast 2 par conseil de preudommes en nombre
suffisant et les voulsist oïr avant qu'il disposast de ses
affaires, ne fu decëu, jà soit ce que pluseurs flateurs et
gens vicieux, qui voeullent faire leurs besongnes à part,
pourroient dire que c est tout rien 3 de prince qui ne use
de son auctorité particulière, mais j'ay veu et voy ancores
de présent en pluseurs royaumes que princes voluntaires,
usans de consaulx * à part, sans disputacion ne examen de
conseil notable, tenu à heures raisonnables, fourvoient
souvent, et, à l'occasion de ce, sont povres et souffraiteux
et qui piz est, hays en cœur de leurs subgetz. Et c'est pro-
verbe ancien où est dit 5 : A telz princes, telz chevaliers, et
à tel maistre, tel varlet 6.
Pour quoy, se vous avés désir et voulenté de vous mon-
strer bon et droiturier devant Dieu et le monde, mettes
paine d'avoir officiers, conseilliers et prouchains de vous,
1 Le résumé (G) fait ici un contresens, en appliquant le proverbe
cité, autrement que Fauteur :
Et combien que convoiteux et rapineux soient à rebouter d'être
chiefz de conseil, pour leurs vices, toutesfois pour ce qu'il en est qui
ont bel entendement, on peut bien avoir leur oppinion, car c'est ung
proverbe ancien que toujours rechiet le chat sur les piez.
* A dit : usaist. J'ai préféré l'orthographe de divers manuscrits :
B, C, etc.
3 Riens (C).
* Conseil (C, E).
3 Le mot dit manque à notre texte (A). Il se trouve dans les autre»
manuscrits : Où il dit : (B, C, E) — Où il est dit (D, F, H).
6 Mais je n'ay veu ne leu en livre que jamais bien en advint à
prince qui usast de conseil parcial, et ceulx qui le font s'en treuvent
decëus et haïz de leurs subgez et c'est le proverbe ancien : A tel
prince, telz chevalliers, et à tel seigneur, tel varlet (G).
576 l'instruction.
preudommes, crémans Dieu, véritables, non corrumpus
et héans convoitise , et par là pourra un chascun
avoir congnoissance de la bonté qui est en vostre noble
personne. Et ycy fine le 1111e chapitre de cest livre \
1 Livret (D). — Cette dernière phrase manque à chaque chapitre
dans plusieurs manuscrits : C, G, H, «te.
Comment ' roys et grccns seigneurs doivent avoir grant
regard sur leurs officiers et serviteurs 2 adûn quih ne
facent chose qui soit contre raison ne au dommage ou
deshonneur 3 d'eulx ou de leurs sulgetz. ve chapitre.
Qui bien considère la foiblesse et fragilité de créature 4
humaine et les assaulx que jornelement nous livre le monde,
ledyable et la char, certes il est prouffitable à toute créature,
non mie prouffitable seulement, mais très néccessaire pour
le salut de l'Orne et aultrement, chascun, selon son estât
de vivre 5, c'est assavoir : princes soubz la crémeur de
Dieu ; officiers, serviteurs et subgetz en la doubte et cré-
meur des princes. Car de légier abuse et fourvoie en auc-
1 Le Ve chapitre parle comment (B, C, D, etc.).
* Serviteurs principaulx (C).
$ C et G suppriment : ou deshonneur.
* Nature (C, E).
5 Plusieurs manuscrits ajoutent ici : en crémeur et discipline
(C, D, E, F).
VOY. ET AMB. 24
378 l'instruction.
torité et puissance toute créature, de quelque estât qu'ilz
soient, s'ilz ne sont tenus soubz la verge de crémeur et de
discipline l. Pour quoy 2, princes sur tous aultres doivent
avoir grant et espécial 3 regard que leurs conseilliez et
officiers ne soient convoiteux 4 ne coustumiers de prendre
dons ne prouffis, à cause de leurs estas et offices, daultre
part 5 que de leur seigneur 6, si non gracieusetés 7 comme
vollilles 8, fruitz, vins en pos ou en flascons, et tellez
menuetez 9, etc.
Car tout preudomme se doit tenir content et bien payé
des gages et émolumens publicques, appartenans de droit
à son office, sans cherquier aultres pratiques ne prouffis.
Et, mon très amé seigneur, je vous afferme, tant que vous
ne aultres princes soufïerez que voz conseilliers, officiers
ou prochains de voz personnes aient hardement de pra-
tiquer ne prendre dons soubz umbre ne à cause de leurs
estas ou offices, jà justice 10 ne voz affaires ne se conduiront
droiturièrement, ne voz subgetz ne seront jà bien gouver-
nez en justice. Et aussi c'est notoirement en alant contre le
commandement que Nostre Seigneur fîstà Moyse,dont dessus
1 Car de légier abuse tonte créature qui est en auctorité si elle n'est
tenue seubz la verge de crainte (G).
* Par quoy (G).
s Avoir espécial, etc. (C, D, H, etc.).
4 Corrompuz ne rapineux (C, D, E, F).
5 Les neuf mots qui précèdent manquent dans plusieurs manus-
crits : C, D, G, etc.
a La fin de la phrase est supprimée 'G).
7 Gracieusement (C, E).
8 Voullailles (C).
9 Menues choses (C, H).
10 La justice (H).
CHAPITRE V. 579
ay parlé, et l jà soit ce que au jour d'uy les convoiteux
et rapineux qui ont les offices et auctoritez queuvrent 2 leurs
corruptions et malices soubz umbre de dons ou de cour-
toisies.
Hélas ! hélas ! telz gens resamblent au renart qui affule
chape d'ermite 3. Car vérité est, se n'estoit à cause de leurs
auctoritez ou offices, l'en ne leur présenteroit jà dons ne
courtoisies ne que aux aultres 4. Et à parler selon raison,
il n'appartient à conseilliez ne officiers quelconques de
prendre dons pour avancier es offices ceulx qui le valent,
ne pour faire droit et justice, car pour ces deux choses
faire, ilz en ont leurs gages et émolumens publicques comme
chascun scet, et par rigeur de droit, veu le serment qu'ilz
en ont fait aux entrées de leurs offices, le sont 5 tenus et
obligiez de faire à un chascun. Et, puisqu'il ne leur appar-
tient de prendre dons pour faire ce que à leur office appar-
tient, ancores leur en appartient 6 mains à faire à nul
tort, ne 7 supporter néant plus les riches que les povres.
Et qui bien y vouldroit penser et estudier, l'en trouvera
que par le moyen et pratique de ces dons et promesses ne
s'en ensieut que toutes injustes promotions et avancemens
de personnes indignes, reboutement de preudommes, et en
1 Cette fin de § est supprimée (G).
* Coeuvrent (D, E). — Couvrent (C).
5 Le résumé — après avoir encore lié les deux §§ en supprimant :
Hélas ! Hélas ! — ajoute ici un détail ;
Tels gens convoiteux et rapineux ressemblent au renart qui affuble
chappe de hermite et mengue les gélines (G).
1 Ne que aultres (C). — Ne aultres choses (H).
3 Ils le sont (B).
6 Leur appartient (C). — Leur appartient il (B).
7 Ne à (H).
380 l'instruction.
conclusion le très grant dommage et deshonneur des
princes et de la chose publicque.
Pour quoy, mon chier seigneur, pour obvier à telz l
malices et scavoir au vray Testât et gouverne 2 de voz
royaumes et pays, je vous loe 3 et conseille que souvent
vous transportez de pays en aultre,et diligamment enquérez
et demandez aux preudommes des contrées, tant d église,
chevaliers et aux notables des citez et bonnes villes, de
la conduite de voz officiers et conseilliers et de leurs renom-
mées, et avec ce, s'il y a ou pays hansaires, gentilzhommes,
bastars ou aultres, qui, soubz umbre de lignages et de
mauvais garnemens ou dissimulation de voz officiers, com-
posent ou tiennent le povre poeuple en servage par
menaches, forces et violences, adfin de les pugnir et cor-
rigier comme de droit appartient. Et soyez certain que
deux choses entre aultres font 4 amer ung prince de ses
subgetz ; l'une, quant il fait financement garder les previ-
lèges, usages et anciennes coustumes de ses bonnes villes
et pays, ainsi que juré l'a à 5 son couronnement ou joyeux
advènement ; et l'aultre, quant il pugnist rigoreusement
ses officiers s'ilz iraveillent le poeuple aultrement que de
raison, par espécial quant ilz vont contre les sermens
qu ilz ont fais aux entrées de leurs offices. Car trop desplait
à gens de tous estas et non sans cause, quant on les four-
4 Telles (C).
2 Gouvernement (B, C, D, Ë).
' Loue (H).
* Fait (C, D, E).
5 La particule à manque à notre texte. Je l'ai trouvé dans B et D .
CHAPITRE V. 581
maine et traite par aultre manière que l'en n'a fait leurs
prédécesseurs en temps passé \
Mais, mon très amé seigneur, je n'entens pas que, de
droit et de raison, vous et tous princes ne soient tenus de
soustenir, garder et deffendre vertueusement leurs officiers
contre tous, com grans qu'ilz soient, et pugnir, de corps
et de chevance, tous ceulx qui contre la majesté royale et
leurs officiers vouldroient entreprendre.
Et que en diroy je plus au regard d'officiers et servi-
teurs à droit 2 eslëuz ? Princes doivent vivre, en substance,
en pareille manière avec ceulx 3 comme bon capitaine avec
la chevalerie et bon père avec ses enfans, lequel les chastoie
et d'aultre part les pourvoit et guerdonne 4 de ce que à
leurs estas appartient et les avance devant tous aultres.
Et ycy fine le vc chapitre de cest livre.
1 Et sachiez que deux choses font aymer ung prince de son peuple,
l'une quand il fait garder les anciennes cousturaes de son pais, ainsi
que juré l'a à son coronnement, et l'autre quand il pugnist rigoureu-
sement ses officiers, quant ilz travaillent le peuple, car il desplaist
moult à gens de bien quant on les soubmet à nouvelles coustumes (G).
2 Une ligne manque à l'édition H. Elle comprend les 13 mots qui
précèdent.
» Eulx (C, D, E).
* Pourveoir et guerdonner, et plus loin : avancier (C).
Comment roys et princes, pour la révérence de Dieu et
V amour quilz doivent avoir à leurs subgetz, se gardent
de prendre ! guerre contre cristiens. vic chapitre.
Princes 2 désirans d'acquérir bonne renommée, la
1 D'entreprendre (C, D).
2 Je donnerai § par § tout le résumé de ce chapitre d'après le ms.
de Paris N. 1956 :
Princes désirans avoir boine renommée et l'amour de Dieu et de
leurs subgez se doivent garder de entreprendre guerres contre
crestians et espécial contre ceulx qui pevent grever, non pas
par doubte de leurs persones, mais pour la pitié du peuple et gens
de tous estaz, lesquelz ilz doivent garder d'oppressions et plustost
deffaiilir à ceux de leur sang que à leurs subgez que Dieu leur a
baillé en garde. Car, selon droit divin et naturel, il n'est amour plus
raisonnablement fondée, après l'amour de la créature au créateur, de
la femme au mary, du père à l'enfant, que le loyal subget à son
seigneur, et n'est rien qui plus gaste le peuple que guerre. Si est
expédient à ung prince pour obvier aux inconvéniens qui viennent
de guerre d'entretenir paix et amour avec tous et doibvent les princes
essayer à faire paix par ambaxades ou prendre juges raisonnables
devant que entamer guerre (G).
584 l'instruction.
vraye et entière amour ! de leurs subgetz et la gloire de
paradis en fin, se 2 doivent garder sur toutes choses d'em-
prendre guerres et questions contre cristiens, par espé-
cial celles dont leurs pays 3 et subgetz puissent estre grevés
ne dommagiez 4, non pas pour doubte ne crémeur de leurs
personnes ne du péril quii 5 leur puist advenir par armes,
mais seulement pour la pitié et cbmpacion qu'ilz doivent
avoir du poeuple et gens de tous estas, lesquelz ilz doivent
amer et deffendre de toutes violences et oppressions et plus
tost défaillir, se là venoit 6, à leurs prochains de sang et
de lignage que à leurs loyaux et obéissans subgetz que
Dieu leur a baillié 7 en garde ; car il n'est amour selon
droit divin et naturel 8 plus raisonnablement fondée, après
celle que créature doit à nostre bon Rédempteur, femme
à mari, père à enfant, que de léal subget à son seigneur.
Et rien, comme chascun scet, ne poeut tant 9 grever le
poeuple et gens de tous estas que guerre, la cruele, qui
tout gaste et destruit. Et pour obvier aux maux infinis
qui procèdent de guerre, n'a milleur moyen que de se
gouverner par raison et justice, comme dessus est dit. Car
comme nous vëons journellement la mère porter son enfant
douicement, l'alaitant de ses mamelles ; samblablement
1 Amour d'atemprance (H).
2 C supprime : se.
* Pays et personnes (H).
* Et adommagiés (C). — Ne adommagiés (D).
5 Qui (E, D).
6 C supprime : se là venoit.
7 Baillez (C).
8 Naturellement (C).
9 Et rien tant, comme chascun scet, ne peut tant (E)
CHAPITRE V. 385
raison et justice nourrissent l et entretiennent paix et con-
corde.
Et 2 par contraire, guerre 3 qui tout gaste et destruit,
prent sa nourrechon en trois vices dyabolicques, c'est
assavoir orguel, vaine glore et convoitise. Si doivent tous
princes et leurs conseilliers principaulx estudyer et aviser
maint tour, par journées et ambassades, en présentant
juges raisonnables ou indifférens, se mestier est, avant que
l'en parviengne aux horribles et cruelz tourmens de guerre.
Et, se la chose est si difficile et disposée à guerre telle-
ment que vous ne voz principaulx conseilliers n'y puissiez
bonnement pourveoir, ainçois que les choses viengnent si
avant que à voye 4 de fait, devez assambler les trois estas
de voz royaumes et pays, en lieu convenable, c'est assavoir
les seigneurs de vostre sang, gens d'église, chevaliers et
1 Les dix mots précédents sont supprimés dans l'imprimé H.
2 Et si ainsi est que sans guerre la question ne se puisse vuy-
dier, le prince doit assembler les trois estaz de son royaume et aux
seigneurs de son sang, aux chevalliers, gens d'église et autres assis-
tens remonstrer la vraye occasion de la question, en les requérant sur
la léaulté que lui doivent que léaument le veullent conseiller et servir
de corps et bien et tout le royaume aussi et par leur bon conseil et
meure délibération , se doit gouverner. Car onques roi ne prince
noté ne reprins {ne fil) qui se gouvernast par tel conseil, supposé qu'il
en venist aultrement que bien, car on doit croire les saiges et ceulx
qui aux grans besoings pevent ayder, comme en guerres *, esquelles
le chemin est aysé à trouver pour y entrer, mais l'issue en est moult
dangereuse (G).
3 Guerre la cruele (C, D).
* A voix (C). C'est évidemment une faute.
* L'énumération des conditions de la représentation des Etats man-
que ici.
386 l'instruction.
nobles hommes, et les sages et notables de voz cités et
bonnes villes, en leur remoustrant, à la vérité, sans y riens
celer ne couvrir, l'occasion1 dont procède l'apparance* de
la question 2, en eulx requérant, sur la foy et léaulté qu'ilz
vous doivent, que sur ce vous voeullent léaulment consillier
et financement servir et ayder de corps et de chevance, et
que au regard de vous, de tous poins en voeulliés 3 user
par leur advis et conseil, et vous y employer 4 sans riens
espargaier ne doubter, et garder vostre haultesse et hon-
neur ainsi que ont fait voz nobles prédicesseurs par cy
devant, et qu'ilz voeullent avoir espécial regart à vostre
honneur et à la haultesse et renommée du pays dont ilz
sont 5, et que le conseil qu'ilz vous vouldront donner soit
si bien pesé et meurement délibéré que ce soit chose hon-
nourable, conduisable et de durée.
Et 6, mon très amé seigneur, oncques ne fu vëu ne trouvé
en livre ne en histoire que roy 7 qui usast par le conseil des
princes et seigneurs de son sang, des anciens hommes et
estas de ses pays , assamblés en nombre souffissant, ayans
francise, sans fabricque ne crémeur, de chascun povoir
dire francement son opinion, sans aulcunement en estre
noté, iceulx bien et deuement informés des affaires, que
* A l'occasion (C, E).
* L'apparente question (C). — L'apparence, la question (E). — Cette
phrase est assez tourmentée et tronquée dans certains manuscrits.
5 Voulez (C, D). — Voulez faire (E;.
48 Sans rien espargnier ne doubter, et garder votre haultesse et
honneur et la haultesse et renommée du pays dont ilz sont et que
le conseil, etc. (H).
* En marge : qui a senibus est, id est débet esse sapientiam (C).
7 Ung roy (H).
CHAPITRE VI. 587
d'ensiévir leur conseil fust blasmés ne reprins \ présu-
posé qu'il en venist aultrement que bien. Car de raison
prince ne doit estre blasmez ne reprins de user par 2 con-
seil des sages et par espécial de ceulx qui les poevent servir
et secourir aux grans besoingz. Les chemins par où l'en
vient en guerre sont légiers à trouver et y est on tost 3
venu, mais les voyes et yssues par où il en fault saillir en
sont dangereuses et difficiles et souvent plus trenchans
que rasor 4 ne pointure d'esguille.
Hélas ! 5 mon souverain seigneur, or presuposons que,
par force d'armes et de 6 jugement d'espée, qui tousjours
n'est pas droiturier, roy ou prince, par vaillance et con-
duite , puist venir au dessus de ses ennemis, quant tout
sera aie et passé, ars, occis et tué, et que le jour vendra
qu'il luy fauldra respondre devant la face de Nostre Sei-
gneur, qui tout scet et congnoist, de si grans cruaultez
que de la mort de tant de chevaliers, escuiers, nobles
hommes, gens d'église, povres laboureurs et aultres qui à
1 Les neuf mots qui suivent sont supprimés dans l'imprimé H.
» Par le (C, D, G, H).
3 Tantost (H).
* Raisoir (C). — Rasoir (E).
* Hélas * ! or pensons quel compte rendra ung prince devant Dieu
au jour du jugement quant par son entreprinse de guerres tant de
vaillans genz seront mis à mort, les pais destruiz et brûlez, églises
abattues, femmes violées et pouvres laboureurs et petiz en fans mors
de faim, de quoi jamais satisfaction ne se peut faire, certes, qui bien
y pense n'est pas peu de chose d'en scavoir respondre (G).
6 Ou du (C). — Et du (D, E).
Le nouveau tableau du jugement de l'espée, qui n'est pa§ toujours
droiturier, par lequel s'ouvre ce §, est supprimé ici.
388 l'instruction.
l'occasion de ces crueles guerres ont esté occis piteusement,
femmes violées, povres laboureurs, petis enfans mors de
fain, églises et monastères, villes et chasteaux démoliz,
ars et abatus, et en tant de manières exactioné et fait
fourvoier le poeuple que à paine bouche d'omme le sauroit
recorder, certes ce ne sera pas petite chose d'en bien
sçavoir respondre, qui bien regarde les commandemens
de Dieu. Mesmement l que nous vëons et oyons journele-
ment, par toute cristienté, preschier devant tous que, se
créature muert en péchiet de luxure, gloutonnie ou paresse,
ou en aulcun péchié mortel, ou commet 2 homicide, sans
de ces choses en faire dévote confession, vraye repentance
et souffisante satisfacion,que telz gens sont en voye de damp-
nation 3. Hé ! 4 beau dieux 5 tout puissant ! se la chose est
si estroite et périlleuse 6 comme ilz se 7 preschent, laquelle
* Considérant ce que (C).
1 Ou soit (C).
* Cette dernière phrase est supprimée (G).
* Hé, mon Dieu, quel jugement pevent attendre roys, empereurs et
princes qui sont cause de telles persécutions, s'ilz n'ont juste que-
relle. Certes, il faut bien que la querelle soit bien juste et plaisant à
Dieu qui peut satisfaire à tant de cruaultéz qui se font es guerres de
présent. Combien que ung prince est tenu de desfendre son païs et
ses subgez contre ses adversaires et y résister en gardant son hon-
neur et en tenant la voye et l'enseignement dessusdiz, car prince à
boine et juste querelle ne doit rien doubter.
Et si à guerre fault venir, ung prince la doit exécuter si vertueu-
sement que la victoire lui en demoure comme à celui qui entend
garder son droit, aquerre honneur et bonne renommée, affin qu'il en
soit mémoire à perpétuel (G).
5 Ah ! vray Dieu (B).
6 Est si périlleuse et tant estroite (B).
7 Le (C, D, H).
CHAPITRE VI. 589
chose nous devons croire fermement, quel jugement dont,
selon sens humain, poevent attendre empereurs, roys, ducz
et grans seigneurs, qui sont cause des cruaultez cy dessus
déclarées, se ces choses ne sont deuement faittes à l juste
et droiturière querele ? Certes, il fault bien que la querele
soit moult juste, bien 2 fondée en droit et plaisant à Dieu,
qui poeut satisfaire et respondre à tant de cruaultez qui
se commettent par l'exercite de guerre, ainsi que l'en en
use de présent en la cristienté. Mais nonobstant tous
périlz, mon chier seigneur, je ne voeul pas soustenir que,
se 3 par orgueil ou dénégation de justice, aucun prince ou
communaultez de bonnes villes, prouchains devoz royaumes,
voz subgetz ou aultres, vous voeullent voluntairement
porter guerre, sans vouloir entendre ne entrer en voye
de justice ne comparoir devant juge compétent, que, en ce
cas 4, eu l'advis 5 et conseil des estas de voz pays, selon
Dieu et raison, vous et tous princes ne doyés puissamment
et fièrement 6 y résister, garder vostre haultesse et hon-
neur, deffendre et secourir à l'espée voz bons et obéissans
subgetz ; car prince à bonne et juste querele ne doit riens
crémir ne doubter, et, se à guerre fault venir, vous et tous
princes la devés conduire et exécuter si vertueusement et
par si bonne manière que victoire en soit vostre et telle-
ment qu'il en soit mémoire à tousjours, et monstrer 7 à
* En(C, H). -Et (D, E).
* Moult bien (B).
8 Se manque à notre texte ainsi que dans l'imprimé (H). Je l'ai
trouvé dans plusieurs manuscrits : C, D, E. etc.
* En ce cas, préalablement (C, D, E).
5 Vu l'advis (D). — En l'advis (H).
* Fermement (C).
7 Monstre (G).
390 l'instruction.
l'espée que vous estes prince et chevalier, contendans de
garder vostre droit, acquérir honneur et bonne renommée.
Et, ! mon chier seigneur, s'il advenoit 2 que à l'occasion
de vostre jeunesse et haultain courage et de la puissance
où vous vous trouvés de présent, tant en gens comme en
finances, vous venoit courage et voulenté de vous esprou-
ver en l'exercite d'armes, et que repos de paix vous
ennuiast, en ce cas, je vous conseille sur toutes choses que
vostre entreprinse et exercite de tous poins voeulliez
torner et appliquier sur Sarasins, ennemis de nostre
saincte foy cristienne, où vous porrés moustrer vostre
vaillance, acquérir honneur et faire le salut de vostre
âme, sans toutesvoies par ce moyen destruire ne vexer
voz subgetz. Mais ancores, à telz entreprises appartient
de y avoir grant ad vis, par espécial des anciens sages et
vaillans ; car ce n'est pas le fort d'encommencier, mais
c'est la maistrie de bien et vertueusement conduire et
continuer ses entreprinses 3. Car maintesfois est advenu
que légières armes sur les ennemis de la foy ont plus porté
1 Et vous, mon souverain seigneur, si à l'occasion de votre jeunesse
et haultain courage et aussi de la puissance qu'avez, vous voulissiez
exerciter en armes et que le repos vous ennuyast, je vos conseille
que tournez votre entreprinse sur les ennemys de la foy crestienne et
là vous pourrez monstrer vostre vaillance et faire le salu de vostre
âme sans toutesfoiz molester vos subgez. Mais telles emprises
requièrent estre faites par l'advis et conseil des anciens saiges et
vaillans, car ce n'est pas le fort d'encommencer, mais de bien et ver-
tueusement conduire ses entreprinses, car maintesfoiz est advenu que
légières armes sur les ennemis de la foy ont plus préjudicié aux
crestiens que aux Sarrasins (G).
* A écrit : advient. J'ai corrigé d'après B, C, D, E et H.
3 Les neuf mots suivants sont omis dans H .
CHAPITRE VI. 391
de dommage et préjudice aux cristiens cent fois que aux
Sarrasins.
De la conduite de guerre l, soit contre cristiens ou
Sarrasins ?, ne comment vous vous y devez avoir ne main-
tenir, me déporte 3 de présent d'en plus avant parler. Mais
pour règle générale, se à guerre convient 4 venir, je vous
conseille sur toutes choses que vous y soyés larges, aspres
et diligent, et tant hastez voz ennemis qu'ilz n'ayent pas
loisir de vous présenter la victoire 5. Et icy fine le vie cha-
pitre de cest livre.
* Pour règle générale, ung prince, s'il luy convient venir à guerre,
y doit estre sur toutes choses large, aspre et diligent (G).
* Ces dix premiers mots sont supprimés (H).
3 Ne déporter (C). Erreur évidente.
* Fault (C, D, E).
6 L'imprimé dit : la lataille, et gâte ainsi le grand style de l'auteur.
Comment roys et princes doivent diligamment entendre l
à la conduite et gouvernement de leurs finances.
vu" chapitre.
Qui congnoist la haultesse et magnificence qui appar-
tient aux princes doit sçavoir que à la conduite de leur
estât appartient moult grans finances 2. Pour quoy,
princes, après Dieu servi 3 et justice maintenue 4, n'ont à
faire choses plus nécessaires que d'entendre diligamment
à la conduite de leur 5 despence et au fait de leurs finances
et les proportionner et départir par si bonne et raisonnable 6
1 Le vn« chapitre enseigne aux rois et aux princes que dillig ani-
ment ils doivent entendre (C, etc.).
' Pour conduire la magnificence d'un prince, il y appartient moult
de finances (G).
8 Dieu servir (H). — Erreur manifeste.
* Le résumé (G) supprime : Et justice maintenue.
66 Les 17 mots compris entre ces deux chiffres de notes manquent
dans l'imprimé (H).
Y© Y. ET A MB. 25
594 l'instruction.
manière qu'ilz puissent vivre du leur ' et de leurs anciennes
demaines. Car c'est mal vescu, non mie mal 2, mais très
mal 3, quant princes ou grans seigneurs, à l'occasion de
leurs plaisances et légières entreprinses ou sumptueux
estas, folzdons, ou enrichir leurs mignos4, vendent, donnent
ou engagent leurs tènemens, rentes et revenues, ou que,
à l'occasion de ce, prendent tailles, aydes ou exactions
sur le povre poeuple que Dieu leur a baillié en garde,
lesquelz selon Dieu et raison ne doivent exactionner ne
traveillier, si non pour leur propre deffense ou leur évident
prouffit seulement, comme dit est, ou pour 5 l'aliance et
mariage de leurs en fans 6.
Et pour entendre, ilz sont deux manières par lesquelles 7
princes et grans seigneurs pevent venir à trésor. L'une est
de se conduire par rigle, ordonnance et honnourable espa-
raing 8, faire valoir ses demaines, comme molins, estangs,
rivières, ports de mer, dicages 9 ou choses samblables, sans
à nul faire tort, et sur toutes choses soy garder d'empren-
dre guerre ,0 se n'est pas i'advis des estas de ses pays ll,
* Le résumé affaiblit encore ici l'idée de l'auteur, il dit : Vivre sans
vendre.
* A omet ici le mot mal. J'ai corrigé d'après C, D et E.
5 Le résumé (G) supprime cette phrase importante.
* Mignons (G, H).
5 Par (C, E).
6 Vivre sans vendre ou exiger son peuple pour leurs plaisances et
sumptueux estaz ou pour enrichir leurs mignons, pour lesquelles
choses ils ne doivent rien vendre du leur, ne travailler leur peuple,
mais bien pour Taliance et mariage faire de leurs enfanz (G).
7 Par où (C, D, E).
8 Et ordonnance honorable (H).
9 Dicquages (C).
*••" Ce dernier trait est supprimé dans le résumé (G).
CHAPITRE VII. 395
comme dit est. Car guerre est ung gouffre qui destruit et
consumme ' toutes finances. La seconde voye 2, les assam-
bler par tous moyens que malicieux sauroit ou pourroit
aviser, soit par tailles, aydes, tonlieux 3 et subvencions,
empirance 4 de monnoies et toutes aultres nouvelletés, sans
avoir regard dont il vient ne où il est prins, pitié ne com-
pacion de nul 5. Mais, mon chier seigneur, soyés certain,
quelque chose que flateurs ne convoiteux puissent dire ou
alléguier, que jà finances ne trésors amassés par telz voyes
tiranniques, ne prinses sans juste cause, au desplaisir de
leurs subgetz, que l'en ferajà nule chose 6 qui viengne à
bonne conclusion, et je en appelle à tesmoing la sainte
escripture qui dist que jà la tierce ligne ne joïra des biens
mal acquestés 7.
Pour quoy, princes cristiens et leurs conseilliers princi-
paulx 8, s'ilz craindent Dieu, doivent aviser maint tour et
délaissiez de leurs plaisances, estas, folz dons et legières
entreprises, avant ce que à l'occasion de telz vanités
prengnent la chevance de leurs subgetz 9, car dons et
' Consomme (C, H).
* Et ceste voye est bonne (G). — La seconde voye est (C).
3 Tonlieux est supprimé dans l'imprimé (H).
* Empiremens (C, H).
5 La seconde est par subsides, empirance de monnoyes et aultres
nouvelles manières, sans avoir regard dont il vient, et cette voye est
tyrannique (G).
6 Jà chose (D).
7 Conquestés (C). — Acquis (H).
Et pou en proufïite au prince la finance ainsi levée. Aussi dit
l'escripture que des biens mal aquis jà ne joyra le tiers héritier (G).
• L'imprimé répète ici le mot : chrestiens.
• Et pour ce, princes et leurs conseilliers s'ilz craignent Dieu doi-
vent bien délaisser et abattre de leurs estaz et boubans, s'ilz n'ont de
quoy les entretenir fors que de la substance du peuple (G).
596 l'instruction.
estas de princes font à recommander qui à chascun font
bien et à nul dommage. Laquelle chose se fait 1 quant ilz
tiennent estas et font dons selon la grandeur de leurs
rentes, revenues et anciennes demaines ou à la quantité de
leur trésor 2, tellement que, à l'occasion de telz choses
voluntaires, ilz n'en délaissent à faire ce où ilz sont obli-
giés et tenus par droit et raison \ Mais j'ose bien mainte-
nir devant tous que dons et estas font à blasmer par le
moyen de quoy 4 il couvient que princes prendent l'avoir
de leurs subgetz ou facent tort à aultrui' 5 ou qu'ilz en
délaissent à faire oeuvre de charité, l'entretènement de
leurs souldoyers6,fortresses et chasteaux,ou payer les gages
de leurs serviteurs dommestiques et des 7 bons marchans
ou aultres, ausquelz ils sont obligiés par leurs lettres ou
parolles.
Or 8 considérons d'une part les biens qui s'ensièvent
quant ung prince gouverne bien ses finances et est garny
de trésor. Premièrement 9, il en est crémus et doubtés de
* Font (H). Erreur évidente.
* Aussi dons et estaz sont à blasmer (jui se font d'exaction et
tirannie et de ravoir du peuple (G).
3 Et de raison (D).
*•• Les mots compris entre ces deux signes de notes sont oniis
dans l'imprimé.
e-T Les mots compris entre ces deux signes de notes manquent
dans l'imprimé.
« Et (C).
9 G résumé ainsi ce § :
Premièrement il est de chacun et de ses ennemis craint et doubté
et n'ose on entreprendre guerre contre lui. Item, on désire son
alliance. Item, il trouve de légier argent, pour ses affaires, sans dan-
gier et à meilleur marché et sans travailler subgez et à la descharge
de conscience.
CHAPITRE VII. 597
ses ennemis et craint on d'avoir guerre ne question à luy,
et chascun désire son aliance. Secondement, il troeuve
légièrement gens pour le servir, soit en guerre ou autre-
ment, et finances s'il en avoit afaire, sans despens ; et mar-
chans et toutes manières de gens en ont plus voulentiers à
faire et à besongnier à luy et en a railleur marchié. Et sa
ricesse luy donne cause de non traveillier ses subgetz l ne
à cause de ,finances riens faire dont sa conscience puist estre
chargée .
Et par contraire 2 , regardons les 3 meschiefz qui
adviennent quant princes qui ont grans seignouries 4 se
gouvernent mal en leurs finances. Hz en sont mains crémus
et doubtés des princes 5 voisins et des barons et puissans
hommes de leur pays, et pareillement des communaultez 6 de
leurs bonnes villes, et n'en receuvrent pas si bien gens de
guerre à les servir ', marchans et toutes gens qui ont
finances et joyaulx les fuient et eslongent, et povreté les
amaine, à taillier, fourmener et exactionner leur poeuple.
Et sou ventes fois, à l'occasion de povreté et de souffre tté,
corrumpent justice et commettent oeuvres de tirant 8,dont
ilz sont haïs de Dieu et du poeuple et en acquièrent mal-
1 A partir d'ici, la fia du § est supprimée dans l'imprimé.
' Au contraire (G).
s Regardons à ses sujets et les, etc. (H).
*-8 Les mots compris entre ces deux signes de notes manquent
dans l'imprimé.
6 Le résumé supprime ici la mention des communaultés.
•*7 Les mots compris entre ces deux signes manquent dans
l'imprimé.
• Thirans(C). — Tirans (E).
598 l'instruction.
vaise renommée. Et, qui pis est, quant l vient en la fin de
leurs jours, présupposé qu'ilz eussent repentance et vou-
lenté de restituer 2 leurs tors fais et de faire à un chascun
raison, il leur est comme impossible, et en ceste dolereuse
tribulation finent leurs jours.
Et 3 pour venir à bon gouvernement, je fay mon compte
par 4 manière d'exemple que ung prince ait, chascun an,
de nette revenue 5, rabatu tout ce que selon raison fait à 6
déduire, cent mile escus, frans deniers. De ceste somme,
pour pourvëoir aux affaires qui aux princes peuvent hasti-
vement survenir, il en doit réserver et mettre à part la
ve partie, par 7 manière de trésor, et du résidu que 8 monteront
ses receptes, ordonner son estât. Car c'est tout gasté quant
on met Testât devant la recepte ; mais l'en doit, selon la
grandeur des finances, ordonner Testât, et faire les retenues,
et regarder que toutes choses soyent si raisonnablement
*-* Les mots compris entre ces deux signes s manquent dans
l'imprimé.
3 Et sachez que ung prince doit mettre en réserve pour les affaires
qui lui pevent survenir la cinquième partie, et du résidu entretenir
son estât et l'ordonner selon les receptes, et faire retenues d'officiers
en manière que par bon conseil tout y soit fait par bonne raison, tant
despense ordinaire que extraordinaire, soient abillement, chevaux,
armeures, ausmosnes, entreteneraens de nobles, réparations de chas-
teaux, déduit de chiens et d'oiseaulx, et que tout soit bien entretenu
sans interruption, car c'est vertu en prince de bien entretenir ses
ordonnances et reigles ; autrement en hôtel de prince n'aura richesse,
ne honneur, ne bonne police (G).
*-5 Les mots compris entre ces deux signes manquent dans
l'imprimé.
• De rente nette et revenue (C, E).
7 En (C).
8 Qui (C).
CHAPITRE VII. 399
proportionnées et départies, et l par si bon conseil de gens
en ce congnoissans, que les choses se puissent conduire à
l'avenant des finances : c'est à entendre la despence ordi-
naire, les habillemens, chevaulx et harnas 2, appartenans
au corps, dons de charité et d'aumosnes et dons libéraulx
qui appartiennent à la haultesse de son estât et à Tentretè-
nement des nobles hommes de ses royaumes, et ce qu'il
fault en ambassades et messages 3, dont l'en ne se poeult
passer pour conduite des seignouries, réfections de 4 for-
tresses et d'ostelz, et ce qui 5 appartient pour avoir le
déduit de chiens et d'oiseaulx. Et que les ad vis et ordon-
nances, faites et avisées par délibération de conseil, soient
si bien gardées et tenues que en ce 6 n'ait aulcune interrup-
tion ne deffaulte. Car il n'y a pas si grant maistrie à ordon-
ner loix et constitutions 7 proufïitables qu'il fault de vertu
et de puissance à les bien garder et entretenir. Et jà ricesse
ne bon gouvernement ne sera trouvé en court ne hostel
de roy ne de prince, s'il ne garde estroitement les règles et
ordonnances par lui faites tant en justice, en armes8, que en
son gouvernement et retenue d'officiers.
9 Mais, mon très amé seigneur, à l'occasion de cest espa-
raing, dont dessus est parlé, je n'entens pas que à ceste
cause doyés 10 devenir convoiteux ne applicquier vo coeur à
1 Départies par (C).
* Harnois (C).
5 Messageries (D).
4 Des (C).
5 Qu'il (C, D, E).
* En ce cas (C).
7 A dit : coustumes. J'ai adopté la version commune à B, C, D, E
et H.
8 Tant en rigles comme en armes (C).
e*10 Si n'entens je pas que prince doibve (G).
400 l'instruction.
finances, mais en user en pareille manière et non autre-
ment que vous et tous sages princes ' devés faire, de 2
artilleries ou abillemens de guerre, pour de tout ce vous en
aidier 3, saulcuns hatifz affaires vous survenoient. Et à se
gouverner par ceste manière ou en substance, vous et tous
princes devendriés 4 riches au devant et garnis de trésor, et
pourries 5 espargnier vos subgetz, pour vous en aidier
s'aucuns grans et pesans affaires vous sourvenoient. Car,
comme aultresfois ay dit, il n'est plus noble trésor à prince
que d'avoir riches subgetz et de s'en faire amer. Car prince
amé de ses subgetz ne sera pas, à son besoing, secouru de
trésor seulement, mais de coeur, de corps et de tout ce que
Dieu leur a preste. Et en tesmoignage de ce, j'en allègue
ung mètre que fist le sage Cathon, où il met 6 :
Cilz doit estre sires clamés
Qui de ses hommes est amés.
N'est pas sire de son pays
Qui de ses hommes est hays.
Certes, cilz est bien abusez qui croit que princes ne
aultres puissent estre amés de leurs subgetz à prendre le
leur oultre leur gré, par espécial 7 quant ilz voyent que
c'est chose folement despendue et mal emploiie s. Et se ilz
1 Tous princes (E).
* A écrit : des. J'ai préféré la version commune à B, C, D, E et H.
5 Vous aidier (C, H).
4 Deviendrés. — Pourés(C).
* C écrit '.fait au lieu de fat, et supprime : où il met.
8 Et n'est pas sires de son pays (B). — Il n'est pas, etc. (G, H). —
Ces textes font ce vers trop long d'un pied.
7 Par espécial est supprimé dans C et H.
8 Emploiée (C). — Employée (D).
CHAPITRE VII. 401
moustrent samblant d'amour, elle n'est que en la langue et
es yeulx \ mais la hayne et malvoeullance 2 leur en
demeure au coeur, et seront le cheval au blanc piet qui fault
à son maistre au besoing 3.
Je ne mes pas en doubte 4 que pluseurs orguilleux et
flateurs diroient moult de choses contre cest ad vis, en allé-
gant que c'est tout rien de prince 5 s'il ne tient grant estât
et donne largement, et que oncques filz de roy n'eut
povrete, et pluseurs choses à ce servans. Mais à telz
manières de gens, je 6 respons que prince crémant Dieu ne
voeult vivre que du sien.
Et quant à avoir grant nombre de gens, prince qui se
fait amer et se gouverne par raison et justice est tousjours
bien acompaignié, où qu'il soit, sans ses despens, car il ne
va quelque part en ses pays que tous ne soient ses subgetz
appareilliés de le servir et obéir \
Mais, quant tout est dit, princes et grans seigneurs font
à loer et amer quant ilz gouvernent bien leurs finances
tellement qu'ilz ne soient tenus pour eschars ne convoiteux,
ne d'aultre part aussi trop oultrageux ne habandonnes 8. Et
icy fine le vne chapitre de cest livre.
1 De la langue et des yeulx (C).
a Mais la malveillance (H).
43 Et s'ils monstrent signe d'amour, c'est amour fainte qui fault
au besoing, car le cuer et la langue ne s'accordent pas (G).
* Je ne mes nient en doute (D, E).
■ A prince (C, E).
6 Je te (C). ^
7 Par ainsi, prince qui craint Dieu ne doit vivre que du sien et est
toujours bien accompaigné, quelque part qu'ilz aillent, quant il est
aymé, car chacun est toujours prest de le servir (G).
• Mais surtout fait à louer qui gouverne ses finances par raison,
sans estre eschars ne convoiteux ne trop habandonnez (G).
Cy parle 1 de V ordre et estât de chevalerie et comment on
le doit entendre. Icy s'enssieut le vme tfiappitre.
Mon souverain seigneur, pour ce que aux empereurs,
roys et princes appartient la conduite de chevalerie, il con-
vient selon raison qu'ilz soient informés de ce que à ceste
noble ordre appartient. Et dès qu'on 2 nomme ordre, le
nom déclaire assés son exposition 3 : c'est à entendre que
ceulx qui sont de cest estât doivent vivre par rigle et ordon-
nance plus que aultres personnes. Vray est que, quant
princes emprinrent premiers l'auctorité de gouverner le
poeuple, dès lors encommencha la fondacion et promotion
1 Le vme chapitre parle, etc. (C, D, etc.).
s Et dès que je CB, D, E). — Et dès je (C).
3 Le résumé supprime cette phrase.
404 LWiSTRUCTION.
de chevalerie. Et ' pour en parler au vray, chevalerie ou
chevalier est chose si néccessaire et anexée à lestât des
princes que je ne le sçauroie mieulx ne plus entendamment
comparer que bras et mains sont néccessaires à corps de
créature ; car, comme bras et mains se meuvent à l'ayde et
commandement du corps, samblablement chevalier doit
estre prest et obéissant aux princes et à leurs commande-
raens, sans doubter péril de mort, effusion de sang, ne
espargnier corps, membres, nechevance, à les aidier à sous-
tenir l'église, justice, et gouverner le poeuple *.
Et doit on 3 sçavoir que prince sans chevalerie n'a puis-
sance ne povoir ne que corps humain sans ayde de bras ou
de mains. Et chevaliers *, sans prince ou capitaine, n'ont
puissance ne vertu 5. Pour quoy princes doivent amer leurs
chevaliers et les chevaliers leur prince, comme le corps
ses membres et les membres le corps.
Ordre de chevalerie 6, qui bien le voeult entendre, est si
noble en soy que, s'il faloit eslire seigneur ou prince pour
gouverner et maintenir une région, l'en 7 ne le pourroit
mieulx choisir ne eslire entre tous aultres estas que ou
nombre des chevaliers.
Et pour parler de l'encommencement de chevalerie, l'en
■"* Et est chsvallerie si annexée à Testât des princes et aussi néces-
saire que bras et mains au corps de personne. Car comme braz et
mains sont toujours pretz pour servir le corps, ainsi chevalier doit
toujours estre prest à obéir aux princes sans rien doubter ne rien
espargnier (G).
3 Doit l'en (C, D, E).
* Chevalerie (A).
■ Le résumé ajoute ici : Néant plus que membres sans corps. —
Puis il supprime le reste du §.
8 Chevalier (A). Corrigé d'après C.
7 C supprime : Ven.
CHAPITRE VII. 405
treuve ou temps ancien que le poeuple estoit très simple et
ignorant l et n'avoit point la subtilité, engin ne manière 2
que l'en a de présent. Toutesvoies ilz n'estoient 3 pas si
débonnaires ne paciens que divisions et guerres ne se
mè'ussent souvent en pluiseurs contrées, les unes régions
contre les aultres 4, comme on puet vëoir es histoires 5. Et
en ce temps, fust pour assaillir ou deffendre, tous ceulx qui
povoient porter armes, vielz 6 et jennes, se mettoient es
batailles 7 et leur sambloit selon droit que nul ne devoit
estre excusé à la protection et deffense de son pays. Mais
les princes et ceulx qui lors avoient la conduite et com-
mandement sur le poeuple, considérèrent et perchurent par
expérience que ce n'estoit que confusion de mener tout ung
pœuple es batailles, car ilz vèoient souvent advenir, par le
moyen.de trop anciens ou jennes, que8 par foiblesse de
corps leur venoit une paour de quoy les batailles se met-
toient en desroy et aulcunesfois en fuite. Si avisèrent que
plus prouffitable et scëure chose seroit que l'en ne menast
pas 9 si grant nombre de gens es batailles pour le prouffit
1 Innocent (G).
2 Subtilité ne manière (C).
3 A met ce verbe au singulier, J'ai corrigé d'après tous les autres
textes.
4 Toutes voies, ilz n'estoient pas si débonnaires ne paisibles que
maintenant, car ilz avoient guerres les ungs contre les aultres (H).
5-6 Les mots compris entre ces deux signes de note manquent
dans l'imprimé.
7 Et de ce temps, n'y avoit vieil ne jeune qui ne mèist en armes,
pourveu qu'il peust porter baston (G).
• Plusieurs manuscrits suppriment que (C, D, etc.).
• Si advisoient que aulcunes fois et le plus souvent on ne menast
pas (H).
406 l'instruction.
de la 1 chose publique, mais que l'en eslisist les plus fors
et habilles compaignons de bon corsage et d'éage compé-
tent, et qui par apparence 2 auroient courage et harde-
ment, ausquelz l'en moustreroit et apprendroit la manière
de porter armes et de combatre, et que plus vauldroient de
telz gens, ainsi eslus et choisiz, dix mille que chinquante
mille d'aultres3. Et ainsi le firent, comme l'en treuve en
moult de histoires, espécialment en celles des Romains. Et
ad ce furent mëuz pour deux considérations : l'une que
ceulx qui seroient eslëus pour la guerre, ce temps pendant
les aultres entendroient au service de Dieu de qui viennent
les victoires, et le surplus du même poeuple aux labeurs et
oeuvres domestiques qui ne doivent cesser 4. La seconde
cause, qu'il falloit mains de vivres et de finances à soustenir
et entretenir le petit nombre que le grant. Et leur sambla
de fait que en ceste compaignie de gens eslëus 5 avoit plus
grant sëurté et apparance de victoire que en la confusion
du grant nombre. Et par dessus ceste élection générale % en
firent ancores une aultre particulière, plus espéciale, car ilz
choisirent ou membre des premiers eslëuz 7 une quantité
des plus preux, vaillans et sages et des milleurs lignages,
pour conduire et gouverner les aultres, et selon leur vertu
1 Notre texte ainsi que B dit : de chose publique. J'ai préféré la
version commune à C, D et E.
2 A écrit : espérance. J'ai corrigé d'après B, C, D et E.
3 Et que plus en vaudraient xm que xx (G).
4 Le résumé supprime ce dernier trait, si vrai et si juste.
5 Gens ainsi eslëus;(C).
6 Générale en ceste manière (H).
7 Des princs eslëus (H).
CHAPITRE VITI. 407
et valeur, leur bailla on charge, et furent les l secons eslëus,
nommés chevaliers.
Et jà soit que par ci devant soit diverse question dont
procède le nom de chevalier, nommé miles en latin 2 qui
poeut sambler 3 ung eslèu entre mille, ou pour conduire et
mener mille hommes dessoubz luy, et aulcuns aultres
nomment chevalier : centurion 4, qui anciennement avoit
la charge de cent hommes, et aultres maintiennent que ce
nom procède de ceulx qui premiers furent ordonnés à faire
les batailles de cheval 5. Et, comment qu'il voise du nom,
ne dont 6 procède, vérité est que chevaliers doivent estre
personnes eslëues entre tous aultres pour conduire les fais
des guerres et des batailles et soustenir l'église et justice et
la chose publique 7.
Et, par dessus toutes ces ordonnances, ancores, par les
princes du temps de lors fu avisé par grant délibération 8
que, entre le nombre des chevaliers ainsi eslëuz, en y
auroit 9 qui, par grant excellence de vertu, sens et vail-
lance, esquelz l'en l0 se pouroit confier en ung grant affaire,
i Ces (C, D, E, H). A et B sont d'accord.
•** Les mots compris entre ces deux chiffres sont omis dans C.
3 Sembler estre (E).
5 Le résumé résume ainsi la première partie de ce § : « Pour ce est
appelé chevallier miles en latin, comme eslê'u entre mille, ou centurion
qui a la charge de cent hommes.
6 Ne dont il(D,E).
7 La seconde partie de ce § est résumée ainsi dans G :
Toutes fois, quelque nom/ (sic) chevaliers doivent estre pour con-
duire les guerres, soubtenir justice et le bien publique.
8 Délibération de conseil (C).
9_,° Aucuns de grant exelïence, vertu, sens et vaillance ausquels
l'on, etc. (C).
408 l'instruction.
lèveroient ensengnes que de présent l'en nomme banières *
soubz lesquelles enseignes auroit * certain nombre de che-
valiers et combatans pour acompaignier lesdictes banières.
Et ceste chose sambla aux princes et à la chevalerie du
temps de lors chose très prouffitable pour ce qu'il est de
néccessité aucunes fois en l'exercite de guerre de se dépar-
tir en pluseurs parties, et d'aultre part sambla que les che-
valiers et jennes compaignons, eslëuz pour la guerre,
seroient par ce moyen mieulx tenus en ordonnance et disci-
pline soubz les capitaines ordonnez à porter lesdittes
banières et enseignes 3 que aultrement. Mais il fu deffendu
que nulz ne fust * si hardy de lever banières ne enseignes
se ce n'estoit par l'ordonnance des princes. Et ancores se
devroit 5 ainssi faire, se les choses se conduisoient par rai-
son. Et en ce temps, ceulx qui furent ordonnez à porter
enseignes, les firent paindre et figurer chascun à son plai-
sir de diverses couleurs, et pareillement firent les chevaliers
en leurs escus, car en ce temps l'armure et deffense le plus
estoit d'escu ô. Et la cause pour quoy les banières et escus.
que de présent selon l'usage commun sont nommez armes
ou blasons 7, y ot deux raisons, l'une générale 8 et l'autre
espéciale. La générale fu que belle chose est à vèoir, après
la resplendisseur du fer et de l'achier, la ricesse et beaulté
des couleurs dont les enseignes, banières, escus ou cottes
1 Lèveroient banières (G)
1 Auroient (C), — Auront (E).
3 Et enseignes, les firent peindre et figurer chascun à son plai-
sir (H).
1 Ne fussent (C).
5 Deveroient (C).
e Sur l'escu {E).
78 Sont deux, c'est assavoir l'une générale (C).
CHAPITRE VIII.
4 OU
d'armes sont faittes et pointurées, et beau parement en
bataille pour paour l et espoentement aux ennemis 2.
La seconde, en particuler, fut afin que l'en peust avoir
congnoissance de ceulx qui faisoient en armes aulcune
vaillance digne de recommandation. Car anciennement,
quant ilz faisoient aulcune excellente 3 vaillance en armes,
ilz en estoient très honnourés et en recep voient riche
guerdon", comme l'en poeut vëoir es histoires, pour quoy les
chevaliers désiroient d'avoir enseignes, adfin d'estre vëus
et congnëus entre les aultres.
Et en ce temps, les princes donnèrent et départirent aux
chevaliers terres et tènemens, à chascun selon sa valeur,
que de présent l'en nomme fiefz, desquelz fîefz et de la
manière comment ilz 'ont esté donnés poeut l'en vëoir es
livres des loix 4 .
Mais les causes principales pour quoy les terres, fîefz et
seignouries furent données aux banerés et chevaliers, en y
a deux 5. L'une pour les guerdonner des bons et notables
services qu'ilz avoient fais et faisoient journellement en
armes, si que 6 en leur viellesse ils peussent avoir 7 de quoy
vivre et soustenir leurs estas, car durant leur jennesse
n'avoient aprins science ne aultre mestier 8 si non de pour-
* A écrit : en bataille paour. J'ai corrigé d'après B, C et E. —
Donne paour, espantement (D).
* Et est beau parement et espoventement aux ennemys (H).
■ Excellence et(C).
* Des roys (C, H).
5 Deux principales (C).
* Afin que (C).
1 Ils eussent (C).
* Aprins aultre mestier (C).
VOY. ET AMB. 26
410 l'instruction.
siévir l'exercite d'armes, qui est chose périlleuse comme
chascun scet. Et l'autre, adfin que les jennes et puissans de
corps eussent povoir d'eulx entretenir prestz et garnis de
chevaulx et d'armes quant mestier seroit. Et selon les tène-
mens départis et donnés pour les causes dessusdittes, par
continuation de longueur de temps, les armes et blasons
espécialement es grans tènemens sont demourés aux sei-
gnouries dont ancores de présent ceulx qui en sont seigneurs
ou détenteurs en portent les ] noms, armes et enseignes. Et
ou temps que chevalerie flourissoit en vertu, ceulx qui lors
portoient armes ou enseignes, à toutes lesquelles eulx ou
leurs prédicesseurs avoient conquesté et acquis, par vertu
de corps, renommée digne de mémoire, quant ilz vouloient
affermer pour vérité aulcunes grans choses, le promettoient
sur la foy qu'ilz dévoient à Dieu, et, en témoignage 2 de ce,
mettoient en emprainture 3 de cire la fachon de leurs armes
et leur nom, que de présent l'en nome séel. Laquelle leur
foy et séellé 4, ilz souloient tenir et garder francement et
autant doubter l'infraction de ce, que le péril de leurs âmes,
perdition de corps, de honneur et de biens, ayans regard
au péril du parjure 5 de la foy de Dieu et aussi au reproche
d'avoir défailly ou tesmoignage de leur nom et armes
soubz 6 lesquelles ils attendoient journelement, aux com-
mandemens de leur prince, victoire ou la mort.
1 A écrit : le. J'ai corrigé d'après les principaux manuscrits :
B, C, D, E et H.
2 Tesmoing (C).
5 Emprainte (C).
* Et le scellé (G).
5 Parjurement (C).
6 Sur (C).
CHAPITRE VIII. 4M
Chevalier à droit eslëu doit estre de très noble et france
condition. Laquelle francise est de grant excellence et recom-
mandation, qui bien la scet conduire, comme dessus est
touchié. Et à en parler selon nostre langue, la personne
france en soy ne poeult souffrir ne endurer servage. Et
selon la parole de pluseurs philosophes, ilz sont deux
manières de serfz l. C'est assavoir les uns par nature et les
aultres par la loy. Et, pour entendre, les serfz ou serf 2 par
nature sont ceulx en qui deffault sens, bonté et raison, et
telz gens doivent estre gouvernés et conduis par les ver-
tueux, sages et prudens. Et ceste chose se poeult prouver
par l'àme qui de raison doit gouverner le corps, laquelle
est perpétuele comme chascun scet, et le corps, vicieux et
périssable, doit obéir à 1 ame. Et quant les choses vont selon
raison 3, vertu doit précéder 4 et avoir auctorité et povoir
sur les vices. Et les serfz ou serf par loy 5 sont ceulx qui
sont prins et vaincus es batailles, car les vaincqueurs
povoient tenir ceulx qu'ilz avoient vaincus en perpétuele
servitude. Pour quoy francise, de sa condition, craint et het
servitude, honte et vergongne, couardise et lâcheté de corps
et toutes reproches, et par espécial d'estre serf selon la loy,
car noble chevalier doit plus vouloir estre detrenchié ou
souffrir mort que, par la lâcheté de corps, 6 son prince ou
pays rechoive honte, déshonneur ou destruction, ne que la7
1 Fiefs (H).
2 Les folz (H).
3 Par raison (C).
* Procéder (C).
3 Et les serfz par la loy (H).
6 De son corps (C, D, E, F).
7 Que sa (H).
412 l'instruction.
personne vive en reproche de malvaise renommée ne aussi
au servage de son ennemy.
Ancores, francise, de sa condition, est large et libérale, et
aime honneur, et par dessus toutes choses elle het orguil-
leux, 1 félons, convoiteus et flateurs, et ne poeut endurer
ne souffrir leurs conduites, malices ne faintes manières ;
mais, de sa nature, elle espargne les foibles, povres te petis 2,
et en a pitié, et aime la chose publique. Et, à l'occasion de
francise, chevaliers, à cause de leur ordre, sont tenus, à
leur povoir, de garder dames, vesves et orphenins, les
petis, povres et innocens 3, de l'outrage, force et violence
des fors, cruelz et malicieux, comme dessus est dit.
Vérité est que l'ordre de chevalerie a esté mieulx enten-
due et mise en ordonnance depuis ladvénement de Nostre
Seigneur Jhesucrist que par avant. Car nostre bon créateur,
en remoustrant et preschant la foy, donna entre aultres
grant loenge au chevalier nommé centurion quant il dist
qu'il avoit trouvé plus de foy en luy que en tous ceulx
d'Israël, comme l'en poeut vëoir en TEuvangile, et il n'en
moustra pas 4 moins quant il voult que Joseph d'Arimathie
ot la grâce de le desclauer 5 de la croix et poser son précieux
corps en son sépulcre, où, de son humilité, voult reposer 6.
Lequel Joseph, selon l'opinion des docteurs, estoit de l'ordre
et compaignie des chevaliers.
Et après que sainte cristienté est crëue et exauchée,
* Orgueilleux et (H).
2 Povres et innocens (H).
3 Les cinq derniers mots qui précédent sont omis dans l'imprimé.
* Point (C, E).
5 Desclouer (C).
* Les six derniers mots qui précèdent sont omis dans le ms. D.
CHAPITRE VIII. 415
les princes de long temps ont gardé grans solempnitez et
sérimonies à l donner ordre de chevalerie, et du temps de
lors jusques à présent l'en en a usé en la cristienté en
trois manières.
La première, quant empereurs et roys tenoient solemp-
nelles festes, comme à leurs couronnemens ou solempnités
pareilles, les jennes bacelers de bon lignage, habiles de
corps, que l'en nomme de présent escuiers, venoient requerre
et demander aux princes Tordre de chevalerie.
La seconde, que pluseurs aultres, par licence de nostre
saint père le pape et de leur prince temporel, sont aies en
la sainte terre 2 aourer le saint sépulcre, et illec, par grant
dévotion, ont prins ordre de chevalerie.
Et la tierce, que, es guerres sur sarrasins mescréans
nostre foy ou es apparans périlz de batailles mortelles, ou
cruelz assaulx de villes, chasteaulx ou citez, confîans en
la grâce de Dieu et en la diligence de leurs corps, en espé-
rance ad ce jour 3 d'acquérir honneur et bonne renommée,
ont à telz grans besoingz et périlz requis ordre de cheva-
lerie, espérans que par icelle leur force et vertu en crois-
troit 4. Et de toutes ces trois manières n'y a celle qui bien
ne face à loer.
Mais, se cest noble ordre estoit gardé et maintenu
comme de droit appartient, les princes devroient establir
et ordonner que, avant que l'en donnast ordre de chevalerie
à nul, que les jennes escuiers fussent par avant bien et
1 Notre texte dit : de. J'ai préféré la version commune aux mss.
B, C, D, E et H.
8 Pour (C, E).
5 En apparence celuy jour (H).
4 Vertu croitroit (B, C, D, E, F, H).
414 l'instruction.
deuement informez et instruis de ce que à chevalerie appar-
tient. Et ainsi se souloit faire anciennement, mais de pré-
sent l'en fait chevaliers ceulx qui le requièrent sans les
informer ne instruire de ce que audit ordre appartient.
Car de droit nul n'y devroit estre recëu se premiers n'en
avoit licence des princes, lesquelz ! pour rien ne devroient1
souffrir qu'elle fust donnée aux personnes non habiles et
indignes de si noble estât, car ilz devroient considérer que
chevaliers sont leurs membres 2 à l'ayde de quoy ilz deffen-
dent et maintiennent la foy de Dieu, l'église et justice.
Et pour ces raisons ne devroit chevalier estre fait se il
n'avoit corps, lignage, meurs et conditions dessus déclairées,
et que de 3 leur vertu, hardement et vaillance, durant le
temps qu'ilz sont escuiers, en apparust aux princes, par le
rapport de vi ou de vin chevaliers ou escuiers notables4.
Car plus de prouffit et honneur seroit 5 en ung royaume
de trouver deux ou trois cens chevaliers vaillans, de grant
auctorité, pourvëus de richesses à soustenir leur estât, bien
eslëuz, que sept ou vin cens d aultres. Car 6 deux ou trois
cens chevaliers notables et de bonnes meurs poevent 7 en-
doctriner, nourrir et conduire très grant quantité de vail-
lans escuiers et hardis compaignons, par la doctrine des-
quelz se délaisseroient moult de desrisions et cruaultez en
* Lesquelles (C).
* Que chevallerie est le membre (H).
5 Que leur (C, E). Les autres mss. sont conformes au texte A.
4 Par chevaliers ou escuiers notables (G).
s Plus de proufit seroit (C).
6 G termine ainsi ce § : Car c'est la crainte, doctrine et conduite
des autres escuyers pour leur aprendre à valoir et cognoistre ce qui
à estât de chevallerie appartient et pour acquérir honneur.
7 Sachent (C).
CHAPITRE VIII. 415
quoy nourrissent au jour d'uy les jennes escuiers et com-
paignons de guerre par défaulte de ce qu'ilz n'ont chastoy
ne doctrine, ne sont tenus ' en la crémeur et discipline que
à tel estât appartient. Car, par le moyen de doctrine et d'en-
seignement quel 2 chose est noblesse et que à estât de che-
valerie appartient, les jennes escuiers mettroient paine 3
d'estre vaillans et d'acquérir bonne renommée, adfin que
par ce moyen ilz peussent venir à Testât, honneur et haul-
tesse de chevalerie. Lesquelz chevaliers ainsi notablement
eslëuz, les princes devroient moult exaucier, amer, croire4,
honnourer devant tous aultres.
Et, pour déclairer en effect l'ordre de chevalerie et la
comprendre en briesves paroles, chevalier doit estre fait
par main de chevalier et par espée. Et pour entendre l'ex-
position et signification de l'espée, elle a croix et en la
lemelle deux 5 trenchans. La croix signifie que chevalier
doit avoir ferme foy 8 et créance en Jhésucrist et en son
église cristienne. Et, par l'un des trenchans de l'espée,
soustenir et deffendre la foy et l'église", et par l'aultre
maintenir justice par le moyen de quoy le povre poeuple
est deffendu et gardé, comme dessus est touchié.
Chevalier, tant qu'il ait puissance de corps, doit inces-
samment poursiévir et s'emploier en l'exercite d'armes ,
contendant par ce moyen de parvenir à la vraye perfection
d'onneur, laquelle nulz ne puet acquérir 7 sans vertu.
1 Ne tenus (C). — Ne soubstenus (H).
* Quelle (C, E, H).
5 Grant paine (H).
4 Croire et (H).
5-6 Deux trenchans, c'est assavoir ferme foy (H).
7 A laquelle nul ne peult parvenir (H).
416 L INSTRUCTION.
Et, ad ce propoz, l'en treuve que ' anciennement 2, ou
temps que Rome seignourissoit presque sur tout le monde,
avoit à Rome deux temples, l'un nommé le temple d'on-
neur et l'autre le temple de vertu ; mais le temple
d'onneur estoit édiffié et assis en telle manière que nul n'y
povoit entrer que premiers ne passast par le temple de
vertu. 3 Pour quoy, l'en doit sçavoir et entendre que nul, de
quelque estât qu'il soit, sans vertu ne poeut parvenir à
honneur.
Chevalier doit par dessus tous aultres hommes estre
véritable, large et libéral, sans convoitise ne rapine désor-
donnée \ tousjours garny d'armes, chevaulx, sergans et
habiles compaignons, nécessaires à son estât \ Il se doit
garder d'yvresse et de gloutonnie, et vivre de sa bouche par
tele atemprance et continence que à Texercite d'armes
appartient, adfîn que l'en le treuve habile de corps et tout
délibéré de plus 6 vouloir recepvoir mort que de commettre
lâcheté ou couardise 7. Il doit oïr messe tous les jours se
bonnement le poeut faire, et par espécial, sans faillir, le
dimence8, et offrir son corps à l'église et autel de Dieu. Et
se doit garder de converser ne aler en lieux 9 dissolus ne
1 Que manque dans beaucoup de mss. : A, B, D, F, etc. — Je l'em-
prunte au ms. C.
• L'imprimé supprime : Yen treuve anciennement.
5 Le résumé supprime cette dernière phrase.
• A écrit : désordonné. J'ai corrigé d'après B, C, D, E et H.
5 Chevalier doit estre libéral, non enteiché de quelque vice, bien
en point, toujours prest à servir le prince (G).
• Tost(H).
7 Cette phrase est supprimée dans le résumé G.
8 Dimanche (C, D).
9 Converser en lieux (C, E).
CHAPITRE VIII. 417
de hanter meschante compaignie *, mais se tenir honnou-
rablement vestu et entre ses habillemens avoir chainture
et esporons dorez, en signifiance * de son très excellent estât.
L'en treuve que anciennement, quant l'en faisoit cheva-
liers nouveaux, en temps de paix, à ce faire y avoit moult
de solempnitez et sérimonnies : en Franche, une manière,
en Allemaigne, Espaigne, Angleterre, et Ytalie 3, aultres ;
mais différence y a de l'une région à l'auitre. Si m'en
déporte pour briesveté d'en plus avant parler pour la lon-
gueur de la matère 4.
Le en treuve en aulcunes 5 croniques de la conqueste de
la sainte terre 6 que fist le vaillant cristien 7 Godefroy
de Buillon, que entre les aultres y ot ung chevalier fran-
çais, nommé Hue de Tabarie, qui en son temps fu prince de
Galilée. Or advint ung jour que une entreprise 8 se fist sur
les sarrasins par les cristiens , mais il pleut à Nostre
Seigneur que 9 cristiens furent desconfiz par les ennemis
de la foy. A laquelle course fut prins le prince de Galilée,
qui par son droit nom estoit nommé Hue de Tabarie. Le-
quel fu amené devant le roy Salhadin, soudan de Babilonne
qui bien le congnoissoit, lequel luy dist : « Hues, vous
estes prins. » Et il respondy : « Ce poise moy. » — « Droit
1 La phrase qui précède est omise dans l'imprimé.
* Segnefiant (C, E).
3 Et Italie est omis dans l'imprimé.
* Et y a diverses manières de faire chevalliers selon la diversité des
régions et royaumes (G).
8 L'en treuve en anciennes (ou anchiennes) (B, C, E, etc.). — Ce
chapitre est celui qui a été le moins réduit dans le ms. G.
a Terre sainte (B, C, D, E).
7 Roy (B, C, D, E,etc). L'inprimé dit commeA : vaillant chrestien.
• Entreprise de course (G).
• Les crestiens (B, H).
418 l'instruction.
avez, car morir vous feray. » — « Sire, dist Hues, je voul-
droy plus payer raençon à moy possible que morir, se
vostre plaisir estoit. » Et lors le Soudan l dist : « Que me
veulz-tu donner? » Et le prince respondy : « Demandés
que vous voulés avoir. » Et le Soudan dist : « Je voeul
avoir de toy cent mille besans. » — « Sire, ceste raenchon
est trop grande 2 et à moy impossible de payer. » — « Vous
la payerez bien, dist le Soudan, car vous^estes bon cheva-
lier et hardy, et les preux et vaillans hommes vous donront
assez. » — « Sire, puisque le me conseilliés, et3 je le vous
promès à payer. Mais sur quoy le me croirez-vous ? » Et
le Soudan luy respondy : « Sur ta loy, je te croiray * ung
an, et se dedens Tan le me raportes, je te tenray pour
quitte, et si non, retourne à moy en tel estât comme tu es
de présent et je te recepvray mon prisonnier. » — « Sire,
à la confidence de vostre noble parole 5, je le vous promès
sur ma loy. Or me donnez conduit comme à chevalier pri-
sonnier appartient. » — « Voulentiers, dist le roy, mais
avant que vous partez, je voeul parler à vous en ceste
chambre 6. » Et quant il y vint, le prince luy demanda :
« Sire, que vous plaist? » — « Hues, dist le roy, je voeul
que me moustrés la manière comment l'en fait chevaliers
en la cristienté. » — « Sire, sur qui le moustreray 7? »
— « A moy mesmes, dist le Soudan. » — Adont dist le
4 Et le Soudan, (C, E).
* Grant (C et E).
5 Quelques mss. suppriment et (B, C, etc.).
* Le te croira (D).
5 De vostre personne et de vostre parole (Cj.
6 En une chambre (C).
7 Le raousterai-je (C).
CHAPITRE VIII. 419
prince : « Jà Dieu ne plaise que je me raesface tant que de !
mettre si noble chose comme ordre de chevalerie en tel
corps comme le vostre. » — « Pour quoy ? » dist le Sou-
dan. — « Pour ce que vous estes nudz et vuis 2 du sacre-
ment de baptesme et de la sainte foy cristienne. » —
« Hues, dist le roy, vous estes mon prisonnier, si ne pôves
mesfaire de acomplir mon commandement, et jà ne trou-
verez homme en vostre loy qui vous en doye blasmer
ne reprendre. » — « Sire , puisque vous le me con-
seilliés, je le feray. » — Et incontinent, fist ordonner ce
qu'il convenoit à 3 faire chevalier nouvel. Son chief et sa
barbe luy fist rère et appareillier plus bel qu'il n'estoit
devant. Après, le fist entrer en ung baing et luy dist :
« Cilz baings vous donne à entendre que vous devés estre
aussi nés et aussi mondes que ly enfes ist 4 des sains fons
de baptesme, innocent, sans péchié ne mauvaise inten-
tion. » Et lors le roy luy dist : « Hues, cilz commencement
est beaux et bien me plaist 5. » — Après ce baing, le fist
couchier en ung riche lit et luy dist : « Sire, ce lit vous
donne à entendre l'onneur et le repos perpétuel que vous
devés acquérir durant l'ordre de vostre chevalerie 6 par
voz bonnes oeuvres. » — Et aprez ce qu'il ot un peu jeu, le
fist lever et le vesti de blans draps linges : « Lesquelz vous
donnent à entendre la grant netteté et pureté de corps que
vous devés avoir. »
1 A dit : que mettre. J'ai préféré la version B, C, G et H,
8 Vuis et nudz (C). — Vil et nu (G).
5 Convint faire (C). — Convient à faire (E),
* Comme li enfès issant (C).
5 Ce commencement est bel, dit le roy (G).
9 L'ordre de chevalerie (C).
420 l'instruction.
Aprez, le vesti l de robe vermeille et luy dist : « Sire,
ceste robe de vermeil 2 signifie le sang 3 que vous devez
espandre pour Dieu servir et exauchier la sainte loy et
deffendre l'église cristienne. » — Aprez, luy chausa unes
chauses brunes, de saye 4, et luy dist : « Sire, ces chausses 5
signifient que vous estes composés de terre et à terre devez
retourner et souvent penser à la mort. »
Aprez, le drescha tout droit et le chaint d'une blanche
chainture et luy dist : « Ceste blanche chainture vous donne
à entendre la chasteté et netteté de corps et de nombril que
chevalier doit avoir 6. Car moult doit souffrir et endurer
de temptations avant ce qu'il pèche villainement de son
corps. »
Aprez, luy chaussa esporons dorés et luy dist : « Sire,
ces esporons vous donnent à entendre que, aussi vistes 7 et
aussi entalentés que vous voulez que vostre cheval soit à
la semonse de voz esporons, ainsi devez vous estre prest
à garder les commandemens de Dieu et le dévotement
servir. »
Aprez, il luy chainst une espée et lui dist : « Sire, ceste
espée vous doit assëurer contre les temptations du dyable
et par les trenchans 8 d'icelle devez garder droiture et jus-
• Fist vêtir (C).
8 Robe merveille (C).
3 Le baiDg (C).
• De brune soye (H).
s Et lui dist : les chausses (C).
e Après, le ceignit d'une ceinture blanche qui signifie, dit-il, chas-
teté que chevalier doit avoir (G).
7 Vistement (C). Erreur évidente.
• Les deux trenchans (C).
CHAPITRE VIII. 421
tice, le povre ' contre le riche et le foible contre le fort a. »
Aprez, lui mist une blance huve 3 sur le chief et lui dist :
« Sire, ceste huve signifie que vous devez voz principales
pensées et ymaginations employer à Dieu 4 servir, adfin de
lui rendre vostre âme pure et nette ainsi qu'il la vous a
prestée. »
Aprez, lui dist : « Sire, ancoires y a il auitre chose que
je ne vous donray pas, c'est la collée.» — « Pour quoy? » dist
le soudan. — « Pour ce qu'elle ramaine à mémoire le nom de
celluy qui luy donne l'ordre. Et chevalier ne doit faulte
faire 5 ne vilonnie pour doubte de mort ne de prison ; et,
se je la vous donnoye, j'en seroye reprochiez par toute
cristienté. Si m'en voeulliés tenir pour excusé. Mais, sire,
tant vous dy que quatre tâches générales doit avoir bon
chevalier 6.
« La première, il ne doit estre en place où faulx jugement
soit donné, ne trayson pourparlée. Et, s'il ne la puet des-
tourner, qu'il s'en parte'7. Et ne doit estre en lieu où dame
ne damoiselle soit diffamée ne mal conseillie, à son povoir.
« Chevalier doit faire abstinence et espécialment juner le
vendredy en la ramenbrance de la piteuse passion que
1 Et le povre (C).
2 Après, luv ceignit Tespée et luy dit : Sire, ceste espée vous doit
assëurer contre les temptacions du déable et par les trenchans devez
garder justice et le povre contre le riche. Le reste du § manque (G).
3 Lyine (H).
4 Que vos pensées et ymaginacions devez emploier à Dieu (C) —
Employez à Dieu (E).
1 Faire faulte (B, C, D, G).
6 Mais, sire, un bon chevallier doit avoir quatre conditions (G).
7 S'en part. (C). — Cette phrase est supprimée dans G.
422 LINSTRL'CTION.
Jhésucrist souffri en tel jour. S'il ne le laisse par maladie
ou enferraeté de corps ou pour libérale compaignie, et se
par compaignie l'enfraint, amender le doit en aultre bien
fait l. Messe doit oïr, et offrir son corps à l'autel Dieu. »
Et, après ces paroles dittes, le Soudan le prinst par la
main et le mena en sa tente ainsi comme il estoit atournez
où il y avoit plus de chincquante amiraulx. Le Soudan
s'assist, qui moult estoit 2 beaulx homs. Et le prince Hue
se vouloit 3 seoir à ses pies, mais le roy luy dist : a Là ne
serés vous pas. » Mais le fist seoir en hault, et luy dist :
« Hues, se aulcun poingnëis * d'ores en avant se fait 5 de voz
gens et des nostres 6 et 7 aulcuns y soit prins que vous
aimés, venés, la gambe droite sur le col de vostre palefroy,
et je le vous renderay. Et ancores, de grâce, je vous donne 8
présentement x de voz compaignons prisonniers. Faites les
querre et je les vous feray délivrer. » — « Sire, grant mer-
cis. Or 9 me donnez congié et conduite pour m'en aler.
Mais il me souvient, quant par vous fui mis à finance, que
vous me déistes que tous preudommes me feroient ayde à
ma raençon. Et il me samble que à plus preudomme ne
vaillant de vous ne pourroie encommencier. Or me faites
aulcun don. » — Et le Soudan lui dist : « Hues, vouscommen-
1 S'il n'y a cause suffisante pour le laissier, ou il le doit amender
en autre euvre de charité (G).
* Ert (D).
5 Volt(C, D). -Voult(B).
* Pognëis (B).
5 Se fac (D).
6 Et vous des nostres (C).
7 Et se (C).
8 Je vous donne la grâce (C).
' Sy(C).
CHAPITRE VIII. 423
ciez bien. Et je vous donne cincquante mille besans. » —
« Sire, grant mercys. »
Lors, le roy se leva et le prist par la main et le mena
devant les amiraux, et luy mesmes prioit pour luy. Lesquelz
tant luy donnèrent que il ot xm besans ! par dessus sa raen-
çon 2. Et adont dist au roy : « Sire, or me donnés congié
pour retourner en la crlstienté. » — Et le Soudan luy dist :
« Pas ne le feray tant que vous serez 3 payez entièrement du
don qui vous est fais. » — Et Hues luy respondy : « Sire, je
m'en 4 déporteray bien. » — Mais le roy jura qu'il n'en quit-
tera jà besant : « Ains les presteray de mon trésor et le
reprendray à ceulx qui promis les vous ont. » Et incontinent
appella son maistre chambellan qui son trésor gardoit et
1 XIIm besans (C).
* XIIm besans et quitte (G). Après cette phrase le résumé (G) sup-
prime le colloque de Hue et du Soudan et termine ainsi :
Lesquelx le Soudan lui fist payer devant son département et prêta
à ceulx qui promis luy avoient, combien que Hue n'en vouloit rien
prendre. Mais le roy les luy feit délivrer de son trésor et demoura
huyt jours après avec le Souldan, cuydant délivrer des prisonniers de
l'argent que on luy avoit donné, mais le Souldan jura que pour lors
plus n'en délivreroit. Si print congié Hue du Souldan qui le feit con-
duire et mettre à sè'urté. Ainsi s'en venist Hue en la crestienté, avec
ses deux chevalliers et le trésor que le Souldan lui avoit délivrez,
ausquelx il départit du trésor, car besoing en avoient. Ainsi en advint
au bon prince Hue pour sa bonne renommée. Si doivent princes et
chevalliers mettre paine de la conquérir, car s'ilz chëoient prison-
niers en main de proudomme, leur rançon en seroit plus légière, comme
celle du noble prince Hue de Tabarie, seigneur de Galilée. Explicit
l'Instruction du jeune prince.
5 Tant que serez (B, C, D).
4 A dit : me. J'ai préféré la version B, C, D et G.
424 l'instruction.
luy commanda qu'il baillast au prince Huon l de Tabarie
les xm besans * qui incontinent luy furent délivrés. Et
depuis, séjourna vin jours avec le roy Salhadin, et durant
ce temps moult demanda et enquist des prisonniers, qui 3
voulentiers les euist rachetez des besans qu'il avoit du
revenant de son don. Mais le Soudan jura le grant Dieu
qu'il * n'en déliveroit plus pour ceste fois. Et quant ly 5
princes ce oy, il ne le voult plus traveillier de requestes,
ains prinst congié du Soudan en luy priant qu'il luy baillast
conduit, ce que le roy fist voulentiers, et fîst armer xx de
ses Sarrasins et tant chevaucèrent qu'ilz les mirent à
sëureté. Et en ceste manière s'en repaira en la cristienté
Hues de Tabarie, princes 6 de Galilée, atout les prison-
niers 7 et le trésor que le Soudan luy avoit donné, lequel
trésor incontinent départy à ses povres 8 chevaliers qui
grant mestier en avoient.
Si doit bien ceste histoire estre ramentëue devant princes
et chevaliers, car noble chose est et 9 grant recommanda-
tion d'estrè bien renommé 10, car s'il advient " que prince ou
bon chevalier chiet 12 en main de preudomme, plus légière
1 Hues (C).
« XIIm besans (C). .
8 Que(B). —Qu'il (H).
* Jura son grand Dieu qu'il (C). — Jura qu'il (E).
5 Le (C).
6 Prince (C, E).
7 A ses povres prisonniers et chevaliers (H).
• Princes (C). Erreur manifeste.
9 Est de grant (D).
** A écrit : renommée. J'ai corrigé d'après C et E.
" Advenoit (C).
" Chëut (C).
CHAPITRE VIII 425
I
en est l sa raençon ; et ainsi en advint au noble prince
Hue de Tabarie, seigneur de Galilée 2.
Cy une le livre intitulé V instruction d'un jeune prince
pour se bien gouverner envers Dieu et le monde.
Ert (C).
1 Etc. (C).
VOY. ET AMB. 2?
ANNEXES.
LA VISION DU ROI OLLER1CH,
d'après le manuscrit de la bibliothèque de
Sainte-Geneviève.
— V. p. 341, note I, —
Et lors ne demoura gueres que une si très grande faulte
le print qu'il perdi toute congnoissance et en ce point fu long
espace. Toutefois il revint à soy, puis jetta ung merveilleux
souspir et s'escria à haulte voix en disant : « 0 bon Dieu, qu'ay
je vëu ? » Et incontinent il commanda que tous widassenthors de
sa tente exepté son confesseur seulement. Et quant tous furent
widiés, le roi dist : « Ha, beau père, durant la faulte que j'ay
i maintenant eue, m'est venue une merveilleuse vision, car il me
428 INSTRUCTION.
\
à l'environ du quel avoit une merveilleuse clarté, estoit devant
moy. Et quant je l'eus longuement regardé, je lui demanday
très paoureusement qui il estoit. Et il me respondit très béni-
gnement : « Je suis Olphe qui par la miséricorde de Jhésucrist
suis saulvé et sanctifié à Drouphèle,en ton royaume de Norwèghe.
Et pour ce que, par cy devant, maintes fois, par grant dévotion,
tu m'as requis et aouré et fait plusieurs biens à mon église,
pour ceste cause j'ay prié Dieu dévotement qu'il me donnast
grâce et license, devant ta mort, de toy advertir à ton grant
besoing de v péchiez publiques, énormes et crueulz, que tu as
commis et perpétrés à son grant desplaisir et au grant péril de
ton âme, desquelz péchiés tu ne te pues excuser ne prétendre
ignorance, car ilz sont notoires et au préjudice de tous. Et
te di pour vérité que de ces v péchiés, tu t'en es trop légière-
ment passé en confession et encore pis en repentance et
satisfaction, dont ton âme est fort chargie, et le flateur ton
confesseur qui s'est mal acquittié et acquitte envers toy. Et
saches que tu dois avoir moult grant repentance de tous péchiés
qui sont contre la chose publique et à la destruction et préju-
dice du menu peuple et en dois faire restitution et pénitance
publique, dont tu n'as riens fait, mais continué de mal en pis. »
Et après ces parolles, le roy se confessa moult dévotement et
de cuer contrit de tous ses péchiés et desfautes, espécialment
des v péchiés horribles qui s'ensivent.
« Le premier est que en pluseurs notables églises, cathédrales
et collégiales, de nos royaumes, par force, puissance, menaces
et malicieuses pratiques j'ay empeschié les élections deuement
et canoniquement faites par la voix du Saint Esprit, et en
débouté les esleus, gens de bonne vie et prouffitable, et en lieu
d'iceulx y commis personnes à ma voulenté, en alant notoire-
ment à l'encontre de l'intencion de mes prédécesseurs, fon-
deurs des églises, qui ordonnèrent jadis en leur fondacion que,
après leur mort, par juste élection et bonne estructine , les
suppotz des églises eslëussent leurs pasteurs, et sans avoir en
riens regart au serment que j'en ay fait à mon couronnement,
ANNEXES. 429
où j'ay juré solennellement de garder les églises de mes
royaumes en leurs honneurs, franchises et libertez. Et encore
les bénéfices qui sont à ma coUacion à cause de mes préroga-
tives et haultesse de mes royaumes et seignouries, je les ay
données voluntairement sans avoir regart à la valeur des per-
sonnes, aux bons clercs, ne à ceulx de noble lignie, de bonne
vie et honneste.
« Le second péchié est des deffautes que j'ay commises en la
justice que Dieu m'a baillie en garde. Car je n'ay pas pugni
les mauvais, crueulx, félons et tenseurs, selon leurs démérites,
mais les ay rcspités,par argent ou prières de gens de ma court,
en laissant fouler les preudommes et innocens. Et qui pis est,
vendu ou engaigié à argent comptant, ou par vicieuses requestes
disposé de mes offices de justice et y commis gens convoiteux
et rapineux, sans conscience, ne crémans Dieu, ne aussi soy
congnoissans en l'exercite des offices. Et qui pis est, les ay
laissié convenir sans les corrigier ne reprendre de leurs des-
fautes et abus. Et ay délaissié les preudommes de mes royaumes,
saus avancement ne provision d'estat ne d'offices qui bien
y eussent esté séans ; et maintes fois ay empeschié et mis en
delay par mes mandemens et lettres closes l'exécution de
bonne et droiturière justice et souffert les mangeries, pratiques
et corruptions de mes officiers et gens de ma court, sans les
en riens pugnir ne reprendre, laquelle chose est desplaisant à
Dieu et au très grant dommage et préjudice de mon peuple.
« Le tiers péchié est des crueles et horribles guerres que plui-
seurs fois j'ay entreprises contre princes crestiens et commu-
naultés de bonnes villes, la plus grant part à l'occasion de mes
convoitises, orgueulx et vaines gloires, desquelles consellez ou
questions je n'ay voulu pou ou riens croire ne user du conseil
des anciens ne des estas de nos royaumes. Ains les ay con-
duises voluntairement à ma testée et opinion, par le conseil
de flateurs, convoiteux et rapineux, sans avoir regart à l'effu-
sion du sang crestien ne prendre pité ne compassion du povre
peuple qui porte et soustient la dureté et cruaulté des guerres.
450 INSTRUCTION.
Le ime péchié est des grandes et sumptueuses tailles, aydes,
tonlieux, mengeries et nouvelités que maintes fois j'ay mis
sur mon povre peuple, à la vérité plus pour les conduites de
mes plaisances, prodigalités et oultrages et pour enrichir mes
mignotz et flateurs que pour la conservation et deffense de mes
subgés. Et en maintes manières ay malicieusement coulouré
et paré mes requestes, aucunesfois sous umbre de mes guerres
et aultres soubtilz moyens, pour induire Je peuple à parvenir
à mes intençons, et ay séduit pluseurs à prattiquier mes
demandes, les uns par dons et les autres par menaces.
Le ve péchié est que, par convoitise désordonnée, j'ai desfailly
ou fait de mes monnoyes, par les empirances que pluseurs fois
y ay fait malicieusement, ou très grant préjudice de mes subgés
et de la chose publique. Car sans faire nouveau pié ne sans le
segnelîer au peuple, y ay fait empirance dont nul ne se donnoit
à garde excepté moy et les prochains de ma personne, char-
geurs et billonneurs qui y ont prins de mervilleux prouffis
à la destruction de mon peuple, et si grand dommage leur
aporte que je congnois très bien que, pour ung denier qui en est
venu à mon prouffit, mon peuple en a aporté vi ou vil fois
autant de dommage. Laquelle chose j'ay fait contre le serment
que je fis à mon couronnement où je juray solompnellement
que durant mon temps je entretenroye mes monnoies sans
quelque empirance. »
Et quant son confesseur l'ot bien entendu, il commença à
plourer tendrement et batre sa coulpe. Adont lui demanda
le roy : « Beau père, qu'avés-vous ? » Et il lui respondy :
« 0 mon bon seigneur , j'ay bien cause de dueil, car je
congnois par la révélation que vous avés eue que j'ay deffailli
envers Dieu, mon créateur, et envers vous, en tant que je ne
vous a,y point par cy devant deuement reprins de vos péchiés,
ains par flaterie m'en suis passé légièrement. Je le congnois,
certes, vous ne moy ne le povons ignorer , car cent mille
et cent mille de vos subgetz le scèvent, comme vous et moy,
lesquelz ont paciamment souffert et enduré , à leur grant
ANNEXÉS. 431
desplaisir, vos derrisions et convoitises. Et pour Dieu, mon
chier seigneur , si chier qne vous avés le salut de votre
âme, priés en à Dieu mercy de bon cuer et lui offres amende-
ment de vos desfautes et en faittes ainsi que le glorieux saint
monseigneur saint Olphe vous a de sa grâce adverty et chargié.
Car quant je y pense bien, je n'i sauroye riens amender ne
corriger. Promettes aussi à Dieu que, s'il vous donne grâce
d'escaper de ceste maladie, que jamais en telz péchiés ne ren-
querrés et que vous en ferés tele restitution que luy et tous vos
bons subgetz en seront contens. Mon très chier seigneur,
soyés certain que la vision que avés eue n'est pas advision
seulement, mais révélacion divine que vostre bon créateur
Jhésucrist vous a volu faire devant vostre mort, à la prière du
glorieux monseigneur saint Olphe ouquel avez tous jours eu
granc fiance. »
H
INSTITUTION D'UN GRAND CONSEIL PAR PHILIPPE
LE BON.
Nous avons vu que les avis de Ghillebert ne furent pas
sans résultat, car ils ont dû avoir une influence sur la résolu-
tion de Philippe le Bon d'instituer un grand conseil. Voici
les lettres patentes du 6 août 1446. En les comparant au
texte de Ghillebert, on verra quels rapports il y a entre
ces documents.
Lettres patentes du duc de Bourgogne concernant
l'établissement d'un conseil. '
Phelippe, par la grâce de Dieu, duc de Bourgoigne, de
Lothier, de Brabant et de Lembourg, conte de Flandres, d'Ar-
tois, de Bourgoigne, palatin de Haynau, de Hollande, de Zeel-
1 Cette pièce a été publiée dans les bulletins de l'académie de Bel-
gique d'après un texte des archives de Bruxelles. J'en ai vu trois
copies à la Bibliothèque nationale de Paris.
A Fonds de Bourgogne, t. 95, p. 1002-1008.
B Même fonds, t. 103, p. 162, extrait d'un registre de la chambre
ANNEXES. 455
lande et de Namur, marquis du saint-empire, seigneur de Frise,
de Salins et de Malines. A tous ceulx qui ces présentes lettres
verront, salut.
Comme nous avons esté advertis que, pour le bien de nous,
de noz pays et subgetz, et affîn que iceulx nos pays, qui sont
amples et la plus grande partie pays de peuple et de commun,
soyent gouvernez en bonne justice et police, comme le désirons,
il est de nécessité de, convenablement et à grande et meure
déJibéracion, pourvëoir aux offices et estas de justice de nosdits
pays et y commectre gens notables, prudens et aymans le bien
de justice, afin que par icelle justice, qui est la chose principale
à quoy tous princes vertueulx, qui sont debteurs de justice à
leurs subgetz, doivent avoir l'œil, comme celle par laquelle ilz
régnent et acquièrent gloire et notable renommée, et par quoy
aussi toutes choses prospèrent et demeurent fermes et estables,
et au contraire, par faulte d'ieelle, deffaillent et déchéent, la
chose publicque de noz pays avantdis se puisse conduire et
croistre en prospérité de bien en mieulx, au bien et prouffit de
nous et de nosdis subgetz ; et d'autre part, qu'il est expédient,
voire nécessaire, pour la conduicte tant dudit fait de justice
comme de noz finances et autres grands et pesans matières qui
journèlement nous surviennent et pèvent survenir, avoir delez
nous ung conseil notable de gens saiges, expers, preudommes
et féables, qui continuèlement soient, tous ou la plus grant par-
tie, résidens devers nous, et par lesquelz les besoignes et affaires
qui nous surviendront soyent vëucs, advisées et digérées avant
que par nous en soit ordonné ; et combien que par ci devant
des comptes de Dijon. (Collection de Dom Aubrai). La charte y est
suivie ici de la copie d'une lettre d'envoi du Duc : « A nos amé.s etféaulx
les gens de nos comptes à Dijon, » datée de Bruxelles 7 sept. 1446.
C Même fonds, t. 99, p. 464. C'est à cette copie que j'ai emprunté
le titre mis en tête de la charte.
J'ai donné quelques variantes de ces copies.
434 INSTRUCTION.
ayons eu et avons * encoires de présent grant nombre de con-
seillers de nostre retenue, tant maistres de noz requestes que
autres gens notables et de grant discrétion, toutevoyes les plu-
sieurs d'eulx ont esté et sont souvent absens, occupez en leurs
affaires et autrement, par quoy est advenu souventes fois que
noz affaires ne se sont pas si bien conduis * ne si sëurement
que la chose le requéroit et besoing estoit :
Savoir faisons que nous, considérées les choses dessusdites,
avons, par grant advis et meure délibéracion, voulu, ordonné
et estably, voulons, ordonnons et establissons par la teneur de
ces présentes, sans toutevoyes deschergier ne déporter ceulx
qui sont de nostre conseil, en nostre hostel, de leurs estas et
offices, ung conseil estre et résider devers nous, ouquel com-
mettrons, avecques nostre chancellier, certain nombre de gens
notables, saiges et expers, qui le plus continuèlement seront
et feront résidence devers nous, où que soyons, ou moins en
y aura tousjours quatre ou cincq présens et audessus, saulf que
à la fois, et meismement quant il nous conviendroit absentir et
aler de l'un de noz pays en l'autre, les laisserons, ou une partie
d'eulx, selon que le cas le requerra, pour en nostre absence
avoir le gouvernement d'iceulx noz pays dont serions absens ;
lesquelz chascun jour se assembleront devers nostre chancel-
lier quant il y sera, et en son absence devers le chief de nostre
conseil, à telles heures et par tant de fois le jour qu'il sera
advisé et ordonné, et avecques iceulx chancellier et chief de
conseil auront advis entre eulx sur la conduicte des matières et
affaires pesans 3 qui survendront, tant des nostres que de
ceulx de noz subgctz et autres touchans nous et iceulx noz
subgetz, et mesmement sur le fait de pourvëoir aux offices de
noz pays dès maintenant et toutes et quantes fois que cy aprèz
* Ayons (A).
s Conduittes (A).
1 Présens (A). — Pesans (B).
ANNEXES.
435
vacqueront, tant offices de justice comme de recepte, et quelles
gens pourrons et devrons commettre à l'exercice d'iceulx. Et
aussi, pour ce que avons esté advertis qu'il y a plusieurs mem-
bres d'offices particuliers, tant de justice que de recepte, les-
quelz légièrement se pourront excercer et governer à moins de
gens et à moindre sallaire et frais, auront aussi advis nosdis
conseilliers quelz offices l'on pourra abolir, diminuer et res-
treindre ; et avec ce, auront aussi advis sur la conduicte et dis-
tribucion d'icelles noz finances. Et de ce que ainsi auront advisé
et délibéré entre eulx, nous feront rapport, en advertiront et
informeront bien au long toutes et quantes fois que le cas le
requerra, pour au surplus par nous en estre fait, ordonné et
conclut à nostre plaisir.
Et déclairons dès maintenant que en icelles matières ne
ferons ou ordonnerons aucune chose que premièrement elles
n'ayent esté délibérées et traictées par nostredit conseil, et que
y ayons eu leurs advis et délibéracion. Et à ceste fin, voulons
et entendons toutes requestes que * d'ores en avant nous
seront faictes, soit de bouche ou par escript, touchant les
matières dessusdites, estre renvoyées à nostredit conseil. Et se,
par inadvertence, importunité des requérans ou autrement,
avions riens fait ou ordonné en icelles matières sans première-
ment y avoir eu l'advis de nostredit conseil, nous ne voulons
ne entendons point qu'il soit exécuté ne sortisse effect. Et def-
fendons à tous nos subgetz que autrement ne facent requeste ou
poursuite aucune devers nous.
Ouquel conseil aussi ordonnons ung greffier, homme notable
et expert, qui sera présent au démené desdites matières et
enregistrera tout ce que par ledit conseil sera délibéré et que
par icellui conseil à lui ordonné et commandé sera * d'enregis-
trer, et de ce fera ung registre en pappier pour la sëureté des
« Qui (A).
* Les trois copies omettent ici : sera.
436 INSTRUCTION.
matières ; et aprez ce qu'il aura les choses enregistrées, mon-
strera ledit registre oudit conseil, pour savoir s'il les a bien
enregistrées et afin de corrigier ledit registre, se besoing estoit.
En oultre, pour ce que avons esté advertis qu'il n'est pas
grant nécessité d'avoir offices de gouverneur et controlleur de
noz finances, nous avons aboly et annullé, abolissons et annul-
ions et mettons au néant, par ces * présentes, les offices des
gouverneur et controlleur de finances, ensemble les gaiges que,
à cause d'iceulx offices, se payoient à nostre charge, et ordon-
dons que plus n'y aura gouverneur ne controlleur de cy en
avant.
Avec ce aussi, pour ce que par ci-devant, par importunité de
requérans et autrement, avons donné pluiseurs et divers mem-
bres de nostre demaine à héritaige perpétuel, à vie et à nostre
rappel, tant de nostre demaine anchien comme de 2 demaine
à nous advenu et eschëu par confiscacion et aprez applicquié à
nostre demaine anchien par noz prédécesseurs et nous, par
quoy nos revenues en sont grandement diminuées, et encoires
sommes journèlement requis d'en donner, nous ordonnons et
déclairons que d'icellui nostre demaine ne ferons plus aucuns
dons à tousjours, à vie, à rappel ne autrement, en quelque
manière que ce soit ; et faisons deffense expresse à tous noz
subgectz que de nostredit demaine, soit de nostre demaine
anchien ou autre à nous eschëu par confiscacion et applicquié à
icellui nostre demaine anchien, ilz ne nous demandent de cy en
avant aucune chose, ne en facent ou facent faire aucune requeste
ou poursuyte devers nous ne nostre conseil, sur tant qu'ilz
doubtent et pèvent mesprendre envers nous. Et afin de réinté-
grer nostredit demaine, nous abolissons et mettons au néant
par cestes tous dons par nous fais d'icellui nostre demaine, à
nostre rappel, à quelques personnes et pour quelconcques causes
1 Ces dittes présentes (A).
8 Du (A).
ANNEXES. 437
v
que ce soit, ensemble toutes lettres qu'ilz en ont ou pèvent avoir
de nous, soubz quelconcque forme de parolles qu'elles sovent
ou puissent estre faictes ne causées, et applicquons et remet-
tons par cestes à nostre demaine anchien tout ce que par nous
donné en a esté, en deïfendant à tous noz officiers cui ce regarde
que de telz dons ilz ne seuffrent de cy en avant ceulx qui les
avoient plus en joyr, ains reçoive chascun d'iceulx noz officiers
qui recevoir le doivent et ont accoustumé paravant lesdis dons,
et en rendent compte à nostre prouffit comme il appartiendra ;
et ce ne laissent, sur peine de recouvrer sur chascun d'eulx
autant qu'il en cherroit en sa recepte. Et au regard des autres
dons, faits de nostredit demaine, à rachat ou à vie, nous ordon-
nons que, après le rachat fait ou le trespas de ceulx qui ont
aucuns d'iceulx dons à vie, ce qu'ilz tiennent d'icellui nostre
demaine soit, aprèz le décez de chascun, successivement que le
cas escherra, applicqué et réuny à nostredit demaine anchien,
et dès maintenant le y applicquons par cestes. Et pareillement,
au regard des clergies, berlens, sergenteries et autres offices
queautres fois avons ordonné estre appliquiez à nostre demaine,
nous, en ensuyvant quant à ce icelles noz autres ordonnances,
voulons et ordonnons de nouvel, en tant que mestier est, que
d'ores en avant toutes les fois que telles clergies, berlens, ser-
genteries et autres offices vacqueront, soit par mort ou par
résignation de ceulx qui les tiennent, incontinent le cas advenu,
soyent applicquez et unyes à nostredit demaine, sans estre plus
impétrabies, en deffendant à tous noz subgetz que d'ores en
avant ne nous facent requeste ou poursuyte au contraire, sur
la paine dessusdite.
Et au surplus, pour certaines causes à ce nous mouvans,
nous applicquons à nostre espargne tous les deniers qui vien-
. dront et escherront d'ores en avant à nostre prouffit, des choses
cy aprez déclairées, c'est assçavoir : de toutes sentences et
condempnacions faictes par nous ou en nostre conseil estant lez
nous, pour quelque cas que ce soit : de finances tauxées et
à nous deues à cause d'admortissemens, anoblissemens, légiti-
458 INSTRUCTION.
macions ou autres octrois quelzconcques par nous fais ;
d'amendes chivilles tauxées par nous ou nostredit conseil et qui
nous seront payées à cause de rémissions et pardons d'aucuns
cas. Et voulons et ordonnons que tous lesdis deniers soyent de
cy en avant payés, bailliés et délivrés à le garde d'icelle nostre
espargne qui ores est et pour le temps advenir sera ; lequel sera
tenu d'en baillier sa lettre de recepte et en rendre compte à
nostre prouffit, ensemble et ainsi que des autres deniers de nos-
tredite espargne dont il a et aura la garde et que, en noz lettres
que sur ces choses et chascune d'icelles seront faictes par noz
secrétaires, ausquelz mandons ainsi le faire, soit expressément
contenu et déclairé que iceulx deniers devront estre et soyent
payés et délivrez à nostredite garde, pour en faire ce et ainsi
que dit est, en prenant sadite lettre de recepte : lesquelles noz
lettres ne voulons sortir effect ne à icelles estre obéy jusques
aprez ce qu'il sera apparu, par ladite lettre de recepte, lesdis
deniers ainsi avoir esté payez à icelle nostre garde. Et avec ce
applicquons aussi à nostredite espargne tous les deniers venus ■
des drois et émolumens de nostre grant seel, de nostre seel de
secret, de nostre seel de Brabant, de nostre seel dont l'on use
en nostre chambre de conseil à Gand, et de nostre seel dont
l'on use en nostre chambre de conseil en Hollande, Zeellande
et Frize, à nous appartennas ; et * ordonnons que pareillement
tous lesdis deniers soyent, par noz audienciers, greffiers et autres
commis de par nous à les recevoir, payez, bailliez et délivrez à
nostredite garde et nostre espargne, présent et advenir, pour en
faire ainsi comme des autres deniers dessus déclairez, en pre-
nant lettre de recepte de 'ui comme dessus.
Et abolissons et mettons au 3 néant l'office de contrerole que
depuis aucun temps en çà et de nouvel a esté mis en l'audience
4 Venans (A).
8 Et voulons et (A).
s A néant (A).
ANNEXES. 439
de nostre chancellerie, ensemble les gaiges ou pencions que le
contreroleur prenoit sur les drois et émolumens denosdis grant
seel et seel de secret, à cause dudit contrerole. Laquelle ordon-
nance, au regard desdis drois et émolumens de nos seaulx,
voulons * estre gardée et entretenue selon que par noz autres
lettres ordonnerons et déclairerons.
Et afin que ceste nostre ordonnance soit mieulx gardée,
entretenue et exécutée, nous, ordonnons que ces présentes, au
vidimus desquelles, fait soubz seel auctentique, foy doibt 9 estre
adjoustée comme à l'original, soient enregistrées es chambres
de noz conseils de Brabant, de Flandres et de Hollande, et de
noz comptes, à Dijon, à Lille, à Brouxelles et en Hollande, et
en chascune d'icelles.En tesmoing de ce, nous avons fait mettre
nostre seel à ces présentes.
Donné en nostre ville de Brouxelles, le vie jour d'aoust, Tan
de grâce mil IIIP XL VI.
Ainsi signé : Par monseigneur le duc, G. de Lamandre.
(A rchives du royaume : 2e registre aux chartes de
la chambre des comptes de Brabant, fol. 110.)
1 Voulons commencer et (A).
3 Voulons foy estre, etc. (A).
LES ENSEIGNEMENTS PATERNELS.
VOY. ET AMB. 28
ENSEIGNEMENTS PATERNELS.
BIBLIOGRAPHIE.
A. — Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris. Sciences et arts,
^ 33, déjà décrit (p. 330).
Ce manuscrit ne contient que V Instruction au jeune prince et les
Enseignements. Tout y est semblable pour les deux ouvrages : le
vélin,' le nombre de lignes, 1 écriture, les lettrines et le genre de
miniatures.
Les Enseignements, dont le titre manque, y sont précédés d'une
miniature, représentant le père admonestant son fils. Tous deux sont
debout et le père tient la férule baissée. De chaque côté, un groupe de
personnages. Nul ne porte la Toison d'or. Dans la première lettrine, on
a dessiné la croix de Saint-André, avec un briquet de la Toison d'or
et, dans chacun des deux triangles, d'en haut et d'en bas, ainsi que
dans les ouvertures de côté, deux lettres gothiques : C. M.
444 ENSEIGNEMENTS PATERNELS.
Ces lettres, venant dans un manuscrit dont la première miniature *
porte les armes et la devise du Téméraire, ne peuvent être que les
initiales du duc Charles et de son épouse Marguerite d'York. Il s'en
trouve de semblables à côté du blason des deux époux dans un
manuscrit signé : Marguerite d'York. (Bibliothèque de Bourgogne
N. 9296, fol. 17.)
Ce manuscrit doit donc avoir été fait après 1468, date du mariage du
duc Charles avec sa seconde épouse. Il n'a pu appartenir à Philippe
le Bon (v. p. 330), puisqu'il a été fait après sa mort.
Ce texte est le meilleur de tous. L'exemplaire de Philippe le Bon,
correspondant à celui de X Instruction, manquant, j'ai choisi celui-ci
pour le publier.
J'ai eu un autre motif de le préférer à celui de Bruxelles,. c'est que
le texte des autres manuscrits est plus conforme à celui-ci qu'à celui
de Bruxelles dont les variantes n'appartiennent qu'à lui.
J'ai déjà appelé ce manuscrit l'exemplaire de Charles le Téméraire.
B. — Bibliothèque nationale de Paris, n° 1216, déjà décrit
(p. 331)..
Quoique le relieur ait placé, au commencement, sous la même
couverture, un manuscrit de plus petit format, ce manuscrit ne
contient,à proprement parler,que Y Instruction et les Enseignements,
qui y sont écrits à la suite, sur un même vélin, de la même écri-
ture, etc. etc.
Dans la première lettrine , les armes de France ont remplacé,
comme od l'a vu plus haut pour V Instruction, le dessin primitif.
Les Enseignements y sont sans titre . La première page contient
une miniature où le père, en robe de pourpre, chamarrée d'or, la
tête couverte, tient en main une férule levée et semble admonester
son fils. Derrière lui, trois personnages représentent la famille.
Devant lui, un adolescent, couvert d'une toque, le chapeau à la main,
un poignard à la ceinture, une chaîne d'or au cou, écoute la leçon,
entouré d'un autre groupe.
1 Voir la bibliographie de l'Instruction p. 330.
BIBLIOGRAPHIE. 445
le père porte le collier de la Toison d'or.
Derrière lui, on voit un dais , sur le siège duquel se trouve un
coussin vert où sont brodées en or les deux lettres déjà signalées
ailleurs et qui sont des L gothiques. Le coussin semble placé là exprès
par le peintre pour mettre en évidence ces initiales.
En haut, au milieu de l'encadrement en arabesques qui entoure la
page, les mêmes lettres sont répétées, plus grandes et encadrées d'un
dessin.
Van Praet y voit aussi deux L enlacées, sans les expliquer.
On trouve dans les manuscrits de Louis de Bruges plusieurs lettres
semblables. Nous avons déjà vu que les initiales des deux époux
L. M., avaient été remplacées par celles du roi de France Louis XII
et de Anne de Bretagne ; L. A. — Van Praet nous apprend aussi que
les mutilateurs ont semé les tapis et les tentures de plusieurs manus-
crits d'L couronnées. Ce n'est pas le cas pour ce manuscrit : ces L
n'ont pas été ajoutées après coup, elles appartiennent à l'œuvre ori-
ginale.
Comment faut-il les expliquer ? Un des plus riches manuscrits de
Louis de Bruges, celui qui a été le plus mutilé, la Cosmographie de
Ptolémée, nous fournit l'interprétation la plus plausible. On y voit,
dans une miniature, le château de Louis de Bruges d'où sort un
homme armé, sur le bonnet duquel est écrit en lettres d'or le mot
Léal '. Les deux L me semblent signifier : Léal Louis.
J'ai déjà nommé ce manuscrit l'exemplaire de Louis de Bruges.
C. — Bibliothèque de Bourgogne, n° 10986. Petit in-8°
vélin. XVe siècle.
Ce manuscrit ne contient que les Enseignements. La miniature
représente une chambre. Au fond, pendue au mur, une horloge à
poids. A droite, sur un escabeau en bois sculpté, est assis le père, en
robe écarlate, en toque noire et portant une chaîne d'or, sans Toison.
A gauche, un pliant. Au fond, un petit banc, devant lequel est couché
un lévrier blanc. Devant le père, le fils se tient debout, le chapeau à
la main, vêtu d'un justaucorps vert.
Recherches sur Louis de Bruges , p. 201.
446 ESSEJG.NEMENTS PATERNELS.
Ce texte diffère sensiblement des manuscrits précédents qui sont
tous d'accord contre lui dans leurs variantes.
D. — Bibliothèque nationale de Paris, n° 1217, in-4°
vélin. XVe siècle.
Ce manuscrit , moins beau que les précédents, contient deux
ouvrages dont le relieur a mêlé les feuillets et qui sont copiés dans
les mêmes conditions. C'est Y Instruction au duc Charles de Bour-
gogne, à la mort de son père, par Chastellain, suivie immédiatement
des Enseignements paternels, fol. 80-107.
Les miniatures n'ont ni armoiries, ni lettres enlacées, ni devises.
Celle qui ouvre les Enseignements, représente un homme en robe bleue,
des verges sous le bras, accroupi devant un tout petit enfant qui se
tient devant lui, un livre à la main, et dont le père et la mère sont à
gauche.
E. — Ibid. N° 1957, déjà mentionné (p. 332), in-8%
papier.
Ce ms. est le troisième qui ne contient que l'Instruction et les
Enseignements, copiés à la suite, sur le même papier, de la même
main, etc. Les Enseignements n'y ont pas de titre, et quand l'auteur
écrit à la fin : Die jovis completus est iste liber, ces derniers mots :
ce litre, se rapportent évidemment aux deux traités.
LES ENSEIGiNEMENTS P4TERNELS.
S'ensuivent aucuns notables enseignemens paternels '.
Très chier et très amé fîlz, pour la grant affection et
amour paternelle que j'ay à toy 2, je me voeul traveillier
d'escripre aulcunes petites remoustrances et enseignemens,
que 3 très bien te porront * servir se tu y voeulz bien
entendre et les comprendre et retenir en ton couraige, et
porras par ce venir au chemin de bonne doctrine, de hault
et parfait honneur5, laquelle je désiresur toutes riens6. Si te
commande très chièrement et de tel commandement que
4 Le titre manque (A, B E).
2 Que à toi j'ay (B).
5 Quy (C). qui (E).
* Pourront (C et E).
5 Et haulte et parfaitte honneur (E).
• Toute rien (C).
448 LES ENSEIGNEMENTS
père ■ doit avoir sur son très obéissant filz, et avec ce,
très chier filz, je te prie que mesdittes * remoustrances et
admonestemens te soient plaisans et agréables et que de
toute ta puissance les voeullés mettre à exécution3 vraye et
deue, et croye * sans varier que, se tu le fais ainssy, tu me
feras joyeulx et à toy grant profit 5, et se tu fais le con-
traire, tu me courrouceras très griefvement 6. Car seure-
ment le plus grant désir que j'aye, c'est que je te puisse
vëoir bien condicioné 7, adfin que tu te puisses bien et
vertueusement conduire, et par ce avoir bonne renommée,
et que je puisse oyr de toy telles etsy bonnes nouvelles que
j'aye cause de grant joye 8. Très chier et très amé filz,
combien que j'aye intencion d'escripre pluseurs choses
qui 9 bien serviront à la fin à quoy je tens 10, toutesfois
je " voeul déclairier trois choses principalles 12 que je voeul
que tu retiengnes et mettes en ta mémoire. La première,
comment c'est belle chose et pronitable à ung noble homme,
1 Le père (C).
2 Mes (C).
3 A exécution brave et deue (B). — A deue et brave exécution, et
croye (C). — A deue et vraie exécution (E).
* Les inventaires du XVe siècle en donnant ces derniers mots comme
les premiers du second feuillet , les ortographient mal et disent :
Exécution de Croy. »
5 Prouffit (C). — Un grant pourfit (E).
6 Griefment (C et E).
7 Conditionné (C). — Que je te voie bien conditionné (E).
8 Que j'aye grant joye de ta renommée (C).
» Que (B, D).
40 Tiens (D).
il J'en (C et E).
" Trois principaulx (C).
PATERNELS. 449
soit prince, duc, ou conte 1 ou autre en mendre 2 degré de
noblesse, avoir silence en la bouche. Et entens par
silence mesure et attemprance à 3 son parler. Et pour
quoy fu 4 dit le proverbe : Se ung fol se taist, il est réputé
pour sage, si non que 5 chascun doit avoir la bride en la
bouche pour la sçavoir 6 tirer, en soy taisant quant
mestier est, et laschier 7 pour parler quant nécessité le
requiert ? Le second point, comment 8 ung noble homme et
par plus forte raison un grant seigneur doit avoir 9 ver-
gongne de cœur, c'est asscavoir crainte de mal faire, et ne
daignier ou voulloir conseillier chose deshonneste ne
reprochable 10. Le tiers, comment on doit amer Dieu " et
faire abstinence de corps. J'entens quant à moy par 12
abstinence de corps que on ne doit point estre trop affectez
à fréquenter les femmes ne demourer entre elles, adfîn que
* Duc, conte (C et E).
* Moindre (C).
8 En (C et E).
* Fust (B).
H Si non pour ce que (C et E).
6 Notre texte porte : soy sçavoir. — Se savoir (E). — Son savoir (D).
J'ai préféré la version du ms. de Bruxelles (C).
7 Notre texte dit : laissier. — Id. (B, D). — J'ai préféré la ver-
sion C. — Le lasquier (E).
8 Le second point, si sera comment (B, C et E).
9 Doit tousjours avoir (C).
10 Et ne daignier ou voulloir ne nullement conseillier choses des-
honnestes ne reprouvables (C). — Ne daingnier ne vouloir ne conseil-
ler, etc. (E).
11 Et le tiers point touchera comment l'on doit (C et E). — Amer
Nostre Seigneur Dieu, etc. (C).
fî J'entends, quant à moi, abstinence (A, B, D). — J'ai préféré la
version C et E.
450 LES ENSEIGNEMENTS
on n'en délaisse l autres bonnes et louables entreprises.
Car, par les trop continuellement hanter, pluseurs en ont
perdu honneur, terres et seignouries. Je ne dy point toutes-
fois, ne ce n'est point non intencion de blasmer ceulx quy
aulcunes fois se occupent entre elles par bonne et honneste
manière, en temps 2 convenable et de oyseuseté ; car par
elles et d'elles poent venir beaucop de bien, et y pèvent 3
jennes gens aprendre largement. Mais je conseille de point
trop s'y amuser 4 à l'exemple du roy Sardinapalus qui «par
trop converser entre elles perdy 5 son royaulme à tousjours
mais, par l'entreprise de son prévost qui 6 l'avoit veu 7 con-
verser trop curieusement entre elles 8. Car trop mieulx
vault à ung jeune 9 homme soy excerciter et instruire à 10
choses quy touchent la guerre, comme juer de l'arc, saillir,
luiter etjouster, aprendre à juer d'une hache et d'une
espée, et en telles choses soy occuper, lire chroniques et
aultres histoires des anciens preux et vaillans n. Car,
comme dist ung sage chief de guerre, se jeunesse est souef
nourrie, que fera elle en viellesse ? Main tendre tient mal
espée 12, et chief bien peingnée porte mal le bachinet.
1 A fréquenter les femmes ne séjourner longuement entour elles,
anchois les eslongier, affin que l'on n'en puist délaissier, etc. (C). —
Affin que on n'en puist laissier (B, D).
2 Manière et en temps (C). Affin que on n'en puist délaissier (E).
3 Pèvent les jeunes gens (C). — Peullent jeunes gens (B).
■* Je ne conseille de trop s'i amuser (E).
5 Entre les femmes en perdy (C). — En elles perdy (D).
6 Qu'il (C). — Prévost Arbaces, qui (E).
7 Bien véu (B).
• Entre les femmes (C).
• Que ung (C). — A josne (E).
«•Es(CetE).
11 Soy occuper et lire les croniques et les histoires des anciens (C et E).
11 L'espée (C et E).
PATERNELS. 451
Oyseuseté en jennes gens fait perdre coeur et force et
devenir lasche, qui est de légier à surmonter, à mon advis,
tous ceulx qui y sont sy enclins \ et quy y communique 2
incessamment entre elles doit avoir et tenir la grigneur
partie des meurs fémenines, qui est sexe de nature 3 répu-
gnant à vaillance et honneur pour armes acquérir. Pour 4
retourner donques à mon propost,et quant au premier point
que tu te gardes de trop parler, je te prie que tu n'ayes
grant multiplication de langages en ta bouche, car il ne se
poeut faire que homme qui parle souvent ne perde moult de
langages. 5 Le proverbe dist :
Que la parole * est bien eslite
Quant mieulx ne vault teute que dicte.
Et pour ceste cause, nature a ordonné en nos bouches
la langue estre emprisonnée en trois clostures 7 : c'est assça-
voir es lèvres, es dens et au palais ; voeullant par ce la
modérer en ses offices de parler. 8 Et pour ce, je t'advertis
que tu te gardes sur toutes choses de dire tes secrès à
pluseurs et diverses gens, car tous ne sont pas d'une
condition : les ungs scèvent bien celer, les aultres 9 non.
1 Viseuseté et paresse en jeunes gens font perdre force et courage et
devenir lasches et nonchallans quy, à mon advis, est de légier à sur-
monter tous ceulx qui trop y sont enclins (C).Wiseuse et presche (E).
8 Communiques (A). — Communiquent, et plus loin : doivent (E).
3 De sa nature (C et E).
* Pour dont (C et E). — Pour doncques (B).
8 Ne perde assez de langaige (C et E).
6 La parole (C et E). — C'est une faute de rythme.
7 Enclosures (D).
8 Pour ce, te advertis (C et E).
9 Et les aultres (C).
452 LES ENSEIGNEMENTS
Aussi, tu ne soyes pas 1 trop commun en devises et par
espécial en devises de choses 2 de meschant valeur. Et tu
en seras plus loé, amé et doubté, et en tendra on plus de
compte de toy 3, au moins toutes gens vertueux et de noble
condicion, car quant un gentilhomme, de quelque estât
qu'il soit, soit seigneur 4 ou autre, a beaucop 5 de langaige,
chascun le fuit. Et par ainsy il ne treuve gaires à qui
parler, synon à l'adventure à quelque homme de petit lieu,
varlet ou autre semblable. Telles personnes s'occupent 6
aulcunes fois à escouter telles paroles et seroient bien
joieulx de te vëoir petitement enseignié adfin que tu ne
peusses et seusses congnoystre 7 que c'est de soy gouverner
par sage conseil et gens amans honneur et aussy qu'ilz
peussent 8 faire de toy à leur bon plaisir. Fuis doncques
conseil et hantise de varlets et de tous envolepeurs de lan-
gaiges et qui ploient 9 à tous vens. Pense bien que c'est
honteuse 10 chose à tous gentilzhommes de voulentiers
croire et escouter telles manières de gens. J'ay maintes
fois oy dire et le tiens pour certain que on voit très souvent
que on tient des condicions " de ceulx avecques lesquels on
I Aussy, tu ne doiz pas estre (C). — Avec ce, ne soye (B et C).
8 Commun en danses et par espécial de choses, etc. (C).
5 Et tu en seras plus orné, loé et doubté, et en tendra l'on plus grant
bien de toy (C).
* Qu'il soit, seigneur (C). — Car quand on voit ung gentilhomme,
,de quelque estât qu'il soit, soit chevalier (E).
5 Quy ait beaucop (C). — Qui a beaucop (E).
6 N'occupent (C).
7 Et seront moult joieulx quand ils te verront petitement endoc-
triner affin que tu ne puisses et saches cognoistre, etc. (C).
8 Puissent (C et E).
* Quy coustumièrement ploient, etc. (C). — Qu'ilz ploient (D).
10 Moult honteuse (C).
II Que la pluspart tiennent des condicions (C).
PATERNELS. 455
a communément hanté. Fréquente les bons, saiges et cour-
tois, preux et vaillans *, et il t'en vendra tousjours honneur
et bonne renommée. Sy te prie, mon filz 2, que tu t'accointes
et accompaignes de gens 3 bien famez, et s'il advient que
aulcunes fois l'en te die aulcuns secrès, soyes diligent que
la porte de ta bouche soit seurement fermée, et ne le des-
coeuvre * jamais en lieu dont il en puist estre nouvelle.
Porte tousjours bonne bouche et ne blasme nulz ne nulles,
car tu ne poeus jamais sçavoir les meschiefs ne les fortunes
qui te pèvent advenir. Porte honneur aux femmes, de
quelque estât ou condicion qu'elles soient, et se tu en oyes 5
mesdire, excuse les et ne soyes pas celui qui portera 6 leur
deshonneur en aultre lieu. Et à ton povoir metz paine à
estaindre les paroles 7.
Je te voeul 8 encore dire une aultre chose servant à
mon propost. S'il advient que tu te treuves ou que tu soyes
en compaignie ou que tu oyes compter par aulcun quelque
compte, je te prie 9 que saigement et saeurement 10 tu le
voeulles escouter " comme les aultres présens, sans inter-
* Saiges et vaillans, (C et E).
* Mon très chier fils (C).
3 Que tu te acointes de gens, etc. (E).
4 Révèles (C).
5 En os (C et E).
6 Porteras (C).
7 Mets paine de estaindre toutes perverses paroles (C).
8 Et te veuil (C).
9 Que tu te retreuves en quelque compaignie là où tu oyes raconter
aucune histoire ou chose advenue tant morale comme autre, je te
prie, etc. (C). — Quelque compte de sens ou de joyeusetez advenues,
je te prie (D).
10 Saigement et meurement (E).
11 Escouter, oyr et retenir en ta mémoire (D).
454 LES ENSEIGNEMENTS
rompre d'aultres langages la parole de celuy, pour deux
causes '. La première, pour ce que on ne poeut communé-
ment parler devant ung fol qu'il ne faille que tousjours il
parle, voire sans rime ou raison, dont les gens se rient.
Or ne voeulles 2 faire les gens rire, adfin que on ne se
moque de toy, et escoute et tieng pour règle générale que
mieulx vault oyr que estre oy. 3 La seconde cause, sy est
que s'il advient que en temps advenir tu voeulles racompter
iceluy compte, que tu le puisses et saches au vray plus
racompter, en toy gardant de y adjouster aulcune chose
du tien, si non que se Dieu 4 t'a donné sens pour sçavoir
couchier et aorner langaige, en ce cas tu t'en porras bien
aidier adfin que ledit compte soit plus plaisant à oyr 5,
mais tiens tousjours la vraye substance, car autrement
l'en diroit que tu seroies ung farseur 6 et flourisseur de
bourdes. C'est grant reproche 7 à ung gentilhomme d'avoir
la grâce d'estre menteur. Monstre toy doncques par parolles
véritables, estre noble homme et non resambler aux gens
1 Sans le interrompre d'aultres langaiges ne lui traverser la parole
pour deux causes (C). — Sans les interroguier d'autres langaiges, ne
aussi destourber ne bailler empeschement à la parole d'ycelluy pour
deux causes (D).
* La première, que l'en ne puet parler communément devant ung
fol que tousjours il ne faille qu'il parle, voire sans rime et sans
raison, de quoy les gens se rient, et ne veuilles, etc. (C). — La pre-
mière, on ne puet, etc. (B et E). — Que tousjours il ne faille qu'il
parle (E).
3 Les 14 derniers mots de cette phrase sont omis (E).
* Si non ce que Dieu (A). — Sy non que Dieu (D). — J'ai suivi CetE.
* Àffin que celluy compte en soit plus plaisant aux escoutans (C etE).
6 Un facteur (C).
7 C'est bien grand reprouche (B).
PATERNELS.
455
de basse condition et vile 1 qui dient tout à la Yolée, soi
droit, soit tort 2. Chasse de toy, se il y est, ce très dampné
et mauldit vice 3 d'estre menteur ; soyes voirdisant et
prens 4 mesure en ton langaige. .Jamais ung jenne homme
n'est blasmé d'avoir peu de paroles. Et si te souviengne 6
d'avoir silence en la bouche. Encores te couvient-il sçavoir
une aultre chose que je te diray, qui est grant folie et laide
chose à ceulx qui 6 le font, de quelque estât ou condition
qu'ilz soient : c'est de se 7 bouter en conseil quant on voit
deux personnes parler ensamble, soit pour joyeuseté ou
autrement. Sy t'en voeulles garder et souvenir, car bien
porroit 8 estre que le conseil seroit de toy. Regarde ailleurs
compaignie à grant nombre de gens de bien et des mieulx
renommez selon ton eage et estât 9,et là te boute hardiment,
et escoute ceulx lesquelz auront le plus voyagié 10 soit en
guerre ou aultrement u, et illectu aprendras et sçauras 12
* Et non resambler à gens de basse et vile condition (C et E). —
Ressambler gens (D).
* Soit vray soit faulx (B, D et E). — Soit vérité soit non (C).
3 Ce très mauves vice et dampnable (C). — Ce mauvais et dampné (E).
* Et soies voirdisant en prenant (C). — Et soies voirdisant et prent (E).
8 Et si tesmoigne (D).
6 Ancoires convient-il que je te die une autre chose qui est laide et
grant folie à tous ceulx quy(C). — ■ Id. E.
7 C'est de toy (C et E).
* Et pour ce veulles t'ent garder et avoir souvenance, car pour-
roit, etc. (C).
9 Regarde ailleurs compaignie en grant nombre et bon et des mieulx
renommez (C et Ej. — Selon ton égualité, eage et estât (C).
10 Puis escoutes ceulx lesquelz tu sçauras qui auront le plus
voiagié (C). — U. E.
11 Ou aultre part (B et E).
12 Et illec pourras aprendre et sçavoir (C).
456 LES ENSEIGNEMENTS
de Testât des guerres et des batailles ou aultres samblables
choses dont les comptes se feront. Et par ce, tu en vauldras
mieulx se tu metz paine de retenir l. Et quant tu seras en
ton bostel, lors que tu n'auras riens pour toy occuper,
fay que tu ajes aulcuns livres des histoires rommaines ou
aultres croniques des fais des anciens, et lis iceulx voulen-
tiers, syy porras beaucop aprendre 2. Et par les histoires que
tu auras véues, tu te conduiras 3 honnourablement en tous
tes affaires.
J'ay assez touchié des choses de mon premier point 4,
c'est assçavoir d'avoir silence en la bouche.
Si me voeul transporter et procéder au second point, en
démoustrant comment chascun noble homme doit avoir en
soy vergongne de cœur. Car, avec la première vertu qui est
de meurement et sagement parler, affiert bien celle seconde
vertu de vergongne de cœur qui est crainte de mal faire, ainsy
qu'il sera veu cy après. Et premiers, doiz 5 sçavoir pour
enseignement général que on ne doit, pour mort, pour vie,
pour chevance ne autrement, faire chose contre honneur.
Et pourtant, saches tout de vray qu'il vault mieulx honnou-
rablement morir que vivre à reproche et à deshonneur en
ce mortel monde 6. Quant est à moy, mon très' chier filz, 7
* Et par ce, se tu metz peine à les retenir, tu en vauldras mieulx (C).
2 Lorsque tu n'auras guaires à toy occuper, s'il te est possible, fais
tant que tu aies aucuns livres des histoires romaines, des croniques
de France et d'Angleterre où sont descripz les fais des anciens et
iceulx lire volontiers et diligamment, car tu y porras aprendre choses
vertueuses (C).
3 Pourra advenir que tu conduiras (C et E).
* Des choses dessusdittes, touchans mon premier point (C).
5 Et premièrement, tu doiz (C).
6 En ce monde (C).
7 Mon fils (E).
PATERNELS. 457
j'ameroie mieuîx ta glorieuse mort en une honnourable
bataille, à banière desployée, que tu te retournasses vilai-
nement (ficelle '. Regarde Vallerianus Maximus, Tulle,
Lucain, Orose, Saluste, Justin et autres hystoriographes,
et tu trouveras merveilles de telz exemples honnourables et
sans nombre et comment nos devanciers 2 amèrent honneur
et le bien publicque, et aussy comment ilz se exposoient à
mort pour le bien du pays, et aussy comment pour 3 garder
leurs los avec discipline de chevalerie, et ne craignoient4
point de faire morir leurs enfans quant ilz transgressoient
à rencontre de leurs loix. Et de ce ilz acquéroient 5 grant
honneur, et .firent tant par leur sens et bonne conduite qu'il
en est6 mémoire perpétuele.Et par plus fortes raisons, nous
quy sommes cristiens, devons plus désirer à faire choses
honnourables et vertueuses et nous garder de vilaines
reproches que eulx rommains qui cuidoient que lame morust
ainsy comme le corps 7. Et sans quérir aulcunes histoires,
j'en voeul racompter une, laquelle a esté de mon temps.
Ung chevalier de la nation de Haynau 8, nommé messire
Loys de Roberssart, frère puisné 9 du seigneur d'Esclavon,
tenoit la partie des Anglois de longtemps, lequel portoit
* D'icelle bataille (C). — Que tu retournasses villainement d'icelle (E).
* Merveilles. De telz exemples honnourables et sans nombre, tu
porras veoir à planté et comment nos devancestres (C).
3 Et avec ce pour (C et E).
4 Crémoient (CetE).
8 Acquéroient-ilz (C et E).
6 En est encoires (D).
7 Avec le corps (C). — Que avoeuc le corps F âme morust (E).
8 Un chevallier de Haynau (D).
9 Frère germain (C). — D supprime ce détail.
VOY ET AMB. 29
458 LES ENSEIGNEMENTS
l'ordre de la Gartière l, Advint par ung jour que ses 2
ennemis le trouvèrent en ung village assez peu garny de gens,
et 3 illec lenvayrent et y eut 4 merveilleuse escarmuce 5.
Et jà soit ce que lesdiz ennemis fussent en très grant nombre
et trop plus puissans de luy, sy les rebouta il hors du dict
village. Survient de rechief très grande puissance de ses
diz ennemis 6, et combien qu'il les vëist d'assez loing venir,
toutesvoies 7 il ne daigna fuir ne faire semblant de fuir ne
d'avoir paour, mais de très asseuré 8, noble et de ver-
tueulx courage, sailly à piet très vistement 9 avec aulcuns
archiers et gens de son hostel, lesquelz il fist tenir près de
luy ; néantmoins il se povoit très bien retraire et mettre
à garant dedens le chasteau dudit village 10 et eschiever
le dangier de mort ou d'estre pris11; mais pour garder l'hon-
neur de saditte ordre et aussy la sienne 12 , il voulut
demourer 13 en laditte place où il morut glorieusement, hon-
* L'ordre de chevallerie dit la Gartière (D).
a II advint ung jour,ete. (C). — Advint par ung jour ses (E).
3-* Et ille ceut (C).
5 Escarmuce, mais en la fin il fut pris des ennemis (C).
6 II les rebouta hors du village, mais, en ce faisant, survint de
rechief grande puissance de ses ennemis (C).
7 Et combien qu'il les vëist venir et de loing, toutesfois, etc. (C).
8 II ne daigna fuir ne faire semblant de paour, ainchois de très
asseuré, etc. (C). — Ne faire semblant de lui eslongnier ne d'avoir
paour (D).
9 Mist piet à terre vistement (C).
10 Néantmoins il se povoit très bien sauver et retraire ou chasteau
(C et E) d'icelluy village (C) du dit village (E).
11 D'estre mort ou pris (C).
" L'honneur de son ordre de chevallerie et de sa personne (C).
11 Demourer en la place à moult petite compaignie des siens et très
glorieusement et honnorablement attendre l'adventure d'estre mort
PATERNELS. 459
nourablement et à très petite eompaignie des siens, car il
fist retraire ses gens ou dit chastel et par avant saditte
mort lorsqu'il vè'y qu'il ne povoit résister, dont il fut gran-
dement loé de ses ennemis et aussy de ses gens l. Et se tu
voeulz sçavoir la ville où se fist laditte rencontre, ce fu à
Conty 2, vers Amiens 3.
De plusieurs aultres fais honnourables des nobles hommes
porroie je parler, mais je alongeroie trop mon compte, et
seroit assez matière pour faire ung bien grant livre 4. Et pour-
tant,adfin de mieulx avoir vergongnede cœur, je te admon-
ou pris, et de fait, avant sa mort, il fist retraire ses gens ou dit chastel
francement lorsqu'il, etc. (C.
1 Comme de ses gens (C et E) et autres (C).
* Et se tu vuels sçavoir place où ce rencontre advint, ce fut vers
la cité d'Amiens, en ung village nommé Conty (C).
3 Chastellain dans sa chronique, rapporte le même fait. Voici son
récit d'après l'édition de l'Académie de Belgique ;
« Messire Loys de Robersart , toutesvoyes , qui estoit un très
adroit chevalier et de réputation au roy Henry trespassé qui l'avoit
eslevé, cestui avecques pluseurs autres de la nation, se mist valereu-
sement à deffense, et ne souffroit pas que Françoys se vantassent de
l'avoir vaincu descouragé, ains leur vouloit vendre sa char le plus
chier qu'il pouvoit, et, comment qu'il pust aller de sa vie, de son hon-
neur ne feroit jamais abandon par soy retraire. Par quoy, espérant
tirer ancun fruit de sa deffense, abandonna le corps à fortune, là où,
en soy monstrant un chevalier de grant los, fut tué luy huitiesme,
parce que onques ne se daigna sauver, ne retirer arrière, là où il
l'eust bien fait s'il eust voulu ; car avoit au plus près de luy le chas-
teau de Conty, auquel le conte de Perche se retray avecques le reste
des Angles, après messire Loys mort. Dont en toute la destrousse, ils
moururent environ vint hommes, et non plus, pour toute perte de
celuy jour, excepté de leurs chevaux qui tous furent pris et emme-
nés. « (T. II, p. 134-135.)
* Et seroit assez matière pour compiler ung grant volume (C).
460 LES ENSEIGNEMENTS
neste que, quant ung noble homne voeult entreprendre ou
faire quelque chose, il doit penser, dire et avoir en mémoire
en tous lieux là où il se treuve ce qui s'ensieut : « Beau sire
Dieu \ diray je ou feray je 2 chose dont il me puist venir
honte, 3neau lignage dont je suis partis et yssus4 ? Noblesse
fauldra elle en moy ? Seray je tel que je ne m'oseray trou-
ver avecques les autres bons, nobles etvaillans hommes, et
parler 5 à mon tour en toutes assamblées ? Quant à moy, je
voeul vivre et morir ainssy que doit faire ung noble homme.
J'aime mieulx,se je suis en bataille, que on me quière entre
les mors que ce que je soye escript ou nombre des fuians 6.»
Toutesfois ces choses ou samblables ne souffiroient
pas assez de les dire ne penser, mais les fault penser et
mettre 7 à vraye et honnourable exécution. Car, comme
dient pluseurs : Ung noble homme qui fait œuvre villaine
doit estre réputé pour villain. Et pour ce fu dit le pro-
verbe : Il est villain qui fait la villonnie. — Noblesse vint
premièrement par les nobles et dignes vertus de nos anciens
pères. Mon filz, il pourroit sambler à aulcuns que vergongne
venist et procédast d'orgueil, et croy que non. Mais, quoy
que il en soit, je dis que l'orgueil seroit 8 bon, puisqu'on
tendroit à bonne et honneste fin et feroit eschiever et fuir
* Où il se treuve : Beau sire Dieu, etc. (C et E).
2 Feray-je ou diray-je (C et E).
3 Venir blasme (C).
* Dont je suis yssus (C). — Parti et issus (E).
5 Avec les autres bons et vaillans et parler, etc. (C). — Et veuil-
lans parler (D).
9 Entre les mors que je soye descript ou nombre des lasces et
recréans (C). — Que je soie escript ou nombre des fuyans (Ë).
7 Mais le fault mettre, etc. (C et E).
8 Soit (C).
PATERNELS. 4bl
mal et deshonneur, comme de non daignier faire chose
contre Dieu et les commandemens de leglise, et aussy de
non vouloir faire choses contraires à toutes bonnes meurs1.
Aies souverainement2 crainte etvergongne de blasmer 3 Dieu
notre créateur, le renier, despiter, et faire aultres 4 villains
serremens détestables, juer aux dés ne autres jeux qui sont
deshonnourables et defenduz. Héllas, mon fils, clos tes
yeulx, estoupe tes oreilles, garde ta bouche de tous 5 telz
sermens et jeux faire ; car ilz desplaisent trop 6à Dieu et à
toutes personnes vertueuses, et n'en poeut sourdre nul bien7.
Et puisque suis en propost d'escripre touchant dévotion,
je te prie et admonneste, sur tout le plaisir que tu désires
et désirras à moy faire, que tu oyes voulentiers et dévote-
ment la messe. 8 Or escoute que on dist de tous ceulx quy
ne l'oyent pas voulentiers 9 : on dist tousjours que de cent,
on n'en voit point bien morir ung I0; car le plus souvent, ilz
fînent bien meschamment " et deshonnourablement. Et au
contraire, tous ceulx qui voulentiers l'oyent 12, Dieu les
1 Contraires à toutes vertus et bonnes meurs (C).
* Aies souvenance et souverainement, etc. (C). — A dit : après, au
lieu de aies. B : arez. E : ayes. J'ai préféré la version C et E.
3 Blafemer (C).
* Aulcuns (C).
5 Garde ta bouche à tous, etc. (C et E).
6 Fort (C).
7 Ne jamais n'en peult sourdre nulz biens (C).
8 Que tu oyes dilligamment chascun jour et voulentiers et dévote-
ment la messe, car tu ne pues faire gu aires meilleur labeur (C).
9 Quy ne oient pas volentiers la messe (C).
40 Pas ung bien morir (C).
M Ils finissent bien meschamment (C). — Hz finnent mescham-
mant (E).
11 Qui ne l'oient pas voulentiers (D). C'est évidemment une faute.
4&2 LES ENSEIGNEMENTS
pourvoit en leur vie et après leur mort. Sy te prie \ en
l'onneur de Dieu et de sa glorieuse mère, que songneu sèment
et en grant révérence tu oyes laditte messe chascun jour 2.
Et dis chascun jour diligamment les heures de la benoite
Vierge Marie 3 ou aultres oroisons à ta dévotion, en ayant
vergongne 4 de tes péchiés. Et prie 5 ton créateur qu'il te
voeulle telement conduire jusques en ton dernier jour que
tu ne puisses faire chose qui soit au contraire de ton salut
en son glorieux paradis.6 Et soyes certain que oncques oroi-
son faite de dévot cœur 7 ne fu sans porter fruit à ceulx
qui la font deuement 8. Sces tu encores que te sera bien
séant estre coy et simple à l'église 9, sans avoir grans ne
petis consaulx ne aultres langaiges avec autrui 10. Car
l'église est ordonnée pour très révéramment et dévotement
servir Dieu et aourer n,et non pas pour tenir parlemens com-
1 Si te requiers (G).
1 Voir p. 416 les mêmes idées dans l'Instruction d'un jeune prince.
3 Tu oies du mains chascun jour une entière. Et si diras tous les jours
les heures de Notre Dame (C). — Et dis diligemment chacun jour les
heures de N. D. (E).
* Vergongne et repentanche (C).
5 Et prie à Jhésus, ton, etc. (C):
6 Quy soit contraire au salut de ton âme, etc. (C). — Qui touche
ou contraire de ton salut (D). — Au salât de ton âme, ne reproche à
toy ne à tes amis, et en la fin veuille recepvoir ton âme en son glo-
rieux paradis (E).
7 Ditte de cuer dévot (C).
8 A celluy qui la fait dévotement (C). — A celui qui le fait deue-
ment (E).
9 En l'église (C).
10 Avecques personne (C).
11 Pour servir très révéramment et dévotement notre sauveur Jhésu-
crist et la vierge Marie aourer (C).
PATERNELS. 465
muns ne aultres parlers oyseux.Car aulcunes fois par telles
choses on empesche ' les prestres et aultres personnes qui
sont présens, par quoy leurs dévotions sont rompues8, ainsy
on est cause de ce mal 3. Si t'en vueilles abstenir 4. Je m'en
tairay atant. Dieu te voeulle donner temps 5 et espace de
devenir viel 6 d'éage et de meurs !
Quant au me 7 et dernier point, qui 8 parlera d'abstinence
de corps, tu doibz sçavoir que abstinence de corps gist en
plusieurs choses, comme de léaulment et estroitement garder
mariage, comme de non estre enclin à boire et mengier exces-
sivement et de non boire et mengier sans cause de faim et de
soif 9 et sans y garder ordre ne heure,à l'exemple des bestes ;
souvent baignier et estuver sans avoir occasion de maladie,
par laquelle on y soit constraint ; faire de la nuit le jour en
excès désordonnez, soit entre les femmes dissolûtes et de
meschante vie, ou aultrement, dont il est souvent de pis 10
au corps et à l'âme. Et de là procède que l'omme aulcunes
fois en devient ydropique ou paralitique ou palasineux et en
chiet en aultre maladie, pourquoy brief ll il en vient à la
* Car aulcunes fois, on empêche (D).
2 Leur dévotion se rompt (C et E).
5 Et par ainsi l'en est, etc. (C). — Et par ainsi on est cause de tel
mal (E).
4 Souvenir- (C et E).
* Donner lieu (C).
* Ancien d'éage (C).
7 Quatrième (C et E). Erreur de copiste.
8 Qu'il (D).
9 A boire excessivement et de non mengier et boire sans cause de
faim et de soif (CetE).— Et de soif manque dans notre texte. — Sans
cause de faim et sans y de riens garder ordre (D).
10 Souvent piz (D).
M En brief terme (C).
464 LES ENSEIGNEMENTS
fin de ses jours l ; et se il se fust gardé comme ung homme
raisonnable et de bonne vie et eust fait abstinence desdittes
choses, son corps fust demouré sain et haitié et en eust
été Dieu et le prince servi très honnourablement, et poeut
estre qu'il eust fait 2 un grant bien à la chose publique ou
temps advenir. Or est mort et tué de sa propre main 3, sans
avoir guaires de plaintes, car chascun dira : c'estoit ung
homme sans sens et sans raison qui ne vivoit fors à sa plai-
sance 4 et qui ne quéroit que les délitz de ce monde 5. Or
avoit il corps convenable et légier, et ne l'a pas exposé 6 en
choses honnourables ne vertueuses. Sy 7est cause de sa mort.
Et pour ce dist on bien souvent : « A qui il meschiet, chas-
cun luy mesoffre 8. Ne fay pas, mon très chier fîlz, que 9 l'en
die ainssy de toy. Soyes sobre et attemprés et fay abstinence
tant de corps comme aultrement. Et aussy ne fay pas ainsy
que font pluseurs qui appâtent plus d'avoir la grâce et
amour de pluseurs femmes 10 que le fait ; car de désirer
louenge en ce cas, c'est n chose bien honteuse et reprochable
4 A la fin (C et E).
* A dit : s'il se gardoit... et qu'il fëist... son corps demourroit... et
en seroit Dieu... et poeut estre qu'il feroit. — J'ai préféré la version
C et E).
3 Mort et occis (C). — Mort et tué par, etc. (E).
4 A sa personne (D).
* Quy ne quéroit fors les délices du monde (C). — Que les délices
de cest monde (B). — Et ne quéroit que les délices de ce monde (E).
6 Or ne l'a il exposé, etc. (C et E).
7 Anchois (C).
* On lui mesoffre (E).
9 Ne fais pas que, etc. (C et E).
40 Quy plus appettent d'avoir la grâce et la renommée de plusieurs
femmes (C). — Qui plus appètent la grâce d'avoir l'amour, etc. (E).
" Car quiconque désire loange en ce cas, ce luy est, etc. (C).
PATERNELS. 465
à tous gentilzhommes K Et s'il advient que soyes pas-
sionné 2 du fait, etc., au moins fay telz choses 3 sy secrète-
ment que nulz n'en sache parler, et aussy adfin que tu
puisses 4 eschiever Tescandele,tant de toy comme d'aultruy
coulpable de ton péchié, et il t'en sera mieulx 5 et feras
grandement ton honneur. Avec ce, te garde d'estre trop
cointe et d'être trop excessif en tes habillemens 6, et ne
entreprens estât que tu ne puisses parmaintenir. Je ne dy
pas que tu ne te puisses bien habiller gentement selon ton
estât et le temps ouquel les habillemens auront cours, et de
très bons drapz ; mais laisse toute 7 excessive cointise. C'est
à faire aux dames et aux damoiselles d'estre trop cointe-
ment atournées, et ce leur est ordonné et souffert par très
bonne raison ancienne et de sages gens 8, pour suppléer
aulcunement à la faulte de leur sexe. Touttesvoies, se
doivent garder d'estre excessives en leurs habillemens, de
faire aussy plus 9 qu'il n'appartient à leur estât et lignaige.
Pareillement tout homme aiant sens doit avoir abstinence
d'estre trop pompeuz par oultraige et plus qu'il n'apartient
à lui ne à sa chevance, terre et seignourie qu'il a de son
patrimoine. Et ne fault mie pour ce 10, se on a des grans
1 Reprochable et par espécial à tous gentils hommes (C).
2 Coulpable (A). J'ai préféré suivre C et E.
5 A dit : tes choses. J'ai préféré la version C et E.
* Fais telz choses secrètement affin que tu ne puisses (C et E).
5 Et il t'en prendra mieulx que autrement (C). — Et mieux t'en
sera (E).
6 Avec ce,garde toy d'estre trop enclin et excessif en habillemens (C).
7 Mais déporte toy de toute (C).
8 Et ancienne de sages gens (C).
9 Touttefois se doivent elles garder en leurs habillemens de faire
plus qu'il, etc. (E). — Id. C.
i0 Et ne fault pas pourtant (C).
466 LES ENSEIGNEMENTS
biens qui viennent par office ou aultrement, soy maintenir
ne gouverner en dons oultrageux, comme feroit ung plus
grant de lui deux fois. Trop mieulx vault, mon filz, avoir
et garder ses deniers que de les * emploier en choses super-
flues qui guères ne pèvent profiter et dont vient et sourt 2
le vent d'envie qui fait parler les gens. Car, quant on voit
une personne, de quelque estât qu'elle soit, soy desrégler
de son estât, pour quelques biens qui luy viennent, tant à
cours de seigneurs comme ailleurs c'est envye de tous, et 3
à grant paine poeut durer puisqu'il est assailly de pluseurs,
de tous costez 4. Pour tant, le proverbe dist : « Qui trop
embrache mal estraint 5. » Et si doibz penser que plus ont de
puissance cent que ung. Mets paine à faire taire les gens,
fay des amis, et quant tu les auras, gardes les mieulx et
plus chièrement que chevance ne trésor que tu ayes. Car
soyes certain qu'il n'est si riche chose au monde qui vaille
tant que font amis 6. Sy voeulles mettre paine par tous
moyens vertueulx d'en avoir, car il n'est si grant ne si
puissant qui 7 puist dire par raison : Je viveray sans for-
tune et sans dangier d'aultruy. Le dire seroit oultraige et
présomption grande. Néantmains, je n'entens pas toutesfois
* Trop mieulx vault garder ses deniers que les, etc. (C).
* Et dont sourt (C;.
* Tant en court de seigneur comme autre part, il ne sourt que
envie, et, etc. (C).
* De plusieurs quy le contralient à tous costez (C). — De plusieurs
à tous costez (D).
5 Pou estraint (C, D).
6 Car soies certain qu'il n'est au monde chose tant propice ne utille
comme font bons amis (C).
7 Qu'il (D).
PATERNELS. 467
que tu doyes donner ta chevance ou la plus grant \ partie
pour entretenir tes amis, ne aussy pour en acquérir 2, telle-
ment ne si folement que tu en puisses apovrir, car c'est
belle chose et digne de grant loenge de bien sçavoir donner
le sien à point 3.Pour ce 4, donne sagement et libéralement
quant le cas s'y adonne 5. Car qui donnne de cœur et de
regard joyeulx, il donne deux fois. Donne aussy selon ce
que ta puissance et estât le requiert6, et par espécial à ceulx
ausquelz tu te sentiras tenu 7, et pareillement à ceulx dont
proffit honneste t'en porra venir. Et garde sur toutes riens,
quelque chose que tu aies donné, que tu 8 ne le reproches à
ceulx qui tes dons auront reçeus, jà soit ce qu'ilz te ayent
grandement offensé. Et saches que je ne l'ay point dit sans
cause ou raison 9 que tu donnes saigement et selon que ton
estât et puissance le requiert, Car aultrement faire et don-
ner oultrageusement sans sens et mesure et plus qu'il n'ap-
partient à soy, c'est 10 prodigalité, qui est vice contre Dieu
et contre bonne raison ".
Prodigalité est à proprement parler folle largesse, qui est
excessivement despendre et donner où et quant n il n'apar-
* La greigneur (C et E).
* Acquerre (D).
3 Donner à point (C et E).
* Pourtant (C). — Et pour ce (E).
8 Quant le cas le requiert (C).
6 Le porte (C). — Que ton estât et puissance le requiert (E).
7 Estre tenus (C).
8 Et regarde, sur toute rien, que quelconque chose que tu aies
donné, que tu, etc. (C et E).
9 Je ne l'ay pas dit sans cause et sans raison (C et E).
« Est (C et E).
41 Et toute bonne raison (E).
11 Et donner et quant (A). — Et donner quant (C). — J'ai suivi E.
468 LES ENSEIGNEMENTS
tient point. Garde toy (ficelle1 et croy certainement que tous
oultrageulx dons, aussy légièrement et sans proffit ilz se
despendent. Dons oultrageulx ne saoulent 2 pas, mais
enflambent à tousjours plus recepvoir. Pour tant, je te
prie que tu tiengnes en tous dons mesure et atemprance.
Et pareillement ayes abstinence en ta bouche, c'est à sça-
voir de arguer ne estriver en soustenant tes oppinions
contre aultruy et souverainement à gens de petit lieu.
Car il n'en poeut sourdre que noises, questions et débats.
Laisse aler largement du tien avant que tu argues
guères contre qui que ce soit 3, comme dit est, se la chose
ne touche grandement ton honneur. Car en ce cas, il con-
vient ung chacun le garder très estroitement, par bonne et
sage atemprance et meure délibération, comme on feroit
sa vie corporelle. Sy soit aussy taditte bouche sobre et
honneste en son mengier \ et quant tu seras à table, je te
prie que tu regardes à mengier netement et courtoisement,
et ce te sera une belle et louable abstinence 5. Ne soyes pas,
en lieu où il y ait grigneur de toy, le premier séant la
main au plat, ne à la viande 6 ; atens les aultres de ton
estât. Ne acquiers pas la grâce d'estre glouton ne gour-
mant. Saches que ce sont 7 trois conditions malséans 8 à ung
1 D'icelle prodigalité (C).
* La fin de cette phrase est omise (D).
3 Laisse avant aller largement du tien que tu argues gaires (C et E).
Que ne argues (D) . — Contre quelque personne (C).
* Aussi soit ta bouche sobre en boire et en mengier et honneste en
paroles (C).
5 Une léale abstinence (C).
6 Ne soies aussi, en lieu où il ait greigneur de toy, le premier
asséant la main au plat, ne à nulle autre viande (C et E).
Voeilles sçavoir qu'il sont (C). — Saces qu'il sont (E).
8 Saches que ce sont trois choses mal conditionnées et mal servant (D).
PATERNELS. 469
jenne homme, comme d'estre menteur, glouton et yvrogne.
Pour quoy, mon très chier filz, tire l'espée d'abstinence,
chasse et persécute jusques à la mort ces trois malvais et
dampnés vices. Et, s'il plaist à Dieu notre seigneur, saul-
veur et bénoit rédempteur l, que tu puisses parvenir à
avoir aulcunes bonnes et honnourables conditions par le
moyen des choses dessusdittes, tellement que par telles
et icelles tu puisses en 2 l'amour et la grâce de ton prince,
maistre ou seigneur, et aussy de tous aultres, parvenir, et
par ce moyen estre avancié en quelque honnourable ser-
vice, soyes 3 diligent de servir léaulment et de complaire
en toutes façons honnourables, et plaines de vertus 4. Et
se l'on te voeult commettre en aulcun office, quel qu'il soit,
voeulles user de saiges et souffisans conseilliers et telz qu'il
plaira au prince avoir ordonné ou lieu où il te aura pourveu
dudit office. Et, se tu as office de justice 5 à gouverner et
qu'il te faille icelle exécuter sur aulcuns malfaiteurs, au
moins voeulles en avoir compassion et avec ce desplaisance
de leurs péchiés, et le fais comme personne publique et
comme celui qui ad ce est ordonné et non pas pour toy
vengier d' aulcunes haynes, vielles ou nouvelles, en usant
tousjours de saige conseil, comme dit est. Car on dist en
aulcun proverbe :
On doit tenir cellui pour beste
Qui son conseil porte en sa teste 6.
* S'il plaist à Jésucrist, notre très doulz sauveur et rédempteur (C).
2 Que par icelles (C et E). — Tu puisses acquérir (C). Erreur du copiste.
3 Soies dont (C).
4 Et garnies de vertus (C).
5 D'icelluy office. Et se tu as de justice (C). — Et se tu as justice
à gouverner (E).
8 Qui son conseil a en sa tête (C).— Porte en la teste (E).
470 LES ENSEIGNEMENTS
Nulz ne voit goûte en ses propres affaires, et aussy ceulx
qui ne voeulent user de conseil le font par folie ou par
orgueil présomptueux.
Garde doncques que en tes fais tu ne soyes réputé pour
fol, et aussy laisse ce très mauldit l péchié d'orgueil, et
soyes humbles, gracieux et débonnaires, en gardant 2 l'on-
neur de toy et souverainement- de dames et damoiselles 3,
et chascun dira bien et honneur de toy, et si te envoyera
Dieu des biens 4,car humilité est une vertu qu'il aime et com-
mande 5 sur toutes les aultres, soit en justice ou aultrement.
Mon très chier filz, combien qu'il feust temps de prendre
fin à cette matière 6, pour ce que on dist que longue escrip-
ture 7 engendre ennuy et que brief enseignement esjouit
l'entendement, et aussy qu'il me samble que j'ay assez
touchié 8 et parlé. Quant aux trois poins par lesquelz ung
gentilhomme vertueux, vaillant et garny de bonne renom-
mée, puet parvenir à grande et honnourable chevance 9,
c'est à sçavoir : premièrement 10 par mariage, secondement
par service de prince, et tiercement par siévir la guerre ;
dont je te parleray sans faire long procès u. Et quant au
I Meschant (C et E). — Mauvais (D).
* Gracieux, en gardant (D).
* Des dames (D).
* Et Dieu te envoiera du bien (C).
5 Recommande (C). — Car il ayme toute humilité et commande (D).
a En ceste escripture (A). En mon escripture (E). J'ai préféré la
version C.
7 Longue narration (C). — Longue parolle (E).
8 Traittié (D).
9 Richesse (C).
10 Le premier (C et E).
II Sans faire longue narration de paroles (C). — Long procès de
parolles (E).
PATERNELS. 471
premier point, je te dy pour certainement l que, se par^mon
conseil tu voeul user et toy par maintenir et gouverner
selon mes enseignemens piessa déclairés 2, il pourra estre
de toy sy grant 3 renommée que tu trouveras ton party
par mariage de telle et si riche dame que toy et les tiens
à tousjours en serez puissans et habondans en richesses.
En laquelle toutesfois tu ne pourroies 4 parvenir
synon moyennant tes bonnes et vertueuses conditions.
Secondement, moyennant lesdites vertus demourées en toy,
ton prince, qui en orra parler et qui les apercevra par
effect, te commettra en tel office et sy hault, dont tant de
biens et pourfis te porront venir que tu seras riche et
puissant et sans à nulz faire tort 5 , et feras venir tous
tes amis en grant honneur et souveraine richesse. Tierce-
ment, par hanter et porsiévir la guerre, il poeut advenir
à ung saige vaillant homme et vertueux qu'il prende 6
en quelque besongne ung prisonnnier de sy grant puissance
de terre et de seignourie qu'il en sera et demourra riche
toute sa vie, voire et tous 7 ses successeurs. Encores y a il
pluseurs aultres hasars 8 et bonnes fortunes de guerres dont
on poeut 9 honnourablement soy enrichir, dont je me tais et
pour cause de briefveté. Très chier et très amé fîlz, il est
1 Et quant au premier, je te dy pour certain (E).
2 Que, se tu veulx user et toy gouverner selon mes enseignemens
(C et E). — Devant déclairez (C).Piécha déclairés (E).
3 Si bonne (C et E). — De toy estre si grant (D).
* Tu ne eusses (C et E). — Eusses pas pu (B).
& Riche puissamment C et E). — Sans faire tort à personne (C).
• Quy prenge (C). — Qu'il prendera (D et E).
1 Et remanra riche toute sa vie, et pareillement tous, etc. (C).
8 Ung autres hasarts (D).
9 Que l'en puet (C;.
472 LES ENSEIGNEMENTS PATERNELS.
temps que je prengne fin et conclusion touchant ceste
matière, priant à Dieu par sa doulce miséricorde et à sa
glorieuse mère ! et à madame sainte Anne, qu'il te voeulle
tellement conduire et mener à l'exil de ce povre monde
qu'il te doinst grâce de tellement maintenir et sy vertueu-
sement gouverner que ce soit à ta louange, et à moy comme
ton père parfaitte joye, et avecques luy nous doinst paradis
en la fin !
Amen. 2
* Priant au bénoit filz de Dieu, par sa débonnaire clémence, à la
glorieuse Vierge Marie, sa mère (C).
2 Le ms. E ajoute ici : Die Jovis, completus est iste liber. Mais la
date manque.
APPENDICE.
VOV. ET AMfe. 5q
APPENDICE,
ANALYSE D'UN MANUSCRIT DE LA FAMILLE
DE LANNOY.
— Bibliothèque nationale de Paris, fonds français n° 1278, ancien
no 7445». _
-— Voir l'Introduction p. XXXIX et suivantes. —
L'importance que ce manuscrit a prise dans cette publi-
cation me semble exiger que j'en présente ici l'analyse.
Le catalogue imprimé lui donne ce titre :
Recueil de pièces historiques concernant les affaires de
Bourgogne, de 1306 à 1490.
A la lettre, cela est exact. Cependant, il faut en rabat-
tre des deux côtés : sauf trois pièces, dont l'une est un
manuel de tournois, sujet intéressant à une époque si avide
476 APPENDICE.
de ces jeux, et les autres, relatives à la châtellenie de
Lille, qui devaient être utiles à la famille De Lannoy dont
plus d'un membre fut gouverneur de Lille, — la série ne
commence réellement qu'en 1417, pour s'arrêter, sauf une
pièce unique de 1490, à l'année 1475.
De 1417 à 1475, c'est 1 époque la plus agitée du règne des
ducs de Bourgogne ; mais l'on ne peut s'attendre à suivre
dans un manuscrit de 307 feuillets tous les événements
relatifs à trois souverains, ni même l'œuvre militaire et
diplomatique, si considérable, des deux frères De Lannoy.
Ce manuscrit, du fonds Colbert, est précédé d'une table,
d'une écriture ancienne, plus récente que celle du manus-
crit, et dont le catalogue imprimé a tiré parti.
J'ai dû prendre une méthode contraire à l'usage. Ces
pièces ont été reliées au hasard , sans ordre chronologique
ni autre, sans réunir les doubles, ni tenir compte des indi-
cations du propriétaire ou du copiste ; il en est même où
l'ordre des feuillets est interverti, malgré des titres de
chapitres, clairement indiqués au milieu des pages.
J'ai donc dû fixer d'abord la date de chacun des docu-
ments et les classer d'après la suite des années.
Analyse.
I. 1306. — Pièce n° 1 du ms., fol. 1. — « Chy s'ensieut
la manière de gaige de bataille faire, selon la coutume
générale du royaulme de France » (titre du ms.).
C'est l'édit de Philippe-le-Bel, de 1306.
II. 1369.— N° 2, fol. 8.— « Coppie des lettres comment la
castellenie de Lille, fut baillie au comte de Flandre »
(titre).
« Vidimus, donné le 25 octobre 1372,des lettres de Charles V
(25 avril 1369) et de Marguerite de Flandre (27 mars 1368)
concernant la châtellenie de Bruges » (catalogue).
IIIN°87 — Fol. 304. « C'est l'extrait et advertissement pour
l'esgart comme sur le fait des sayettes, filles et foulons
de sayes, selon les ordonnances anciennes et les addi-
cions sur ce faictes par les eschevins de la ville de Lille. »
La châtellenie de Lille intéressait les De Lannoy. Hugues
fut gouverneur de Lille pendant plusieurs années. (Comptes de
478 APPENDICE.
Ghillebaut 1419, où il reçoit 200 fr. de ce chef, monnaie royale.
— 1420, ibid.). — En 1423, il est chargé comme gouverneur de
Lille déjuger les habitants de Douai (Bibliothèque nationale de
Paris, fonds de Bourgogne, t. 100, p. 201).
Bauduin de Lannoy, dit le Bègue, frère cadet de Hugues
et de Ghillebert, fut aussi gouverneur de Lille, s'il faut en
croire Lelewel.
Jean de Lannoy le fut à son tour (V. Rymer, acte du
10 décembre 1463, t. X, p. 511).
IV. 1417. — No 37, fol. 97, etc. — « De l'an IIIICXVII,
parlant du duc Filippe de Bourgogne, père au duc
Caries » (titre).
Fragments de chronique.
Ce sont les chapitres 177, 178, 179, 180, 181, 182, 183,
incomplet, et 184, de Monstrelet, d'après les chiffres de l'édition
Buchon (Panthéon littéraire), pp. 403 et s. Ces chapitres portent
ici les n08 VIII",X (170) et suivants.
Ces chapitres concernent surtout l'ambassade du duc au
roi et le traité de Dourlans (1417). Hugues et Ghillebert de
Lannoy y sont nommés comme faisant partie de l'armée de
Philippe-le-Bon (ch. 184).
V. 1417. — N° 11, fol. 58. — « En l'ost de monseigneur
devant Barsailles, le XVIIe jour de septembre, a été
avisé, à la correction de monseigneur et de son conseil,
sur le fait de la bataille, en la manière qui s'ensieut »
(titre).
Tout me semble concourir pour fixer la date de cette pièce
à 1417 ; il y est dit : « Veu que les ennemis sont près de
Paris, où ils peuvent se fournir de tout. » C'est donc avant l'oc-
cupation de Paris par le duc (1418). Parmi les chefs de l'expédi-
tion on voit Hector de Saveuse. De Barante constate qu'il
APPENDICE. 479
prit une grande part, avec ses frères Philippe et Bon, à l'expé-
dition de 1417 et fut un de ceux qui servirent à l'évasion de la
reine Isabeau (1 novembre 1417). Monstrelet cite dans l'armée
de Jean sans Peur, marchant sur Paris en 1417, Castelain Vas,
Jean de Guigny , Charles Labbe, Jean et Clavin du Clau.
Tous ces noms sont dans la pièce qui nous occupe.
Une preuve plus décisive existe dans les comptes de Jean
Fraignet, du 27 novembre 1415 au 5 juin 1417, analysés dans
un manuscrit du fonds de Bourgogne (Bibl. n. de Paris, t. 100,
p. 144). On y trouve sous ce titre : « Noms des seigneurs qui
avoient commandement en la dite année, » les noms cités ici
avec ceux qui manquent dans Monstrelet :
« Messire Chastelain Wuast, chevalier bachelier, avec
156 escuyers, 124 hommes de trait à cheval, 2 trompettes, et
trois- ménestrels.
« Charles Labbe, escuyer, capitaine de gens d'armes.
125 escuyers, 108 hommes de trait, à cheval, 2 trompettes.
« Jean de Guignes, escuyer, 2 chevaliers bacheliers, 124 es-
cuyers, 88 hommes de trait à cheval, 2 trompettes, 3 menes-
triers.
« Jacques de la Beaume, escuier banneret, 2 chevaliers,
72 escuyers, 7 hommes de trait à cheval, une trompette.
« Messire de Salnové, escuier banneret, 1 chevalier bache-
lier, 198 escuyers, 83 archiers, 2 héraults, 2 trompettes,
3 menestriers.
« Clavin de Cloux , savoiard , escuyer , 62 escuyers ,
177 hommes de trait à cheval.
« Jean du Cloux, escuyer, capitaine de gens d'armes, avec
lui son estendart, 135 escuyers, 25 hommes de trait à cheval,
2 trompettes, 2 menestriers. »
M. Kervyn de Lettenhove a publié cette pièce dans une note
des œuvres de Chastellain (I, 324). Au 5e §, entre les noms de
Jehan de Guignes et Jehan du Clo, le copiste a omis deux
écuyers : il faut lire, Jehan de Guignes, Charles Labbe, Clavin
et Jehan du Clo.
480 APPENDICE.
VI. 1414-1417. — N° 35, fol. 91, etc. — Sans titre.
Ce cahier contient cinq pièces copiées à la suite et se rappor-
tant au même objet :
1° Philippe, comme lieutenant de son père, fixe le nombre des
maîtres des comptes à Lille. Gand, 20 février 1414.
2° (non catalogué) Fol. 92 ve. Lettre d'approbation par Jean
sans Peur. Dijon, 25 mars 1414.
3° N° 36 Fol. 93, v°. Lettre de Jean sans Peur donnant
l'office de maître des comptes de Lille à Toussaint Bajart.
Beaume, 1 septembre 1417.
4° (non catalogué) Fol. 94 v°.Du même au même. Chastillon,
27 septembre 1417.
5° (non catalogué) Fol. 96 v°. Clamart, 26 septembre.
J'ai déjà dit l'intérêt qui attachait à la ville de Lille Hugues
De Lannoy.
VII. 1418.— N° 22, fol. 79 v°. « Un mandement par lequel
monseigneur le duc Jehan mande que ung officier soit
déporté de son office et constraint à soy mettre avec les
hommes de fiefz ses pers, pour porter bon et loyal témoi-
gnage et jugement. » 22 mars 1418. « Copie. »
Hugues de Lannoy, à propos d'un procès, obtient cette ordon-
nance du duc. Il y est nommé conseiller et chambellan du duc
et gouverneur de Lille *.
Cette pièce fait partie d'un cahier de copies, mises à la
suite et fait évidemment pour Hugues, et qu'on trouvera sous
nos n08 VIII, XII, XIV, XVI, XIX, XXIII, XXIV, XXVIII,
XXXIII, XXXIV, XLV et LXXVI.
1 Son épouse pour laquelle il soutient ce procès y est nommée
Marguerite de Becoud.
APPENDICE.
481
VIII. 1418. — N° 19, fol. 77. — « Lettres de retenue
données par le duc Jehan. » 15 septembre 1418. « Copie. »
Hugues de Lannoy, seigneur de Santés, reçoit du duc, comme
conseiller et chambellan une attribution de 3 fr. plus l'entre-
tien d'un écujer, par jour de service. 15 septembre 1418. .
Cela concorde avec les registres de la chambre des comptes
de Dijon (comptes de Jean de Noident pour 1417-1418. Bibl.
nat. de Paris, fonds de B. t. 100, p. 147). La dépense de 3 fr.
par jour de service y est attribuée à Hugues comme chambellan
du duc. — Même cahier que le précédent.
IX. 1419. — N° 38, fol. 110. — « Le traitié de paix
* fit de monseigneur le duc Jehan de Bourgogne,
devers Tan mil IIIICXIX, sur laquelle paix il fut tuet
à Montriaux, etc. » 11 juillet 1419.
On lit à travers sur le dos de ce cahier, fol. 112 v° :
« Coppie du traitiet quy fut fait entre le Daulphin quj est
roy de présent, et monsigneur le duc Jehan, sur le traitiet il
fu mort. » — C'est la paix de Ponceau.
X. 1420 et 1422. — N° 33 fol. 87. — 1° « Copie du
traittié de Melun. » 18 novembre 1420.
Acte de reddition de Melun au duc. Le catalogue imprimé
porte par erreur 1408 ; le mot vint est en toutes lettres.
2° N° 34, Fol. 87 v°. « Coppie du traittié de Meaulx en
Brye. » 2 mai 1422.
Le copiste a réuni ces deux capitulations sur les mêmes
pages ; au dos du cahier il a écrit :
« L'apointement des aségiés de Melun et de Meaux en Brye. »
1 La moitié de la ligne manque, elle a été coupée par le relieur.
482 APPENDICE.
XL 1421-1422. — N° 12, fol. 60. — « Instroucions des
choses que veult qu'on face le Roi Régent, dont il faut
parler à monseigneur le maître des arbalestriers et lui
savoir combien elles cousteront trestoutes. »
Hugues de Lannoy était à cette époque maître des arbales-
triers. Les généalogistes le disent et divers actes lui donnent ce
titre en 1422 (Ms. de la Bib. nat. de France, fonds de B.,
t. 23, p. 78, t. 96, p. 507, t. 100, p. 202, t. 110, p. 121).
C'est un questionnaire avec la réponse en marge, par Hugues
de Lannoy.
Cette pièce, non plus que la suivante, n'est datée. Il me
semble impossible de leur assigner une autre date que 1421-
1422. Car Henry V y prend le nom de roi régent qu'il ne prit
qu'après le traité de Troyes (1420) et qu'il abandonna, d'après
ce traité, à la mort de Charles VI (21 oct. 1422) pour s'appeler
roi de France et d'Angleterre.
Cette pièce a été publiée avec quelques fautes de copie dans
les Œuvres de Chastellain, t. I, p. 189 et s.
XII. 1421. — N° 32, fol. 86 v°. — « Lettre close par la
ducesse de Bavière contesse de Hollande et de Zélande »
(titre).
« Escript à votre très chier et bien aimé le seigneur de
Santés y conseiller de notre très chier et très aimé neveu
le duc de Bourgogne (suscription).
Signé du château du Quesnoy, 20 juillet (sans date).
Lettre de créance pour un messager envoyé à Hugues de
Lannoy par Jacqueline de Bavière.
Ce ne peut être lors des premiers démêlés, dans lesquels s'en-
tremit le comte Philippe (1417) , car alors Jean sans Peur
vivait et ce duc de Bourgogne n'était pas le neveu de Jacque-
APPENDICE. 485
line. Ce ne peut guère être pendant la guerre de Hollande,
(1425-1426, etc.). Cette missive de Jacqueline à Hugues de
Lannoy doit dater de son séjour en Hainaut à Valenciennes et
au Quesnoy, après qu'elle eut quitté son mari (1421).
Même cahier que les Nos VII et autres.
XIII. 1421-1422. — N° 13, fol. 62. « S'ensuivent les
besoignes prestes, trouvées à Paris, es lieux qui s'en-
suivent, c'est assavoir » (sans date).
Même écriture que le N° XI, attribué à Hugues de Lannoy.
Publié dans les Œuvres de Chastellain, I, p. 199.
XIV. 1422. — N° 31, fol. 86. — « Lettres de pas, soubz
un scel de capitaine. »
Sauf-conduit pour levêque d'Amiens donné par J. de Har-
court, lieutenant du régent en Picardie. 14 juin 1422.
, Copie mise à la suite du n° XXIV sur la même page et
dans le même cahier que les nos VII et autres.
XV. 1422. — N° 39, fol. 113. — « Le traitiet..:.. à
Compiègne, fait Tan mil IIIICXXII » (Capitulation du
11 juillet).
Hugues de Lannoy, d après le père Anselme, fut nommé, le
► juin de cette année, capitaine de Compiègne.
20 j
XVI. Après 1423. — N° 25, fol. 80 v°. « Coppie des
lettres d'armes pour Ms. le bastart de Saint-Pol » (titre).
« A tous chevaliers et escuiers tenant le party contraire
de très hault, très puissans et très excellens princes le
roy Henry, roi de France et d'Engleterre, et de mon très
redoubté seigneur et maistres m. s. le duc de Bourgogne. »
484
APPENDICE.
La rencontre est fixée au 29 avril. Cette pièce date d'après
1423, puisque Henri V y est appelé roi de France.
Même cahier que les N°8 VII et autres.
XVII. 1426. — N° 9, fol. 47. — « Advertissement. »
Avis au duc, analysé en note par l'éditeur de Chastellain,
t. II, p. 158.
On lit en travers du dossier, sur la page blanche qui a été
pliée dans sa longueur, deux notes de deux différentes écritures :
— Avis ou conseil, bailliet à monseigneur le duc de Bour-
gogne.
— Ad vis par ci devant fais sur le fet de monseigneur
le duch.
L'écriture diffère de celle de la précédente pièce, elle res-
semble à celle de la note signée Millet (v. n° XXII).
L'auteur pousse le duc à resserrer l'alliance anglaise contre
le roi ; un des moyens est de gagner le connétable, comte de
Richemont.
Il existe un mémoire des sires de Clermont et de Richemont
au duc de Bourgogne, présenté anx conseillers du duc réunis à
Bourbon, sur la paix, en date du 19 janvier 1426 (Bibl. nat.
de France, fonds de B., t. 95, p. 670), et un avis secret de
Richemont au duc (ib. p. 922), où il accuse le chancelier de
Bourgogne de ne pas vouloir la paix.
XVIII. 1425 (?) — N° 17, fol. 73. « Pour le service de la
flotte estant présentement à la Rochelle est très néces-
saire d'avoir ce qui s'ensuit » (titre, sans date).
La dernière page a un titre ainsi conçu.
« Aussi les vittailles et provisions qui y seront nécessaires
pour I mois »
Le denier feuillet est laissé en blanc, mais au verso on a collé
une note ainsi conçue :
APPENDICE. 485
« Pour mettre vaseaux sur mer quant le seigneur de Santés
estoit en Hollande. »
C'est encore Hugues de Lannoy.
Cette pièce, dont rien n'indique la date sauf deux mots qui
nous apprennent que Hugues de Lannoy était en Hollande et
que la flotte était à la Rochelle, doit se rapporter à la guerre
contre Jaqueline de Bavière et ne peut guère être antérieure
à 1425.
XIX. 1428. — N° 20, fol. 78. — « Unes lettres contenant
dons de somme pour les bons et aggréables services que
les seigneurs de Croy et de Santés avoient fait à mon-
seigneur le duc Philippe. » (Lille, 16 avril 1428.)
Hugues de Lannoy et Antoine de Croy reçoivent, pour une
fois, chacun 2000 écus de 40 gros, monnaie de Flandre, à
payer à chacun 200 écus par an.
Copié placée dans le même cahier que les nos VII et autres.
XX. 1428-1429. — 1°. (Confondu dans le catalogue
avec le N° suivant.) fol. 153, 154, 159, 152, 158,
151, 157, 155, 156. — « A correction c'est ce que
il semble que monseigneur le duc de Bourgogne a à
fère et pourvéoir se Dieux lui donne la grâce et youlenté
de aller à puissance d'armes, à ceste saison nouvelle,
sur les desloyaulx incrédulles, ou royaulme de Béhaigne
que l'en appelé Housses. » (Titre.)
Brouillon de la main de Ghillebert de Lannoy. Les feuillets
ont était mal reliés ; j'ai indiqué la marche à suivre en citant
les folios»
2°. N° 51, fol. 150. — Sans titre.
C'est un feuillet, avec variantes, du même avis, écrit d'une
autre main et comprenant les alinéas 3, 8, 5 et 6 de la mise
au net.
486 APPENDICE.
3°. N° 10, fol. 50 et suiv. « A correction, etc. » Même
titre que le brouillon, sauf ces mots ajoutés à la fin :
« Et se comprent cest advis en VIII parties. »
J'ai étudié ces pièces dans l'introduction et j'en ai publié
la mise au net avec les variantes (p. 228 et suivantes).
XXI. 1429-1430. — N° 49, fol. 146. — Sans titre et
sans date.
Avis relatif à la guerre à porter en Bohême contre les
Hussites.
J'ai établi que cette pièce est de Ghillebert de Lannoy et je
l'ai publiée (p. 250 et s.).
XXII. 1430. — N° 3, fol. 12. — « Aucuns avis faits sous
la correction d'autres, des manières qui semblent estre
à tenir après ce que le roy et sa puissance seront en
France, pour conduire sa guerre. »
Sur le verso de la dernière feuille restée blanche, on lit ,
d'une écriture grande et informe :
« Avis fais devant Compiègne, envoie devers le roi à Calais,
escris par Millet. »•
Sur le verso de l'avant-dernière page, resté aussi en blanc,
on lit d'une écriture plus petite et de même caractère :
« Avis envoie par monseigneur de Bourgogne devers le roy
quant il arriva à Calais touchant le fet de la guerre. »
La date manque, mais les indications historiques sont pré-
cises. On peut les suivre dans de Barante : Paris est dans la
détresse. Le roi d'Angleterre doit arriver à Calais (Barante
édit. belge, IV, 243). Philippe assiège Compiègne (IV, 219), il
espère avoir bientôt pris le pont de Choisy, gagné « le mous-
tier » de Bourbon, et mis « une bastille » au bout du pont
(IV, 237). Les Anglais pourront assiéger aussitôt Louviers (257).
APPENDICE. 487
Le duc leur conseille d'attaquer aussi Beauvais, Creil, Sens,
Melun, ce qu'ils firent (258).
C'est au mois d'avril 1430 que le jeune roi débarqua à Calais.
Cet advis est de cette date, et lorsque les Anglais avaient com-
mencé à perdre du terrain en France.
Quel est ce Millet qui écrit l'avis ? Est-ce Jean Milet, bour-
geois de Paris, qu'on trouve en 1419 dans une députation que
le comte de Saint-Pol envoyé à Philippe le Bon, pour le con-
seiller de s'allier aux Anglais contre le Dauphin et les Arma-
gnacs. (Œuvres de Chastellain, I, 81, en note.)
XXIII. 1430.— 1°. N° 26, fol. 83.— « Lettres de retenue
pour ung chevaucheur de l'escurie. » Par Philippe le Bon,
en faveur d'un Raynaudin Loysel, 2 juillet 1430. 2°.
— Suivi, même folio, de : « Mandement adreschant à ung
chevaucheur d'escurie. (Id. 31 juil. 1430.)
Ces pièces, écrites à la suite sur une même page, font partie
du cahier de copies signalé plus haut nos VII, etc.
XXIV. 1430.— N° 30, fol. 85 v°. — « Quittance. »
Les sieurs de Croy et de Renty certifient avoir reçu de
Hugues de Lannoy, seigneur de Santés, la rançon de messire
Florimont de Brimeu, fait prisonnier à Compiègne. 26 Décem-
bre 1430.
Hugues agit ici sans doute en qualité de capitaine de compa-
gnie. Cette copie fait partie du même cahier que la précédente.
XXV. 1431. — N° 15, fol. 66. — Sans titre et sans date.
Projet pour lever 4 millions sur les pays du duc de
Bourgogne.
L'éditeur de Chastellain (II, p. 186) cite à l'an 1431, un docu-
ment dont les premiers mots ressemblent à ceux par où celui-ci
488 APPENDICE.
débute : « On trouve que ou royaume de France a XVIIC mil
villes à clochier. » La pièce de notre manuscrit semble s'en réfé-
rer à celui-là en ajoutant à son texte les mots : on trouve que.
Mais c'est là l'unique point de ressemblance. La première
pièce calcule les hommes d'armes qu'on peut lever en France ;
est-elle destinée à Charles VII ou à Henri VI ? rien ne l'indique.
La nôtre est évidemment adressée à Philippe le Bon ; elle lui
expose comment il peut lever quatre millions sur ses sujets, en
faisant, d'après le dénombrement de la France auquel il s'en
réfère, le calcul des États du duc :
« Or, est ainsi qu'il semble que monseigneur le duc de Bour-
« gogne a autant de pays tout ensamble que monte la moitié
« du royaume de France, qui est autant et plus peuplé que
« cellui dudit roy, pour quoy il est à penser qu'il y peut bien
« avoir en tout VIIIC mil villes à clochier, qui est la moitié.
« Mais pour venir au plus certain, prenons au tiers du
« royaume, qui seroit IIIIC mil villes à clochier, qui à asseoir
« en la manière dicte sur chacune ville XX fr. le fort portant
« le faible, monteroient à la somme de VIII millions.
« Or revenons, à la moitié moins, se besoing est, ce sont
« IIII millions, etc. »
L'écriture de cette pièce ressemble à celles de plusieurs N°"
que j'ai attribués à Hugues de Lannoy.
XXVI. 1431; — N° 16, fol. 67. Sans titre et sans date.
Etat des hommes que le duc pourra lever en Flandre et en
Artois, pour la guerre de Picardie, suivi d'une série de projets
de lettres à adresser pour cela aux seigneurs, villes, baillis, etc.
de ces pays.
L'éditeur des Œuvres de Chastellain a publié une partie de ces
pièces (t. I,274)et il les rapporte à l'an 1421, quoi qu'il ait placé
celle qui précède dix ans plus tard. J'inclinerais plutôt à dater
ces deux documents de 1435, après la paix d'Arras, le moment
le plus critique pour Philippe le Bon. Mais sur l'autorité même
APPENDICE. 489
de l'éditeur de Chastellain, je dois au moins mettre l'un à
1431, après l'arrivée du roi d'Angleterre, et l'autre me semble
inséparable du premier.
Les lettres qui suivent ne sont que des. formulaires, sans que
rien n'indique qu'elles aient été admises par le duc et envoyées
à destination; les noms des destinataires et les dates manquent :
« Il faudra, dit le conseiller, que monseigneur v escripve tant en
Flandre comme en Artois aux chevaliers et escuiers... dont la
copie des lettres closes s'ensuit » (fol. 88 v<>).
XXVII. 1432. — N 8, fol. 45. « Advertissement, à cor-
rection, des choses qui sont nécessairement à faire et
exécuter pour le bien du roy et de son royaume de France
et pour relever le povre peuple du dit royaume des très
douloureuses et importables misères, pouretez et oppres-
sions qui longuement y ont esté et encore de plus en plus
se y continuent, oyes les grans clameurs et propositions
faites par les ambassadeurs présentement venus par
de ça » (titre). Sans date.
Le congrès d'Auxerre vient d'être fixé au 8 juillet 1432 (il
n'eut lieu que le 10 décembre). On conseille au duc d'engager
le roi d'Angleterre, en vue de la paix, à s'attacher par de
nouveaux présents les seigneurs de Bourgogne, à attirer dans
sa cause le connétable de Richemont et subsidiairement à
renforcer son armée. Pour ce congrès, voir les instructions
du duc à ses ambassadeurs (8 juillet 1432), le récit diplomatique
des pourparlers (10 décembre) et un mémoire du chancelier
d'Authun, en réponse à Jean de Thoisy : « Informatio facta de
sessionibus ambassiatorum Ducis Burgundiae,etc. » 6 mai 1438.
(Bibl. de France, fonds de Bourgogne, t. 95, fol. 732-776.)
L'écriture de cette pièce est la même que l'on trouve
souvent et qui copie des. actes de Hugues de Lannoy. Une
lettre du Prévost de Saint-Omer au duc dit qu'il a écrit à tous
VOY. ET AMB. 31
490 APPENDICE.
les ambassadeurs sauf à Hugues de Lannoy qui est en Hollande.
(Fonds de Bourg, t. 95, p. 808.) Hugues aurait-il envoyé de
Hollande son avis ?
XXVIII. 1434. — N° 29, fol. 85. — « Mandement par
lequel monseigneur le duc a renouvelle les gaiges de
monseigneur de Santés, comme chief du conseil de
Hollande, Zélande et Frise. » (Copie.) 10 juin 1434.
Hugues de Lannoy est appelé ici seigneur de Santés et de
Beaumont. Ses gages étaient fixés à cent « escuz » appelés chin-
quars, par mois, mais, comme les chinquars sont « décheus, »
et qu'il ne pourrait à ce prix « maintenir et conduire son
estât, sans que ce fust à sa charge », les cent chinquars seront
changés en cent deniers d'or nouveaux, appelés Philippus.
Cette pièce fait partie du cahier de copies signalé auxn08 VII,
etc.
XXIX. 1435.— N° 40, fol. 116. « Copie. Le roy de France
et d'Angleterre » (titre). Londres, 17 mars 1435.
Lettre du roi d'Angleterre au duc, en réponse à une plainte
du duc sur la capture d'un navire. Signé Gherbode.
XXX. 1436. — N° 75, fol. 34. « Instructions touchant la
paix de France et d'Angleterre » (note écrite en travers,
sur le dos de la liasse, resté en blanc, fol. 39 v°). Datée
de Gand, 10 sept. 1436.
J'ai étudié cette pièce importante et l'ai attribuée à Hugues
de Lannoy.
XXXI. 1436. — N° 6, fol. 40. — « Cest avis est fait à la
noble et bonne correction de vous, mon très redoubté
seigneur le duc et de vostre noble conseil. » Pièce sans
date, signée Santés.
APPENDICE.
491
J'ai étudié cette pièce que je place pendant l'hiver de 1436,
après la précédente.
La signature est de Hugues de Lannoy.
XXXII. 1437. — N° 41, fol. 124. — « Instruction de ce
qui sera à dire à monseigneur le duc de Bourgogne, à
messieurs de son conseil et aussi à messieurs les com-
missaires ordonnant sur *le fait des finances » (titre).
2 mars 1437.
Sur la dernière page et en travers, on lit :
« Instruction du 11 de mars (11e jour) l'an XXXVII qui touce
certain mandement de mondit seigneur dont ledit sire est mau-
talent. »
Réclamation de Hugues de Lannoy, déjà présentée de vive
voix au duc à Bruxelles et que lui répétera le messager auquel
il donne ces instructions, à propos d'une réduction de ses gages.
Hugues qui dicte ses instructions en arrive bientôt à par-
ler à la première personne :
« Premiers, leur dira comment le sire de Saintes, etc. etc.
« Quant à moi, Hue de Lannoy, je ne me puis assez esmer-
veiller des manières que l'en tient envers moy, quant je
considère que je demouray es diz pays de Hollande, au com-
mencement,ce fut oultre mon gré et par la constrainte du com-
mandement de monseigneur... et de ce m'en rapporte en mon-
seigneur de Tournay, monseigneur de Croy, monseigneur de
Roubais,messire Rolland, Gui Grillebaut,etc...et depuis ce temps
environ presque un an et demy par l'empeschement de cette
griève maladie que j'ai de gravelles dont je suis si grièvement
traveillés que plus ne puis, et aussi pluseurs autres causes, veu
la disposition du temps qui a régné et règne de présent, j'ai
très instamment poursuy mondit seigneur affin d'estre des-
chargié du fait de Hollande, ce qu'il m'accorda lors, et, en la
confiance de ce, j'envoiay ma femme par delà ; mais nonobstant
et toutes les diligences que j;en ay fait, l'en m'a tousjours requis
492 APPENDICE.
que je voulsisse demourer jusques atant que ses affaires
fussent en aultre disposition.
« Ainsi que toutes ces choses j'ay remontré plus ad plain à
mondit seigneur et aussi baillé par escript quant darennement
fu devers luy à Brouxelles.
« J'ai esté xxxn ans chevalier et chambellan de monsei-
gneur le duc Jehan, son père, que Dieux absoille, et de luy, et
xxviii ans leur conseiller, sy me semble une estrange issue de
service à oster les gaiges à ceulx qui ont servy par constrainte
et qui onques n'eurent ne n'ont gaiges à vie, ne d'un héritage
de luy, et Dieux scet quans dangiers et périls que j'ay eu en
leurs services. »
XXXIII. 1438.— N° 21, fol. 78.— « Ung mandement par
lequel monseigneur le duc Philippe veut que les VIIC
nobles que monseigneur de Santés a despendu en Engle-
terre lui soyent remboursés du premier aide » (titre).
Pièce en flamand, 15 juin 1438.
Cette pièce qui commence à la fin de page après le n° XIX,
fait partie du cahier de copies signalé aux n°» VII, etc.
XXXIV. 1439.— N. 28, fol. 83 vc— « L'ordonnance pour
laide de Zélande, pour monseigneur de Sintes et
autres, en flameng » (titre). 27 avril 1439 .
Cette copie fait partie du cahier signalé plus haut, n3 VII,
etc.
XXXV-XXXVIII. 1439. — Avis au duc de Bourgogne.
4 pièces que j'ai attribuées à Ghillebert de Lannoy.
h — No 4. fol. 26. Sans titre et sans date.
APPENDICE. 493
Première minute, avec ratures, surcharges, nombreuses
variantes et une conclusion différente de la suivante.
2» — N°4, fol. 16. — « Avis baillé à monseigneur.... » Note
écrite en travers de la dernière feuille restée blanche.
La table du manuscrit note cette pièce sous ce titre : « Advis
au duc de Bourgogne de ce qu'il a à faire pour se maintenir
envers le roy et le Dauphin. »
Texte publié dans les bulletins de l'académie royale de
Belgique (2e série t. XIV, p. 235 et s.).
3° — N° 4, fol. 44. — Un feuillet contenant le commence-
ment du précédent.
4° — N° 7, fol. 22. — Même sujet, même écriture, quel-
ques paragraphes de même rédaction, avec le début
et la fin entièrement différents.
M. Kervyn de Lettenhove n'a utilisé dans les Bulletins de
l'académie de Belgique que deux de ces pièces. J'ai trouvé
utile de noter les variantes des quatre rédactions. Elles ont
pris place dans ce volume.
XXXIX. 1440. — N° 44, fol. 133. — « C'est un juge-
ment (pour le capitaine et) soudoiers du chastel de
l'Escluse, contre ceulx de la ville, àonné Tan XXXIX. »
Titre en marge et en tête de la Ie page, d'une écriture
plus récente. Daté d'Arras, 27 janvier 1439 (vieux
style).
Ce capitaine de l'Escluse en faveur de qui le duc prononce
son jugement est Ghillebert de Lannoy.
XL. 1440. — lo. N» 82, fol. 291. — « Instructions de
monseigneur le conte de Liny etc. » (Note écrite en
travers de la dernière page). Sans date.
494 APPENDICE.
Exposé des réclamations du comte de Ligny ; analysé par
De Barante, t. V, p. 157. Pièce originale.
2° N° 83, fol. 293. — « A notre très honoré monseigneur le
conte de Ligny et de Guise, seigneur de Beaurevoir et de
Dohain t (Suscription au bas de la lettre). 25 décembre.
Minute d'une lettre où Hugues de Lajïnoy et J. de Gribonal
rendent compte au seigneur de Ligny du résultat de leurs
démarches auprès du duc et de la duchesse, pour leur présen-
ter la précédente réclamation (De Barante, ib.).
Cest la minute dictée sans doute par Hagues et corrigée
par lui.
XLI. 1440. — ■• 42, fol. 127. — « De Constanti-
noble, de messire Joffiroy de Thoisy, Tan IIIICXL. »
: te sur le dos de la liasse, au verso du dernier
feuillet resté en blanc.)
Récit d'une ambassade envoyée au duc à Dijon par l'empe-
reur d'Orient, suivi de l'ambassade de Philippe de Wavrin à
se et de l'expédition de Joffroy de Thoisy à Rhodes.
. de Barante, édition belge, t. IV, pp. 202, 206 et 268.)
XLII. 1440. — N* 50, fol. 148. — t Advis baillié par
messire Joffroy de Thoisy pour recouvrer Constantino-
ble. » (Note au dos de la liasse.) Sans date.
L'éditeur de Chastellain (III, 77) signale un avis semblable
de Jean de Wavrin (Bibl. de Bourgogne, 7251) et un autre de
Jean de Thoisy. Cest Joffroy qu'il faut lire.
Jean de Thoisy. évêque d'Auxerre, puis de Tournai, chance-
lier de Bourgogne en 1419, fit partie en 1418 de l'ambassade
du dac à Paris pour la paix d'Arras et mourut en 1433. (Bibl.
APPENDICE. 495
de Paris, fonds de Bourgogne t. 100, p. 152, 178, 182, et de
Barante, V, 22.)
Il y eut un Perrin de Thoisy et un Regnault de Thoisy, ce
dernier receveur du baillage d'Authune, en 1401, puis receveur
général des finances, démis de ces dernières fonctions en 1410,
rétabli en 1414. (Ib. fonds de Bourgogne, t. 100, p. 725 etc.)
Joffroy de Thoisy était doyen d'Autun en 1414 ; un traité
de neutralité entre la Bourgogne et le Bourbonnais de 1414 le
nomme doyen d'Ostun. (Ib. fonds de Bourgogne, t. 95, p. 345.)
Il se rendit à Bourbon avec les autres ambassadeurs du duc.
(Ib. t. 100, p. 129.) On le trouve encore : En 1455 « conseiller
du duc et son bailly d'Auxois » envoyé en ambassade à Rome
avec messire de Cluny. (Ib. t. 100, p. 277 etc.) En 1456, à
Avignon et en Sicile « devers le Pape. » (Ib. p. 281.) En 1464,
en ambassade à Rome, puis à Florence, avec l'évêque de Tour-
nai. (Ib. t. 100, p. 295.)
Ces divers actes le nomment Joffroy de Thoisy, seigneur de
Mimeuve.
XLIII. 1442,— N° 43, fol. 130. — « Au révérend père en
Dieu le prieur de Saint- Jean de Jhérusalem » (titre).
3 février 1442.
Signé : « Le tout vostre, serviteur et orateur frère Ber-
thélemy de Jennes, ministre général de Tordre saint des
frères mineurs es parties d'Orient. »
Lettre sur la situation des chrétiens en Orient.
Signalée dans les Œuvres de Chastellain, III, 77, et publiée
par Mlle Dupont dans son édition de Jean de Wavrin, d'après le
ms. de la Bibl. de Paris n° 74453 que nous avons vu être l'ancien
ne de notre manuscrit.
XLIV. 1448. — N° 45, fol. 138. — « Coppye d'unes let-
tres escriptes en Constantinoble le VII jour de décembre
l'an XLVIII » (titre).
« Des batailles du Blanc, à rencontre des Turcs » (au dos).
496 APPENDICE.
En marge du 1er feuillet le collectionneur a écrit : Il faut
(relier) ce coier cy avoecq le voyage de monseigneur de
"Wavrin. »
J'intervertis Tordre des dates pour ne pas séparer ces quatre
pièces sur le même sujet. Ces pièces intercessaient Ghillebert
de LANNOYqui alla en Orient préparer l'expédition des seigneurs
de Wavrin et de Thoisy(1442).
XLV. 1443. — N* 18, fol. 76. — « Lettres patentes de
recommandation pour Mgr de Santés pour aler hors du
pays, contenant sauf conduit » (titre). Texte latin, daté
du 3 avril 1443. Signé, pour le duc : Steenbergh.
Cette copie fait partie du cahier déjà signalé au n° VII et
autres.
XL VI. 1449. — N° 46, fol. 140. — « Narracion pour
encomenchier unes lettres d armes » (au dos de la liasse).
Projet de préambule pour le règlement d'une joute, d'après
lequel « ung chevalier, nobles de toutes lignes et sans reproche »
annonce que, « moyennant le congié et licence » du duc de
Bourgogne, il « fera par l'espace d'ung an entier, commençant
le premier jour de novembre l'an XLIX, tous les dimanches
d'icelluy, tendre ung pavillon, en la comté de Bourgogne ,
emprès d'ung chastel ainsi nommé..,, etc.
L'éditeur de Chastellain croit trouver ici le préambule de la
célèbre joute de la Fontaine des pleurs, tenue par Jacques de
Lalaing. (Bulletins de l'académie, 2e sér. t. XVIII, n08 9 et 10,
et Œuvres de Chastellain, t. VIII, p. XVI et suivantes.)
XLVII. 1453. — N° 47, fol. 142.— « Escript à Watislavia,
le XIXe jour de mars l'an milIIICLIII.
« A monseigneur le duc de Bourgogne et de Brabant.
« De votre très noble et très redoubtée seignourie, le petit
APPENDICE. \ 497
serviteur, inutile et loyal orateur, frère Jehan de Capis-
trano, de l'ordre des frères mineurs le plus petit et
indigne. »
Un abrégé de cette exhortation à la croisade a été publié,
dans le style et avec l'orthographe du temps, par l'éditeur des
Œuvres de Chastellain (II, 342 et s.).
XLVIII. 1453.— N° 52, fol. 160. — « La paix de Gavre,
faite par monseigneur le duc à ceulx de Gand » (titre).
En marge : En may l'an IIIICLIII.
Suivi, fol. 169 v°, de : « Coppie de la paix de Gand. »
Acte daté de l'ost de Gand, le dernier juillet 1453, publié
à Lille, le 1.... jour d'août 1453.
Récit de l'expédition du duc contre Gand, rédigé par Jean de
Cérisy, secrétaire du comte d'Êtampes, neveu du duc et capi-
taine général de l'armée de Picardie.
Cet épisode n'est pas achevé jdans Chastellain. Il entrait
dans la lacune qui se trouve entre les tomes 2 et 3 de l'édition
de l'académie. Les dix-neuf pages du récit du secrétaire d'un
des chefs de l'expédition pourraient combler cette lacune.
Une copie de la Paix de Gand dont Chastellain ne donne
qu'un « abrégié » (II, 354), se voit dans un autre manuscrit de
Paris (fonds- de Bourg., t. 95, p. 1098), mais elle est moins com-
plète : le début y manque ainsi que l'acte final de publication.
XLIX. 1453-1454. — Le Congrès de Regensburg.
1°. N° 53, fol. 178. « Coppie de l'advertissement baillié
de la part de l'Empereur (contre les Turcs) en l'an LUI. »
2°. fol. 180. — « Cy après s'ensuit, en efFect « la response
Chiffre laissé en blanc dans le manuscrit,
49
APPENDICE.
fête par monseigneur le duc de Bourgogne aux ambas-
sadeurs de l'Empereur sur le fait des dits secours de la
foy crestienne. »
« C'est l'effect de la réponse fête par monseigneur le duc
de Bourgogne et de Brabant, et en sa présence, en la
journée de Regensbourg, aux ambaxeurs de l'Empereur,
sur le fait des secours de la sainte foy crestienne, pré-
sent le légat de notre très saint père, le pape, et les
princes etambasseurs illec assemblez. »
3°. fol. 103. — « Copie de lettres closes escriptes par le
clerc 1 (de) messire Jehan Stohenhove, secrétaire de mon-
seigneur le duc, estant avoecques lui, à mondit secrétaire,
à aucun secrétaire de mondit seigneur, estant par deçà.
Des nouvelles de mondit seigneur. »
Ce sont les actes du Congrès de Regensbourg avec le récit
du voyage de Philippe le Bon, aller et retour.
Ce congrès manque aussi dans Chastellain , entre les tomes 2
et 3.
L. 1458. — N° 55, fol. 186. — Sans titre et daté d'octo-
bre 1458.
Arrêt du roi de France contre le duc d'Alençon.
Un long fragment de cette pièce à été publié dans les
Œuvres de Chastellain, t. III, p. 478.
LI. 1463. — N* 14, fol. 64. — Sans titre et sans date.
Harangue d'un ambassadeur d'Edouard IV au duc de Bour-
gogne, en 1463.
* Ce clerc s'appelle Meurin.
APPEND CE. 499
L'ambassade anglaise est reçue à Hesdin par une multitude
de seigneurs, comme le seigneur de Chimai, le seigneur de
Lannoy (Jean de Lannoy sans doute, car Hugues était mort
en 1456 et Ghuillebert en 1462).
Cette pièce a été imprimée dans les Œuvres de Chastellain
(t. IV, p. 375 et s.). Le copiste a fait beaucoup de fautes de
lecture et des omissions de mots et de membres de phrases.
LU. 1463. — N° 56, fol. 194. — « Copie de la bulle du
sein père. » (Au dos de la liasse.)
Traduction de la Bulle de Pie II, sur la croisade, datée du
XIe des Kalendes de novembre de Tan 1463.
LUI. 1464. — N° 64, fol. 214 v°. — « Copie — De par
le conte de Charolois, seigneur de Chasteaubellin et de
Béthune » (titre). Daté de Béthune, le 19 mars 1464.
Acte d'accusation de Charles le Téméraire contre le sire de
Croy.
LIV. 1464.— N° 65, fol. 217.— « Copie — La proposition
des ambassadeurs du roy de France (Louis XI) assavoir
messire les contes d'Eu, le cancilier de France, le arche-
vesque de Narbonne et monseigneur de Rambourts
proposé par la bouche dudit canchelier, par devant mon-
seigneur de Charrolois et autres chevaliers , conseillers
et seigneurs, en grant nombre, le mardi VI de novembre
de l'an IIIICLXIIII » (titre).
Procès-verbal de l'ambassade où le roi fait réclamer des
prisonniers, etc. Vif colloque entre le chancelier et le duc qui
refuse de se prononcer.
Cette pièce a été publiée en partie dans les Œuvres de Chas-
tellain, t. V, p. 118 et 139.
500 APPENDICE.
LV-LX. 1464-1465. — La ligue du Bien Public.
1° LV. Lettres de Charles de Bourbon.
A. N°57, fol. 208. (Sans titre.) Lettre de Charles de
Bourbon à « son oncle » le duc de Bourgogne. (Nantes
15 mars 1405.)
B. N°58,fol.208v°. « Copie des lettres envoyées de par le
roy (Louis XI) à monseigneur le duc de Bourbon » (titre).
Pour lui ordonner d'abandonner le parti de son frère le
bâtard de Bourbon. Sans date.
C. N° 59. Ibid. « La response de Charles de Bourbon à
son beau frère, Loys de France » (titre). 24 mars 1464
avant Pâques.
Ces deux dernières pièces sont annexées à la lettre et
envoyées au duc.
La première a été publiée dans les œuvres de Chastellain
(t. V, p. 195).
D. N° 66, fol. 219 v°. « Coppie. » Copie de ces trois let-
tres.
2°. LVI. — N° 54, fol. 210. — « De la journée de Monte-
bourg, Tan LV. » (En marge et en tête de la première
page.)
« Coppie de l'exposition faite de bouche à madame la
duchesse, par Guillaume de Torsy, escuier , touchant
lestât de monseigneur de Charrolois, sur unes lettres de
crédence, envoyées à madite dame par mondit seigneur
de Charrolois et signé de son signe manuel,' en datte du
XXe jour de juillet » (titre).
3°. LVII. — N° 63, fol. 214. — « Copie de la lettre de
deffiance envoyée par Marcq marquis de Baden, soy
disant gouverneur et régent de Liège, à monseigneur
le duc de Bourgogne » (titre). 28 août 1465.
APPENDICE.
501
4°. LVIII. — N° 61, fol. 212.— « Copie des acors etappoin-
temens fais par le roy (Louis XI) aux princes qui s'en-
suivent » (titre). 2 octobre 1465.
5°. LIX. - N° 62, fol. 213 vo. — « Copie de la lettre du
roy envoyé à ceulx de Liège » (titre). Paris, 21 oct. 1465.
« A nos très grans anchiens et espéciaulx amis les maistres
jurez et conseil de la cité et pais de Liège. » (Suscrip-
tion.)
6°. LX. Le traité des Princes.
A. N° 67, fol. 222. « Copie du traictié des Princes. »
Daté de Saint-Maur-lez-Fosses, 28 octobre 1465.
On lit en tête et en marge du 1er feuillet de ce cahier le nom
de Gherbode.
B. N. 68, fol. 228. « Coppie touchant monseigneur de
Charolois » (titre). 5 oct. 1465.
C. N. 69, fol. 232 v°. — « Copie. »— « Déclaration du
roi qui adjoint trois prévôts au baillage d'Amiens, en
faveur du comte de Charolois. » (Catalogué.) 13 oct. 1465.
Le cahier se termine par cette note : Le traictié de France
fait à Conflans, au mois d'octobre, année MIIIICLV.
Gherbode. »
LXI. 1465. — (Non catalogué et confondu avec le
N° LXVL)Fol. 253.— « Révolucions pour Fan LXV... »
(titre).
« Lesquelles furent envoyées à monseigneur le duc de
Bourgogne, et, par la main de Horne Meriadet, escuyer
d'eschuyerie, fu baillie ladite copie fait et copié à Ypre les
VI, VII et VIII de may mil IIIIC soixante cincq, tant
par ma main que par Cornelle de Hoste de l'escecquier.»
502 ÀÊPEWDICË.
La première page qui porte ce titre a été remplie au recto
par deux vers français, quatre vers latins et une note en latin,
et au verso par une poésie de six strophes, écrite sur deux
colonnes et commençant ainsi :
Homs, or enteng et me respont
Des trois choses, se tu scés dont :
Dont viens, où yès et où yras,
Qui fu, qui yès et qui seras ?
Les feuillets suivants contiennent des Prognostics, par mois,
etc. sur l'année 1465. Le tout signé : vostre très humble et
très obéissant et indigne serviteur, Jacques Host.
LXII-LXIII. 1466. — \\ N° 70, fol. 234. — « Nouvelles
du Levant, par messire Anthoine du Payage. » (Note au
dos du cahier après 5 feuillets restés en blanc.)
C'est le récit fait au duc de Bourgogne d'un voyage de Mar-
seille en Turquie.
2° N° 71, fol. 244. — Sans titre.
Lettre faisant suite à la précédente, datée du 9 février 1466
et signée : « Le tout vostre, Anthoine du Paiage. »
LXIV. 1467.— N° 72, fol. 248. — « Le traittié de la ville
de Saintron, l'an mil IIIICLXVII. » (Note en marge
et en tête du 1er feuillet.)
Daté du 2 nov. 1467 et suivi d'une note indiquant que
depuis, le duc a aussi traité « avec ceulx de la conté de Loz. »
LXV. 1468. — N° 73, fol. 250. — « La venue du roi à
Péronne. » (Note au dos du cahier.)
APPENDICE.
503
Court récit commençant « le dimenche IX jour de octobre,
mil IIICLVIII. »
LXVI. 1469. — N° 74, fol. 252. — « Prognostications
pour Tan mil quatre cent soixante neuf » (titre). Sans
nom d'auteur.
LXVII. 1471. — Nos 75 et 76, fol. 260.— «... Cornent le
noble, puissant et très crestien roy de Portugal prist
et assault la ville de Arzille, ou pays d'Aufrique, l'an
mil IIIICLXXI » (titre).
Le 1er feuillet contient une vingtaine de lignes, le reste a été
laissé en blanc, au recto et au verso ; le récit recommence au
feuillet suivant, 261 et s.
LXVIII. 1472. — N° 77, fol. 265. — « Coppie du man-
dement que monseigneur le duc a envoiet à toutes les
bonnes villes de 'France » (titre). L'an 1472 (en marge).
Daté de Beaumont le juillet de l'an 1472.
Mandement relatif à la déclaration de guerre de Charles le
Téméraire à Louis XI, après la mort du duc de Guienne.
LXIX. 1472. — N° 78, fol. 267. — « Trêves entre le roy
et monseigneur le duc » (note au dos) de l'an mil
IIIICLXXII (en marge du titre).
« Pour ce que durant ceste présente trêve, n'a pas esté
mis fin à la pacification des différents entre le roy et mon-
seigneur le duc de Bourgogne, autre trêve a esté accor-
dée entre le roy et monseigneur de Bourgogne en la
forme et manière cy après déclarée, la présente trêve
demourant néantmoins en sa force et vertu » (titre).
LXX. 1473. — 1°. N° 79, fol. 273.— « La copie du man-
dement de l'institution du Parlement de Malines, fait en
l'an mil ÏIIICLXXIII » (titre).
Daté de Thionville, du mois de décembre 1473.
504 APPENDICE.
2°. (Non catalogué) Fol. 276. — « L'institution du Parle-
ment à Malines. »
Deux feuillets, moins larges de moitié, intercalés dans la
pièce précédente et contenant la liste des membres du Parle-
ment, depuis le duc, « premier chef. »
LXXI. 1475. — N°80, fol. 281. — « La manière du
siège de la ville de Nuys, et comment elle est advironnée
et close par le duc de Bourgogne » (titre).
10 octobre 1474, avec un supplément du 23 mai 1475.
LXXII. 1475.— N° 81, fol. 283.— « Coppie de la
trêve (de 9 ans) telle qu'elle a esté publiée à Saint-Quen-
tin et ailleurs » (titre).
« Donné au chasteau de Soleure le XIIIe jour de sept, de l'an
de grâce mil IIIICLXXV. Publié à Lille le XXI d'octobre,
a A Georges Gherbode doy demourer. »
LXXIII. 1490. — N° 84, fol. 294. — « La paix de Bruges
par un seigneur de Nassau » (titre). 6 déc. 1490.
A ces pièces classées par ordre chronologique, il faut ajouter
d'autres documents sans date dont voici l'énumération.
LXXIV. N° 85, fol. 296. — « Protestation contre les
ennemis d'enfer compilées par J. Aubert. »
C'est une pièce littéraire comme cette époque en a produit
beaucoup.
APPENDICE. 505
LXXV. N° 86, fol. 296. — « Ou livre de Teaudelet, s'en-
suit la fachon des figures du livre. » '
C'est la description des miniatures d'un livre du temps.
LXXVI. fol. 144. « Copie. Instruction et mémoire de ce que
celly qui ira en Hollande de par moi, Hue de Lannoy,
seigneur de Santés, aura à dire et remoustrer à mes
très espéciaulx seigneurs et anciens amis, maistre Henry
Utenhove, Godstolecom et Clais le Vreise. » (Titre.) Sans
date.
Instructions de Hugues relatives à des terres en Zélande,
attribuées par le Duc à la dame de Coïmbre lors de son mariage
avec Adolphe de Clèves.
LXXVII. N. 24, fol. 81 v°. — 1° « Lettres closes
envoyiées par messire du conseil en Flandre à messire du
Grand conseil. » (Titre.)
2° N° 25, fol. 82.
Formule d'envoi d'une recommandation du « très obéis-
sant sujet tel », receveur d'une chatellenie de tel lieu,
contre la décision de tel bailli, etc.
Ces deux pièces font partie du même cahier que les N08 VII
et autres.
LXXVIII. N° 88, fol. 306.— (Sans titre) Lettre à un jeune
noble entré en religion, signée « Anthoine de la Salle ».
LXXIX. N° 89, fol. 307. — (Sans titre) Lettre sur le
même sujet, signée « Phil. Pot ».
YOY. ET AMB. 32
TABLES
TABLE DES NOMS GÉOGRAPHIQUES.
PREMIERE PARTIE.
VOYAGES ET AMBASSADES.
Pages 9-178.
A.
Acre (v. Akko) '. Alkaline, tour en Grenade, 14.
Akko {Acre ou Acon ou Tholo- Allemagne, 71 , 177.
meyde), ancienne Ptolémaïs , Altenburg, 165.
89,93, 144-147, 149, 150,151. Althaus, Althausen {AUenhoulx,
Alcala, frontière de Grenade, 18. AlbenJioux, Aldenhouse), 46.
Aldenhoulx (v. Althaus). Amachéus (le champ d'), 87.
Alep {Haie fi), 122. Amurgo , l'ancienne Amorgos
Alexandrie, 68, 95, 99-110, 110, {Marbre), 12.
111, 112, 124, 127, 129. Ancône, 110.
Alexandrie, la vieille, 108. Andiche, en Grenade, 111.
1 Les noms d'orthographe ancienne d'après les manuscrits sont imprimés
en italiques.
510
TABLE
Andreston (v. St-Andrew's).
Angleterre, 10, 15, 49, 167,
168, 169, 172.
Antequerra (Anticaire). Entre
Séville et Grenade, 16.
Archidona (Archidonne), 16, 17.
Arrabie (Arrdbicq) (montagnes
d'J, 83.
Arragon, 14, 17.
Arras, 49, 51, 173.
Asroe (Esroy ou Losseroy), 172.
Assyrie (Actérie, Aczes), 12.
Autriche (Osteriche), 49, 166.
Aza, en Grenade, 14.
B.
Babylone {Babilonne), 11, 113,
114, 115, 118, 123, 124, 159.
Babylone (la petite), 95.
Bacharach (Backarth), 165.
Baffa, 176.
Bâle, 172.
Bambourg, 167.
Barth, duché (Bart), 52.
Baruth (v. Beirouth).
Bavière (la), 165.
Beirouth (Baruth), 96, 122, 148,
152, 153, 154, 155-158.
Bellegard (v. Bialigorod).
Belz (Bels), en Russie, 52.
Bénédiction (la vallée de), 78.
Bénignes (île de), 112.
Berch (v. Le Kuttenberg).
Berri (le), 19.
Berwich, 168, 169.
Besançon, 173.
Béthanie, 81.
Béthanie la seconde, 83.
Bethel (Betisel), en Palestine, 62,
82.
Bethel, montagne de Judée, 88.
Bethléem, 84, 86.
Bethphagé, 78.
Bethsaïda, 90, 92.
Bialigorod {Bellegard ou Man-
castre),W, 60, 61.
Bohême {Bélaigne), 47, 48, 54.
Bologne, 175.
Bornholm, île du Sund (Broucho-
lem, Broucsolern), 21, 23.
Botry (le), fleuve et vallon, 86.
Boulak (Boulacg), 113, 114, 115,
123.
Bourg-de-Dieu, en Berri, 19.
Bourges, 19.
Bourgogne, 51, 174.
Boyne (la) (Bonen), 169.
Brabant, 13, 52, 165, 178.
Brandenburg (Brandenbourch) ,
« 25.
DES NOMS GEOGRAPHIQUES.
511
Brème, l'évêché de, 52.
Breslau (Bresseloen), 47, 48.
Bretagne, 15.
Brocqmnt, île de (v. Vulcano).
Brouwershaven (BroudeesTiams) ,
164.
Bruck (Bronchk), 165.
Buda-Pesth (Boudes), 165.
C.
Cacquau, 176.
Caffa, 59, 64.
Cagnette, en Grenade, 14.
Caire (Kaire), H, 68, 69, 70, 71,
95, 100, 109, 111, 113, 112-
117, 118, 123-129.
Calais, 167, 174.
Callaiz (v. Kalisz).
Calvaire (le mont), 74, 75.
Cammin, évêché* du [Canin), 52.
Cana-Galilée, 89, 91.
Candau (Cando), 29.
Candie, île et ville, 67, 115.
Candisterie, 177. (?)
Capharnaùm, 92.
Carlisle (Carliel, Carlion), 168,
169.
Carmel (le mont) (Carmely), 93.
Cassel, 173.
Cassenne (v. Saïda).
Castille, 15.
Catane (Cataigne), 12.
Came (v. Kovno).
Ca.\3Ln (Cavaen), 169.
Cédar, 91.
Céphalonie (Cyflonie, CMfelonie),
12, 177.
Césarea-Philippi (Césaré-Phi-
lippe), 92.
Cestre (v. Chester).
Cheresme (Chérisme), 176.
Chester (Cestre), 172.
Chio, aujourd'hui Skios (Syenne),
12.
CUtanone, 177. (?)
Chypre, île (Cyppre)7 1 1, 96, 176.
Cirus (v. Sur).
Cividale (Cividal), 177.
Cocquerihouse (v. Kockenhausen).
Cokene (v. Kôge).
Cologne, 165, 166, 178.
Coloniensi, 170.
Columiene (v. Culm).
Concquessant, 169.
Constance, 96.
Constantinople (Constantinoble) ,
11, 65, 110, 161.
Corozaïs, 91.
Les Corres (v. Courlandais).
Cosial (v. Koslov).
Les Courlandais (Corres), 30.
Courlande (Correlant), 29, 30.
Court-le-Roy (v. Swenzjany).
Coventry (Concentre), 173.
512
TABLE
Crdbourch (v. Grabusa).
Crach, 83.
Culm {Columiene), 45.
Cyfionie (v. Céphalonie).
Dabuca, fleuve, 96.
Damas {Damast, Damasq, Da-
masco), 96, 122, 123 , 157 ,
158-159.
Damiette, 11,71, 113, 123, 124,
127, 128, 129, 130-135, 136,
137, 138, 139.
Dan, montagne de Judée, 88.
Dan, fontaine de Judée, 92.
Dannemarek (Dennemarche), 20,
21, 23.
Dantzig {Danzike), 21, 22, 23,
24, 25, 26, 27, 28, 44, 45, 52.
Le Danube, 56, 59, 64, 165, 178.
Les Dardanelles {Bras de Rom-
ménie), 66, 160-161.
Daventry {Daventie), 173.
David (le château), 142.
Dee (la) {le Dorbastre), 172.
Derut, 111, 112.
Destia (v. Sitia).
Dimmébourg (v. Diinaburg).
Le Dnieper {le Neppre), 61.
Le Dniester {la Nestre), 60, 61.
Don (le), 167.
Doncaster {Dancastre)^ 167.
Donnelun (v. Dublin).
Dorbastre (la rivière de), v. La
Dee.
Dorpat {Drapt), ville de Lithua-
nie, 37, 38.
Douvres, 173.
Dragôr {Dracul), 21.
Drapt (v. Dorpat).
Droghéda {Dronda), 169, 172.
Dronda (v. Droghéda).
Dublin {Donnelun), 172.
La Dûna {Tzamegaehara), 30 (ou
Le Zive), 38.
Diinaburg {Dimmébourg) , châ-
teau, 38.
Dunbar {Doubar), 168.
Dunfries {Don/riez), 168.
Dunowe (v. Danube).
Dunstable (Dontrixe), 173.
Durazzo {Tourson), 177.
E.
Ebron (v. Hébron).
Les Eestes, 32.
Egypte, 68, 88, 95, 113, 114,
116, 117, 119-123, 124, 130,
135.
DES NOMS GÉOGRAPHIQUES.
513
Egypte (pèlerinages de), 73-97.
Elberghe (canal), 126.
Elbing , ancien Œlvinghe (Me-
lunghe), 25.
Eleboughe, ville inconnue, 21.
Elie [Hélie) (la montagne à"), 93.
Elim (Elliz ou Ramasso), 95.
Elseneur (EUengueule , Elze-
gneur), 20, 23.
Elzengueule (v. Elseneur).
Elzmorule (?), 23.
Emmelif, rivière (?), 172.
Engaddy (la rue), 79.
Espagne, 15.
Estaudun (v. Issoudun).
Eubée (l'ancienne) , aujourd'hui
Negrepont {Montecrist), 12.
F.
Falmouth (Folmude)^ 10.
Famagusta (Famagouste), 176.
Ferrare, 174.
Filéa (Feule la vieille ?), au N. de
Péra, 11.
Flandre (mer de), 169.
Flaviapolis {Feule la vieille ?), 1 1 .
Floresmes (Florines), canton de
Namur, 12.
Forth (le) (Foith), 168.
Fosses, canton de Namur, 12.
FouaMFoœa, Fouwa), 112.
France, 18, 40.
Francfort, 165, 174.
Frauenburg, anciennement Vrau-
venburg {Wauwenbourg), 25.
Frioul(le), 177.
Frise (Haute et basse), 20.
G.
Gadres, en Palestine, 12.
Galice, 173.
Galilée, 78.
Galilée (la mer de), 90, 92.
Galles (pays de), 172.
Gallipoli, 11, 66, 160-161,
Garbie, 135.
Gaza, aujourd'hui Guzzah (Qaze'ey
Gazère), 94, 122, 139.
Gênes {Gennes), 11.
Génézareth (Genesarorwïïb, etc.),
92.
Génosie (v. Gézirat).
Gèziva.t {Génosie), 112.
Goldingen (Guldinghe), 29.
Gore (v. Kauros).
Grabusa (Crabourch), 175.
Gra vélines, 174.
514
TABLE
Grèce, 59, 66.
Les Grecs, 33.
Grenade, 14, 15, 17.
Griefswald (Gripsuole), 52.
Grobin [Gurbin), 29.
Gueldre, 52.
Guienne (la), 18, 19.
Guzzah (v. Gaza).
H.
Haff, bras de mer, 44.
Hambourg {Hambouch), 52.
Hantonne, Hampton (v. Sout-
hampton).
Harfleur (Harjleu), 10, 15:
Hatse, Hatfe, village, 106, 112.
Hay, au. N. 0. de Jérico, 82.
Hébron, 86, 87?
Helsingborg (Helsembourg), 20.
Les Hermins (v. Arméniens).
Hermon (le mont), 90.
Hollande, 20, 163, 164.
Hongrie, 54, 164, 165.
Hora, en Grenade, 14.
Huen (l'île de), v. Wen.
Hull (Houlz), 167.
Huntingdon {Hunditon), 167
Ile de Wight (v. Wight).
Inde, 11, 114, 123, 127.
Inglesebergh (château d'), 45.
Irlande (Hirlande), 167, 169.
Irlande (mer d'), 169.
Israël (la ville d'), 88.
Issoudun {Estaudun, Eschaudun),
en Berri, 19.
Istankoï (Lango), ancienne Cos,
12.
J.
Jafa ou Joppé (Joppen
74, 123, 139-140, 147, 176
Jérico (la vieille), 82.
Jérico (la seconde), 82.
Jérico (la troisième), 82.
Jérusalem, 11, 51, 64, 67, 71,
75,77,84,87, 122, 139, 141,
174, 176.
DES NOMS GÉOGRAPHIQUES. 515
Joppen, (v. Jaffa). Judée (la montagne de), 85.
Josaphat (la vallée de), 77, 142. Juliers, 165.
Jourdain (le), 82, 83. Le Jutland (Gusteland), 20.
K.
Kaire (v. Caire). Konigsberg {Keininczeberghe),2&i
Kalisz (Callaiz), 46, 47. 28, 43, 44.
Kamienictz (Kamenich), 58. Kônigshagen (Kinselerg), 25.
Kauros (Gore), île des Cyclades. Koslow (Kosial), 59.
Kells (Kennelich), 169. Kovno (Kauve), 43.
Kinséberch (v. Kônigshagen). Krzemienietz (Kemenich) , en
Kockenhausen (KocquenJiotise) , Podolie, 58.
sur la Dùna, 38. Kuttenberg , ville de Bohème
Kôge, port au S. 0. de Copen- (Berch), 49.
hage (Kokene), 24.
La Mèque, 83. Lichfield, 172.
Lancaster (Lancastre), 169. Liège (évêché), 12, 13.
Lango (v. Istankoï). Lille, 66, 174.
Larten, rivière, 165 (?). Limeux (le château), en Berri, 19.
L'Ecluse, 15, 20, 50, 51,164, Limousin (le), 81.
166, 174. Lindo, 177.
Lemberg (Lombourg), 54, 58. Lithuanie {Létau, létaoun), 22,
Lerne (lac), 170. 29, 38, 40, 43, 44.
L'Escaigne (voir Skagen). Liufflant (v. Livonie).
Lescaignon (lac), v. Memsaleh. Le Live, rivière (v. Le Duna et
Létau (v. Lithuanie). Libau), 38.
Liban (le mont), 92. Les Lives (v. Lithuaniens).
Libau (Le Live) , ville et Livonie , en allemand Livland
rivière, 29, 30. (Liufflant), 28, 29, 31 , 36, 37,
38, 44.
516
TABLE
Livonie (mer de), 32.
Les Loches, 32.
Londres, 161, 167, 173.
Lubeck (Lubeke), 21, 23, 52.
Lune (la), rivière (Lun), 169.
Lysimachia (Liseffiières), ville à
la gorge de la péninsule de
Gallipoli, 1 1 .
M.
Mer Ma jour (v. Mer Noire).
Malaga (Malique), 17.
Malfata (?), 176.
Mambré (la vallée de), 87.
Mancastre{y. Bialigorod).
Mantes, 51,
Marbre (v. Amurgo).
Marienburg (Mariembourg), 22,
23, 24, 27, 44.
Marseille, 110.
Masoen(v. Massow).
Massow, M.asso\\3i(Masoen), duché
en Pologne, 26.
Mayence, 165, 166, 178.
Mecklembourg, duché (Meclem-
bourg), 52.
Melun, 51. s
Melungheiy. Elbing).
Le Memmelin riv. (v. Szeszupa).
ZeMemmelle, rivière (v. Niémen).
Meramingen, 178.
Mens aleh, lac (Lescaignon) , 133,
136-137, 138, 139.
Messine, 175.
Mezonde (v. Stralsunde).
Milan, 174.
Modoni (Modon), 175, 176.
Le Moede (v. La Velika) .
Moncourt, en Grenade, 14.
Montecrist (v. Négrepont, l'an-
cienne Eubée).
Montefalcone [Montflascori), 177.
Montereau {Motreau), 51.
Morte (la mer), 79, 83.
Munster, l'évêché de {Minstre),
52.
N.
Naïn(Naym), 90.
Naples, 110, 175.
Narowa {La Narowe), rivière 31,
32.
Narwa, ville de Livonie {Na-
roroë), 31, 32.
Navarre, 14.
Nazareth, 87, 88, 89, 178.
DES NOMS GEOGRAPHIQUES.
M7
Negrepont , l'ancienne Eubée
(Montecrist), 12.
La Neppre (v. Le Dnieper).
La Nestre (v. Dniester) .
Nestved (Nastevede), dans l'île de
Séeland, 23.
Neucastel (Neufchastel), 167.
Neuchloss [Nyeuslot), château
en Russie, 82.
Nicosie (Nichosye), 11, 176.
Le Niémen {Le Memelle), 28, 29,
42, 43.
Le Nil, 68, 69,70, 95, 110, 112,
113, 114, 115, 123-130, 134,
135, 136, 137.
Nith (le) (Quia), 168.
Nivelles (Nyvelle), 13.
Noegarde (v. Novogorod).
Noire (mer) (mer Ma jour), 59,64.
Norwège (la) (Norweghe), 20.
Novogorod (le grant Noegarde),
31, 32, 35, 36,56.
Nyeustadt (Nieustacq), 165.
0.
Oliviers (Olivet) (montagne
142.
Olme(v. Ulm).
Or (l'île d'), 112.
Oreb ou Sinaï (v. Sinaï).
Orient (mer d'), 169.
Ouse (le) (Eous)y 167.
Oziminy (Oysemmi), 53.
P.
Pacachou(v. Paxo).
Palerme, 110.
Paradis terrestre, 113.
Parenzo (Parence), 177.
Paris, 15.
Passau (Paisse), 165.
Paxo (île de) (Pacachou), IT
Pelées, lac (v. Peipus).
Peipus, lac (Pelées), 37.
Pelusium (v. Tineh).
Péra (Pérée), faubourg de Con-
stantinople, 64.
Picardie, 40.
Plassiet, village et château, 173.
Plesco (v. Pskow).
Le Plesco (v. La Pskowa).
Poàolie (Lopodolie), 58, 59.
Poitou (le), 18.
Polleur, ville de Pologne (?), 26.
Pologne (Poulaine), 26, 44, 45,
46, 53.
518
TABLE
Poméranie, duché (Power, Po- Pruse,
mère), 21,23, 26,52.
Porspic(v. Prospiza).
Pozur [Posur, Poseur), 42, 43.
Prague (Praghes), 48, 49.
Presensano, 175.
Prospiza (Porspie), à l'O. d'An-
drinople, 11.
Provence, 12.
Prusse, 20, 21, 24,25, 26, 27,
40, 43, 44, 45, 46, 49, 52, 53.
Pskow (Plesco), en Russie, 36,
37, 56.
La Pskowa (le Plesco), rivière en
Russie, 36.
Ptolémaïs (v. Akko).
R.
Ragnit (Rangkenyt), 43.
Ramasso(v. Elim).
Ramatham-Sophin, 74. (?)
Ramleh (Rames), 12, 71* 74,
140, 141, 176.
Ratisbonne, Regensburg (Rey-
ghezebourg), 165. x
Rhin (le), 178.
Rhodes (Roddes, Rodes), 12, 67,
71, 176, 177. •
RigaCfê^?), 29, 30, 31.
Ringsted (Rainstede, Ritristede),
dans l'île de Séeland, 23,24. Russie (la haute), 31, 32, 33,
Rome 175, 178. 44, 54, 55,57, 58.
Romménie, Roumélie (le bras de) Russie (la basse), 55.
(v. Dardanelles). Russie (mer de), 32.
Romménie , Rom manie , Ro ai-
ma igné, 109, 112.
Ronda (Ronde), au N.-E. de Ca-
dix, 16, 17.
Rosette (Rosecto), bras du Nil,
68, 110, 111, 112, 123, 127,
128, 135.
Roskilde (Roschilt), à l'O. de
Copenhague, 23, 24.
Rostock (Rostok), 52.
Rotterdam (Rotredam), 163, 164.
Rouge (mer), 69, 95.
Rousseaux-Moustiers, 170.
Ruissauville, près d'Azincourt,49.
S.
Saba (Sébach), en Judée, 83. Sahid (Sayette), 114, 117,127
Sagepta ou Sarrepta (v.Zar^a.th). 150, 151, 152-155, 157.
DES NOMS GÉOGRAPHIQUES.
519
Saïda, l'antique Sidon (Sydon,
Cassenné), 92, 151.
Saint- Albans, 173.
Saint-Andrew's (Andreston), 168.
Saint-Anthoine des déserts, 70.
Sainte-Catberine , sur le Sinaï,
11,69, 83.
Saint-Georges (détroit de), 59.
Saint-Jacques, en Galice, 14, 173.
Saint- Jehan-Stoen (Saint -Yaes-
treen), 168.
Saint-Malo, 10.
Saint-Omer, 174.
Saint-Patrice (la grotte de), 49,
166-167, 170, 172.
Saint-Patrice (île de;, 170, 171.
Saint-Patrice (lac de), 170.
Saint-Paul, des déserts, 70.
Sainte-Sophie, église de Novogo-
rod, 33.
Salath, en Crimée, 64.
Samanau, Scommanob, 128. (?)
Samiette, en Crimée, 64.
Samiette , ancienne Samogitia ,
22, 28, 29.
Sandomir ou Sandomierz (Sa-
dowen), 53.
Sandwich (Zantwich), 167.
Santoria (Thoron) , ancienne
Théra, 177.
Saraphaon, château en Judée, 89.
Satanil , ville inconnue aujour-
d'hui, en Grenade, 14.
Savoie, 174.
Sayette (v. Sahid).
Scanie (mer de) (Scoene), 20, 23.
Schweidnitz (Suaydenech), 47, 48.
Scoene (v. Scanie).
Sébaste (Sabestem), 88.
Sébile (v. Séville).
Séeland, île de Danemarck (Zée-
land), 23.
Segewald (Zeghewalde), 3 i ,37, 38.
Ségor, 83.
Seine, rivière (Saine), 15.
Les Semigals (Zamegallz), 30.
Sephor (ZepKora), 89.
Séville (Sébile), 15, 17, 18.
Sezzupa (Le Memmelin), 43.
Sichem la vieille, ou Sickar, 88.
Sichem la neuve, ou Néapolis
(Nappolona), 88.
Sichen (le torrent de), 93.
Sicile (Sécile) , ou Trinacria
{Ternacle), 12, 175.
Sidon (v. Saïda).
Sienne (Saine), 174.
Silésie (Slésie), Al, 48.
Siloé, Syloë (val de), 142.
Sinaï, ou Oreb (mont), 69, 94.
Sitia (Destia), 175.
Skagen, ville à la pointe du Jut-
land (LEscaigné), 20.
Skanor (Scoene), 21.
Skios (Syenne), 12.
Sonet (v. Sund).
Southampton (Hantonne), 15.
Spire (Spiere), 178.
520
TABLE
Stralsunde {Mezunde), 21, 23,52. Swenzjany (Court-le-roy), 38, 39.
Stranglo (v. Stromboli).
Strant (Strang), 28.
Striling [Strenelinch), 168.
Stromboli {Stranglo), volcan, 175.
Suna, 93.
Sund, détroit (Sonet, Soet, Zont,
Zoent, Sont), 20, 23.
Sur , Cyrus , l'ancienne Tyr ,
(Cirus), 92, 147-151 , 152,
153, 154.
Syenne (v. Skios et Chio).
Syon (la montagne et la vallée
de), 78, 79, 84.
Syrie (Surie), 73-97, 114, 117-
123, 129, 130, 139, 150, 152,
159, 176.
Syrie (la mer), 96.
Tane (la), 64.
Tartarie, 57, 64.
Tarvis (col de), 77.
TaydaMZe Thony), 168.
Ténédos (Thénédon), près de l'en-
trée des Dardanelles, 12.
Temacle (v. Trinacria).
Thabita (rue), 94.
Thabor (le mont), 89, 90.
Thènes (v. Tineh).
Thor, fontaine en Judée, 92.
Thorn (Thore), 45, 46, 47.
Thoron, ancienne Théra (Santo-
ria).
Thouy (le), v. Tyne et Tweed.
Tibérias , Tiberina , Thibériade
(Thibériadis), 90.
Tinacria, la Sicile (Ternacle), 12.
Tineh {Thènes), ancien Palusium,
71, 129, 130, 135, 136, 137,
138-139.
Tisel (château de), France, 18.
Tourson (v. Durazzo).
Trach, 79.
Traco, 45.
Tranquenne (v. Troki).
Trieste (mer de), 177.
Tripoli, 122, 123, 156, 157, 158.
Troki {Tranquenne, Traquene),
40, 41, 42,43.
Troye, 35.
Turquie 4, 53, 54, 56, 59, 64,
156, 166, 176.
Tweed (la) (Thouy), 168.
Les Tzamegaelz, Zamedaels (?),
32.
Tzamegaelzara (v. Duna).
Tyne (la) (Thouy), 167.
Tynemouth {Thinemada), 167.
Tyr (v. Sur).
DES NOMS GÉOGRAPHIQUES. 521
U.
Ulm (Olme), 178. Utesinne, Utejinne, 111.
V.
Valachie (La petite) (Wallackie), Vienne, 166.
58, 59. Vistule (la) (Wissel, Wisle), 21,
Valence, 13. 24, 45, 46, 52.
VelUn, en Russie (?), 31. Vordingborg {Werdinghebourg) ,
La Velika (Le Moede), rivière de dans l'île de Séeland, 23, 24.
Russie, 36, 37. Vulcano (l'île de) (Brocqwnt),
Venise, 64,71. 175.
W.
Waltzebol (Voeltrenone), 21. La Wilna (Le Wilne), rivière,
Watigny (le château de), départ. 39.
de F Aisne, 10. Le Wissel (v. Vistule).
Wauwembourg (v. Frauenburg). Wismar (Wissemar), 52.
Wendinghebourg (v. Vording- Witstein, Wittenstein, Weissen-
borg). stein (Wisteen) , château en
Wen, île du Sund (Weden), 21. Livonie, 31, 32.
Wenden (Winde) , en Russie , Wolchow (Wolosco), rivière en
31,37. Russie, 32.
Wesphalie (la W es J aie), 52. W olmar (Weldeinaer, Woldemar),
Wight (île de) (Wit, Wicte), 10, en Russie, 31, 37.
15. Wolgast, duché de (Wougast), 52.
Wilna (Wilne), ville, 39, 40, 41.
Y.
York(7o^), 167.
VOY. ET AMB. 53
522 table
Z.
Zamegaeïz{v. Semigals). Zeghewalde{y. Segewald).
Zanny (le château), en Judée, 88. Zephora (v. Sephor).
Zarpath (Sarrepta ou Sagepta), Zuitland, village en Danemarck
92. {Zuutland), 20.
Zélande (les îles de), 20.
DEUXIÈME PARTIE.
l'instruction et les enseignements '.
Pages 293-508.
Allemagne, 294, 325. Dantzig, 337.
Amiens, 459. Drouphele, Roulphele, en Nor-
Angleterre, 293, 294, 297, 322, wège, 342.
325.
Arras, 297, 322, 323.
Flandre, 323, 339.
France, 293.
Bourgogne, 293, 324.
Brabant, 323.
Hainaut, 323, 459.
Conty, 459. Italie, 417.
(1) Je néglige les Ephémérides qui sont déjà comme une table des
voyages et qui contiennent une table des pèlerinages.
DES NOMS GÉOGRAPHIQUES. 525
Livonie {Lyfland), 337, 346. Norwège, 338, 339, 342, 346.
Mastrant, port en Norwège, 337, Picardie, 323, 337.
338, 346. Prusse, 337.
Normandie, 338. Rome, 416.
TABLE DES NOMS HISTORIQUES.
PREMIERE PARTIE.
VOYAGES ET AMBASSADES.
Pages 9-178.
Aaron, 94.
Abdie, le prophète, 88.
Abel, 87.
Abiron, 87.
Abraham, 86, 87, 89.
Adam, 75, 87.
Adonias, fils de David, 78.
Adrinlyoris (le roi), 171.
Alexandra, duchesse de Masso-
vie, 55.
Alexandre , vaivoude d'Alexan-
drie, 58, 60.
Alexandrie (le patriarche d'), 95.
Allemands (les), 41.
Amiral d'Alexandrie, 103.
Amiral de Babylone, 117-121.
Albert d'Autriche (le duc), 165, Amiral du Caire, 119.
166. Amiral de Damas, 119.
TABLE DES NOMS HISTORIQUES.
525
Amiral de Jérusalem, 119.
Amos, le prophète, 85.
Amurath, 11,59, 66.
Ananie, 96.
Anglais (les), 50, 164, 168.
Angleterre (roi d'), 169, 172.
Anne, évêque, 79.
Arabes, 120, 122, 159.
Armagnacs (les), 18.
Arméniens (Hermins)y 54, 59.
Arragon (le roi d'), 12, 13, 14,
174, 175.
Arragon (le fils naturel du roi d'),
175.
Arragon (la reine Yolande d'), 14.
Arras (l'évêque d'), 51.
Arthois (le roi d'armes d'), 52, 67.
Arthus (le roi), 168, 169.
Athéis de Brimeu, chambellan de
Philippe le Bon, 51.
Auraly (roi d'Ecosse), 169, 170.
Autriche (le duc d'), 49.
B.
Baal, 93.
Babylone (le Soudan de), v. Sou-
dan.
Bar (le duc de), 14.
Bauduin de Jérusalem, 75.
Bavière (Guil. de), comte de Hai-
naut (v. Hainaut).
Bavière (le duc de), 14.
Bohême (Béhaigne) (le roi de),
v. Jean.
Bourbon (le duc de), 14.
Bourgogne (ducs), v. Jean-sans-
Peur, Philippe et Charles.
Boyards (les), 33.
Brabant (le duc de), 50.
Brabant (le chancelier), 174.
Brandebourg (le marquis de), 165.
Briege (Louis du), v. Louis.
Brugeois (les), 174.
Bulgares, de l'armée du Soudan,
118.
Caïphe, 79, 94.
Cananée (la fille de), 92.
Carmenien, 13.
Castille (l'infant de), v. Ferrant.
Castille (le roi de), 17.
Catalans (le), 109, 177.
Catherine (reine d'Angleterre) ,
173.
526
TABLE
Charles VI, roi de France, 14,
51, 52, 65,68.
Chélébi Mustapha, empereur de
Turquie, 59, 66.
Chrétiens de la ceinture, 121, 142.
Chypre (Pierre de), v. Pierre.
Cléopâtre, 79.
Cléophe, personnage de l'Evan-
gile, 74.
Colart, le bâtard de Marquette,
qui accompagne Ghillebert
en 1421, 52.
Colombart de Ste-Coulombe, 13.
Comines (le sire de), 12.
Communes (les), 122, 163.
Constant, le roi, 97.
Constantin, empereur, 73.
Constantinople (l'empereur de),
v. Manuel.
Coppin de Poucque, qui accom-
pagne Ghillebert en 1421, 52.
Cornouailles (le duc de), 50.
D.
Dannemarck (le roi de), 24.
David, 80, 143.
Dubois, le Gallois, qui fait partie
de l'escorte de Ghillebert
en 1421, 50, 51.
Duchastel (Tanneguy), 13.
E.
Ecossais (Escos), 169.
Ecosse (le roi d'), 166.
Eglise grecque, 65.
Église romaine, 65.
Égyptiens (Sarrasins d'Egypte),
121.
Elboé, amiral, 151.
Électeurs de l'Empire, 165, 166.
Élie , le prophète, 83, 84, 87,
93, 94.
Elisée, le prophète, 82, 83, 87,
88, 93.
Esclaves de l'armée des Soudans
deBabylone, 117-121.
Esclavons, de l'armée du Soudan,
118.
Espagne (roi d'), 14.
Eve, 87.
Évêques (v. Arras, Lithuanie,
Riga, etc.).
DES NOMS HISTORIQUES. 527
Ferrant de Castille (l'Infant), 14, Florentins (les), 15.
15, 17.- France (rois de), v. Charles VI,
Fitz-Walter (FUcbattre), 164. Charles VII, Louis XI.
G.
Gabriel (l'ange), 78, 85, 89. Godefroid de Bouillon, 75.
Gamaliel, 87. Grecs (Grégeois), 156.
Gedigolt , Guedigol, Guadignol, Grecs, de l'armée du Soudan, 118.
Gueldignol, capitaine de Podo- Grenade (roi maure de), 15, 17.
lie, 58, 59. Gzooyloos, un des tartares de
Génézareth, 86. l'escorte de Ghillebert, 62.
Génois (les), Génenois, 59, 64,
109, 156, 175.
H.
Hainaut (Guil. de Bavière, comte Henri VI, roi d'Angleterre, 161.
de), 12. Henri de Plauen, grand maître-
Hainaut (sénéchal de), Jean de de l'ordre teutonique,27, 30,45.
Werchin, 11; 13. Hérode, 76, 85.
Hélène, épouse de Paris, 12. Hongrois, de l'armée du Soudan,
Hélène, mère de Constantin, 73. 118.
Helly (le sire de) , maréchal de Hugues de Lannoy (v. Lannoy).
France, 18, 19. Huss (v. Jean).
Henri V, roi d'Angleterre, 51, Hussites, Houcx, 57, 164.
52, 53, 55, 57, 65, 67, 68.
I. %
Inde (le patriarche de 1'), 68. Irlandais (Hyrons), 169, 171 , 172.
Indiens, Indiciens, 70. Isaac, 87, 89.
Infant de Castille (v. Ferrant). Isaïe, le prophète, 78, 79.
528
TABLE
Jacob, 82, 87.
Jacobitains (moines), 127.
Jacqueline de Bavière {madame de
Hollande), 163.
Jagellon, roi de Pologne, 26, 45,
46, 47, 53, 55, 56.
Jambo, duc de Tartarie, 55, 60.
Jean-sans-Peur , duc de Bour-
gogne, 13, 14, 18,50,51.
Jean Petit, moine Cordelier, 14.
Jean, roi de Bohême, 47, 48, 49,
53, 54, 56.
Jean (le prêtre), 126, 130.
Jean Huss, 49.
Jean de la Roe, qui accompagne
Ghillebert en 1421, 52, 67, 68.
Jérémie, le prophète, 87.
Jéroboam, roi des juifs, 88.
Jeumont (le seigneur de), 10.
Job, 79.
Jonas, le prophète, 86, 93.
Josaphat (le roi de), 78.
Joseph, fils de Jacob, 88.
Joseph d'Arimathie, 74.
Josué, 82, 86.
Juda, 87.
Judas Iscariote, 77, 84.
Juifs (les), 75, 83 et passim.
Juliane, 2e épouse de Jagellon,55.
L.
Lambin, clerc de Ghillebert, 75.
Lancelot du lac, 168.
Lannoy , Hugues , seigneur de
Santés, 18.
Lannoy (le bâtard de), qui accom-
pagne Ghillebert en 1421, 52.
Lazare, 81.
Lithuanie (v. Witholt).
Lithuanie (l'évêque de), 40.
Lithuaniens (les), Létaux, Lives,
30, 31,41.
Livonie (les seigneurs de), 37, 38.
Longis, 75.
Lorraine (le duc de), 14.
Lorraine (le bâtard de), 71.
Lort (le seigneur de), 10.
Loth, 83.
Loth (sa femme et ses filles), 83.
Louis de Lignitset deBrieghe,48.
Louis IX {saint Loys), 131.
Lourdo (empereur de), le grand
Kan, 63.
Luxembourg (Madame de), 174.
DES NOMS HISTORIQUES.
529
M.
Mahomet, le prophète, 83, 120.
Mahomet, troisième fils de Baja-
zet, empereur de Turquie, 53,
56, 59, 67.
Manuel, empereur de Constan-
tinople, 65, 66, 67.
Marche (le comte de la), roi de
Naples, 10, 14.
Marie, la mère du Christ, 75 et
passim.
Maries (les trois), 81.
Marquette (Jacques de), 13.
Martin, roi d'Arragon (v. Arra-
gon).
Massovie (la duchesse de), voir
Alexandra.
Mayence (l'archevêque de), 166.
Melchisedech, 89.
Michel Coquemeister, grand-
maître de Tordre teutonique ,
52.
Moïse, 83, 94, 95.
Moncade (Pierre de), 13.
Montenay (Jacques de), 13.
Mores d'Espagne, 14, 16, 17.
Mores de Syrie, 57.
Moscou , Moeusco (le roi de) ,
36, 42.
Mustapha, empereur, 59, 66.
N.
Naanam Cirus, personnage de Navarre (Louis, roi de), 14.
l'Évangile, 83. Nevers (l'évêque de), 173.
Nassau (le comte de), 174. Noé, 96.
Ordre teutonique (v. Prusse ,
Henri de Plauen et Michel
Coquemeister).
Origène, 93.
Orléans (duc d'), 14.
530
TABLE
Palatin (le comte), Electeur de
l'Empire, 165.
Parthenay (le sire de), maréchal
de France, 18.
Patriarche, v. Inde, etc.
Perwez (le seigneur de), 13.
Pharaon, 95.
Philippe, comte de Charolais, puis
duc de Bourgogne, 50, 51, 68,
164, 166, 173, 174.
Pierre de Chypre, 101 .
Pilate, 76.
Plauen (v. Henri de).
Pologne, Poulaine (le roi de),
v. Jagellon.
Pologne (la reine de), v. Juliane.
Poméranie, Pomer (le duc de),
24, 26, 45.
Portugal (roi de), 14.
Prusse (les seigneurs de) ou des
Blancs- manteaux , chevaliers
de l'ordre Teutonique, 20, 22,
24, 25, 39, 43, 44, 46, 52.
Prusse (le maréchal de), 25.
R.
Rachel, femme de Jacob, 84.
Riga (évêque de), 38.
Roi de Damas, 119.
Roi des Romains (v. Sigismond).
Roubais (le seigneur de), cham-
bellan de Philippe-le-Bon, 51.
Ruffe (ou Russe) de Palleu, cheva-
lier de l'ordre teutonique, 27.
Russes (les), 33, 37, 41.
Russes, de l'armée du Soudan,
118.
Russie (le grand maréchal de),
31, 37.
Russie (le duc de), magistrat
annuel, 34.
Russie (le burgrave de), id., 34.
S.
Saint Andrien, 90, 91.
Saint Antoine, 95.
Saint Barnabe, 97.
Saint Cant, 85.
Saint Cornille, 94.
Saint Etienne, 66, 76, 77, 80, 87,
DES NOMS HISTORIQUES.
531
Saint Eustache, 96.
Saint Georges, 96, 127, 157.
Saint Hilarion, 94, 97.
Saint Jacques, 77, 89, 91.
Saint Jacques le mineur, 77.
Saint- Jacques (le grand maître
de), 17.
Saint Jean élémosinaire, 95.
Saint Jean Climacy, 94.
Saint Jean Baptiste, 75, 87, 88.
Saint Jean, 77, 80, 86, 89, 91.
Saint Jérôme, 83, 85.
Saint Joachim, 82.
Saint Joseph, 85, 95.
Saint Macaire, 95.
Saint Marc, 96.
Saint Mathieu, 80, 91.
Saint Oursin ou Onofrin, 95.
Saint Pacôme, 95.
Saint Paul, 87, 94, 96.
Saint Pelage, 90, 94.
Saint Philippe, 90, 94.
Saint Pierre, 74, 75, 77, 79, 90,
91.
Saint Siméon, 85.
Saint Théodore, 66.
Saint Thomas, 77.
Sainte Anne, 76.
Sainte Barbe, 95.
Sainte Catherine, 68, 69, 94, 95,
96.
Sainte Elisabeth, 86.
Sainte Eustachie, 85.
Sainte Marguerite, 93, 94.
Sainte Marie Magdeleine, 75, 81,
92.
Sainte Marie égyptienne, 83.
Sainte Marie de la Colonne, 95.
Sainte Marie Sardenay, 96.
Sainte Marthe, 81, 91.
Sainte Paule, 85.
Salath (l'empereur de), 63.
Salomon, 80, 84, 142, 150.
Samaritaine (la), 87.
Samson, 94.
Samuel, le prophète, 74.
Sarrah, épouse d'Abraham, 86.
Sarrasins (les) , 16, 41 , 68 ,
100, 104, 109, 117-121, 122,
131, 133, 146, 150, 156, 159.
Sarrasins, nom donné aux Lithua-
niens par les chevaliers teuto-
niques, 26.
Sarreptane (la veuve), 93.
Savoye (Mgr de), 12.
Sénéchal de Hainaut (v. War-
chin).
Sigismond, roi des Romains,
empereur d'Allemagne, 165,
166, 174.
Sigismond (le duc), 178.
Silvestre, 90.
Soudan de Babylone (Egypte et
Syrie), 65, 110, 114, 117-121,
122, 125, 126, 130.
Sunamite (la), 93.
Symon, personnage de l'Evangile,
75, 80.
Syriens (Sarrasins de Syrie), 121.
532 TABLE
T.
Tabita, femme de l'Évangile, 74. Tournai (l'archidiacre de), 174.
Tamerlan, Timour-leng (Tam- Turcomans (Turquemans), 122,
bur), 159. 159.
Tanneguy du Chastel (v. Duchas- Turcq (le), le grand Turc, 122,
tel). 162.
Tartares, Tartres, 41 , 56, 60, 62, Turcs, de l'armée du Soudan, 1 18.
112. Turcs (les), 161.
Tartarie (le duc de), v. Jambo. Turquie (l'empereur de), v. Ma-
Tartares, de l'armée du Soudan, homet , Amurath , Mustapha,
118. Chelibi.
Vaivoude d'Alexandrie (v. Alexan- Vaudemont (le comte de), 71 .
dre). Vénitiens (les) , 67 , 109, 147 ,
Valaques (les), Wallackes, 56, 59. 156, 177.
Valaques, de l'armée du Soudan,
118.
W.
WalerandeSaint-Pol(lecomte),9. nie, etc. 38, 39,41, 42, 55,
Warchin (Jean de), sénéchal du 58, 59, 60, 63.
Hainaut (v. Hainaut). Witholt , son épouse et ses
Witholt, Vitvod, duc de Lithua- sœurs, 40.
Woltigast (le duc), 24.
Yolande, reine d'Arragon (v. Ar-
ragon).
DES NOMS HISTORIQUES.
533
Zaccharie, le prophète, 77, 86. Zazemme (les seigneurs de), 24,
Zachée , personnage de l'Evan- Zébédée, 91.
gile, 82.
DEUXIEME PARTIE.
L INSTRUCTION ET LES ENSEIGNEMENTS.
Pages 293-508.
Adolphe de Clèves, 308.
Alençon (le duc), 323.
Alexandre-le-Grand, 361, 370.
Allemagne, 417.
Amiens, 459.
Anglais, 325, 457.
Angleterre, 417.
Anjou (Charles d'), 297.
Anjou (la maison d'), 298.
Anthoine, bâtard de Bourgogne,
308. ,
Aristote, 361, 370.
Arras (le gouverneur d1), 323.
Bourbon (le duc de), 323.
Bourbon (Mademoiselle de), 308.
Brabant (les seigneurs du), 323.
Bretagne (le duc de), 323.
Caton, 359, 400.
Charles VII, roi de France, 325.
Charolais (le comte de), Charles-
le-Téméraire , 306, 308, 309.
Charolais (la comtesse de), 306,
308, 309.
Cicéron {Tulle), 457.
Croy (monseigneur de), 309, 323,
Dauphin (le) de France , 322 ,
323, 325.
Duchesse de Bourgogne (la) ,
306, 308, 309, 316, 322.
534 TABLE DES NOMS HISTORIQUES.
Écorcheurs (les), 293. Lille (gouverneur de), 323.
Esclavon (le seigneur d'), 457. Lucain, 457.
Espagne, 417. Lutegard, reine de Norwège, 339.
Étampes (le comte d'), 323.
Étampes (Mademoiselle d'), 308.
Moïse, 369, 378.
Flandre (les seigneurs de), 323.
Flandre (le souverain de), 323. Olrich, roi de Norwège, 339-347,
Français (les), 325. 427-431.
France, 417. Orléans (le duc d'), 323.
Orose, 457.
Galilée (le seigneur de), v. Hue
de Tabarie. Philippe-leBon, passim.
Godefroid de Bouillon, 417.
Gueldres (Mademoiselle de), 30.
Robertsart (Louis de), 457-459.
Rodolf, roi de Norwège, 339-347.
Hainaut (le bailly de), 323. Romains (les), 406.
Haubourdin (sire de), 323. Ruthegeer, roi de Norwège, 339,
Henri V, roi d'Angleterre, 297, 340.
322.
Hue de Tabarie, 417-425.
Saint-Olphe, 338, 342,428-431.
Saladin, 417-425.
Jean de Meung, 298. Salluste, 457.
Jethro, 369, 370. Salomon, 372.
Joseph d'Arimathie, 412. Sardanapale, 450.
Justin, 457. Sarrasins, 390, 391, 424.
Lannoy (Hugues de) , seigneur Valerius Maximus, 457.
de Santés, 323.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES.
INTRODUCTION.
Introduction. Siècle littéraire des ducs de Bourgogne. Messire
Ghillebert de Lannoy vu
1* Partie. La vie de Ghillebert xi
2e Partie. Les œuvres de Ghillebert xxxv
I. Voyages. — Instruction d'un jeune prince . . . —
II. Un manuscrit des archives de la maison De
Lannoy. Deuxième mémoire sur la guerre de
Bohème xli
III. Avis au duc, de 1439, sur la réforme du gou-
vernement XLII
IV. Premier mémoire sur la guerre de Bohème . lxii
V. Résultat de ces travaux lxiv
VI. Les Enseignements paternels lxv
VII. Desiderata lxx
— Caractère des œuvres de Ghillebert lxxiiii
536 TABLE ANALYTIQUE
ŒUVRES DE GHILLEBERT.
I. VOYAGES ET AMBASSADES.
Bibliographie
I. Manuscrits. — Les Rapports. — Les Voyages et Ambas-
II. Imprimés 7
Voyages et ambassades. 1399-1450.
Cy commencent les voyaiges, etc 9
1399. Premières armes en Angleterre * —
1400. Chevauchée contre le seigneur de Lort .... 10
1401. Expédition du comte de la Marche en Angleterre.
Naufrage . . : —
1403-4. Premier voyage a Jérusalem 11
1408. Guerre contre les Liégeois 12
2e Guerre Bataille d'Othée 13
1407. Tournoi à Valence —
Expédition d'Espagne —
Voyage en Portugal. Retour en France .... 14
1410. Seconde expédition d'Espagne 15
Siège d'Antequerra 16
Siège d'Archidona —
Tentative contre Ronda —
Tentative contre Malaga 17
Don reçu de l'Infant . —
1411. Voyage à Grenade —
Voyage à Alcala. Retour en France 18
1412. Guerre des Armagnacs —
Siège de Bourges 19
1413. Premier voyage en Prusse 20
De l'Écluse au Jutland, par mer —
* Je suis les divisions du texte, paragraphe par paragraphe.
DES MATIÈRES. 537
1413. De Skagen à Elseneur 20
En Danemark, puis en Prusse, par Dantzig ... 21
Les seigneurs de l'ordre teutonique de Prusse. . . —
De Dautzig à Marienburg 22
De Marienburg à Dantzig et en Danemark ... 23
D'Elseneur à Vordingborg —
De Vordingborg à Kioge, et à Dantzig 24
En Prusse. De Dantzig à Marienburg et à Oelvinghe. 25
D'Oelvinghe à Konigsberg —
De Konigsberg à Dantzig. Expédition sur les fron-
tières de Pologne 26
Siège deMassovia. — Ghillebert blessé, reçoit l'ordre
de la chevalerie —
Retour à Dantzig après 16 jours d'expédition. Arres-
tation du grand-maître de Prusse 27
Départ pour la Livonie. De Dantzig à Konigsberg, à
Memel, à Samogitia 28
Passage du Strant, voyage en Courlande .... —
De Courlande en Livonie 29
Usage religieux de la Courlande 30
Voyage en Russie par la Livonie. De Riga à Narwa. —
De Narwa à Novogorod 32
Novogorod —
Les boyards 33
Usages 34
Hiver de 1413 34-35
Novogorod, suite 36
Voyage en Russie, en traîneau. Ghillebert se déguise
en marchand —
Pskow. Usages —
De Pskow, en traîneau, au Lac Peipus 37
Dorpat —
De Dorpat à Segewald —
1414. De Segewald en Livonie, à Kockenhausen. ... 38
De Kockenhausen à Duuaburg —
De Dunaburg à Swenzjany —
De Swenzjany à Wilna 39
VOY. ET AMB. 34
558 TABLE ANALYTIQUE
1414. Les chrétiens de Lithuanie 39
La Lithuanie 40
De Wilna à Traquene —
Traquene et ses habitants 41
Hospitalité . —
Parc au gibier —
De Traquene à Posur 42
De Posur à Kovno 43
De Kovno à Ragnit . . . —
De Ragnit à Konigsberg —
Retour à Dantzig 44
De Dantzig à Marienburg, à Thorn —
De Thorn à Culm, et retour à Thorn 45
De Thorn en Pologne 46
Cracovie 47
De Kalisz en Silésie —
De Breslau à Schweidnitz —
De Schweidnitz à Prague 48
1415. Prague —
La révolution des Hussites 49
Départ de Prague et retour au pays —
Voyage en Angleterre. — Détention. Rançon . . —
Bataille d'Azincourt —
1416-1419. Ghillebert nommé capitaine de l'Ecluse ... 50
Philippe, fils de Jean-sans-Peur, l'attache à sa per-
sonne.— Guerre de France. — Meurtre du duc. —
Ambassade en Angleterre —
1420. Siège de Montereau, de Meluu, etc. .... . 51
H21. Second voyage en Orient. Ambassade —
Départ, le 4 mai, par terre —
A travers la Prusse —
De Prusse en Pologne 53
De Pologne en Russie 55
Dîner chez le duc de Russie 58
De Kamienitz à Lemberg, voyage en Podolie, en
Walachie, en Moldavie, à la mer Majeure, à Man-
castre —
DES MATIÈRES.
539
1421. Rencontre d'une bande de voleurs 60
De Mancastre en Tartarie. Passage du Dniester et du
Dnieper. L'escorte s'égare 61
ReDeontre d'une horde de Tartares. Arrivée en Cri-
mée à Samogitia, à Constantinople 62
Guerre civile en Turquie. Départ pour Rhode,par mer. 66
De Rhode à Candie, à Alexandrie, à Rosette, au
Kaire 67
Merveilles du Kaire 68
Voyage au Sinaï —
Pèlerinage au désert 69
Retour au Kaire. Voyage sur le Nil, etc . . . . —
Pèlerinage à Saint Paul du désert 70
De Saint Paul au Kaire —
Du Kaire par le Nil à Damiette, puis à Jérusalem . 71
Pèlerinages.
S'ensieuvent les Pèlerinages, pardons et indulgences, de Syrie
et de Egypte
Cy s'ensuivent les pardons et indulgences et les pèlerinages
qui sont dedens la cité de Jhérusalem ....
Cy s'ensieuvent les Pèlerinages du val de Josephat .
Cy s'ensuivent les pèlerinages du mont de Olivet.
Cy s'ensieuvent les pèlerinages du val de mont de Syon
Cy s'ensieuvent les pèlerinages du mont de Syon. .
Cy s'ensieuvent les pèlerinages de Bethanie . . .
Cy s'ensieuvent les pèlerinages dufiun Jourdain.
Cy après s'ensieuvent les pèlerinages de Bethléem .
Cy s'ensieuvent les pèlerinages de la montagne de Judée
Cy s'ensieuvent les pèlerinages de la cité de Ebron .
Cy s'ensieuvent les pèlerinages de Nazareth . . .
Cy s'ensieuvent les pèlerinages de la cité de Nazareth
Cy s'ensieuvent les pèlerinages de la mer de Galilée
Cy s'ensieuvent les pèlerinages qui sont devers la mer de Surie
75
77
78
79
81
82
84
85
86
87
88
90
92
540 TABLE ANALYTIQUE
Rapports.
Cy après s' ensieut la Visitation de la cité iï Alexandrie et de
la situation dHcelle 99
La visitacion du viel port d'Alexandrie en Egypte . . . . 101
la Visitation du nouvel port de la cité d' Alexandrie ... 103
Cy s' ensieut la visitacion du bras du Nyl devers A lexandrie
dont la bouche s appelle Rosette 110
Cy après s 'ensieut la visitacion du Kaire 113
Cy s'ensieuvent les conditions et natures des Soudans de Babi-
lone, deleurs amiraulz et esclaves et des Sarrasins d'Egypte ;
de la nature des pais de Egipte et de Surie 117
Cy après s' ensieut la différence des p aïs d'Egypte et de Surie. 121
Cy sensieut la nature de la rivière du Nyl et la visitacion
d'icelle depuis deux journées ou deseure du Kaire jusques
au port de Damiette 123
Cy sensieut la visitacion du port de la ville de Damiette et
de la rivière et des rivierettes qui en partent et vont ckéoir
au port de Thènes 130
Cy s" ensieut la fascon du lacq de Lescaignon 136
Cy après s1 ensieut la Visitation du port de TKènes .... 138
Cy après s" ensieut la Visitation de Jaffe 139
Cy après s ensieult la Visitation de Rames 141
Cy après s" ensieut la visitacion de JKérusalem, en brief . . —
S' ensieut la visitacion du port d Acre 144
Cy après s' ensieut la forme delà ville d'Acre 145
Cy après s' ensieut la visitacion du port de Sur 147
Port pour grosses nefs, à Sur . 148
Cy après s' ensieut la forme de la ville de Sur 149
Cy après s' ensieut la visitacion de S ayette 152
Cy s' ensieut après la forme du port de Sayette
Cy après s' ensieut la forme de la ville de S ayette . . . . 153
Cy après s' ensieut la visitacion du port de la ville de Baruth. 155
Cy après s* ensieut la visitacion de Damasq, en brief ... 158
Cy après s'ensieut la visitacion de Galipoli, assis en Grèce,
destroit de Romménie 160
1423. Retour d'Orient, voyage à Londres 161
DES MATIÈRES. 541
DERNIERS VOYAGES ET AMBASSADES .
S'ensieuvent les guerres de Hollande.
1426. Première campagne 163
1427. Seconde campagne 164
1428. Ambassade en Allemagne pour la guerre de Bohème . —
1430. Création de l'ordre de la Toison d'or 166
1431. Le voyage du trau de Saint Patrice. — Ambassade
d'Ecosse —
Suite du voyage en Ecosse 168
Voyage en Irlande 169
Arrivée à l'île de Saint Patrice 171
Description de la grotte —
Suite du voyage ' —
1432. Expédition contre les bourgeois de Cassel .... 173
1433. Ambassade au concile de Bâle —
Pèlerinage à Saint-Jacques en Galice —
1437. Défense de l'Écluse, assiégée par les Brugeois . . . 174
1442. Ambassade à Francfort —
1446. Troisième voyage en Orient. Ambassade près du roi
d'Arragon, voyage par la Bourgogne, l'Italie, et
la Méditerranée —
De l'île de Candie à Jérusalem, retour par l'Allemagne. 176
1450. Voyage à Rome pour le jubilé 178
Fin des voyages et ambassades.
II. ÉPHÉMÉRIDES DE GHILLEBERT DE LANNOY.
Analyse de sa vie d'après les Voyages et ambassades, appuyée
et complétée par des documents authentiques . . 179
1386. Naissance de Ghillebert. Sa famille 181
1399. Premier fait d'armes, dans l'île de Wight .... 183
1400. Expédition contre le château de Watigny .... —
1401. Descente en Angleterre. Naufrage —
54'2 TABLE ANALYTIQUE
1403-1404. Premier pèlerinage à Jérusalem 183
1403. Tournoi à Valence 184
1407. Expédition d'Espagne contre les Maures —
1408. Retour d'Espagne en France 185
Expédition de Liège. Bataille d'Othée —
1410. Seconde expédition en Espagne —
1411. Voyage en Espagne 186
1412. Guerre en France —
1413. Voyage en Prusse. Croisade en Lithuanie .... —
1414. Voyage en Angleterre 187
1415. Bataille d'Azincourt —
1416. Ghillebert, gouverneur de l'Ecluse —
Lettres du duc de Bourgogne 'portant la nomination
et les conditions 188
L'office des divines provisions 191
1417-1419. Guerre en France —
1419. Ambassade en Angleterre 192
Parlement de Flandre 193
1420. Mariage du roi d'Angleterre 194
Procurai ion des filles de Jean-sans-Peur .... —
1421. Siège de Montereau —
Extrait d'un compte de la recette de Bourgogne, à ce
sujet —
1421-1423. Voyage et ambassade en Orient 195
Extraits des comptes de la recette de Bourgogne . . 1 96
1423. Voyage en Angleterre 198
Mariage de la sœur du duc —
Extraits des comptes, etc • . . . . —
Les États de Brabant —
Extrait d'un compte, etc —
1424. Descente de Glocester en Flandre 199
Extrait du Livre des trahisons de France ... —
1426. Expédition en Hollande 200
Extraits de comptes, etc —
1427. Seconde campagne de Hollande 201
1428. Gages de Ghillebert —
Extraits de comptes, etc —
DES MATIÈRES. 543
1428-1429. Guerre des Hussites 201
I. Travaux préparatoires
Extrait d'un compte , etc • , __
II. Ambassade en Allemagne 202
Extraits de la recette de Bourgogne
III. Mémoire au duc
1429. Ghillebert suppléant de son frère Hugues .... 203
Extrait d'un compte, etc
Voyage du duc à Paris 204
Institution de l'ordre de la Toison d'or ..... —
1421. Mariage du duc
Ambassade en Ecosse 205
Conférences avec le duc
Extraits des comptes, etc _
1432. Révolte à Cassel 206
Extraits de comptes , etc _
1433. Le Concile de Baie 207
Extraits de comptes, etc —
1435. Traité d'Arras 209
143r. Révolte des Brugeois —
1439. Conseils au duc —
14^0. Conflit d'autorité 210
1442-1443. Réparations au château de l'Écluse .... —
Certificat sur parchemin —
Ambassade à Francfort —
U43. Amende honorable 21 1
Charte de rémission, en latin, d'après Rymer ... —
1444. Conflit entre le duc et Je dauphin 213
Extrait d'un compte de la recette de Bourgogne . . 214
1445. Ghillebert achète une maison à Lille 215
Révision des statuts de l'ordre de la Toison d'or . . —
Tournoi de Jacques de Lalaing —
Prêt à Philippe-le-Bon 216
Extrait d'un compte de la recette de Bourgogne . . —
1446. Mort de la duchesse de Charolais —
Extrait d'un compte, etc —
544 TABLE ANALYTIQUE
1446. Voyage à Jérusalem 217
Extraits de comptes , etc —
1450. Voyage à Rome 218
1452. Mort de la troisième femme de Ghillebert .... 219
1453. Expédition contre Gand —
1454. Le Vœu du Faisan —
1461. Un de Lannoy accompagne Louis XI. . . . . . 220
1462. Mort de Ghillebert -
Annexes des Ephémérides 223
I. Le parlement de Flandre. 1419, Avis de Ghillebert,
donné par écrit. Signature autographe .... 225
II. Premier mémoire sur la guerre des Hussites. 1428 . 227
III. Deuxième avis sur la guerre des Hussites, 1429 . . 250
IV. Le Concile de Bâle, 1433. Deux rapports ..... 254
V. Conflit d'autorité 1440. (Procès de Ghillebert contre
les magistrats de rÉcluse) 262
VI. Table des pèlerinages, concordance avec celle de
Quaeresmius. 273
VII. Le manuscrit d'Oxford. Corrections d'après ce
manuscrit
III. L'INSTRUCTION D'UN JEUNE PRINCE.
Travaux préliminaires. L'avis de 1439.
Bibliographie £91
Avis 293
Annexes (Variantes de Vavis). ....... 315
L'Instruction d'un jeune prince 3*27
Bibliographie 329
I. Manuscrits consultés —
II. Imprimés 334
L'instruction 335
Ci commence la table du livre intitulé VInstruction d'un
jeune prince pour se lien gouverner envers Dieu et le monde. —
Prologue sur le livre de V Instruction , etc 337
Comment ung jeune prince doit sur toutes choses crémir Dieu
qui luy a donné autorité et seignourie sur le peuple. Pre-
mier chapitre 349
DES MATIÈRES. 545
Comment princes et grands seigneurs qui ont poeuple à gou-
verner doivent vivre attempréement et mettre paine d'avoir
en eulx bonnes meurs et protiffitables . Second chapitre' . . 353
Cy parle du bien et du prouffit qui vient aux princes et grans
seigneurs terriers quand Hz gouvernent eulx et leurs subgets
par raison et par justice. IIIe en ipitre 363
Cy dist de quelz meurs, estas et conditions 'princes doivent
eslire leurs conseilliers et officiers priricipaulx. 1111e cha-
pitre 369
Comment roys et grans seipieurs doivent avoir grant regart
sur leurs officiers et serviteurs adfin quHlz ne facent chose
qui soit contre raison ne au dommage du deshonneur d'eulx
ou de leurs subgetz. Ve chapitre 377
Comment roys et princes, pour la révérence de Dieu et V amour
quilz doivent avoir à leurs subgetz, se gardent de prendre
guerre contre cristiens. VI° chapitre 383
Comment roys et princes doivent diligamment entendre à la
conduite et gouvernement de leurs finances. VIIe chapitre. 393
Cy parle de V ordre et estât de chevalerie et comment on le
doit entendre. VIIIe chapitre 403
Annexes. I. La vision du roi Ollerich, d 'après le manuscrit
de la bibliothèque de Sainte Geneviève. . . . 427
II. Institution d'un grand conseil par Philippe le Bon. 432
IV. LES ENSEIGNEMENTS PATERNELS.
Bibliographie 443
Les Enseignements paternels 447
APPENDICE.
Analyse d'un manuscrit de la famille de Lannoy 475
546 TABLES.
TABLES.
Table des noms géographiques 510
I. Voyages et Ambassades —
II. L'Instruction et les Enseignements —
Table des noms historiques 524
I. Voyages et Ambassades —
II. L'Instruction et les Enseignements 533
Table des matières 535
ADDITIONS, NOTES ET CORRECTIONS.
Additions 547
Notes 549
Corrections • • —
ADDITIONS, NOTES ET CORRECTIONS.
ADDITIONS.
P. lxxi, après le deuxième §, ajoutez :
Ce livre fut sans doute écrit par Ghillebert pour son fils
aîné, celui qui l'accompagnait dans son dernier voyage en
Orient, comme il le dit incidemment p. 175.
P. lxxii, 1. 15 :
*« Au lieu de quatre mentions de cartes, il y en a cinq.
On les trouve aux pages 102, 104, 112, 144 et 153. »
P. lxxvi. Entre le premier et le deuxième alinéa (1 . 7-8), il faut
ajouter :
Avec quel soin il expose le phénomène de la crue du Nil,
sa cause, la manière de la mesurer, les cérémonies aux-
quelles elle donne lieu, les précautions prises contre ses
excès, et les moyens : canaux, fossés, puits, digues, écluses,
réservoirs, etc., que l'on emploie pour en répartir ou en
548 ADDITIONS,
renouveler les bienfaits au pays, ainsi que pour conserver
des provisions d'eau pendant le reste de l'année (p. 123-
127. Voir aussi pp. 106, 114-115).
P. 66, note 3. ajoutez :
Emile Gachet fait remarquer que « Ghi Hébert parlant
des adversaires d'Amurath II, confond et change les rôles ;
car Mustapha ayant été pendu, l'empereur Manuel lui
opposa aussitôt le jeune Chélébi-Mustapha, appelé ici Guérici
Chélébi, tandis que Ghillebert place les événements rela-
tifs à Mustapha après la mort de Chélébi. »
J'ai indiqué dans les Corrections qu'il faut corriger le texte des
manuscrits qui font d'Amurath un seigneur de Turquie et de Prusse,
au lieu de Pruse.
P. 71, note 2, lisez : Thenes : Tineh, l'ancien Pelusium.
P. 127, note 2, ajoutez : V. p. 114 et 117.
P. 130, note 2, ligne 3, après : non plus que dans A, ajoutez : ni
dans le ms. d'Oxford.
P. 209, 1. 16. Lefebvre de Saint-Remy le dit, ajoutez :
Édition Buchon, p. 541, ch. CLXXXIII.
P. 368, dernière ligne, après : féist sur eux, ajoutez :
S'ils avoient seigneur ou prince temporel par dessus
eulx. (Variante empruntée au ms. E.)
P. 481, note 1, ajoutez :
On peut remplacer cette lacune en lisant : que le Dau-
phin.
NOTES ET CORRECTIONS
549
NOTES.
P. 11, 1. 3, au mot : Botequin, ajoutez en note : Nacelle.
P. 15, 1. 8, allanchie. — Le verbe : allanchir ou allancrir, signi-
fiant mettre à l'ancre, est inconnu.
P. 39, 1. 17, Bolverque : Boulevard.
P. 40, l. 4-6, lisez : Les femmes sont aornées simplement, auques '
à lacoustume de Picardie.
P. 56, 1. 7, Couragnes : Je n'ai trouvé nulle part ce nom de poisson.
P. 109, 1. 21, Fonteques : magasins.
P. 119,1.4, Gazals, Casals : concubine. (Voir -fe»iotes Romania,
t. II, p. 236.)
Ûrl
CORRECTIONS
Introduction.
au lieu de :
P. xii, 1. 1, il fît,
P. xiv, 1. 9, à leur joie :
P. xiv, 1. 23, Marsow,
P. xvn , l. 27, affermir,
P. xxii, 1. 14, 1430,
P. xxv, 1. 17, rétrospectif,
P. xxvi, 1. 21, 1433,
P. xxix, 1. 3, en campagne,
P. xxxvii, 1. 2, au Livre de la
paix,
P. xlix, 1. 15, 1 septembre,
P. xliv, 1. 19, 1430,
P. lxxhi, 1. 15, se transformait
en de grandes guerres,
lisez :
il fait.
à cœur joie.
Polleur.
affirmer.
1431.
rétroactif.
1443.
qui tenait la campagne.
au Livre de paix.
10 septembre.
1431.
se transformait au milieu des
grandes guerres.
1 Auques : un peu.
* Je néglige les fautes qu'il faudrait corriger pour rétablir l'unité
d'orthographe.
550
CORRECTIONS.
Voyages et Ambassades.
au lieu de :
P. 55, note 5, c'est que l'am-
bassade se faisait au nom de
ce dernier,
P. 61, note 4, après Bacca,
P. 66, 1. 18, Prusse,
P. 81, 1. 6, Dieu vous salve,
P. 85, 1. 3, Saint Paule,
P. 106, 1. 15, conduits,
P. 121, n. 1,1.6, donnent,
P. 128, 1. 9, galiotte nulle,
P. 128,1. 10, à la fin,
P. 128, 1. 11, aiant,
P. 128, n. 1,1. 1, profondeur,
P. 128, n.2, 1. 6, ensieuvant,
P. 133, 1. 1, Lestaignon,
P. 133, 1. 19, et 136, 1. 18 et
passim, mille,
P. 147,1. 11, milles * par,
P. 149, n. 1, L'édition Serrure,
P. 155, 1. 4, après Sur,
P. 164 et 165, en tête des pages
au lieu des années 1421-1423,
P. 166, en tête de la
page, au lieu des années 1421-
1423,
P. 166, 1. 10, harnaschié,
P. 167 et 168, en tête des
pages, au lieu des années 1421-
1423,
P. 173, 1. 1, assonny.
c'est que le roi de France était
alors frappé d'aliénation.
f
ajoutez : Gâchez dit : sauce au
porc.
Pruse.
Dieu vos salue.
Sainte Paule.
conduis,
donne.
galiotte ne lin.
en la fin.
aians.
parfundeur.
en suivant.
Lescaignon.
milles.
milles par 5.
Serrure.
il faut une virgule.
il faut lire: 1428.
il faut : 1429.
harneschié.
il faut : 1431.
assouvy, dans le sens de : achevé,
fini. (V. Scheler, Dictionnaire
iïétymologie française.)
CORRECTIONS.
551
P. 176, note 9,
P. 183, 1. 10,
P. 195, 1. 7,
P. 207, 1. 9,
P. 287, 1. 19,
P. 298, note 1,
P. 315, 1. 1,
P. 337,
P. 344, 1. 2,
P. 346, 1. 17 ,
P. 358, 1. 19,
Rameh,
Henri V,
fol. 98,
1433, -
ne donnent,
avec de si
nombreuses,
page 203,
n. 2,
notre saul..
l'Yflant,
et desplaist^
P. 394, 1. 19, se ce n'est
pas l'advis,
P. 432, n. 1, bulletins de
l'académie de Belgique,
P. 464, 1.13, après : lui
mesoffre,
P. 485, 1.26, ont était,
P. 498, 1. 10, fol. 103,
Ramleh.
Henri IV.
fol. 90.
1431-1433.
ne donne.
avec de nombreuses.
page 293.
ajoutez : (La Livonie).
notre saulveur.
Ly fiant.
et lui desplaist. (Corrigé d'après
le ms. E.)
se ce n'est par l'advis.
bulletins de la Commission royale
d'histoire,
il faut fermer les guillemets : »
ont été.
fol. 183.
FIN.
BINDINGSECT.DEC 12 W
DC Lannoy, Ghillebert de
102 (J&ivres de Ghillebert
de Lannoy
L3A3
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